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Nanotrucs dans les supermarchés : ni vus, ni connus

nanoparticules

Institut européen des membranes, Montpellier. © CNRS Photothèque/Cot Didier.

Partout mais imperceptibles, les nanoparticules sont déjà aussi dans nos aliments. Les pouvoirs publics, qui commencent à s’inquiéter des risques sanitaires de ces infimes molécules, demandent aux industriels de transmettre leurs informations. Mais ceux-ci rechignent à la transparence.

Des nanoparticules d´oxyde de zinc peuvent être intégrées aux crèmes solaires. Ce sont des filtres UV classiques qui, à l´état de nanoparticules, permettent aux crèmes de ne plus laisser de traces blanches sur la peau. Observation d´un cristal d´oxyde de zinc formé lors de l´élaboration d´un matériau. Largeur : 15 micromètres.

Pansements ou vêtements aux nanoparticules d’argent, crèmes cosmétiques ou ciments aux oxydes de titane nanométriques, bières ou aliments renfermant des nanoparticules de silice, les produits «nano» sont présents dans tous les étals de nos supermarchés. L’institut américain Woodrow Wilson a recensé environ 700 produits de la vie courante utilisant des nanoparticules: raquettes de tennis, vélos, pièces de voiture renforcés par des nanotubes de carbone, réfrigérateurs ou couverts enrobés de nanoargent (antibactérien), bétons de revêtement de certains bâtiments (Cité de la musique à Chambery ou église du jubilée à Rome, trottoirs de la ville de Vanves).

La définition «Nano», qui désigne tous les dispositifs et matériaux comportant des éléments nanométriques (inférieurs à 100 nanomètres soit 0,1 microns), est vague et aboutit à considérer dans cette catégorie des choses qui n’ont rien à voir. Cependant, «tous ces produits exploitent les propriétés liées à la petite taille des nanoparticules», explique l’américain Michael Holman, conseiller chez Lux Research. C’est l’incorporation de ces fonctions nouvelles qui génère de nouveaux potentiels et une «chaîne de valeur».

Des nanocapsules transportent les vitamines

Ainsi des produits classiques se trouvent «améliorés» par l’inclusion de nanoéléments, comme l’additif dentaire de 3M, le nano-textile des pantalons d’Eddie Bauer, ou les peintures waterproof «nano-guard» de Behr…

Dans le domaine alimentaire, beaucoup de groupes réalisent des nanocapsules pour transporter vitamines et autres suppléments (Shemen industries ou SportMedix qui fait des biorégulateurs nanostructurés à destination des sportifs). Ainsi Aquanova, basée à Darmstadt, a reçu le prix d’excellence pour ses sphères de 30 nanomètres utilisées en cosmétique ou en nutraceutique.

Un logo et un certificat « nano-free » pour les produits de consommation

Si vous pouvez acheter des chaussettes ou sparadrap « nano », des pneus renforcés aux nanotubes de carbone ou vous promener sur des trottoirs en nanociment, vous ne pouvez pas repérer les aliments ou les cosmétiques issus des nanotechnologies. Pour lutter contre cette difficile discrimination, la Soil Association, structure britannique de promotion de l’agriculture biologique, vient de créer un standard « nano-free » pour les produits de consommation. L’association certifie des cosmétiques, aliments et textiles dépourvus de nanomatériaux fabriqués par l’homme. Tout produit contenant des nanoparticules manufacturées inférieures 200 nanomètres est exclu. Ainsi le logo de la Soil Association, apposé sur les emballages, certifie l’absence de nanoparticules manufacturées.

Le marché des nanocapteurs biologiques (1.4 milliard de dollars) inclus dans les emballages est aussi très attractif (voir l’activité de Hansen Technologies aux Etats-Unis). L’objectif majeur est de prolonger la durée de vie des aliments en ajoutant des antibactériens ainsi que des exhausteurs de goût. Les bouteilles plastiques plus résistantes que le verre et empêchant l’oxydation ou l’inclusion de nanoargent dans les ustensiles de cuisine pour décontaminer font aussi partie des applications déjà présentes sur le marché.

