Quand l’information nuit à votre santé !

L’information « différente » dans le domaine de la santé est considérée par les autorités comme « contraire à l’ordre public ». Elle ne mérite donc pas l’aide à la presse que reçoivent les journaux. Une forme de soft censure (soft parce qu’indirecte) pratiquée en France au détriment du pluralisme démocratique.

Le numéro qui a provoqué le retrait de n° de commission paritaire.

Stupeur à la rédaction du magazine Grandir Autrement : la Cppap (commission paritaire de presse) vient de lui supprimer son agrément pour “non conformité aux préconisations thérapeutiques en vigueur”, telles que définies par la Direction générale de la santé ! Cette décision constitue une forme de censure. En effet, supprimer l’agrément Cppap revient à faire disparaître un journal de taille modeste car il ne peut plus bénéficier des mêmes aides publiques[1] que celles reçues par ses concurrents.

Après Nexus, Info traitements et Pratiques de santé, c’est encore un magazine indépendant des lobbies financiers et pharmaceutiques qui est ainsi visé.

Quel est le danger de Grandir Autrement ?

Ce bimestriel (7 000 exemplaires) s’adresse aux parents. Il se dit « porteur d´un message de parentage proche des rythmes et besoins du tout petit, ainsi que d´éducation respectueuse et sans violence des enfants. Grandir Autrement est conscient de l’importance de sauvegarder notre environnement pour l´avenir de nos enfants et des générations futures. Il cherche avant tout à apporter des informations objectives étayées dans la mesure du possible par des données scientifiques. Les annonceurs qui participent à la vie du magazine sont rigoureusement sélectionnés, afin de conserver une véritable liberté d’expression et un regard critique ».

Ce magazine se dit par ailleurs destiné aux « parents qui recherchent des alternatives à ce qui est présenté dans la presse traditionnelle ».

Voilà qui semble bien sympathique. Que lui reproche alors la Cppap ? : « En ce qui concerne Grandir Autrement, au vu des pièces versées au dossier, notamment le numéro 13 de septembre 2008, la commission s’appuyant par ailleurs sur les conclusions de la direction générale de la santé qu’elle a préalablement saisie pour avis, a constaté que cette publication contenait certaines informations et prétentions médicales qui ne paraissent pas conformes aux préconisations thérapeutiques en vigueur et aux règles de déontologie médicale. Sur la base de ce constat, la Commission a considéré que la publication était dépourvue du caractère d’intérêt général quant à la diffusion de la pensée exigé par les textes. »

Les motivations de la Cppap

Nous avons demandé à la Cppap ce qui avait motivé précisément sa décision. Voici la réponse que nous a présentée Fabrice de Battista, son secrétaire général : « L´élément déterminant, qui est concordant avec l´avis de la Direction générale de la santé, est l´article intitulé « Autres méthodes naturelles de régulation des naissances » qui figure à la page 37 du numéro 13 de septembre-octobre 2008. Les méthodes présentées dans cet article apparaissent en effet n´avoir fait l´objet d´aucune validation scientifique démontrant leur innocuité et leur efficacité éventuelle. Elles ne correspondent pas, en tout état de cause, à des prescriptions susceptibles d´être faites dans le cadre médical selon les règles de déontologie en vigueur.
La Commission a relevé par ailleurs, au sein de ce même article, la mention d´un lien vers une page Internet présentant des recettes abortives manifestement non conformes aux dispositions du Code de la santé publique relatives à l´interruption volontaire de grossesse.
La Commission a considéré que ces seuls éléments suffisaient à disqualifier la publication dans son ensemble et à la priver du caractère d´intérêt général exigé pour l´accès aux aides publiques réservées à la presse écrite ».

Vérité sanitaire

Ce constat pose une question capitale. Une commission composée uniquement de représentants des pouvoirs politique et économique (patrons de presse) est-elle justifiée, en démocratie, à dire ce qui est ou non de l’intérêt général en matière de santé ? Si oui, comme c’est le cas en France, toute information sur les thérapies alternatives ou complémentaires peut subir son couperet. Il y a une vérité sanitaire à respecter. C´est le triomphe du dogme. Le reste est hérésie, danger pour les citoyens et ne mérite pas de participer au débat public. Et seuls les scientifiques et les pouvoirs publics peuvent dire le vrai dans le domaine de la santé.

La Cppap est une instance paritaire. Elle est composée de représentants de l’ordre public et des administrations concernées par les aides, d’une part, et des patrons de presse, d’autre part. Cela veut dire que les éditeurs participent officiellement à la définition de ce qui est licite ou non en termes d’infirmation sanitaire. Ils sont juges et parties. Souvent financés par l’industrie pharmaceutique par le biais des annonces publicitaires, ces éditeurs peuvent condamner à la mort des publications indépendantes qui « présentent des alternatives » à leurs propres informations, comme Grandir Autrement.

En outre, la Cppap a toujours refusé de s’ouvrir à d’autres partenaires, par exemple les journalistes ou des représentants du public. Le bon usage de la liberté de la presse ne peut être laissé à une instance composée uniquement à des représentants des pouvoirs (politique et économique).

À l’heure où les liens entre santé et intérêts financiers ont montré les risques d’une confiance aveugle envers les autorités, il est regrettable que la presse dans son ensemble se désintéresse de cet abus de pouvoir.

 >> Cppap : le site ; sur wikipedia.


[1] Tarifs postaux préférentiels et une TVA réduite à 2,1% sur les recettes de vente au numéro et des abonnements.

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