Médecines complémentaires (2/2)

Anouk Serre, présidente de Fascia France : « Les thérapies des fascias bénéficient d’un intérêt et d’une reconnaissance internationale croissants »

Après avoir fait condamner la Miviludes pour avoir stigmatisé sans preuve la fasciathérapie dans son guide « Santé et dérives sectaires », Fascia France, par la voix de sa présidente, fait le point sur les connaissances scientifiques concernant cette pratique récente de médecine complémentaire.

> Suite et fin de l’interview Anouk Serre, présidente de Fascia France : « Étiquetés dérive sectaire par la Miviludes, nous n’avons pas eu d’autre choix que de lui intenter un procès »

Ouvertures.- Comment est considérée aujourd’hui la pratique de la fasciathérapie en Europe et dans le monde ? Avez-vous connaissance d’autres pays ayant stigmatisé cette pratique ou au contraire l’ayant intégrée dans leur système institutionnel de santé ?

Anouk Serre.– La fasciathérapie MDB est pratiquée et enseignée dans plusieurs pays européens et dans le monde (France, Belgique, Suisse, Brésil, Canada, Roumanie, Grèce, Allemagne, Portugal) et ne rencontre pas les problèmes de la France. À titre d’exemple, en Belgique, Axxon, Physical Therapy in Belgium, unique organisation représentative de défense professionnelle de la kinésithérapie en Belgique, a créé un groupe d’intérêt pour la kinésithérapie fasciale (ABCIG kinésithérapie fasciale) qui reprend les principes et concepts de la fasciathérapie.

En Suisse, le diplôme de fasciathérapie permet aux praticiens d’être reconnus auprès de l’Asca (Fondation pour la reconnaissance et le développement des thérapies alternatives et complémentaires) et du RME (Registre de médecine empirique). Les patients bénéficiant d’une assurance complémentaire peuvent prétendre à un remboursement lorsque le praticien est reconnu auprès d’un de ces deux organismes. La structure de formation (Fascia Formation Suisse) est en cours d’accréditation par l’Organisation du monde du travail en thérapie complémentaire – Ortra TC.

Nos contacts avec l’international nous donnent plutôt de l’espoir et ce d’autant que les thérapies des fascias prises dans leur sens large bénéficient d’un intérêt et d’une reconnaissance internationale croissants de la part de la médecine conventionnelle et non conventionnelle. Des congrès scientifiques portant sur le fascia et rassemblant chercheurs et cliniciens ne cessent de voir le jour et la fasciathérapie y est régulièrement représentée.

Qu’est ce que la fasciathérapie ?

Selon le site fasciatherapie.be, la fasciathérapie est une thérapie manuelle qui agit sur toutes les structures du corps (os, articulations, ligaments, muscles, artères, cœur, poumons, intestins…) et en particulier sur les “fascias”, fines membranes qui enveloppent et relient entre eux tous ces éléments comme une toile d’araignée.

Le fasciathérapeute, grâce à un entraînement perceptif, capte cette activité non visible mais vitale qui prend la forme du mouvement interne. Il peut ainsi faire un bilan précis des restrictions et du potentiel du mouvement interne de son patient. Dans un même geste, il repère les zones de tension et restaure la cohérence et la rythmicité interne.

– Existe-t-il des études indépendantes sur cette pratique ?

Mme Serre lors du congrès en l’honneur des 20 ans de l’association Fascia France.

– Depuis les années 2000, nous avons développé la recherche et l’évaluation de la fasciathérapie. La plupart des études proviennent du Cerap (Centre d’études et de recherche appliquée en psychopédagogie perceptive) qui promeut la recherche qualitative et sa complémentarité avec la recherche quantitative.

Mais il existe un certain nombre de recherches randomisées issues le plus souvent de masters en kinésithérapie réalisés dans des pays étrangers et donc des recherches indépendantes et qui démontrent l’efficacité signifiante de la fasciathérapie. Elles sont répertoriées dans le site de l’association Fascia France à la page Recherche. Nous avons également plusieurs publications internationales dans des revues à comité de lecture dont certaines sont référencées sur PubMed. Ces travaux sont communiqués régulièrement dans les congrès internationaux et sont consultables sur nos différents sites (Cerap).

