Le New Yorker déploie les grands moyens pour vérifier une allégation de faux concernant la Scientologie

A l’occasion de la publication le 14 février 2011 par le New Yorker d’un long article suscité par le départ de Paul Haggis de l’Eglise de scientologie, son auteur s’est confié à Fresh Air, une radio américaine du réseau public NPR. Ce qu’il dit est intéressant à plus d’un titre : par ce qu’il a découvert et par la solidité des faits rapportés.

New Yorker The Apostate
« L´apostat » Paul Haggis, dans l´article du
New Yorker.

Bien que moins connu que Tom Cruise ou John Travolta, le canadien Paul Haggis est une personnalité d’Hollywood. A son actif, la réalisation du film Crash (Collision) et le scénario de Million dollar baby de Clint Eastwood. Haggis a quitté la Scientologie en 2009 après 35 ans au cours desquels il avoue ne s’être jamais  trop posé de questions.

 Les rares journaux français qui ont couvert l’enquête du New Yorker se sont focalisés sur les accusations de « l’apostat » contre la Scientologie [1], classée  comme une « secte » en France [2], mais reconnue comme religion aux Etats Unis.

Mais l’enquête du New Yorker, orchestrée par Lawrence Wright, a également permis de confirmer que le charismatique fondateur de l’Eglise, Ron Hubbard, aurait menti sur sa propre histoire et l’origine de la Dianétique [3].

Des faits soigneusement établis par une équipe de « fact checking »

Lawrence Wright a expliqué à Fresh Air que le New Yorker avait appointé cinq « fact checkers », mot à mot des vérificateurs de faits, qui ont envoyé 971 questions à l’Eglise de scientologie avant la publication de l’article. Autant par  déontologie que pour se protéger d’éventuels procès. Et en septembre 2010, l’auteur de l’enquête, une partie de l’équipe de « fact checkers » et le rédacteur en chef du New Yorker, ont rencontré le porte-parole de la Scientologie, Tommy Davis, accompagné de sa femme et chargé de 47 classeurs de documents. La réunion a duré 8 heures, en présence des avocats des deux camps. Selon Wright, la partie la plus intéressante s’est jouée autour du dossier médical de l’ancien officier de marine.

 Ron Hubbard auto-guéri de blessures de guerre inconnues des archives militaires

Lors de la Seconde guerre mondiale, Ron Hubbard a servi dans la marine américaine et écrit plus tard qu’il avait été sérieusement blessé dans une bataille : « Rendu aveugle par une atteinte des nerfs optiques, et handicapé par des blessures physiques à la hanche et dans le dos à la fin de 2e guerre mondiale, mon avenir était très compromis. Considéré comme un impotent  incurable, j’ai été abandonné par ma famille et mes amis » (« Ma philosophie« ).  Il ajoute qu’il s’est guéri lui-même, alors qu’il végétait dans un hôpital militaire, en utilisant des méthodes qui deviendront le fondement de la Scientologie.

Ces allégations d’Hubbard sont depuis longtemps contestées : il n’aurait pas été blessé pendant la guerre. Wright rapporte que Davis aurait dit au début de la discussion, avec beaucoup d’émotion dans la voix : « Naturellement, c’est un fait que si M. Hubbard n’a jamais été blessé pendant la guerre, alors il ne s’est jamais guéri lui-même avec les principes de la Dianétique, alors la Dianétique est basée sur un mensonge et alors la Scientologie est basée sur un mensonge. La vérité est que M. Hubbard était un héros de guerre ».

Les explications embarrassées de la Scientologie

Notice of separation Ron Hubbard
Le document officiel des archives militaires concernant
Ron Hubbard.

Sans rentrer dans les détails, Davis reconnait que certaines pièces du dossier médical de Hubbard ne semblent pas confirmer ce qu’il disait de son vivant et que cela les avait perturbés. Ils avaient alors fait appel à un certain Fletcher Prouty qui avait conclu que Hubbard avait appartenu aux services secrets et que son dossier avait été manipulé, qu’il y avait deux jeux de documents.

Après la réunion, Davis a fait parvenir à Wright un document supposé confirmer l’héroïsme de Hubbard, une « notification de séparation » de la marine (une sorte de décharge administrative).

Ce document spécifie les médailles attribuées à Hubbard, parmi lesquelles un « Purple Heart » (médaille accordée aux blessés ou morts à la guerre) avec une palme, signifiant qu’il aurait été blessé par deux fois sur le champ de bataille.

Mais Wright s’est fait confirmer par l’Ordre du « Purple Heart » que la marine n’utilise pas de palmes, mais des étoiles pour indiquer des blessures multiples. Davis avait également joint une photo des médailles que Hubbard prétendait avoir reçues. Mais l’enquête a montré que deux de ces médailles n’ont été créées qu’après la fin de son service.

Une « notification de séparation » différente de celle des Archives nationales

Le New Yorker a alors demandé aux Archives nationales de Saint-Louis (Missouri) l’intégralité du dossier militaire de Hubbard : plus de 900 pages. Nulle part il n’y est fait mention de blessure de guerre, ni que Hubbard ait appartenu aux services secrets (NDLR : Si cela avait été le cas, cela aurait été porté au dossier, car aux Etats-Unis, les informations secrètes sont normalement déclassifiées au bout de 25 ans).

