Astérix et le CO2

Nous sommes en 2009 après Jésus-Christ. Toute la planète est recouverte par un voile de CO2. Mais quelques irréductibles Gaulois résistent à l´envahisseur. Et la vie n´est pas facile pour les défenseurs de l´empire …

Jean-Marc Jancovici a un petit côté Astérix. Dans le livre coécrit avec Alain Grandjean, C´est maintenant, 3 ans pour sauver le monde (Seuil), il empile les casques : ceux des énarques (Jacques Attali, et « ceux qui savent compter »), ceux des élus, qui ne connaissent rien aux questions d´énergie, ceux des écolos, adeptes du ni …ni. A ces trophées, il aurait pu ajouter celui de Christian Gerondeau, polytechnicien comme lui, si son livre, CO2, un mythe planétaire (Le Toucan), n´était sorti après le sien.

Jusqu´à la dernière molécule

Car Christian Gerondeau défend l´empire, l´Occident développé et son mode de vie que le  reste du monde lui envie. D´autant que, pour le président de la Fédération française des automobiles clubs, le réchauffement climatique et ses conséquences apocalyptiques sont loin d´être prouvées. Son raisonnement est simple : tout ce que la terre recèle d´énergies fossiles sera consommé jusqu´à la dernière molécule, parce qu´il n´y a pas d´autre alternative. Ce que nous n´utiliserons pas le sera par la Chine, l´Inde et les autres. On ne pourra pas éviter les émissions de CO2, car la technologie de capture et de séquestration de ce gaz est loin d´être démontrée et coûte trop cher. Tenter de freiner la consommation des énergies fossiles ne ferait que retarder de quelques années l´émission d´un CO2 qui aboutira de toute façon dans l´atmosphère. Les dépenses engagées par les gouvernements pour lutter contre le réchauffement sont donc inutiles. Il en veut pour preuve que tous les gouvernements continuent par ailleurs d´encourager l´exploration et l´exploitation de nouveaux gisements.

Le calme avant la tempête

Pour Jean-Marc Jancovici, il y a bien un gros problème, deux, même : le pic pétrolier et le réchauffement climatique. « Les signaux avant-coureurs se multiplient qui devraient nous inciter à affaler les voiles : quand l´ouragan sera là, il sera trop tard. Or le baromètre continue à descendre à vitesse accélérée… ». Après avoir passé en revue toutes nos bonnes raisons pour ne rien faire et fustigé la politique européenne, il montre, en s´appuyant sur des exemples de l´histoire récente, voire très récente, que quand on veut, on peut, et qu´il n´est point besoin d´accroître nos connaissances pour agir. « Y´a plus qu´à ! », nous exhorte-t-il en détaillant un programme en 13 points. Mais pour nous mobiliser, il faudrait un nouveau De Gaulle et une bonne rasade de potion magique (la taxe carbone).

Au volontarisme à toute épreuve de l´un, s´opposent un scepticisme et un fatalisme fondé sur l´ampleur du problème posé par la Chine et les autres pays en développement. J-M. Jancovici a en effet beau dire que le droit au développement invoqué par C. Gerondeau n´est qu´un « cache-sexe pour justifier que l´on ne souhaite pas soi-même renoncer au superflu », ce dernier lui oppose les plans d´électrification à marche forcée de la Chine et de l´Inde qui passent par  la construction de centrales au charbon : une centrale de 1000 MW par semaine pendant 20 ans en Chine. En 2006, la Chine a même fait mieux, puisque 102 000 MW ont été mis en service, « soit plus que la totalité de la puissance électrique installée depuis plus d´un siècle en France ». Dans ces conditions, il est effectivement difficile d´imaginer que le gouvernement chinois supprime toutes ces centrales dans les 20 ans qui viennent, comme le préconise Jean-Marc Jancovici, ou leur adjoigne des installations de capture du CO2. Car même si le coût invoqué par C. Gerondeau n´est pas aussi insupportable qu´il ne le dit (de 30 à 60€ par tonne de CO2, soit environ 15 à 30$ le baril), la technologie n´en est encore qu´à ses balbutiements.

Le principe de précaution n´est étrangement mentionné par aucun des deux auteurs. Sans doute parce qu´il va de soi chez l´un pour qui les fortes irréversibilités engendrées par l´accumulation des gaz à effet de serre ne permettent pas de tergiverser ; et qu´il est tabou pour celui qui fait « confiance au progrès et à l´imagination humaine » pour trouver des solutions.

La vache et les prisonniers de l´automobile

Malgré leur opposition déclarée, les deux hommes se rejoignent parfois. Par exemple, pour fustiger les Allemands qui, derrière une forêt d´éoliennes, camouflent des politiques parfaitement antiécologiques : constitution d´un important parc de centrales à charbon et défense à tout crin de leur industrie automobile. Automobile qu´eux voient évoluer vers des véhicules continuant à brûler du carbone, mais dont la consommation tomberait sous les 3 litres/100km en réduisant poids et puissance, puis aux environs d´1 litre/100km avec les hybrides. Tous deux sont pronucléaires par raison et s´opposent au développement irrationnel des énergies renouvelables. Ils pensent en effet qu´elles contribuent trop peu à la solution et qu´il y a mieux à faire avec tout cet argent. Enfin, ils soulignent en choeur que réduire notre consommation de viande rouge serait efficace et facile à mettre en œuvre. Une vache émet en moyenne plus de gaz à effets de serre qu´une voiture !

On a souvent tendance à ne lire que les auteurs qui confortent ce que l´on pense déjà. Le sujet du réchauffement climatique est trop important pour que l´on n´écoute pas d´autres points de vue que le sien, ne serait-ce que pour être capable de les réfuter. Que vous fassiez partie de ceux qui comme Jean-Marc Jancovici pensent que la situation est grave, mais pas désespérée ou de ceux qui comme Christian Gerondeau pensent  qu´elle n´est pas grave, mais désespérée, lisez donc les deux livres, même si l´un des deux vous donnera forcément des boutons.

» le site de Jean-Marc Jancovici : manicore

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