– Que souhaitez-vous, que proposez-vous pour que votre activité puisse avoir droit de cité dans le paysage sanitaire français ?

Nous ne revendiquons rien de particulier pour nous-mêmes, mais souhaitons participer à l’évolution et la reconnaissance des thérapies non conventionnelles en complémentarité de la médecine conventionnelle.

Nous avons réussi à démontrer que la fasciathérapie n’est pas dangereuse pour les patients et que ses principes thérapeutiques ne présentent pas de risque de dérive sectaire. Aujourd’hui, la médecine conventionnelle et en particulier le Cnomk, considèrent la fasciathérapie et d’autres techniques comme l’ostéopathie crânienne comme une « dérive thérapeutique » au motif qu’elles seraient insuffisamment éprouvées. Ce nouveau terme utilisé pour disqualifier les pratiques non conventionnelles et les classer parmi les pseudosciences repose sur des concepts qui doivent être discutés et argumentés tant sur le plan épistémologique que juridique. Nous pensons que les pratiques non conventionnelles ne peuvent être évaluées et validées selon les mêmes critères et avec les mêmes méthodologies que la médecine qui promeut quasi exclusivement l’Evidence Based Medecine.

Nous allons continuer à développer la recherche et à publier nos travaux actuels et futurs afin que la fasciathérapie puisse continuer à bénéficier aux milliers de patients qui y ont recours et aux centaines de praticiens qui en France l’appliquent au quotidien dans le respect de la confiance de leurs patients.

Pour aller plus loin :

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4 commentaires pour cet article

  1. Pour être tout à fait honnête, dommage que vous (ni sur votre site https://www.fascia.be/fr/, sauf erreur de ma part) ne mentionnez pas le début de la fasciathérapie appelée alors Rolfing du nom de sa créatrice Ida Rolf (https://www.passeportsante.net/fr/Therapies/Guide/Fiche.aspx?doc=rolfing_th).
    Ensuite est venue l’Intégration Posturale initiée par Jack Panter (https://www.passeportsante.net/fr/Therapies/Guide/Fiche.aspx?doc=integration_posturale_th)
    et enfin différents courants de fasciathérapie dont la fasciathérapie MDB.
    Il faut rendre à César ce qui est à César !

    N.B. Vous allez me dire que c’est très différent comme méthode mais je vous rétorquerais que le domaine d’intervention physiologique est le même : les fascias.

    En effet, dommage et (excusez-moi de vous le dire) surtout intellectuellement malhonnête que sur le site de la fasciathérapie MDB ses initiateurs :

    1° font croire que c’est Danis Bois qui a été “le F O N D A T E U R de la fasciathérapie” (tout court mais ne suit pas la mention MDB !!!), ce qui fait fallacieusement croire que ce monsieur a inventé la fasciathérapie !
    (https://www.fascia.be/fr/formation-fasciatherapie/equipe-pedagogique) et donc sans en mentionner les vraies fondations : les origines historiques (Rolf et Panter…)

    2° n’ont apparemment pas fait en sorte que la fasciathérapie soit notamment répertoriée sur l’excellent et incontournable site de santé qu’est le site canadien Passeportsante.net
    Analogie : c’est un écueil courant de méthodes qui se présentent réellement (mais fallacieusement) innovantes comme la “Médecine du Dr Hamer” et la “Biologie-Totale” du Dr Sabbah dont les promoteurs n’ont jamais fait mention des bases historiques de leurs prétendues découvertes… (Je l’ai vérifié et développé notamment dans un livre).

    C’est d’ailleurs une juste critique cette fois, qui est faite par les pourfendeurs de prétendues sectes (comme la Miviludes) : l’absence de références sinon scientifiques, empiriques ou du moins historiques…

    J’ai moi-même bénéficie il y a plus de 20 ans des deux techniques citées (Rolfing et Intégration Posturale).

