► L'imagination, base du cartésianisme ? «Toute la philosophie cartésienne est dominée, si ce n'est même régie, par une logique de l'imaginaire». Son projet, les conditions de son exécution, la morale qu'elle promet et celle qui l'accompagne, tout est imaginaire dans cette philosophie réputée ne rien devoir qu'à la raison. Telle est la thèse que développe Nicolas Grimaldi, ancien professeur de philosophie à la Sorbonne dans un livre récent. Tout commence, selon l'auteur, «par le faramineux projet qu'imagine Descartes d'inaugurer une science si nécessaire que tout s'y déduirait, et si universelle qu'il n'y aurait aucune réalité qui n'y fût absolument réductible». Bref, par une volonté d'établir une correspondance parfaite entre le réel et le rationnel, telle celle que Hegel a par la suite systématisée affirmant «le réel est le rationnel; le rationnel est le réel».
Cette vision d'une science totale, le philosophe français en fut si impressionné «que le feu lui prit au cerveau et qu'il tomba dans une espèce d'enthousiasme». Comme le raconte son biographe (La Vie de M. Descartes, Adrien Baillet, biographie, 1691), Descartes remarqua qu’«il ne se trouve point tant de perfection dans les ouvrages composés de plusieurs pièces et faits de la main de divers maîtres que dans ceux auxquels un seul a travaillé. (…) Il considéra que pour avoir été enfants avant que d’être hommes, et pour nous être laissés gouverner longtemps par nos appétits et par nos maîtres, qui se sont souvent trouvés contraires les uns aux autres, il est presque impossible que nos jugements soient aussi purs, aussi solides qu’ils auraient été si nous avions eu l’usage entier de notre raison dès le point de notre naissance et si nous n’avions jamais été conduits que par elle».
Le père de la philosophie moderne se couche alors «tout rempli de son enthousiasme, et tout occupé de la pensée d’avoir trouvé ce jour là les fondements de la science admirable, il eut trois songes consécutifs en une seule nuit, qu’il s’imagina ne pouvoir être venus que d’en haut». Il aperçut en rêve deux livres : un dictionnaire et un recueil de poésies d’anciens auteurs latins. Il voulut y lire quelque chose ; à l’ouverture du livre, il tomba sur le vers «Quod vitae sectabor iter ? Etc.» («Quelle voie suivrai-je dans la vie ?», des propos de Pythagore sur l’ambiguïté d’un choix dans la vie ).
Le dictionnaire symbolisait «toutes les sciences ramassées ensemble». Le recueil de poésies «marquait la philosophie et la sagesse jointes ensemble». Il ne fallait pas s’étonner «de voir que les poètes, même ceux qui ne font que niaiser, fussent pleins de sentences plus graves, plus sensées et mieux exprimées que celles qui se trouvent dans les écrits des philosophes. Il attribuait cette merveille à la divinité de l’enthousiasme et à la force de l’imagination, qui fait sortir les semences de la sagesse avec beaucoup plus de facilité et beaucoup plus de brillant même que ne peut faire la raison dans les philosophes».
Un bel hommage au "penser par soi-même"...
- Descartes et ses fables, Nicolas Grimaldi, PUF, Paris, 2006. ► Nouvelle philosophie cosmique Dans la cosmologie moderne, une «nécessité réciproque» relie science et philosophie. L’extraordinaire explosion des découvertes de la science a pu se faire après que la religion et la métaphysique eurent été évacuées de son champ d’investigation. La révolution copernicienne a été une manière d’isoler et de séparer ce qui est du domaine des idées et des faits. Ainsi, la question du “tout de la nature” a été exclue comme n’étant pas du domaine de l’observable ou de l’expérimentation. Or, avec l’avènement de la relativité générale et l’élaboration de la théorie du big bang, l’Univers dans son ensemble est redevenu objet de science. Mais celle-ci, liée à l’observation des seuls faits, se trouve désormais impuissante à donner du sens à ce tout. D’où la nécessité du recours à la philosophie, qui peut seule proposer une théorie générale. Mais, cette fois-ci, la pensée est cadrée par les constats empiriques qui l’empêchent d’errer dans les extravagances de certaines croyances et religions. - "Du cosmos au Big Bang : la révolution philosophique", Jean-François Robredo, PUF, coll. Science, histoire et société, Paris, 2006.
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