Bénin : entre sécurité sociale, plantes médicinales et médicaments à la sauvette

Le 1er avril 2012, le régime d’assurance maladie universelle (Ramu) sera effectif au Bénin. Lancé officiellement le 19 décembre 2011, il permettra à ses cotisants d’être soignés gratuitement. Coup de projecteur sur quelques aspects du système de santé du pays.


Maternité Homel à Cotonou. Photo : Bernado Houenoussi.

Au marché international de Dantokpa situé à Cotonou (capitale du Bénin), il y a un coin dénommé Adjégounlè. En ces lieux, sont installés depuis plusieurs décennies des étalages particuliers. Des médicaments de toutes sortes y sont proposés aux usagers du marché à des prix plus bas que ceux des pharmacies. Ils sont conservés dans des conditions qui ne respectent pas les règles les plus élémentaires. Au mieux, certaines de ces baraques sont pourvues de ventilateurs qui sont censés prodiguer une certaine fraicheur.

Des médicaments vendus au marché…

Roger est un plombier de formation qui s’est mué en agent d’entretien depuis plus de 5 ans dans une entreprise de la place. Il est père d’un bébé de quatre mois. C’est à Adjégounlè qu’il a acheté un bon nombre des médicaments utilisé par sa compagne durant sa grossesse. Même s’il est conscient des risques qu’il a fait courir à sa compagne et à son enfant, il déclare avec un air résigné « qu’il n’avait pas le choix ». Et d’ajouter « qu’il achète les médicaments de la pharmacie s’il en a les moyens ».

…ou vendus au bord des rues

A la tombée de la nuit, ce sont d’autres personnes, pour la plupart des femmes, qui installent leurs étalages aux bords de plusieurs artères de la ville de Cotonou. Elles s’approvisionnent à Adjégounlè et vendent des médicaments contre diverses maladies. Les nombreuses descentes des forces de l’ordre à Adjégounlè, ou les menaces à l’encontre des femmes qui vendent ces produits au bord des rues, n’y changent absolument rien. Tout ce beau monde continue de se faire de l’argent en faisant courir un risque sanitaire énorme au public qui au demeurant peut être considéré comme une victime consentante. Si, le 12 octobre 2009, Jacques Chirac a lancé l’appel de Cotonou contre les faux médicaments, les lignes n’ont pas bougé depuis lors. Avec l’appui de plusieurs chefs d’État africains, il s’agissait pour l’ancien président français par le biais de sa fondation de « s’engager à combattre l’économie criminelle des faux médicaments. »

Le système de santé béninoisSelon des données officielles, le taux de couverture du territoire béninois en infrastructure sanitaire est de 80 %. Cette avancée, constatée ces dix dernières années est à relativiser. En effet, la fréquentation moyenne des centres de santé atteint à peine 36%. De plus, ce n’est que le 19 décembre 2011 que l’acte officiel ouvrant la voie à l’entrée en vigueur du Régime d’assurance maladie universelle (Ramu) promu par l’Etat a été signé.

Le système de santé béninois est bâti autour de cinq zones. Il s’agit notamment d’un centre national hospitalier (Cnhu), des centres hospitaliers départementaux (Chd) et de ceux intervenant dans les  communes (Csc). Le Cnhu et les Chd sont spécialisés entre autres en chirurgie et pédiatrie. Quant aux centres locaux, ils font de la médecine générale, de la chirurgie d’urgence et regroupent essentiellement des dispensaires et des maternités.

Un personnel insuffisant

 Environ 10% du budget général de l’État sont consacré au système de santé. En 2007 et 2008, cette allocation budgétaire atteignait respectivement 9 4518 391 et 10 8238 802 €. L’État béninois assure les 2/3 de ce financement, le reste étant alimenté par des fonds étrangers. Les questions de personnel sont déterminantes pour améliorer nettement les prestations de l’État dans le domaine de la santé. A titre illustratif, les centres de santé locaux jugés peu attractifs et le niveau des salaires de l’État est en deçà de celui des emplois dans le secteur privé.

Si ces personnes qualifiées ne travaillent pas pour les centres privés, elles le font en tant qu’indépendant ou optent pour l’émigration. C’est d’ailleurs pourquoi, fort d’un certain opportunisme politique, Nicolas Sarkozy a déclaré à plusieurs reprises lors de la campagne électorale pour l’élection présidentielle de 2007, « qu’il y a plus de médecins béninois aujourd´hui qui exercent en France que de médecins béninois qui exercent au Bénin! ». Il a réitéré ses propos en février 2011 sur Tf1.

La médecine traditionnelle : un programme national

Avec la création en 1996 du Programme national de la pharmacopée et de la médecine traditionnelle (Pnpmt), l’État béninois ambitionne de valoriser la pharmacopée et la médecine traditionnelle. Mais les Béninois n’ont pas attendu le Pnpmt pour utiliser en cas de maladie les différentes plantes du patrimoine végétal local. A partir de leurs supposées vertus thérapeutiques, Valentin Agon, un praticien de la santé d’une part, et Philibert Dossou-Yovo, chercheur herbo-chimiste d’autre part, ont mis au point plusieurs médicaments [non reconnus à ce jour par la science médicale conventionnelle]. Valentin Agon a inventé en 2007 Api-Palu, un antipaludéen d’origine naturelle. Quant à Philibert Dossou-Yovo, il affirme avoir mis au point depuis 1990 un remède contre le Vih/Sida, qu’il a dénommé « Linkpéyo ». En 2007, et ce malgré de nombreuses difficultés, il a créé un centre baptisé « La Maison de la feuille ».

Flairant la bonne affaire, de nombreuses personnes diffusent des publicités sur des médicaments traditionnels en en vantant systématiquement les vertus. Face à cela, la Haute autorité de l’audiovisuel et de la communication (Haac) a décidé le 30 décembre 2011 d’interdire la diffusion de ces messages publicitaires.

Le paludisme, première cause de recours aux soins

Le 4 octobre dernier, le gouvernement a lancé un programme destiné à prendre en charge gratuitement les enfants âgés de moins de 5 ans et les femmes enceintes en cas de paludisme. Ces patients n’auront plus à payer, entre autres, les frais de consultation, de diagnostic parasitaire et d’hospitalisation. Ce sont les centres communautaires de base et les formations sanitaires du secteur public qui sont concernés par cette mesure. Le paludisme, qui touche particulièrement au Bénin le groupe ciblé par cette mesure de gratuité, est de loin la 1ère cause de recours aux soins.

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