    Certes hors sujet mais je ne peux pas m’empêcher de constater cet aspect sinon inapproprié du moins dissonant et qui est généralement commun aux approches qui traitent les fascias : les interventions du soignant sont très douloureuses et le principe dogmatique est que le patient ne peut avoir d’autre choix que d’accepter la douleur intense provoquée par les mains du ‘soignant’ pour la voir éventuellement (durablement) disparaitre alors.

    En effet, une thérapie digne ce de nom ne devrait pas causer, provoquer quelque mal que ce soit (“l’enfer est pavé de bonnes intentions” !) (Cf; le serment d’Hippocrate : “je ne me rendrai coupable d’aucun mal ni d’aucune injustice”).
    L’aspect récurrent des douleurs qui sont présentes et qui ne disparaissent pas vraiment sont en fait les symptômes en amont de tensions psychologiques, sachant que ce n’est pas le type d’accompagnement du soignant dans ces thérapies qui peut constituer une réelle prise en charge psychologique de nature à pouvoir lever et ensuite désactiver de leurs effets les causes psychobiologiques ; ce type de prise en charge n’étant pas assurée dans cette approche, comment voulez-vous qu’à terme les douleurs et tensions de ce type partent tant que les effets indésirables des situations conflictuelles qui les ont engendrées ne sont pas disparus au grès des solutions réparatrices qu’offrent la vie et/ou par l’apport d’une prise en charge réellement psychologique !

    Ayant abandonné ces approches (Rolfing et Intégration Posturale) pour ces raisons (et notamment d’inefficacité : les douleurs ne s’atténuaient pas vraiment), c’est l’expérience que j’ai faite ensuite : ce n’est qu’après avoir entamé une psychothérapie que ces douleurs ont disparu presque totalement (identification et désactivation des liens “psycho-somatiques”).

    Platon aurait pu d’ailleurs (re)dire aussi à ce propos : ‘Il est folie de vouloir guérir le corps sans l’intervention de l’esprit” !

  2. P.S.
    Le site que mentionné pour la fasciathérapie n’est pas lcelui de Fascia France.
    En revanche, sur votre site (http://fasciafrance.fr/), sous la page “Comprendre la Fasciathérapie méthode Danis Bois” avec en sous-titre : ” On se demande souvent d’où vient la fasciathérapie (“http://fasciafrance.fr/comprendre-fasciatherapie-methode-danis-bois/), il n’y a aucune référence sur les origines etc. comme je l’ai relevé dans mon précédent post.

  3. article et commentaire très intéressants. La douleur est réellement très souvent présente dans les actes de soins, c’est pourquoi divers actes sont sous anesthésie, cependant je comprends votre point concernant le fait que ce type d’accompagnement ne constitue pas une réelle prise en charge psychologique des douleurs

  4. Douleur : comment les praticiens en fasciathérapie font-ils le distinguo entre simple douleur musculaire et douleur inflammatoire ?

    En effet, j’ai toujours appris qu’il n’était pas approprié d’en arriver (avec les meilleures intentions dont l’enfer est certes pavé…) à intervenir manuellement sur des endroits douloureux parce qu’enflammés, car cela fait immanquablement augmenter l’inflammation, sans parler des effets psychologiques négatifs (qui peuvent alors être perçus comme de la maltraitance) !

