A-t-on trouvé l’énergie qui sauvera la planète?

Il faut rester prudent. Mais il semble que la fusion froide soit sur le point de déboucher sur des applications industrielles de nature à bouleverser la donne énergétique et environnementale mondiale. La nouvelle énergie aurait tout pour elle : bon marché, non polluante et non radioactive, matières premières abondantes. Le problème, c’est que personne ne comprend comment ça peut marcher !

Andrea Rossi E-Cat

Andrea Rossi présentant son générateur de vapeur de 10 kW
lors d´une conférence de presse en Italie le 14 janvier 2011.
Photo Daniele Passerini

 

Andrea Rossi et Sergio Focardi, deux chercheurs italiens, pensent avoir trouvé le Saint-Graal : une énergie bon marché et non polluante. Quand il est parcouru par un courant d’hydrogène sous pression, l´E-Cat, leur réacteur contenant de la poudre de nickel et un catalyseur, est capable de produire au moins 10 fois plus d’énergie qu’il n’en consomme, tout cela sur une table ! Ils l’ont démontré publiquement à plusieurs reprises depuis janvier 2011, y compris devant des chercheurs suédois sceptiques. Trop simple pour être vrai ?

Un signe prometteur, c’est que le business est sur le coup. Des investisseurs américains proches du DOE (Department of Energy, ministère de l´énergie des Etats-Unis) ont misé sur cette technologie, si bien qu’une centrale de 1 MW est en cours de montage pour alimenter en énergie une usine de fabrication de modules d´E-Cat, planifiée pour octobre 2011 en Grèce.

D’autre part, même si la Nasa ergote sur les fondements théoriques du procédé, elle admet, par la voix d’un de ses principaux chercheurs, Denis Bushnell, que la technologie est démontrée.

Nous avons traduit l’interview que celui-ci a donnée le 23 avril 2011 à New Energy Times.

Interview de Denis Bushnell, NasaJ. William Moore.- Quelles sont les énergies alternatives qui vous semblent les plus prometteuses ?

Denis Bushnell.- Le plus intéressant et le plus prometteur à long terme, mais ce n’est peut-être pas si éloigné que ça, ce sont les réactions nucléaires à basse énergie (LENR = Low Energy Nuclear Reactions). Cela fait 22 ans que des gens produisent de l’énergie sans savoir de quoi il s´agit – mais nous pensons avoir une théorie. Cela produit des émissions béta et de la chaleur, sans radiations. Ce domaine est très prometteur, et à lui seul, si ça débouche, on pourrait littéralement résoudre d’un seul coup les problèmes de l’énergie et du climat.JW M.- Je trouve cela tout à fait excitant qu’il puisse se passer quelque chose. Que se passe-t-il donc au niveau atomique ?

D B.- Laissez moi faire un peu d’histoire. Il y a à peu près 22 ans, Pons et Fleishmann ont réalisé une expérience, qu’ils ont appelée « fusion froide »,  mais qu’il a été difficile de reproduire à l’époque. Et puis tous les théoriciens de la fusion ont été unanimes pour dire qu’il ne s’agissait pas de fusion. Ils avaient raison bien sûr, ce n’est pas de la fusion.

Depuis 20 ans, dans presque tous les pays, la recherche a été intense, et a permis de reproduire cet effet. Mais l’énergie produite par ces expériences de fusion froide ne suffisait pas à faire bouillir de l’eau pour le thé. De ce fait, l’intérêt a faibli et personne ne savait ce qui se passait.

En 2005-2006, Allen Widom et Lewis Larsen ont sorti une théorie qui disait : non ce n’est pas de la fusion froide, ce sont des interactions faibles. Ils s’appuyaient sur le modèle de la mécanique quantique, mais seulement sur les interactions faibles [1]. Selon eux, pour fabriquer un module, on n’a pas besoin d’utiliser de deutérium [2], l’hydrogène marche bien ; ni de palladium, le nickel marche bien.

Si vous faites ça, vous produisez un électron – la connexion de protons produit des neutrons ultra-faibles, et si vous avez les cibles adéquates, vous générez des émissions béta [3] qui produisent de la chaleur.

C’est à ce stade, en 2006-2007, que nous nous y sommes intéressés et que nous avons monté une série d’expériences que nous sommes sur le point de démarrer. Nous voulons valider expérimentalement la théorie de Widom-Larsen pour savoir si elle peut expliquer ce qui se passe. Nous avons utilisé la théorie quantique pour optimiser la morphologie de surface des particules utilisées.

En janvier 2011, Andrea Rossi, assisté de Sergio Focardi, qui travaillait là-dessus depuis plusieurs années, et était de fait un des meilleurs au niveau mondial, a dévoilé ses résultats et fait une démonstration, qu’ils ont refaite en février, puis en mars. Là, ils avaient un de ces modules, un petit, qui a marché plusieurs jours en fournissant une puissance de 10 à 15 kW, ce qui est largement suffisant pour faire bouillir de l’eau pour le thé ! Et ils ont dit que c’était de l’interaction faible, pas de la fusion.

