Des députés accusent Greenpeace d’«opacité financière»

A l’occasion de la publication, mi-octobre 12011, de leur rapport sur « les vecteurs privés dans les relations internationales », présenté devant la Commission des affaires étrangères (Assemblée nationale), les députés Jacques Myard et Jean-Michel Boucheron accusent, un peu vite, Greenpeace d’être « une organisation opaque ».


Pour Jacques Myard, Greenpeace est une
« organisation opaque ».

Lors de leurs travaux pour ce rapport, les rapporteurs avaient demandé à rencontrer l´ONG Greenpeace. Après avoir accepté de rencontrer les rapporteurs le 7 juin 2011, Pascal Husting, président de Greenpeace France, « a décliné sèchement l´invitation des rapporteurs au prétexte que les positions « défendues par J. Myard sur un certain nombre de questions sociétales (…) étaient incompatibles avec les valeurs défendues par Greenpeace ». Relancée pour répondre par écrit à un questionnaire, Greenpeace a refusé de répondre ».

Le député Jean-Michel Boucheron a alors adressé « une ferme mise au point à Greenpeace, soulignant que le refus de transparence de l´association soulevant un problème d´incompatibilité avec J. Myard n´était qu´un prétexte pour esquiver les questions posées. A l´évidence, Greenpeace est une organisation opaque et qui ne souhaite pas faire trop de lumière sur ses méthodes et surtout ses financements ».


Adelaïde Colin, directrice communication Greenpeace France.

Adelaïde Colin, la directrice de communication de Greenpeace France, nous précise que les « positions » de M. Myard sur « la sécurité, l’Europe, l’homosexualité, les questions sociétales, le Pacs, etc. », ont paru contraires aux valeurs humanistes soutenues par Greenpeace : « On ne discute pas avec un parti politique [Droite populaire] qui prône la violence ou des valeurs contraires à la solidarité et au respect des autres ». 

« Tous nos rapports financiers sont consultables en ligne »

La chargée de communication a ajouté que « l’angle pris par M. Myard dans son questionnement ne nous permettait pas de faire valoir notre bonne foi et notre sincérité. Nous ne refusons aucune des interrogations sur nos comptes, mais c’est la suspicion des députés qui pose problème. Nous sommes régulièrement invités à nous exprimer devant de nombreux auditoires, y compris devant des parlementaires, y compris quand on nous interpelle sur notre transparence financière. Ainsi, nous avons répondu aux questions du groupe PS à l’Assemblée suite à l’accident nucléaire de Fukushima. Nous les avons même invités à venir éplucher nos rapports avec un expert comptable. Nous attendons toujours leur visite… Mais ici, on nous fait un mauvais procès. En effet, nos rapports financiers sont totalement transparents et peuvent être consultés sur notre site (voir encadré). Nous comptons aujourd’hui 140 000 adhérents. 70% d’entre eux sont des petits donateurs, pas de gros milliardaires ! La Cour des comptes elle-même, instance objective et qui ne peut être accusée d’un a priori à notre égard, va bientôt transmettre ses conclusions sur l’analyse d’une série d’ONG, dont la nôtre. Cela fait un an et demi que nous échangeons avec elle et que nous lui fournissons des informations. Sans doute faut-il voir dans cette crispation des députés le fait que nous sommes un contre-pouvoir qui, depuis quarante ans, dérange beaucoup d’acquis et de gros intérêts ».

Greenpeace et la transparence

« La principale raison expliquant la mauvaise notation de Greenpeace international, commente Adelaïde Colin, la directrice de communication de Greenpeace France, tient à une question de culture légale et financière : plusieurs des documents requis par Prometheus (voir plus bas) n´existent pas sous la même forme aux Pays-Bas (pays où est implanté Greenpeace international).

On trouve cependant leurs équivalents en ligne :
– la structure légale
– les finances
– la gouvernance
– les statuts
– les budgets annuels.

Greenpeace international ne recueille pas de point sur ce critère parce que Prometheus n´accorde ce point que si le rapport financier est en ligne avant septembre. Par ailleurs, les comptes de Greenpeace international sont chaque année soumis à un audit et remplissent les critères développés par l´International Auditing and Assurance Standards Board. »

Les associations placent « l’être humain au-dessus des intérêts des États »

Dans leur rapport, les parlementaires s’inquiètent de l’influence qu’auraient ONG, entreprises, multinationales, milliardaires agissant directement sur la scène internationale « dans certains secteurs, comme celui des droits de l´homme, de l´environnement, des normes techniques et comptables ». Leur objectif, écrivent-ils  « n´est pas d´imposer leur vue par la force, qui demeure l´apanage des États, [il] est de (…) de conquérir les esprits ».

Ces groupes cherchent soit à « influer sur les négociations internationales, soit à agir sans tenir compte des puissances publiques ». Les députés craignent que les États finissent par être dépossédés de leurs prérogatives : « Qu’il s’agisse de développement, d’environnement, de droits de l’homme, de culture, de finance, de la biomasse et de la biodiversité, de la protection de la faune et de la flore, de l’éducation, de lutte contre les pandémies ou de corruption, les associations travaillent sur l’ensemble du champ des activités humaines. La caractéristique de leur action est de placer l’être humain au-dessus des intérêts des États. Les ONG partent souvent du principe que les négociations interétatiques sont stériles car les gouvernements sont souvent prisonniers d’intérêts économiques. En conséquence, il faut résoudre les problèmes si possible avec les États, mais si nécessaire sans eux ».


Action Greenpeace devant un Apple Center à Paris. Sur la banderolle, cette interpellation : « Steve – I love your Apple – I just wish it came in green ». Photo : Cedric Suzanne, Greenpeace.

En outre, nombre de ces laboratoires d’idées étant d’origine américaine, ils sont pour certains d’entre eux suspectés de véhiculer en sous main « les conceptions américaines dans tous les domaines. Ils constituent aussi des soutiens efficaces de la diplomatie de Washington ».

La question de la sincérité des ONG

Le rapport soulève également « la question de la sincérité des ONG. Plusieurs enquêtes de journalistes ont mis en lumière le rôle de paravent de certaines d’entre elles, comme Transparency, Sherpa ou Global Witness, qui sous couvert de lutte contre la corruption, chercheraient à déstabiliser des États amis de la France dans des pays producteurs de pétrole en Afrique occidentale… La suspicion à l’encontre de certaines d’entre elles provient de leurs mécènes, comme le fonds Sigrid Rausing Trust qui finance Sherpa et qui a longtemps dénoncé la politique française au Rwanda. Elle provient également de la curieuse orientation de leur action : Greenpeace se concentrait sur les essais nucléaires français mais se gardait d’intervenir contre les essais américains ».

C’est dans ce cadre qu’intervient la polémique avec Greenpeace : « En France, le baromètre annuel de transparence des ONG, édité par la fondation Prometheus, [révèle] que de célèbres ONG comme Greenpeace International brillent par leur opacité… »

Mais les députés reconnaissent que « les entités privées comblent souvent, pour le meilleur comme pour le pire, le vide laissé par le pouvoir politique. Les principales réunions internationales consacrées aux problèmes les plus urgents de la planète n’ont [effectivement] guère donné de résultats »…

Greenpeace France obtiendra 9,5/10 au baromètre 2011 de Prometheus

Il est vrai que le rapport 2010 de Prometheus (portant sur 2009) attribue la note de 3/10 à Greenpeace International (voir explications dans l´encadré ci-dessus) et 6/10 à Greenpeace France. Cette fondation d’entreprise fait paraître annuellement un « baromètre de transparence d´ONG considérées comme institutionnellement influentes et dont le champ d´action touche aux domaines de l´environnement, de la santé et de l´éthique des affaires ».

Baromètre 2011

     L’astérisque * signale les ONG ayant amélioré leur résultat à l´issue du dialogue engagé avec Prometheus.

Mais, pour l’année 2010 (le rapport sera publié en décembre 2011 mais Ouvertures a pu en obtenir une copie), les notes de Greenpeace ont nettement évolué : « Depuis trois ans, nous annonce Thomas Janier, directeur de Prometheus, Greenpeace International progresse. Sa note s’élèvera cette année à 5/10. Quant à la note de l’ONG française, elle atteindra 9,5/10. Les discussions que nous avons eues avec l’ONG ont porté leur fruit. Les éléments qu’elle a rajouté dans sa communication sur internet ont pu être pris en compte dans nos critères de transparence ».

Créée à l’initiative de deux députés français représentant les deux principaux partis de l’échiquier politique, UMP et PS, Prometheus est financée par de nombreuses entreprises issues d’une culture traditionnellement non-acquise au travail de Greenpeace, notamment Dassault, EADS, Sanofi-Aventis ou encore Amundi Asset Management…

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2 commentaires pour cet article

  1. A l’époque du Rainbow Warior,vers 1980, le premier, celui qui a explosé faisant un mort suite aux travaux de la DST ou ??? du côté de Mururoa ou en Australie , le ministre de « la guerre » d’alors disait que Greenpeace était une organisation très riche qui ne cherchait que les problèmes , que il fallait s’en méfier. Je n’avais que la radio à l’époque et je me souviens très bien d’avoir entendu ce genre de condamnation gratuite. les sorcières de Salem c’est encore Greenpeace.
    Jusqu’au jour où ça va péter à la gueule de tout le monde . Y’aura plus que les yeux pour pleurer !

  2. Bonjour, j’ai travaillé chez greenpeace et j’ai bien connu des gens de ce groupement partout dans le monde. Je peux confirmer que c’est une ong très opaque, même quand on est engagé dedans. Il faut beaucoup de temps et même certains pistons pour y étre accepté. Même des informations qui étaient nécessaires à mon travail m’étaient cachées, tout le monde a ordre de tenir le plus grand secret sur son travail et on ne sait jamais ce que fait son collègues juste a côté. « Tu ne sauras que ce que tu dois savoir », voilà ce qu’on m’a dit dès le début. Et pour sûr que la récolte de fonds est opaque, que sa transparence financière est un leurre, ils prétendent ne pas recevoir d’argent des entreprises mais c’est clairement faux. Colin me fait rire avec sa langue de bois a dire que greenpeace ne discute pas avec la droite populaire pour des raisons de valeurs! Greenpeace n’est pas du tout un employeur exemplaire, le harcèlement moral y est courant et on y trouve aussi des racistes, comme partout. Des promotions données par d’étranges favoritismes, des prises de pouvoir abusives, et une ambiance de secte, voilà comment ça se passe… manageant ses employés comme une petite entreprise capitaliste, manipulant ses activistes, le cynisme de greenpeace m’a donné la nausée, car sous couvert d’ong, il se’y passe des choses plutôt surprenantes quand on ne connaît que la façade…

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