Wright y a trouvé une notification de séparation, mais notablement  différente de celle fournie par Davis. Entre autres différences (qui peuvent être visualisées sur une infographie en annexe de l’article du New Yorker), le document officiel  parle de 4 médailles, mais sans distinction ni bravoure particulière. Enfin, le signataire du premier document, un certain Howard Thomson, est totalement inconnu au bataillon. Tout cela fait dire à Eric Voelz, un archiviste ayant travaillé 30 ans à Saint-Louis, qu’il s’agit d’un faux.

L’Eglise de Scientologie, informée de ces trouvailles, a répondu au New Yorker que « rien dans le document fourni ne permettait de mettre en question sa validité ».  Et le communiqué publié par la Scientologie après la parution de l’article ne revient pas sur ce différend.

[1] Voir par exemple l’article du Figaro : La Scientologie soupçonnée de mauvais traitements 

[2] La commission parlementaire n°2468 a publié en 1995 une liste de 173 mouvements jugés sectaires sur laquelle figure la Scientologie. Cette liste très controversée, a été officiellement abandonnée par la circulaire du 27 mai 2005 relative à la lutte contre les dérives sectaires.

[3] La « Dianétique » est une méthode d´éveil spirituel ou de développement personnel. Elle vise à l´identification et la réduction systématique d´images mentales négatives inconscientes nommées engrammes (Wikipedia).

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9 commentaires pour cet article

  1. Qu´est-ce que la grandeur?
    17-02-2011 par claire56

    L´auteur de l´article devrait lire »Qu´est-ce que la grandeur? »pour savoir qui est VRAIMENT Ron Hubbard,c´est en lisant ses écrits et en écoutant ses nonbreuses conférences qu´on découvre la VERITE sur Ron Hubbard,pas en fouillant dans des dossiers médicaux qui ont pu être falsifiés,détruits,perdus…Quel mépris pour tous ceux que la Dianétique et la Scientologie ont sauvés qu´on ne prend pas la peine d´écouter! »LE PLUS GRAND défi est de continuer d´aimer ses semblables en dépit de toutes les raisons qu´on aurait de ne pas le faire. »Ron Hubbard

  2. « La tâche la plus ardue qui soit est de continuer d’aimer ses semblables en dépit de toutes les raisons qu’on aurait de ne pas le faire.
    Et le véritable signe de santé mentale et de grandeur est de le faire.
    A celui qui peut y parvenir, tous les espoirs sont permis.
    Ceux qui ne peuvent le faire ont un avenir de misère, de haine et de désespoir. Autant de manifestations totalement étrangères à la grandeur, à la santé mentale et au bonheur.
    Le premier piège est de se laisser aller à la haine.
    Certains font de vous leur bourreau. Parfois, la sécurité d’autrui exige des mesures effectives. Mais point n’est besoin de haïr en sus.
    Faire son devoir sans s’emporter contre ceux qui essaient de vous en empêcher est un signe de grandeur et de santé mentale. Et c’est la seule garantie du bonheur. »
    Ron Hubbard

  3. Ces polémiques sur le passé militaire de Hubbard ne sont pas nouvelles du tout. Le New Yorker ne fait que du réchauffé sur ce coup-là. Les deux camps ont à de nombreuses reprises produit des documents contradictoires, devant la justice américaine, et aucun des deux n´a réussi à prouver quoi que ce soit. Ceci dit, avec ce genre de documents dans un contexte aussi polémique, c´est très difficile de savoir ce qu´il en est. La falsification par l´armée américaine est possible, et c´est une pratique avérée dans de nombreuses affaires chaudes. Mais 50 ans après, malgré la déclassification, il est impossible de se faire une idée. Car quand c´est falsifié, même déclssifié cela reste falsifié. A moins que ça n´ait pas été flsifié.

  4. L´intention du New yorker est bien de traîner dans la boue le fondateur de la scientologie,sinon pourquoi ne pas déployer de grands moyens pour recueillir les témoignages de personnes qui ont été sauvées par la Dianétique et la scientologie?Le  journaliste n´a cherché et n´a retenu,sans rien prouver,que ce qui allait dans le sens de ce qu´il voulait démontrer,la fin justifiant les moyens,moyens bien petits et bien mesquins!

  5. Sur les intention du New Yorker, laissons parler l´auteur de l´article :
    « Pourquoi les gens croient à ceci plutôt quà cela m´a toujours intrigué. Les Etas-Unis tiennent une place à part dans le monde, parce que vous pouvez croire à ce que vous voulez. Il y a beaucoup d´autres pays où ce n´est pas le cas. Mais chez nous, la liberté de croyance est comme un supermarché. Vous pouvez choisir n´importe quelle croyance. Et cela pose la question : pourquoi croire en ceci plutôt qu´en cela ? Au cours de ma carrière, j´ai écrit sur les Amish, sur les Mormons, sur la Convention baptiste du Sud, beaucoup sur l´Islam aussi. J´ai passé beaucoup de temps à interviewer des gens sur leurs croyances, et la Scientologie m´a toujours intrigué, car c´est une religion tellement stigmatisée. Pourquoi les gens sont attirés par quelque chose qui a tant de connotations négatives, je pensais qu´il devait y avoir quelque chose que cette religion leur offre, et c´est ce que j´ai voulu trouver».
    (traduction de son interview à la radio Fresh Air).

