Un petit bourg du Cher s’oppose à un projet de lotissement pour retraités méditants

Sidiailles, petite commune du Cher de 300 habitants. Un projet de lotissement est déposé par des personnes pratiquant la méditation transcendantale. La maire délivre un certificat d´urbanisme, mais des habitants s´opposent au projet sur fond d’antispiritualisme.


Sur France 3, la maire explique qu´elle n´avait aucune raison de s´opposer au projet de la SCI.
Cliquer sur la photo pour accéder au reportage.

Comment faire comprendre à des antisémites qu’un juif est un citoyen comme eux et qu’il a exactement les mêmes droits qu’eux ? La question se pose de la même façon pour les groupes spirituels : comment faire comprendre à de nombreux Français qu’un membre d´un groupe spirituel assimilé sans discernement à une secte est un citoyen comme eux et qu’il a exactement les mêmes droits qu’eux ? Et que la volonté de bannir un groupe « de conviction » légalement constitué et jamais condamné par la justice constitue un crime, comme cela se dessine en ce moment à Sidiailles dans le Cher.

Dans ce bourg d’environ 300 habitants de la campagne berrichonne, des habitants réclament la démission de leur maire qui a accordé un certificat d’urbanisme à une société civile immobilière qui convoite un terrain de 6,7 hectares. Cette SCI y présente un projet de lotissement comprenant 41 lots destinés à la construction de maisons individuelles.

La SCI a signé un compromis de vente avec la propriétaire en octobre 2010. La signature définitive de l´achat du terrain se fera lorsque le permis d´aménager, le document autorisant les travaux de viabilité, aura été obtenu. La signature définitive est prévue en octobre 2011.

« A Sidiailles, c’est la secte au village »

Mais derrière cette SCI, nommée Village Jardin Sidiailles, « se cacherait une secte », la « Méditation transcendentale » (MT). C’est du moins ce qu’affirment certains habitants qui s’en émeuvent, font du bruit et veulent empêcher le projet. Peu importe que ce terrain, en vente depuis le début des années 2000, n’ait pas encore pu trouver preneur…

La presse s’engouffre dans l’aubaine en titrant par exemple (France Soir du 26 mai 2011) : « A Sidiailles, c’est la secte au village ». France 3 rajoute un point d’interrogation, mais reprend le cliché : « Sidiailles (Cher) : une secte au village ? »

Le Berry Républicain (17 mai) est plus neutre et, surtout, évite en titre le mot-piège de « secte » qui annihile tout recours à la raison : « La méditation transcendantale enflamme les esprits », puis « Le mouvement spirituel crée le débat » (19 mai).

Mais les articles, comme ceux de France Soir, comportent nombre d’imprécisions et d’erreurs.

En premier lieu, ce n’est pas une personne morale qui porte le projet mais une SCI composée de 56 particuliers. Selon les promoteurs, il s’agit de personnes de 55 à 65 ans, accompagnées de leurs enfants, qui sont à la recherche d´un « endroit beau, sain et tranquille, situé en pleine nature, où elles pourraient passer l´essentiel de leur retraite. Ces personnes sont réunies par des valeurs communes, notamment une tendance écologique se traduisant par une préférence pour l´alimentation bio et la construction de maisons BBC (bâtiments basse consommation), avec matériaux écologiques et systèmes d’énergie renouvelable ».

« Des personnes bien établies dans la société »


Le responsable de MT-FRance interviewé par France 3.

Ces personnes ont certes en commun la pratique de la MT, mais à leur usage personnel. Ils n’ont pas l’intention, contrairement au chiffon rouge agité par des habitants et la presse, de construire un centre pour l’enseignement ou la diffusion de la MT. D’ailleurs, le mouvement de la MT en tant que tel n’est pas partie prenante du projet.

Dans un courrier adressé aux habitants, Bernard Jamois, gérant de la SCI, et Dominique Lemoine, responsable de MT-France, précisent que les futurs propriétaires sont « en majorité des personnes éduquées, bien établies dans la société, parmi lesquelles on compte des professionnels de la santé (médecins, pharmaciens, infirmiers, esthéticienne,…), des ingénieurs, des enseignants, des chefs d´entreprise, des artisans, des artistes, un horticulteur, des retraités de la Poste, de la SNCF, etc. »

Ils ajoutent que « la capacité maximale d’habitat du lotissement ne dépassera pas 100 à 150 personnes (150 de manière exceptionnelle, en période de vacances, lorsque tous les enfants seront présents). Les chiffres de 450 avancés parfois sont fantaisistes ».

Et, pour rassurer leurs futurs voisins, ils concluent leur missive par une présentation de la MT, indiquant notamment que « plus de 600 recherches scientifiques effectuées dans 200 universités et instituts de recherches indépendants d’une trentaine de pays ont été publiées [à son sujet] dans des revues scientifiques à comité de lecture de renommée internationale ». Et chacun est invité à venir poser toutes les questions souhaitables.

Le détail qui tue

Une réunion publique en leur présence n’a pas permis d’apaiser les esprits, car il existe un obstacle de taille : le fait que la MT soit inscrite dans la fameuse et très controversée liste française des « sectes » de 1995

>> C’est un détail mais un détail qui tue. Car les Français, comme la presse, ont une confiance aveugle dans ce document établi de manière totalement arbitraire et non scientifique, ainsi que dans la politique officielle de discrimination menée contre les mouvements spirituels par l’Etat, son administration et les médias. Les institutions et les journalistes continuent à mettre de l’huile de feu, montant les Français les uns contre les autres. Ils entretiennent ainsi une sectophobie aussi grave et répréhensible que l’antisémitisme, tout en se donnant bonne conscience.

