Les bio-contrôles veulent concurrencer les pesticides

Un nouveau type de produit à base de micro-organismes naturels, appelé « bio-contrôle », permet de renforcer les capacités de lutte des plantes contre leurs agresseurs.


Eutypiose, maladie de la vigne
en Charente (France)

Suite à l’interdiction en 2001 de l’arsénite de sodium, molécule toxique pour les agriculteurs et l’environnement, puis de l’Escudo en 2007, les maladies du bois de la vigne (parasite s’attaquant au bois des ceps) inquiètent les viticulteurs ne disposant plus de produits de substitution autorisés.
Le ministère de l’agriculture vient d’homologuer et d’autoriser la commercialisation immédiate, à titre dérogatoire (article R 253-50 du code rural), d’un nouveau produit : Esquive WP, un « bio-bontrôle » à base de micro-organismes naturels issus de la biodiversité.

C’est une nouvelle manière d’envisager les phytosanitaires, dans laquelle on remplace l’équation « maladie = traitement de choc » par un traitement préventif sur le long terme, en misant sur la capacité de la plante à activer des défenses naturelles. Ce qui permet de limiter l’utilisation de molécules polluantes.

Esquive WP est mise sur une souche du champignon trichoderma atroviride, micro-organisme existant dans le milieu naturel. Il pénètre dans le cep et a une action antagoniste vis à vis des champignons pathogènes responsables des maladies. Plusieurs partenaires ont collaboré à la mise au point d’Esquive : Cnrs (métabolites), Institut national de la recherche agronomique (Inra) Dijon (marqueur moléculaire, écologie, devenir dans l’environnement, tests d’efficacité), Inra Bordeaux (efficacité), ITV (micro-vinifications), Adria de Quimper (production).

« Un potentiel énorme »

Le docteur Bachar Blal est directeur technique, responsable de la recherche-développement et de la validation des produits chez Agrauxine : « Le mot bio-contrôle a été forgé pour distinguer nos procédés, basés uniquement sur les micro-organismes vivants, des pesticides qui utilisent, eux, des produits chimiques de synthèse. C’est important d’un point de vue environnemental mais aussi réglementaire, comme nous avons eu l’occasion de le dire au Grenelle de l’environnement. Nous nous battons pour être reconnus comme une voie alternative et ainsi éviter d’être listés dans le plan de réduction de l’usage des pesticides Ecophyto 2018.

« Nous sommes bien dans le cadre de produits phytosanitaires, mais nos produits sont sélectionnés dans la nature, traités et conditionnés par nos soins, avant d’être relâchés dans cette même nature où ils sont réintégrés ou éliminés. Ils ne sont pas modifiés génétiquement, d’abord parce que ça coûterait très cher, mais aussi parce que, écologiquement, ils participent sans risques aux équilibres naturels. Utilisés comme symbiotes ou antagonistes, ces micro-organismes ne tuent pas les pathogènes, mais les réduisent ou les inhibent. Le potentiel d’utilisation des bactéries, champignons, moisissures, enzymes et levures naturels comme bio-contrôle ou fertilisants est énorme et encore très peu exploré. »

Esquive WP est commercialisé par le groupe quimpérois Agrauxine. Créé en 2002, cette société conçoit et produit des fertilisants et des produits phytosanitaires naturels de bio-contrôle à base de micro-organismes tels que les champignons microscopiques. Elle commercialise déjà un fertilisant homologué depuis 1998. A base d’endomycorhize, un micro-organisme ayant la particularité d’augmenter le développement racinaire et l’absorption minérale des végétaux, cet engrais renforce les défenses naturelles des plantes et leur résistance à la sécheresse. Une autre homologation est attendue prochainement pour Antibot, un anti-botrytis (botytris: champignon qui attaque les vignes) totalement naturel attendu par les producteurs de tomates.

Les producteurs de bio-contrôles sont regroupés au sein de l’Ibma (International Bio-Control Manufacturer’s Association).

Cette nouvelle voie est supposée, par leurs promoteurs, « offrir des alternatives fiables et rapides à de nombreuses molécules chimiques » et « représenter une quatrième voie pour une agriculture durable » entre le tout chimique, le tout OGM et le zéro protection.

Exemple : l’autorisation d’une variété de maïs OGM présentée comme l’unique solution pour lutter contre la pyrale (papillon dont les chenilles peuvent infester massivement le maïs). Il existe une «alternative de bio-contrôle : le trichogramme, un insecte qui parasite les œufs de pyrale est à peu près aussi efficace qu’un traitement chimique». 20% des surfaces de maïs sont traitées en France avec cet insecte.

Autre exemple, la lutte contre le carpocapse (le ver des pommes), parasite aujourd’hui traité par deux produits biologiques développés par NPP (en partenariat avec l’Institut national de la recherche agronomique – Inra) et par Sumiagro. Solutions ne laissant pas de résidus dans les fruits, elles sont utilisées en France sur plus de 40 000 ha.

Autant d'alternatives qui permettent d'espérer une réduction croissante de la consommation de pesticides nocifs, quand ils sont employés trop largement comme aujourd'hui, pour l'environnement comme pour la biodiversité et la santé humaine.

Pour aller plus loin :

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1 commentaire pour cet article

  1. bonjour,
    bien que la photo soit petite, il me semble que ce n’est pas de l’eutypiose, mais de l’érinose, ce qui est un peu gênant si on se dit spécialiste de la lutte contre cette maladie…

    cordialement

    pln

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