Ces innovations arrivent donc sur le marché et tout serait parfait dans le meilleur des mondes si certains toxicologues n’avaient tiré la sonnette d´alarme sur des risques inédits, induits par des nanoparticules très réactives capables de pénétrer dans le cerveau, le placenta, et d’avoir des effets mutagènes dès lors qu’elles s’immiscent au cœur du noyau cellulaire.

Gunter Obersdoster, éminent toxicologue américain a attiré l’attention, dès 2004, sur les risques cancérigènes «de type amiante» des nanotubes de carbone. Selon un sondage publié dans le journal Nature du 25 novembre 2007 auprès de 363 scientifiques américains, ces derniers redoutent l’apparition de nouveaux problèmes de pollution et de santé provoqués par le développement des nanotechnologies.

On assiste donc à une course de «rattrapage» pour tenter de cerner précisément, et au cas par cas, les risques sanitaires de certaines nanoparticules. Alors même que des chercheurs, des ouvriers, des producteurs, des consommateurs sont d’ores et déjà exposés.

Eviter une guerre comme autour des OGM

La situation n’est pas confortable pour les pouvoirs publics. Ainsi Robert Madelin, directeur de la Direction générale Santé et consommateurs (Sanco), s’est retrouvé en octobre dernier en position de supplier les industriels de transmettre des informations sur ce qu’ils font : «Que les industriels dans cette salle qui ne font pas de nanoproduits se lèvent !» a-t-il osé, en octobre dernier face aux représentants de Danone, Nestlé, Kraft, Coca-Cola, L’Oréal, Unilever, Cargill… insistant sur le droit de savoir des consommateurs qui risquent fort «d’être furieux d’apprendre des choses a posteriori».

L’enjeu est de construire de la confiance en changeant les postures erronées qui ont conduit à la guerre autour des OGM. Le NanoForum qui se déroule actuellement au Conservatoire national des arts et métiers (Cnam), à la demande du Comité interministériel sur les nanotechnologies, a cette mission de réunir les acteurs concernés pour qu’ils partagent leurs connaissances et leurs questionnements. Nanociments, nanocosmétiques, nanoaliments ont été abordés depuis septembre. Mais les industriels rechignent à apporter leur contribution.

Pourtant, inclure les préoccupations sociétales dans les dynamiques d’innovation est devenu incontournable. D’autant que des problèmes éthiques s’ajoutent aux enjeux sanitaires des nanotechnologies, avec des dispositifs électroniques invisibles capables de surveiller ou localiser, des stimulateurs cérébraux intégrés ou encore la fabrication d’organismes vivants sur-mesure.

Dorothée Benoit Browaeys
Journaliste, co-fondatrice et déléguée générale de Vivagora

Comment mettre l’innovation en démocratie ? 

Les processus industriels d’innovation sont de plus en plus questionnés par des exigences sociales nouvelles : demandes sanitaires, revendications environnementales, considérations éthiques. Des cadres législatifs instaurent des obligations nouvelles : Convention d’Aarhus (1998), loi sur la démocratie de proximité (2002), loi NRE (nouvelles régulations économiques – 2001), principe de précaution dans la Constitution (2005).
Comment les acteurs industriels et économiques vivent-ils ces transformations ? Sont-elles vécues comme des contraintes ou comme des opportunités ? Le débat public peut-il devenir un nouveau carburant de l’innovation ?
Comment organiser cet espace public de concertation où le citoyen peut être mieux informé, partager ses expertises, s’impliquer, influencer et devenir acteur durable des choix qui le concernent?
Telles sont les questions auxquelles tentera de répondre un colloque, animé par Vivagora, organisé le mardi 18 mars au conseil régional Ile-de-France, Paris. Avec le soutien du ministère de l’écologie, du conseil régional Ile-de-France et de Genopole. En partenariat avec la Cnil, la Fing, Centrale-Ethique, Reporters d’espoirs. Avec le parrainage de l’Académie des Technologies.


Références utiles :

– Les promesses des aliments nanotechnologiquement modifiés, Jean-Marc Manach, internet Actu.
Rapport du Comité de la prévention et de la précaution (CPP) mai 2006.
Rapport AFSSET

Associations
Amis de la Terre et en anglais.
ETC Group, Rapport Down on the farm, The impact of Nano-scale technologies on Food
and Agriculture, novembre 2004.

Pour aller plus loin :

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