    Pas davantage, il ne me paraît approprié de recourir à l’anesthésie en pareil cas, comme Clémentine le suggère plus haut (l’anesthésie ne devrait être entreprise que dans les cas où elle est incontournable, comme dans les opérations chirurgicales) :
    d’une part, parce que l’anesthésie incorpore des éléments chimiques dans le corps et qu’on ne mesure pas tous les effets secondaires (éventuellement indésirables) d’un tel “traitement”,
    et
    d’autre part, parce que masquer une telle douleur inflammatoire va conduire le praticien à un appui peut-être bien plus (trop) important que ce qu’il ne ferait sans anesthésie (et augmenter immanquablement l’inflammation °), le patient l’informant alors du degré de douleur à ne pas dépasser… ce qui va donc limiter les pressions manuelles du fasciathérapeute.
    (°) Analogiquement, on sait en effet que des anti-inflammatoires chimiques ont finalement des effets aggravants sur l’organisme et le patient n’ayant plus mal, (avec la caution médicale !!!) ne va sans doute pas aller plus loin dans la résolution de ce qui a précisément causé des inflammations ! On pense notamment à ce qui est sensé traiter de la sorte les arthroses, lesquelles ne vont alors que continuer à se développer !

    Enfin, (rappel : hormis les cas imparables) je ne suis pas du tout persuadé et au contraire, qu’une intervention manuelle qui est douloureuse pour le patient soit appropriée. En effet, elle peut laisser des traces psychologiques traumatisantes.

    Pire, renvoyant au dicton populaire prétendu de bon sens (soigner le mal par le mal), je suis persuadé que nombre de “soignants” estiment que la douleur est somme toute légitime voire souhaitable (les cas que j’ai vécus en Rolfing et en Intégrations posturale) et même, si elle est provoquée (le soignant devient alors un acteur du “soi nié” du patient) : elle rentre alors en résonance “culturelle” ainsi : “la douleur a été sublimée par de multiples théoriciens, philosophes et religieux en lui conférant les valeurs de leur doctrine. Dans notre société, une des plus connues est celle du Judéo-christianisme où la douleur est nécessaire puisque rédemptrice” (!!!) . (Le lien suit)

    Anecdote. Je me rappelle cette recommandation compulsive et certainement perverse de mes chers Jésuites (années 1960) à (entre autres) mettre de petits cailloux dans ses souliers pour se mortifier ! (Sans doute que parmi eux, il y en avait certains qui pratiquaient allègrement l’autoflagellation et autres pratiques sadomasochistes non avouées…)

    Voilà la question centrale posée dans ce très intéressant rapport et que je pose aux fasciathérapeutes (car, qu’ils le veulent ou pas, le contexte de leurs soins est assimilable à celui des soins infirmiers) :
    “Dans quelle mesure la douleur provoquée par les soins est-elle prise en compte par les infirmiers, auprès d’adultes hospitalisés ?” (Source : http://cnrd.fr/IMG/pdf/memoire_Vo_Van.pdf) et en l’occurrence, comment l’abordent les fasciathérapeutes…
    car, “« Au cours de ces traitements et de ces soins, la prise en compte de la dimension
    douloureuse, physique et psychologique des patients et le soulagement de la souffrance
    doivent être une préoccupation constante de tous les intervenants.»” (CHARTE DU PATIENT HOSPITALISE circulaire du 6 mai 1995 du Ministère de la Santé article 2 )
    et
    (entre autres) :
    « Les soins infirmiers, préventifs, curatifs, palliatifs, intègrent qualité technique et qualité des relations avec le malade. Ils sont réalisés en tenant compte de l’évolution des
    sciences et des techniques. Ils ont pour objet… de participer à la prévention, à l’évaluation et au soulagement de la douleur et de la détresse physique et psychique des personnes” (LE CODE DE LA SANTE PUBLIQUE – LIVRE 4 – TITRE 2 : Profession d’infirmier ou d’infirmière – Actes professionnels.)

    Enfin, qu’il me soit permis de rappeler ici les mots exacts de la partie du Serment d’Hippocrate (qui doit être dans tous les cas appliqué par tout soignant), car le soignant court trop souvent le risque et pas seulement en fasciathérapie de ne pas le respecter à la lettre (°) (c’est le moins qu’on puisse dire) :
    “Je m’abstiendrai de tout mal et de toute injustice.”
    (traduction précise de Littré et loin de la traduction édulcorée et réductrice : primum non nocere).
    (°) HIPPOCRATE, Oeuvres complètes, trad. Émile Littré, Paris, Baillière, 1819-1861, v. 4

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