    A la lecture de son article, je n´ai pas eu l´impression qu´il cherchait à traîner la Scientologie ou son fondateur dans la boue. En interviewant Paul Haggis, qui y a tout de même passé 35 ans, il s´attache à comprendre pourquoi il y est rentré, ce qu´il y a trouvé et pourquoi finalement il l´a quittée. En évoquant les questionnements relatifs au fondement même de la Dianétique, et en s´attachant à fournir des documents, il ne fait que son travail de journaliste. Pourquoi le fait que de nombreuses personnes aient trouvé dans la Dianétique un réconfort et un sens à leur vie devrait-il empêcher de chercher à clarifier ses origines. La recherche de la vérité ne fait elle pas partie des valeurs de la Scientologie ?

    Votre intervention laissant entendre que vous avez vous-même beaucoup reçu de la Dianétique et de l´Eglise de Scientologie, nous sommes prêts à vous rencontrer pour recueillir votre témoignage.

  6. Je vous remercie d´avoir répondu à mon commentaire.Je connais des personnes qui ont quitté la scientologie sans chercher à régler des comptes et sans rendre les autres responsables de leurs erreurs.Grâce à la scientologie,j´ai la certitude que je suis un être sprirituel,que l´homme est fondamentalement bon,qu´il peut s´améliorer,ce sont ses expériences passées qui expliquent ses comportements violents,ses erreurs etc.pas seulement ce qu´on lui a fait mais aussi ce qu´il a fait  aux autres.J´y ai trouvé beaucoup d´outils,de données très utiles pour mieux se comprendre,comprendre les autres,comment les aider à sortir de leurs problèmes,je ne juge plus les gens en fonction de leur appartenance politique,je sais si la personne est construcive ou si au contraire elle cherche à détruire autour d´elle.En scientologie »ce qui est vrai pour vous est ce que vous avez observé. »Moi, je parle de ce que la scientologie m´a apporté,un autre parlera plutôt de la Dianétique,chacun a son propre parcours qui dépend de ce qu´il a vécu avant,de ses problèmes.Ce n´est pas un témoignage qu´il faudrait recueillir mais des centaines car ils seraient tous différents.

  7. Sur ce site vous vous targuez de déontologie journalistique et pourtant vous ne faites ici que relayer la thèse de Lawrence Wright. Cette thèse a été sérieusement mise à mal par une multitude de preuves apportées par Tommy Davis dont le journaliste n´a absolument pas tenu compte. Ne relayer ici qu´une justification supplémentaire et isolée de Lawrence Wright, sans chercher à connaître tout ce que l´Eglise de Scientologie a contesté et les preuves qu´elle a apportées, c´est déjà prendre parti. J´ai moi-même écouté le témoignage d´un marin qui avait servi sous les ordres du lieutenant Hubbard pendant la 2e guerre mondiale et j´ai vu des photos de lui lorsqu´il commendait un navire chasseur de sous-marins. Je n´ai aucun doute qu´il a bien été un héros de la 2e guerre mondiale. Par contre, très tôt il poursuivait des recherches sur le mental que l´armée américaine a cherché à s´approprier. Devant le refus catégorique de Hubbard, il est tout à fait possible que l´armée a ensuite falsifié des documents d´archives pour discréditer Hubbard. Au début des années cinquante, Hubbard était très critique sur les expériences de contrôle mental que menaient alors les services secrets, associant douleur, drogue et hypnose (le fameux projet MK ULTRA dont des bribes ont été déclassifiées par la suite). Raison supplémentaire pour en vouloir à Hubbard. Enfin, je dois préciser que je n´ai aucun doute que la dianétique fonctionne, l´ayant moi-même utilisé sur plusieurs personnes qui ont toutes ressenti à diverses reprises et divers degrés des soulagements très importants.

  8. Je ne comprends pas cependant tout le touintouin que l´on fait au sujet de sa vie privée. Et pourquoi ses fans ont construit une Eglise autour de lui: c´est du délire de groupie ! Cela me fait penser à quand je m´intéressais à Jiddu Krishnamurti, qui disait ne pas être un guru, pourtant il a toujours des centaines et des centaines de disciples et des organisations fondées autour de sa personne…

  9. L´article d´Ouvertures fait état de l´enquête pour laquelle les journalistes du NY avaient envoyé 971 questions à l’Eglise de scientologie et rencontré effectivement son porte-parole Tommy Davis. Il y a donc bien eu débat contradictoire. Ce n´était pas une simple accusation unilatérale.
    Ceci dit, il est vrai que pratiquement jamais les journaux n´exposent les éventuels bienfaits du mouvement. Si vous pensez que vous avez des élements concrets à apporter, nous sommes disposés à vous écouter.

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