Pub et info : « La Recherche » mélange les genres

« Le Savoir du corps ; réflexions croisées sur le soin », tel est le titre de ce supplément du magazine La Recherche paru en ce début décembre 2010 (n° 447). Présenté comme un « cahier spécial », il s´agit en fait d´une publicité déguisée. Un exemple typique – et courant – de ce mélange des genres entre information et publicité savamment orchestré par les médias.

Nulle part il n’est indiqué dans ce cahier spécial qu’il s’agit d’une commande publicitaire. Bien sûr, la rédaction ou l’éditeur tenteront de se dédouaner en faisant remarquer que leurs lecteurs sont intelligents, qu’ils l’auront compris d’eux-mêmes : le logo du commanditaire (laboratoire Servier) est affiché en pied de une et le bas de chaque page comporte la formule « Servier/La Recherche ».

Il n’empêche. C’est une règle sacrée : information et publicité doivent être clairement distinguées. Règle vitale pour la crédibilité de la profession mais règle tellement bafouée aujourd’hui que les médias ne prennent même plus le minimum de précautions nécessaires. L’indécence s’affiche dans la certitude de son impunité.

Ici, le fascicule est ainsi présenté : « Les sujets évoqués dans ce numéro spécial proposent un tour d’horizon des problématiques de soin, entre le possible, l’idéal et les promesses d’avenir. Autant de visions sans cesse confrontées aux attentes changeantes de la société, analysées ici du point de vue médical, sociologique, éthique, psychologique et culturel ».

L’intention est bien d’offrir au lecteur une véritable « analyse » journalistique, réalisée sous des angles différents, y compris sous celui de l’« éthique » [sic]. Le projet est clairement mené sous l’égide de la directrice de la rédaction du magazine, Aline Richard.

Dans l’ours du supplément, on mentionne que ce « cahier spécial » a été élaboré avec « la collaboration du Groupe de Recherche Servier ».

Et si l’éditorial est signé du philosophe Luc Ferry, les deux pages centrales offrent au lecteur un long entretien avec le docteur Jacques Servier qui s’exprime « avec beaucoup d’humanisme »…

>> A l’heure où l´influence des laboratoires pharmaceutiques est de plus en plus critiquée par la population, et où un médicament du laboratoire Servier, le Mediator, est mis au pilori pour avoir provoqué 500 morts en 30 ans, on s’interroge sur les fondements de la politique éditoriale du magazine. Certes, la décision de publier ce supplément a dû intervenir avant que les méfaits du Mediator ne soient officiellement reconnus. Mais on peut s´étonner qu´elle ait été maintenue alors que le contexte avait évolué : cela ne peut en effet qu´accentuer le sentiment de défiance du public envers les laboratoires et la presse.

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