L’agriculture biologique peut sauver les captages d’eau potable

A cause des pollutions, notamment agricoles, de nombreux captages d’eau potable doivent être abandonnés. Le recours à l’agriculture biologique autour de ces points de prélèvement permettrait de les protéger efficacement.


Gilles Billen, Cnrs-Piren Seine.

« La généralisation des bonnes pratiques agricoles ne suffira pas : seule l’agriculture biologique peut inverser la tendance vis-à-vis de la qualité de l’eau ». Gilles Billen, scientifique du Cnrs-Piren Seine, en est convaincu. Si l’on veut régler le problème des nitrates sur le bassin de la Seine, il faut généraliser le recours à l’agriculture biologique dans les zones où sont puisées les eaux destinées à la consommation humaine.

Pour la Fédération nationale de l’agriculture biologique (Fnab), il faut même envisager une nouvelle politique nationale de l’eau et des changements dans les instances de bassin : « Nous voulons être force de propositions dans le cadre notamment du 10ème programme d’intervention (2013-2018) en cours d’élaboration par les six agences de l’eau, les collectivités territoriales et les acteurs de l’eau ».

En effet, sur le bassin de la Seine, mais aussi dans bien d’autres bassins français, la situation est « alarmante ». Les eaux souterraines sont polluées durablement par les nitrates et les pesticides. Progressivement, des captages d’eau potable doivent être abandonnés. Et les moyens de lutte sont trop modestes au regard des besoins, des engagements du Grenelle de l’environnement et des obligations européennes.

« La volonté insuffisante de l’État de remettre en cause l’agriculture intensive »

En effet, plusieurs directives européennes et les lois françaises sur l´eau (du 3 janvier 1992 et du 31 décembre 2006) imposent la mise en place d´un périmètre de protection pour chaque captage, pour empêcher les pollutions des eaux captées et limiter le risque de pollutions accidentelles. Or, près de la moitié des points de captage n’ont toujours pas de périmètres réglementairement définis.

Concernant ces pollutions, les modes de production agricole sont pointés du doigt par les écologistes, mais pas seulement. Une analyse de la Cour des comptes (Rapport public annuel 2010 – février 2010) souligne « la volonté insuffisante de l’État de remettre en cause l’agriculture intensive ». Un rapport du Commissariat général au développement durable (« Coûts des principales pollutions agricoles de l’eau », Études & documents n°52, septembre 2011) chiffre à « 522 milliards d’euros soit près de la moitié de la dette française » la somme qui serait nécessaire pour dépolluer le stock des eaux souterraines !

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Une pétition pour le développement de l’agriculture bio

A l’approche de l’élection présidentielle, Bio Consom’acteurs, en partenariat avec Terre de Liens et la FNAB, a lancé la pétition nationale « Osons la Bio ! » pour obtenir des candidats l’engagement de soutenir le développement de l’agriculture biologique s’ils sont élus. Objectif : 20% de terres bio en 2020.

En effet, malgré une dynamique de conversion sans précédent, la bio ne représente en France que 3% de la surface cultivée, ce qui la situe au 22ème rang européen. En dépit d’objectifs publics ambitieux, moins de 2% des ingrédients dans la restauration scolaire publique sont bio.

Pendant ce temps là, la France est toujours le 1er consommateur européen de pesticides (+2 % depuis 2008) condamnée par l’Europe régulièrement pour non respect des directives environnementales (qualité de l’eau, algues vertes, etc.)

Devant cette inertie, certains acteurs ne baissent pas les bras. Sur le terrain, des agriculteurs biologiques, accompagnés par les autorités locales, parviennent à protéger l’eau dans les zones prioritaires. Quelques initiatives ont été présentées lors d’un colloque organisé le 24 novembre 2011 par la Fnab en partenariat avec le Groupement d’agriculture biologique Ile-de-France, avec le soutien de l’agence de l’eau Seine-Normandie et le conseil régional d’Ile-de-France.

Une initiative exemplaire : l’aire d’alimentation de captage de Saint-Aubin-Sars-Poteries


Sarah Staub, chargée de
mission eau et agriculture
bio au Groupement des
agriculteurs bio du Nord-
Pas-de-Calais.

En 2006, l’aire d’alimentation de captage (AAC) de Saint-Aubin-Sars-Poteries (Nord), au coeur de la petite région agricole de l’Avesnois, est choisie pour être le territoire pilote de la première Opération de reconquête de la qualité de l’eau (Orque) du bassin Artois-Picardie : les normes de potabilité concernant les nitrates et les produits phytosanitaires y étaient ponctuellement dépassées.

Début 2005, le Pays Sambre-Avesnois avait inscrit dans sa charte le souhait de « développer des solutions agronomiques issues de l´agriculture biologique pour protéger la ressource en eau souterraine ». Et la même année, la commission locale de l´eau du Sage Sambre (schéma d´aménagement et de gestion des eaux) a validé cette orientation.

Tout naturellement, l’agriculture biologique est apparue comme une voie à développer dans le cadre de l’Orque. Objectif de ces opérations, initiées par l’agence de l’eau et mises en oeuvre en partenariat avec les collectivités locales : réduire l’ensemble des pollutions autour des captages en eau potable prioritaires.

Originalité et point fort de la démarche, tous les acteurs du territoire ayant des pratiques potentiellement polluantes pour l’eau ont été impliqués : habitants, agriculteurs, entreprises, industries, gestionnaires de voirie et d’espaces verts, jardiniers, artisans, commerçants. Cela a permis de rassembler tout le monde autour d´un but commun, l’amélioration de la qualité de l’eau, tout en évitant de stigmatiser une catégorie socioprofessionnelle.

Aujourd’hui, il y a cinq agriculteurs biologiques en plus dans l’AAC de Saint-Aubin-Sars-Poteries. Ils sont au total six et exploitent un peu plus de 6% de la surface agricole utile (SAU). Les objectifs du Grenelle de 6% de SAU bio en 2012 sont atteints grâce à quatre années d’actions dans ce territoire.

Plus largement, dans l’Avesnois, en trois années d’actions, d’octobre 2008 à septembre 2011:
– 115 diagnostics de conversion à l’agriculture bio ont été réalisés
– + 38 certifications effectives, soit 37 nouvelles fermes bio (+119% de fermes bio)
– + 2925 ha bio (+136% de SAU bio)
– + 8 millions de litres de lait bio.

Pour aller plus loin :

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