Certes, il est légitime de veiller aux dérives sectaires. Mais cela ne justifie pas le mensonge, la calomnie ou la stigmatisation de groupes qui n´ont pour seul tort que d´être minoritaires.

L’antispiritualisme et la sectophobie sont inacceptables dans un pays laïc, qui ne reconnaît théoriquement aucun culte et donc devrait se refuser à parler de sectes dont nulle définition juridique n’existe.

Pour aller plus loin :

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5 commentaires pour cet article

  1. La vérité n´empêche pas la diversité des points de vue et la peur est mauvaise conseillère. Je suis impliqué dans ce projet . Je souhaite qu´il aboutisse car c´est un désir profond et patient, fondé sur une expérience de près de 40 ans, toute une vie en somme. Ma famille et mes amis autour: c´est la vie. Et bien sûr que nous seront heureux de faire connaissance avec les habitants. Je suis né à la campagne, à moins de 100 km de ce projet. J´aspire à retrouver ce paysage familier.

    Merci pour cet article.

  2. Depuis quelques semaines maintenant, l´expression qui revient le plus dans les média est "RESPECT de la PRÉSOMPTION D´INNOCENCE" (en rapport à l´affaire DSK).Et s´il est vrai que le mouvement de MT, n´a jamais été condamné, ... et que les recherches publiées sont nombreuses pour affirmer qu´elle est valable ...En regardant un site "pour le respect des démarches spirituelles", comme le CICNS, des interview s d´avocats, ...etc on se dit que l´on a été bien manipulé sur cette question.Alors où est le problème, sinon celui d´un "délit de sale gueule" ?
  3. Les personnes qui adhèrent à des sectes ou à des religions organisées, tout comme à des partis politiques ou à des associations, ne sont pas, pour la plupart, des personnes dangereuses, mais des personnes perdues. Et c´est parce qu´elles sont perdues et adhèrent à des groupes, que collectivement, la situation devient explosive, car les groupes et les croyances divisent. Là où il y a croyance, méthode ou technique, il y a secte, et les sectes ou religions sont là pour maintenir cet état de confusion, promettant une issue aux problèmes dans le futur, ou par la pratique de cultes, de rituels ou par certaines activités de l´esprit ou certaines disciplines, qui toutes impliquent un processus temporel, donc non libérateur, et qui enferme.

    Croire, c´est accepter pour vrai quelque chose que l´on n´a pas vu, compris ou expérimenté par soi-même, c´est accepter des choses sans preuve. La méditation commence avec un esprit qui doute, non un esprit qui croit, un esprit qui questionne sans chercher de réponse à l´extérieur, et qui observe son propre processus de questionnement, sans division, sans contrainte ou effort nés d´une technique, d´une discipline ou d´une méthode quelles qu´elles soient. Faire face à ce qui est, intérieurement, comme extérieurement, ne requiert aucune croyance, méthode ou technique.

    Suivre une méthode ou une technique de méditation, établies par quiconque, indique que l´on cherche un résultat. La méditation n´est pas un résultat ou une recherche de résultat, quel qu´il soit. 

    Comprendre que la méditation n´est pas une méthode ou une technique fait partie de la méditation, et la méditation n´a pas de qualité ni d´aspect, elle n´est pas plurielle ni de l´ordre du social, de l´identification identitaire, que celle-ci soit nationale, religieuse, culturelle ou spirituelle. Elle n´est ni bouddhique, ni zen, ni transcendentale, ni aucune autre de ces étiquettes associées à des méthodes, des groupes ou des traditions. 

    Dès lors que l´on est conscient de méditer, ce n´est pas de la méditation mais de l´auto-suggestion ou de l´auto-hypnose. On ne peut pas dire ou penser: « je médite », ou « je pratique la méditation », ce qui n´a aucun sens autre que celui de pomposité, et la méditation n´est pas quelque chose qui se planifie et qui peut entrer dans un agenda, sinon c´est quelque chose de mort, de mécanique, et dans lequel il ne peut y avoir aucune nouveauté. 

    C´est pourquoi toutes les sectes qui proposent la méditation comme activité ou qui sont basées sur l´unique activité de méditation, n´ont vraiment aucun lien avec la véritable méditation si l´on peut encore utiliser ce mot, le mot n´ayant vraiment aucune importance dès lors que l´on a compris ce que la méditation n´est pas. Pour aller un peu plus loin, je dirais que là où il y a spiritualité, impliquant une appartenance ou une communauté de pensée, il y a secte, et c´est pourquoi les religions organisées, tout comme les sectes de quartier, sont tout autant éloignées de la vie quotidienne que les systèmes philosophiques, intellectuels et abstraits, ou que les systèmes politiques. Ce sont des surimpositions culturelles qui divisent les êtres humains entre eux, et qui n´ont pas lieu d´être lorsque l´esprit est libre, et dès lors réellement vivant.

  4. La réaction des habitants de ce village n´a vraiment rien d´étonnant.Nous sommes nombreux à souffrir de cette chasse aux sorcières que nous subissons depuis une trentaine d´années.Nous en avons vu les dégâts dans nos familles, notre travail,nos relations,elle a semé la haine,la peur,l´intolérance ,elle s´est infiltrée de façon insidieuse comme un venin à tous les niveaux de la société,c´est elle qui divise!

  5. La méditation n´a rien d´une pratique sectaire, elle est pratiquée depuis des millénaires par des gens à l´autre bout du monde (ah oui ! des sauvages ! des sous-développés !).

    La liberté de culte fait aussi partie des droits de l´homme, et croire (et non pas avoir des croyances, terme méprisant) est une recherche d´élévation spirituelle, pas une faiblesse.

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