La piste criminelle n’est pas la seule plausible

Le démantèlement à Messimy (Rhône) d’un laboratoire clandestin de fabrication de médicaments non autorisés a été présenté par la presse et les autorités judiciaires et sanitaires comme la fin d’un trafic purement criminel. La réalité est plus complexe.

Capture d’écran du site de l’Ina où est proposée à la vente l’enquête sur les produits Solomidès, tels ceux que fabriquait le laboratoire.

Vous avez tous vu les images de cette descente des enquêteurs de l´Office central de lutte contre les atteintes à l´environnement et à la santé publique (Oclaesp), menée le 4 juin près de Lyon dans un laboratoire clandestin de fabrication de médicaments non autorisés. Neuf personnes, dont un couple de retraités qui dirige l´association «Choisis la vie» dans la région lyonnaise, ont été placées en garde à vue à Messimy (Rhône) où s´est déroulée l´opération de démantèlement.

Certains journaux ont précisé que le laboratoire clandestin fabriquait « des produits Solomidès, du nom de Jean Solomidès, médecin qui a mis au point dans les années 50 les physiâtrons synthétiques ».

Les faits sont indéniables. Les médicaments n´avaient effectivement pas d’autorisation légale. L´Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps) a raison de dire que « les conditions de fabrication et de distribution des produits saisis n´apportent pas les garanties de qualité et de sécurité recherchées ». Et que « l´intérêt thérapeutique et l´innocuité de ces produits n´ont pas été démontrés ».

Mais quand le président de l´Ordre des pharmaciens affirme qu’on est là devant « un véritable charlatanisme qui a une réelle dimension criminelle et devrait être punie en tant que telle »(1) , il y a là une accusation terrible pour le moins précipitée.

En effet, ces produits sont diffusés à des personnes très malades, déjà traitées par la médecine académique, mais dont les résultats laissent, dans leur cas, à désirer. Dans leur désespoir, ces malades cherchent des voies complémentaires – et non substitutives, comme les autorités ou la presse tentent de le faire accroire.

Jean-Rémy Lepan, président du Groupe de recherche et d’études des thérapeutiques allopathiques et complémentaires (Gretac), soutient que les personnes de ce réseau sont pour la plupart des bénévoles, « des gens dévoués et désintéressés », que les produits, «peu onéreux » sont diffusés « à titre compassionnel » par l’association « Choisis la vie ». Cette dernière, tout à fait déclarée, payait les cotisations sociales de son personnel, au demeurant très réduit.

Une association connue des autorités de longue date

Elle était d’ailleurs bien connue des autorités puisqu’elle avait été, selon M. Lepan, l’objet d’une commission rogatoire il y a douze ans : « En 1992, on leur a reproché la même chose. Mais on les avait laissé continuer leur activité, sans doute parce qu’ils rendaient service malgré tout ». Sinon, pourquoi ne pas avoir démantelé le laboratoire à l’époque ?

Il reconnaît que les produits n’ont pas d’autorisation officielle, mais « s’il y avait eu beaucoup d’accidents, depuis toutes ces années, cela se saurait su ! ».

L’association « Choisis la vie » a été constituée en 1985 par d’anciens malades et de familles de malades ayant recours aux produits Solomidès. Ils se sont regroupés pour pouvoir disposer de ces produits destinés surtout « à soulager, à diminuer la douleur, à améliorer l’état général » des patients.

Jean Solomidès n’était pas un illuminé. Docteur en médecine à l´Université de Paris, bactériologue à la Faculté de médecine de Paris, attaché de recherches au CNRS, détaché durant huit ans à l´Institut Pasteur, il n’avait pas réussi à faire valider toutes ses recherches, malgré les résultats obtenus sur des malades. Seuls trois de ses physiâtrons synthétiques avaient obtenu le visa du ministère de la Santé publique. M. Solomidès expliquait qu´il avait obtenu les visas tant qu´il s´agissait d´eczéma et de bronchite, mais pas pour le cancer, « à cause de la partialité des instituts Gustave-Roussy et Curie et de l´absence de contre-expertise »(2) . Comme il avait continué à diffuser les médicaments contestés, il a été condamné pour exercice illégal de la médecine et de la pharmacie.
Ces médicaments sont autorisés voire remboursés dans d’autres pays européens.

Alors, charlatanisme ou médecine complémentaire ? Il faut au minimum, dans cette affaire, conserver le point d’interrogation. C’est ce que faisait cette enquête sur les peroxydases du Pr. Solomidès diffusée sur FR3 en septembre 1984 et diffusé sur le site de l’Institut national de l’audiovisuel (Ina).

>> Commentaire : Que l´ordre des médecins et celui des pharmaciens défendent la médecine académique, ils sont dans leur rôle. Mais, tant qu´une étude impartiale et exhaustive des thérapies « différentes » n´est pas menée à bien, et selon des protocoles adéquats, ils seraient avisés d´être prudents dans leurs jugements des approches non conventionnelles.

La conscience de leurs limites face aux malades que les praticiens « officiels » ne parviennent pas à guérir, ainsi que la permanence de nombreuses maladies et l´émergence de nouvelles, devraient les inciter à la modestie et à un minimum de compréhension envers ceux qui cherchent désespérément une issue à leur souffrance et envers ceux qui les aident sur des chemins encore mal balisés…

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(1) Source AFP 4 juin.

(2) Source

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