Bénin : contre le paludisme, Valentin Agon mise sur le capital végétal local

Valentin Agon, praticien de la santé et spécialiste des questions de changement social et du développement, a inventé Api-Palu, un antipaludéen d’origine naturelle. V. Agon invite l´Afrique à l´indépendance médicamenteuse.


Valentin Agon.

Au Bénin, selon le Programme national de lutte contre le paludisme (Pnlp)« le paludisme représentait en 2006, 39,7% des motifs de recours aux soins et la première raison d’hospitalisation (18%) dans les structures sanitaires ». Homme aux multiples engagements, Valentin Agon s’est assigné l’objectif « d’une grande ambition et d’une forte volonté » pour « inventer des réponses locales » aux « problèmes de maladie » en Afrique et notamment au Bénin. C’est pourquoi, il souhaite vivement que l’Afrique rêve à son « indépendance médicamenteuse », vu qu’elle est « le plus grand marché de médicaments au monde, en étant notamment réduite à la consommation des antipaludéens » qui sont fabriqués par des firmes pharmaceutiques occidentales. Selon lui, ces médicaments battent en brèche les vertus des plantes locales issues du « capital végétal qui contient un formidable potentiel antipaludéen transformable ».

Api-Palu, un antipaludéen

Dès septembre 2007, au laboratoire de pharmacognosie du professeur Mansourou Moudachirou à l’Institut des sciences biomédicales appliquées (Isba), la composition chimique d’Api-Palu a été établie. Un screening chimique phytochimique a été fait afin de déterminer les grands groupes chimiques qui composent le produit. Aussi, leur activité biologique a été vérifiée afin de déterminer s’ils ont effectivement des propriétés anti malariales. Au préalable, suite à des essais cliniques, le produit a été déclaré non toxique et non dangereux.

« La 2ème étape, après le screening phytochimique, est actuellement en cours. Elle doit déterminer, par un fractionnement bio-guidé, les composés chimiques actifs qui se trouvent dans le produit. Ces analyses sont très poussées et longues. Les premiers résultats ont révélé la présence de 2 grands groupes chimiques agissant en synergie et ayant un effet inhibiteur très intéressant sur les souches 3D7 de Plasmodium falciparum, agent causal du paludisme », ajoute le Pr Mansourou Moudachirou. Les analyses qui restent exigent énormément de moyens matériels et financiers. Elles prendront deux à trois ans, en fonction de la disponibilité des moyens nécessaires.

Et de compléter « qu’à terme, une forme évoluée d’Api-Palu peut être mis sur le marché. Elle pourra être sous forme de comprimé ou de gélules. L’invention de ce produit, l’abondance de la matière première végétale et les travaux en cours ouvrent de bonnes perspectives à la fois pour la recherche béninoise et le traitement du paludisme à un coût très accessible pour nos populations. »

Valentin Agon a obtenu un brevet d’invention pour Api-Palu qui est vendu dans les pharmacies, mais également par le biais de plusieurs boutiques spécialisées situées aux quatre coins du pays, et qui appartiennent à Api-Bénin International. Grâce notamment à Api-Palu, Valentin Agon a décroché plusieurs distinctions. Il s’agit entre autres, d’une médaille d’or au 37ème salon international des inventions de Genève (Suisse) en avril 2009 et du prix Arc d’Europe en juin 2010 à Frankfurt (Allemagne).

La mise en vente d’Api-Palu a été autorisée par le Programme national de la pharmacopée et de la médecine traditionnelle (Pnpmt), qui dépend de la Direction nationale de la santé publique (Dnsp). Selon le Dr Rock Houngnihin, le Pnpmt, dont il est le coordonnateur, a pour objectif principal « d’assurer la promotion et l’intégration de la pharmacopée et de la médecine traditionnelle dans le système national de santé au Bénin. » L’efficacité d’Api-Palu a été certifiée suite à des essais cliniques effectués avant et après l’administration du produit. Ces essais ont été homologués par le Pnpmt.

L’Etat béninois valorise la pharmacopée et la médecine traditionnelle

Le Programme national de la pharmacopée et de la médecine traditionnelle (Pnpmt) a été crée en 1996. Depuis plusieurs dispositions d’ordre juridiques et institutionnelles ont été prises. Il s’agit notamment d’un décret du 15 février 2001 qui fixe « les principes de déontologie et les conditions de l’exercice de la médecine traditionnelle » au Bénin. La même année, le 12 juin a été déclarée comme journée nationale de la pharmacopée et de la médecine traditionnelle. Suivra en 2004, l’adoption d’un arrêté ministériel qui réglemente « la publicité en matière de pharmacopée et de médecine traditionnelle » et en 2007 la mise en place du conseil national de la médecine traditionnelle au Bénin.

 Le Pnpmt développe une politique d’intervention en quatre volets. Il s’agit notamment d’un « appui à la mise à jour de la pharmacopée traditionnelle » qui se traduit par le « recueil des noms de plantes, d’extraits d’animaux, de minéraux et des normes destinés à la préparation de médicaments traditionnels. » Cette même politique promeut le « développement de la recherche en matière de médecine traditionnelle », et le renforcement des capacités des praticiens de la médecine traditionnelle (Pmt). C’est ainsi que 3580 praticiens ont été formés sur la prise en charge du paludisme entre 2003 et 2007 sur toute l’étendue du territoire béninois.

Le Pnpmt s’investit également dans la production de médicaments traditionnels. Dans ce cadre, 35 jardins de plantes médicinales ont été créés et les plantes médicinales au Bénin sont inventoriées par le biais d’un fichier régulièrement actualisé. Les Pmt constituent la cheville ouvrière de cette production. Dans cette optique, le nombre des Pmt connu est constamment mis à jour. Néanmoins, outre l’insuffisance de ressources financières et matérielles pour la recherche, le Pnpmt doit toujours faire face au fait que l’intégration de la médecine traditionnelle dans le système de soins au Bénin n’est pas encore effective (Source : Pnpmt).

> Médecine traditionnelle : C’est l’ensemble des connaissances et pratiques explicables ou non à l’état actuel de la science, pour diagnostiquer, prévenir ou éliminer un déséquilibre physique, mental ou social, en s’appuyant exclusivement sur l’expérience vécue et l’observation transmise de génération en génération, oralement ou par écrit (Oms, 2001).

>> Quel est le meilleur traitement contre le paludisme ? par l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

Pour aller plus loin :

>> Envoyer un droit de réponse

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *