Langues

Des Gabonais commentent le dessein de leur président de faire de l’anglais la seconde langue

Le 1er octobre 2012, le Gabon a émis le souhait d’introduire l’anglais comme « langue de travail », puis plus tard de voir comment l’anglais peut devenir une « seconde langue », semant l'émoi dans la francophonie. Petite revue de commentaires d’internautes gabonais.

Image illustrant l’article paru dans gabonreview.

Souhaitant établir une distance avec la France qu’il accuse d’avoir soutenu l’ancien régime génocidaire, le Rwanda a quitté la francophonie et rejoint le Commonwealth fin novembre 2009.

Membre comme le Rwanda de la francophonie depuis 1967 et s’inspirant de son expérience, le Gabon a manifesté, le 1er octobre 2012, le souhait d’introduire l’anglais « comme langue de travail dans un premier temps, puis plus tard, [de] voir comment l’anglais peut devenir une seconde langue ».

L’annonce, qui a été faite par le porte-parole de la présidence, Alain-Claude Bilie-By-Nze, lors d’une conférence de presse, a provoqué un certain émoi tant en Afrique que dans la francophonie et, bien évidemment, en France.

Le site afriscoop parle d’un « coup de tonnerre ».

La France est en effet le premier partenaire économique et commercial du Gabon et Total Gabon pèse lourd dans le secteur pétrolier. Le président actuel, Ali Bongo, a déjà manifesté « sa volonté de diversifier l’économie gabonaise en sortant du « tout-pétrole » et en élargissant le nombre de partenaires du pays, notait RFI le 7 octobre dernier. Et un des moyens pour y parvenir pourrait justement consister à favoriser l’apprentissage de l’anglais dans ce pays qui compte à peine un million et demi d’habitants ».

Ouvertures s’est penché sur les réactions des Gabonais eux-mêmes, telles qu’elles se sont exprimées sur le gabonreview après cette annonce. Passionnant.

Mba Obame « L’agitation dans toute cette affaire de l’introduction de l’anglais au Gabon est favorisée par la peur de la France de perdre un peu d’influence au Gabon. Mais franchement qui a édicté une loi divine que jusqu’a la fin du temps la France doit nous contrôler ? Et d’ailleurs le Canada, la Belgique, la Suisse sont dans la francophonie et en même temps bilingues. Personne n’a jamais trouve à redire! Mais comme c’est nous les nègres quand on veut prendre une autre orientation, notre mère patrie la France o phonie nous menace indirectement ! Et je demanderais même aux dirigeants africains d’avoir assez de courage pour l’enseignement effectif de nos langues vernaculaires dans les lycées, collèges et universités. »

Eloulouadaaku « Ce n’est pas tourner le dos à la France qui est un problème. Le vrai problème est qu’il faut d’abord remettre sur pied l’école gabonaise (peut-être la dernière en Afrique), qui s’enfonce de jour en jour car elle a été reléguée au second plan par un pouvoir sectaire. Par exemple, combien de nouvelles salles de classes ont été construites depuis le début de l’émergence ? On n’est pas très loin de zéro ! Alors, ça ne sert à rien de faire de nouvelles annonces alors qu’il y a tellement de choses à faire pour sortir de la situation actuelle. Si le système actuel était efficace, l’appropriation de l’anglais devrait se faire d’elle-même, comme cela se fait ailleurs parce que c’est la logique qui le veut. La Chine, la Corée, la Turquie ou encore le Brésil n’ont pas eu besoin de faire de l’anglais la langue officielle pour devenir ce qu’ils sont. »

Joec « Si le Gabon adopte l’anglais au lieu du français, il ne devient pas libre, il choisit une autre « Mère patrie ». Autrement dit, il passe de la colonisation passive à la colonisation active. »

Marc Ona Essangui « L’apprentissage de l’anglais débute en 6ème au Gabon, mais le système éducatif inadapté à la donne mondiale et dénoncé par les enseignants et les étudiants, ne favorise pas l’apprentissage de l’anglais. C’est de la pure diversion, Ali [Bongo] croit qu’en faisant une telle annonce il peut mettre la pression sur les nouvelles autorités françaises qui exigent la démocratie et la lutte contre la corruption institués par son clan d’affairistes et de pillards. Quelle est notre aptitude à nous exprimer en anglais après 6 ans d’apprentissage comme seconde langue de la sixième en terminale? Il faut reformer le système éducatif c’est tout. »

La Fille de la Veuve « Lorsqu’à la direction d’un pays on en est réduit à scolariser des enfants de 6ème dans les dépendances d’un stade de football, on ne peut être crédible en annonçant certaines initiatives. Et je prends ici le pari que cette déclamation sera, comme tant d’autres depuis 3 ans, sans lendemain. Vous souvenez-vous qu’on nous avait également annonce l’introduction du Mandarin dans l’enseignement ? »

Le Petit-Fils de la Veuve « @La Fille de la Veuve : Lorsqu’on pratique dans certains secteurs d’activité, sinon les plus importants, il est effectivement peu honorable, au delà du caractère pratique, de ne pas parler l’anglais. »

Le Citoyen libre « Occupons-nous d’abord du plus urgent des Gabonais. Vous avez vu dans quelle condition certains élèves débutent l’année ? Ils ont été entassés dans des locaux non adaptés heureusement que les Chinois nous ont construits le stade de l’Amitié ; c’est une honte pour le gouvernement. »

Boukoubi Maixent « Une réforme de cette ampleur ne se mène pas à la légère et avec des coups de menton… Au Rwanda cette réforme a marché parce que (1) l’essentiel de l’élite dirigeante a vécu en Ouganda où elle a été formée et ne parle qu’anglais et (2) le Rwanda a depuis toujours été très porté vers l’Ouganda. Introduire l’anglais en Ouganda revient à introduire le français en Guinée équatoriale. C’est forcément plus évident… »

Kombilmenu « Le projet est en cours, il a simplement pris du retard à cause de quelques fonctionnaires de l’éducation nationale. Des formateurs sont aux USA pour cet effet. Au lieu de blabatter, le projet mérite qu’on le soutienne. »

Encore eux « Mais honnêtement, il ne serait pas plus judicieux, à nous Gabonais, d’avoir une langue locale comme langue nationale et officielle ? L’Afrique du Sud (9 langues), le Rwanda (Kinyarwanda), le Sénégal (le Wolof) , les pays d’Afrique de l’Est (le Swahili), les deux Congos (Le lInguala), ont intégré avec celui de l’ancien maître colonial, une langue autochtone. »

Ni lire ni écrire « [Une langue locale] Ah oui? Et laquelle? La tienne ou la mienne? »

Encore eux « Laquelle ? La tienne ou la mienne ou autres par référendum populaire. La démocratie triomphera. »

Demain un jour nouveau « Mais n’oublions pas une chose très importante : notre président n’ayant pas fait ses études primaires, secondaires et universitaires au Gabon, il ne sait sûrement pas que cette langue est obligatoire de la 6ème en terminale. »

Ni lire ni écrire « Il n’y a guère, ce même site regorgeait d’attaques sur « Ali, le valet des Français ». Permettez-moi de sourire 🙂 »

Merde « Vraiment, certains Gabonais déçoivent quoi ! Comment comprendre qu’ils veulent valoriser les langues des autres alors qu’ils ont leurs propres langues maternelles ? Est-ce que le président sait au moins parler la langue de ses parents du haut-ogoue ? »

L’Aristocrtate Bleu « Si les autorités du pays décident d’introduire l’anglais comme deuxième langue, ce voudrait dire qu’elles prendraient des mesures pour que cette langue soit correctement et régulièrement pratiquée et parlée dans notre quotidien et en tout lieu. Personnellement je l’attendais cette mesure et j’en parlais à mon cadet il y a moins de deux semaines alors que nous nous trouvions dans un pays anglophone. Bravo monsieur le Président. »