Je pense que nous avons dépassé le stade du « Nous ne comprenons rien ». Je pense aussi que nous avons pratiquement dépassé celui du « cela ne produit rien d’intéressant ». Et je crois que ça peut aller assez  vite maintenant. Et si c’est le cas, ça a le potentiel de bouleverser complètement la géo économie, la géopolitique et de résoudre bon nombre de problèmes dans le domaine de l’énergie.

JW M.- Je crois que c’était la semaine dernière, ou celle d’avant, j’ai fait un sujet là-dessus. J’ai creusé la question : ils utilisaient de l’hydrogène et du nickel, je crois, l’hydrogène gazeux alimentant le module. En regardant la video et les photos, il semble qu’il ait la taille du poing et qu’il a tourné de 10.45 le matin jusqu’à ce qu’ils l’arrêtent vers 16.30, en générant , j’ai oublié le chiffre exact, mais ça faisait une bonne quantité d’énergie sous forme de vapeur.

D. B.- Ça produit de la chaleur, et ça a duré plusieurs jours, et c’était de l’ordre de 12 à 14 kW. Avec un grand nombre de ces modules, ils vont pouvoir faire une centrale thermique de 1 MW.

JW M.- C’est très excitant. Cette théorie qui a été développée, est-ce que ce sont les chercheurs de la Nasa qui ont travaillé dessus ?

D. B.- Non, la théorie a été développée par Widom et Larsen. Widom est un universitaire qui enseigne à l’université Northeastern, et Larsen possède une entreprise à Chicago.

JW M.- Ça semble prometteur. On peut générer de la vapeur comme avec un réacteur nucléaire ou une centrale thermique à charbon. Ils sont sur le point de produire de la vapeur et de faire tourner une turbine pour produire de l’électricité.

D. B. – Si vous avez de la vapeur, vous pouvez tout faire. Nous avons envisagé d’utiliser les LENR pour propulser une fusée spatiale, et avons trouvé que les performances sont meilleures que les fusées conventionnelles, au moins sur le papier.

JW M.- Ouah ! Fantastique.

Copyleft 2011 New Energy Times. Traduit de l´anglais par Ouvertures.


[1] (NdT) La physique moderne est basée sur quatre types de forces fondamentales : la gravitation, la force électromagnétique, l’interaction faible et l’interaction forte. Les réactions nucléaires conventionnelles, fission et fusion, libèrent  l’énergie de l’interaction forte. Selon Widom et Larsen, les LENR mettraient en jeu l’interaction faible.[2] (NdT) Le deutérium est un isotope de l´hydrogène, c´est de l´« hydrogène lourd ».

[3] (NdT) Les rayons bétas ne sont rien d’autre que des électrons.

Des doutes à lever

- Hanno Essén et Sven Kullander, deux chercheurs suédois qui ont assisté à une démonstration de l’E-Cat, ont réalisé des analyses isotopiques du cuivre produit, selon Andrea Rossi, par les réactions nucléaires à faible énergie à la base du procédé. Résultat inattendu, ils ont trouvé les deux isotopes du cuivre, le 63Cu et le 65Cu, dans exactement les mêmes proportions que dans le minerai de cuivre. Si réactions nucléaires il y a bien, les chances pour que leurs proportions soient exactement les mêmes que dans la nature sont en effet très faibles. Cela les amène à suspecter que le cuivre serait présent dès le départ dans le catalyseur, dont les inventeurs ne souhaitent pas divulguer la formule.

- Steven B. Krivit, un journaliste scientifique américain, fondateur du New Energy Institute, a été reçu les 14 et 15 juin 2011 par les inventeurs dans les locaux de leur entreprise à Bologne. Dans son rapport préliminaire, il émet des doutes sur la manière dont a été réalisé le bilan thermique du procédé, essentiel pour établir la réalité de l’invention. Son rapport suscite une polémique toujours en cours.

> Merci à John Skelton de nous avoir signalé cette information.

> Pour en savoir plus :
- Wikipedia : Catalyseur d´énergie de Rossi et Focardi
- La page (en anglais) consacrée au procédé E-Cat d´Andrea Rossi sur le wiki Pure Energy Systems
- Le blog scientifique d´Andrea Rossi (en anglais) : Journal of Nuclear Physics

>> Qu´attendent les grands médias pour en parler ? En France, à notre connaissance, seul Agoravox a publié un papier sur ce sujet, s’attirant d´ailleurs des commentaires franchement sceptiques.

Pour aller plus loin :

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3 commentaires pour cet article

  1. Bonjour,
    Je lis : « est capable de produire au moins 10 fois plus d’énergie qu’il n’en consomme »… « sous forme de vapeur » dans ce que je lis plus bas. C’est assez curieux de ne pas le préciser d’emblée… et la vapeur n’est pas une énergie, contrairement à une différence de température, pour laquelle le protocole de mesure est effectivement crucial. Peut-on trouver un lien dessus ?… merci

  2. @Desmazières
    Il y a une littérature abondante sur les tests de l’E-Cat d’Andrea Rossi. Les fans plutôt sur http://peswiki.com/ et les sceptiques sur http://news.newenergytimes.net/.
    La vapeur n’est effectivement pas une source d’énergie, plutôt un vecteur d’énergie, une manière de stocker de la chaleur. Une différence de température non plus… La différence de température entre source chaude et source froide est une mesure physique permettant de calculer le rendement d’une machine thermique.

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