Mme Monteiro (Bénin) : « Il faut sanctionner ceux qui rançonnent les patients et leur vendent illicitement des médicaments »

Laurence Monteiro, présidente de l’association des sages-femmes du Bénin et membre du conseil d’administration de l’Agence nationale de la gratuité de la césarienne (Angc), fait le bilan de la mesure prise par le gouvernement de largement subventionner les césariennes. Elle indique ce qu’il faudrait améliorer.

Depuis le 1er avril 2009, le gouvernement subventionne à hauteur de 150 € chaque opération de la césarienne. C’est une mesure à portée sociale, car les frais de cette intervention médicale sont au-dessus des revenus de l’immense majorité des ménages du pays. De ce fait, l’opération de la césarienne était un épouvantail dans l’esprit des femmes qui devaient la subir ; elles redoutaient, à cause du manque de moyens, de passer de vie à trépas. La subvention de 150 € a été fixée après une étude préliminaire qui a déterminé que ladite opération coûtait en moyenne entre 91 et 121 € aux patients. Mais il arrive qu’il y ait dans certains cas des complications et que le coût de l’opération dépasse le plafond prévu par le gouvernement. Dans une telle éventualité, les patients paient uniquement la différence.

Ouvertures.- La mesure relative à la gratuité de la césarienne dans les hôpitaux publics a été mise en œuvre il y a près de trois ans. Quel bilan pouvez-vous en faire ?


Photo : B. Houenoussi.

Laurence Monteiro.- C’est une bonne initiative, car elle permet de sauver la vie de ces femmes dont les époux n’ont pas les ressources financières nécessaires pour payer l’opération de la césarienne. Mais c’est un bilan mitigé. Ces dernières semaines, les membres de l’Agence nationale de la gratuité de la césarienne (Angc) ont visité les 44 hôpitaux retenus dans le cadre de la mise en œuvre de cette mesure. Sur cette liste, il y a aussi bien des centres de santé du secteur public que des hôpitaux confessionnels (Ndlr : La gestion de ces centres de santé, revient à l’église catholique du Bénin ou aux autres confessions religieuses). Nous avons constaté que certains hôpitaux publics violent les dispositions contenues dans le décret instituant la gratuité de la césarienne. Les hôpitaux confessionnels, eux, respectent scrupuleusement ces dispositions.

– Pouvez-vous préciser ?

Le décret stipule que la mesure de gratuité est relative à plusieurs aspects. Il s’agit de l’hospitalisation de la patiente durant 5 jours, de la transfusion sanguine, des médicaments, de l’acte opératoire et des kits. Nous avons constaté qu’on continuait de prescrire dans certains hôpitaux publics, des médicaments aux femmes qui ont subi la césarienne. Ces patientes ainsi sont rançonnées par certains personnels de ces hôpitaux publics, qui profitent de leur détresse pour leur prescrire plusieurs ordonnances à la fois (voir encadré). La passivité de ceux qui gèrent certains de ces centres de santé, me désole. Ils ne sont même pas au courant du fait que certains de leurs collaborateurs rançonnent impunément les patients. Mis à part cela,  le personnel de certains des 44 hôpitaux choisi est insuffisant. Par exemple, dans certains de ces centres, il n’y a pas d’anesthésiste.

Césarienne et gratuité

La gratuité de la césarienne, c´est principalement une subvention, 100 000 Fcfa (150 euros). Elle prend en compte les frais d´hospitalisation de la patiente durant 5 jours, la transfusion sanguine, l´acte opératoire, les kits et les médicaments.

Il est indiqué, dans le décret instituant la mesure de gratuité de la césarienne, que si ces frais dépassent 100 000F, la patiente doit payer le surplus.

Certains agents de santé indélicats s´arrangent pour prescrire des ordonnances inutiles aux patientes, de manière à dépasser le plafond des 100 000 F.

B. H.

– Que préconisez-vous ?

– Il faut redéfinir clairement le concept de la gratuité de la césarienne. Il s’agit aussi de renforcer le personnel manquant, de sensibiliser ceux qui travaillent déjà dans les hôpitaux choisis. Cette sensibilisation doit concerner aussi les populations dont les plaintes sont nombreuses par rapport aux abus de certains hôpitaux. Je me réjouis en tous cas de la maturité de cette population. Il faut sanctionner ceux qui rançonnent les patients, et qui leurs vendent illicitement des médicaments. L’Angc a besoin d’une plus grande marge de manœuvre, de plus de pouvoir, car les prérogatives de son conseil d’administration sont limitées. Elle pourra réprimer les personnes prises en flagrant délit de rançonnement et de vente de médicaments.

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