Legarsdemeba « Combattre ce projet, c’est faire preuve de mauvaise foi ou d’ignorance. Gabonais, voyagez svp, ça vous aidera à mieux comprendre certaines situations. Certains disent que notre système éducatif introduit l’anglais depuis la 6e, mais combien d’entre nous parlons cette langue après avoir terminé tout le circuit scolaire voire universitaire ? Combien de nos docteurs et agrégés parlent anglais ? Pour ceux qui ont la chance de voyager, ils savent qu’une fois sortie de la zone francophone, vous devenez presqu’analphabète (si vous ne parlez que le français), toutes les grandes conférences et sommets se font en anglais. Pas plus tard qu’hier, pour avoir un renseignement sur un service de fidélité d’Air France, les messages commencent en anglais suivi du français. »

Mark « Tu n’a pas encore compris que c’est dans un premier temps pour varier la diversité touristique !! Pourquoi il n’y a que ceux qui parlent le français qui doivent venir visiter le Gabon ? Les anglophones lorsqu’ils viennent, c’est pour faire des recherches dans nos parcs, loin de la population de peur de ne pas se faire comprendre… C’est la base du marketing qu’Ali met en place ! Et comment peux-tu améliorer ton anglais s’il n’y a pas des touristes anglophones dans les alentours ? Tu penses que c’est tout le monde qui a l’argent pour aller à Londres ? Vous, vous ne faites que critiquer, vous ne savez pas apprécier ce que les autres font… »

Amour de la Patrie « Anglais, Français, Espagnol, Allemand et autres ! Dans quelle langue devrais-je m’exprimer discrètement en France, en Angleterre ou aux États-Unis avec un autre Gabonais originaire du Nord (Fang) alors que moi je suis du Sud-Est (Obamba) ? Et on dit Gabon d’abord ! »

Kafir « Si Ali est fâché contre une certaine France de gauche, ce n’est pas la peine d’embarquer tout le Gabon, tout un peuple dans cette ténébreuse affaire. Surtout qu’Ali est totalement illégitime. Ses caprices personnels ne doivent pas entraîner tout un pays dans une aventure ‘abracadabrantesque’. »

Mark « Oui, il a toutes les raisons du monde d’être fâché! C’est cette même France qui s’est dite amie du Gabon pendant plus de 100 ans, mais qui n’a même pas encouragé nos dirigeants à en faire mieux pour les populations du Gabon…Tu as regardé le film la France afric ? Tu as écouté les discours de Degaule et de Leon Mba? »

Oyambo « Depuis nos indépendances le Gabon a t’il évolué avec la France et sa francophonie ? Économie? Toujours extravertie et uniquement productrice et exportatrice de nos matières premières brutes, vers la métropole. Démocratie? La France de Mitterrand nous a fait miroiter la démocratie, puis s’est vite rendue à l’évidence que le pillage et les bisbilles avec des dirigeants africains valaient mieux qu’un simple discours moralisateur d’une fausse démocratie imposée.
La France a t’elle toujours voulu réellement notre développement? Assurément NON.
Je ne dis pas ici que les anglo-saxons soient drapés de vertu, mais l’expérience mondiale nous montre que ce sont des pragmatiques, des investisseurs réels.
Il est temps de tenter une nouvelle expérience. Ce serait une erreur que de rester accrochés aux lambeaux d’une francophonie moribonde et ronronnante. Le monde qui bouge pour être trivial est anglo-saxon. »

Jujba « Le Burundi a demandé lui aussi l’entrée dans le Commonwealth et il n’est pas exclu que l’ex-Zaïre en fasse autant. L’Afrique doit désormais voir où se trouvent ses intérêts au lieu de s’accrocher aux vieilles habitudes qui ne nous apportent rien. Le français c’est juste la tchatche, coté développement zéro pointé. Quel pays la France a déjà développé sur cette terre ? Réponse : zéro. »

Et c’est ni lire ni écrire qui apporte la conclusion : « Pourquoi parle-t-on français au Gabon ? Pour se comprendre d’une région à l’autre. Pourquoi devrions-nous apprendre, en plus, l’anglais, Pour parler avec le monde et nous faire comprendre de lui. Clair, net, précis. Tout le reste n’est que littérature. BiliéBiNzé [le porte-parole de la présidence] ne dit pas qu’on va arrêter de parler français, il parle de bilinguisme. Parler 2 langues, ou plutôt 3 pour la plupart d’entre nous, ne ferait de mal à personne. »

> Les italiques dans les commentaires sont de la rédaction.

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