Québec : des acteurs de poids réclament une meilleure régulation des médias

Un grand débat public, « Pour l´information au service de l´intérêt public« , a été lancé en novembre 2011 par la ministre des communications, de la culture et de la condition féminine, Christine Saint-Pierre. L’occasion pour certains de réclamer un renforcement de la régulation des médias.


John Gomery, président du Conseil de presse du Québec.Photo : PC.

John Gomery, le président du Conseil de presse du Québec (CPQ), demande au gouvernement d´adopter une loi pour contraindre les médias à adhérer à ce tribunal d´honneur de la profession.

Le Conseil de presse reçoit les plaintes du public. C’est un système d´autorégulation auquel l´adhésion est volontaire. Actuellement, nombre de médias sont membres du Conseil de presse mais Quebecor, qui représente 40 % de la diffusion de l’information, s´en est retiré à l´été 2010, en reprochant au Conseil le caractère « arbitraire » de ses décisions.

« Or, argumente John Gomery dans La Presse, qui fut juge dans une vie précédente, les résultats préliminaires d´une étude approfondie de notre jurisprudence, que nous avons récemment entreprise, démontrent plutôt la cohérence générale de nos décisions. Si on peut effectivement trouver ci et là, dans les décisions du comité des plaintes du CPQ, quelques raisonnements contestables, on doit reconnaître en revanche que la même chose est vraie des décisions rendues par n´importe quel tribunal. Leur légitimité n´en est pas pour autant amoindrie. »

Le président du CPQ se veut très clair sur le pourquoi de son interpellation du gouvernement : « Jamais n´a-t-il été question d´inviter l´État québécois à s´immiscer dans la régulation des médias. Nous croyons toujours, au Conseil, que la régulation du milieu journalistique doit être autonome, autrement dit, que l´on doive poursuivre sur la voie de l´autorégulation. Mais l´efficacité de celle-ci dépend nécessairement de la participation de tous les joueurs importants.

« L´information est un bien public, et ceux qui la produisent doivent être redevables devant ceux à qui elle est destinée. Cet impératif nous place devant une alternative de deux choses l´une: ou les joueurs acceptent volontairement de se réguler eux-mêmes, ou ils doivent être forcés de le faire.

« Et si aujourd´hui nous en sommes rendus, comme plusieurs autres, à demander une intervention du législateur, ce n´est pas faute d´avoir essayé de faire fonctionner la première option. Celle que nous avons suggérée cette semaine n´a jamais été autre chose qu´un plan B ».

« Il faut une loi-cadre ! »


Louis Roy, président de la CSN. Photo : André Tremblay/La Presse.

De son côté, Louis Roy, président de la Confédération des syndicats nationaux (CSN), est monté au créneau dans une tribune parue dans La Voix de l’Est. Il demande aux pouvoirs publics de renforcer le rôle de régulateur des médias qu’est le Conseil de presse. Il leur demande également d’intervenir « afin de veiller à ce que l´offre d´information et les conditions de pratique du journalisme professionnel ne se détériorent davantage. À notre avis, il est clair que la concentration, la convergence, la commercialisation de l´information, les changements technologiques et la confusion des genres ont considérablement transformé la manière de faire de l´information ».

Pour le syndicaliste, « les médias ne sont pas une industrie comme les autres. Ils jouent un rôle déterminant dans le maintien et la construction de la démocratie. Ils participent à la définition du bien commun dans une société. À ce titre, ils sont des acteurs non sans défauts, mais essentiels à la formation de l´opinion, à son expression et à l´engagement social. Encore faut-il pour cela que nous puissions être en mesure de préserver la liberté de la presse, sa qualité et sa diversité ».

C’est pourquoi la CSN réclame « une loi-cadre de l´information [pour] garantir le pluralisme et la diversité des voix, le droit du public à une information indépendante et de qualité, en conformité avec l´intérêt public ». La CSN est la deuxième plus grande centrale syndicale du Québec par le nombre de ses membres.

Louis Roy déplore que la consultation menée par la ministre Christine Saint-Pierre soit « très peu répercutée dans les médias ». Pourtant, celle-ci « comporte des enjeux majeurs et constitue une occasion privilégiée de réfléchir sur les moyens concrets que nous avons à notre disposition pour assurer à la population du Québec la disponibilité d´une information d´intérêt public, de qualité et diversifiée, et ce, dans toutes les régions ».

 Une décision récente du Conseil de presse 

« Atteinte à la vie privée et utilisation de procédés inéquitables et sensationnalisme » : c’est ce qu’a conclu, le 6 décembre 2011, le comité des plaintes du Conseil de presse du Québec à propos du comportement d’un journaliste du Groupe TVA qui a conduit à un blâme.

« Le 30 mars 2011, suite à la mise en accusation d´un jeune homme pour conduite avec faculté affaiblie ayant causé la mort, le journaliste Patrick Bégin se présente à la maison familiale de l´accusé afin d´obtenir, à chaud, les réactions de sa mère devant une vidéo qui circule sur le net, montrant son fils buvant une bière au volant.

Le comité des plaintes a jugé qu´en se présentant au domicile du jeune homme, sans s´annoncer et sans avertir la mère du jeune homme qu´elle était enregistrée et filmée, le journaliste s´est adonné à ce qu´on appelle du journalisme d´embuscade, où « l´objectif apparaît davantage de piéger les personnes ou les instances mises en cause dans l´enquête que de servir l´intérêt public » (Droits et responsabilités de la presse, p. 27). Cette pratique relevait selon le comité d´un abus de pouvoir, jugé inéquitable pour la mère, d´autant plus que les médias et les journalistes sont invités à faire preuve de circonspection pour les victimes de drames. Le reportage ne laisse d´ailleurs aucun doute quant à la fragilité évidente de celle-ci, visiblement perturbée par les événements survenus quelques jours plus tôt.

Dans les circonstances, la décision de diffuser l´entrevue est d´autant plus condamnable que celle-ci n´était pas réalisée en direct, laissant amplement de temps aux responsables pour juger qu´elle n´était d´aucun intérêt public et ne faisait qu´exploiter le désarroi d´une personne touchée par un drame. »

>> Rappelons qu´en France, éditeurs de presse écrite comme journalistes refusent toujours d´organiser une régulation des médias au niveau national et de rendre des comptes de leur mission d´intérêt général devant le public. Pour l´audiovisuel existe le Conseil surpérieur de l´audiovisuel (CSA), mais il n´est pas réellement indépendant et n´intervient que sur certains points limités de déontologie journalistique.

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