Can 2012 : la plus grande compétition sportive africaine prive plusieurs clubs européens de leurs stars

Une bonne partie des 368 joueurs de football qui joueront lors de la Can 2012 qui se disputera au Gabon et en Guinée-Equatoriale du 21 janvier au 12 février 2012 évoluent en Europe. Si certains d’entre eux sont d’illustres inconnus pour le grand public, d’autres font partie des principales têtes d’affiches de leurs championnats respectifs.

Durant trois semaines, plusieurs joueurs africains ne fouleront pas les pelouses des championnats de football, tels que ceux de France, d’Angleterre et d’Espagne. Ils ne sont pas en grève, mais répondent simplement à l’appel de leurs équipes nationales qualifiées pour la Can. Ainsi, quatre joueurs de l’Olympique de Marseille (OM) font partie du lot. Il s’agit des deux frères Ayew (André et Jordan) pour le Ghana, de Souleymane Diawara et de Charles Kaboré, respectivement pour le Sénégal et le Burkina-Faso. C’est également le cas de Moussa Sow (Sénégal), attaquant de Lille et de Siaka Tiéné (Côte-d’Ivoire) qui évolue quant à lui au PSG.

En Angleterre, Chelsea, Arsenal et Manchester City perdent respectivement Didier Drogba et Salomon Kalou, Gervinho et Kolo Touré qui sont tous des joueurs de la Côte d’Ivoire. Seydou Keita, du FC Barcelone (Espagne), jouera également à la Can pour le Mali.

Décaler la Can ?

La Can s’est révélée comme étant au fil des années l’une des plus grandes réussites du Continent en matière sportive. Elle a un bon impact médiatique et draine de nombreux recruteurs qui supervisent les joueurs qu’ils ont ciblés. Mais, à chaque fois, certains clubs, surtout ceux de l’Europe, se font tirer les oreilles pour laisser partir leurs joueurs pour la Can et s’évertuent à les retenir le plus longtemps possible. En effet, la période durant laquelle est organisée la Can coïncide généralement avec la reprise des championnats européens.

C’est d’ailleurs pourquoi certains ont suggéré à la Confédération africaine de football (Caf) qui l’organise de reporter cette compétition à la trêve estivale. Mais la Caf s’y est toujours refusée, car cette période n’est pas propice pour jouer au football sur le Continent : à cette date, les pluies tombent dru dans plusieurs de ces régions !

Quoi qu’il en soit, le souhait des entraîneurs de tous ces clubs est que la sélection nationale de leurs joueurs soit rapidement éliminée de la Can. Bien qu’il ne veuille pas être un oiseau de mauvais augure, c’est ce qu’a dit Didier Deschamps, entraîneur de l’OM, à ses quatre joueurs partis pour la Can. Ce à quoi ceux-ci lui ont répondu qu’ils entendaient bien gagner le trophée avec leurs pays respectifs. Dans un tel cas de figure, ils ne seront de retour sur la Cannebière qu’après le 12 février.

(Avec Yahoo Sport)

Sénégal : les présidentiables font la cour au khalife des Mourides

Le 26 février 2012, se tiendra le 1er tour du scrutin présidentiel au Sénégal. Dans ce pays laïc dont la population est musulmane à 95%, l’islam est organisé en confréries, celle des Mourides étant l’une des plus puissantes. Ainsi Cheikh Maty Lèye Mbacké, le khalife général de cette confrérie, est au centre de toutes les attentions des candidats déclarés.


Cheikh Maty Lèye Mbacké, le très courtisé khalife
général des Mourides.

Jeudi 12 janvier 2012 à Touba, la ville sainte du mouridisme située dans l’ouest du Sénégal. Des centaines de milliers de fidèles y affluent pour le Magal, l’un des plus grands évènements religieux de l’année.

Si ces fidèles sont là pour un pèlerinage, les candidats à l’élection présidentielle y font également acte de présence, mais avec des arrières pensées politiques.

Un pèlerinage bien particulier, qui se résume en une formule : avoir de la part du khalife une consigne de vote en leur faveur alors que le scrutin présidentiel est Lors de sa visite le 9 janvier 2012 à Touba, Abdoulaye Wade, le chef de l’Etat sortant, fit une déclaration qui piqua au vif ses concurrents : « J’aide toutes les confréries, mais à vrai dire je ne peux pas mettre Touba au même pied d’égalité que les autres ».

Ses adversaires y virent un appel de pied à une confrérie dont il est lui-même membre. Mais au finish, Cheikh Maty Lèye Mbacké ne prit pas position. Il recommanda à tous les hommes politiques de veiller au maintien de la paix dans le pays, ainsi que de sa stabilité durant la période postélectorale.

Le 31 juillet 2011, il avait recommandé au chef de l´Etat en visite à Touba « de prendre ses responsabilités pour soutenir toute bonne action pour le pays ».prévu dans moins d’une quarantaine de jours.

Les confréries soufies au Sénégal

Au Sénégal, l’islam est largement dominé par la tendance soufie au sein de laquelle il y a plusieurs confréries. Il s’agit notamment des Tidianes représentés par plusieurs familles. Tivaouane est la ville sainte de la confrérie tidiane. Les autres confréries sont les Mourides, les Layènes et les Khadres.

Un constant marquage à la culotte

« Nous irons partout où le Mouvement du 23 juin passe pour intoxiquer les leaders religieux ». Cette déclaration a été faite le 7 août 2011 à Touba par l’un des responsables de Cap 21 qui regroupe 60 partis politiques soutenant Abdoulaye Wade, après qu’une de leur délégation ait été reçue en audience par le khalife. En effet, une délégation du Mouvement du 23 juin, qui regroupe des partis de l’opposition et des membres de la société civile, était passée quelques heures auparavant chez le khalife. Face à lui, le Mouvement du 23 juin et Cap 21 ont tenu des discours diamétralement opposés. Les premiers estiment qu’une nouvelle candidature d’Abdoulaye Wade est « inconstitutionnelle » et risque « de créer des tensions sociales dans le pays » ; les seconds sont pour.

Mais Abdoulaye Dieye, juriste et professeur de droit à l´université Cheikh Anta Diop de Dakar, faisait remarquer sur Rfi le 9 août 2011 que, malgré le soutien apporté par la plupart des marabouts lors du scrutin présidentiel de mars 2000 à Abdou Diouf le président sortant, c’est Abdoulaye Wade, son challenger, qui avait remporté la dite élection…

Mme Monteiro (Bénin) : « Il faut sanctionner ceux qui rançonnent les patients et leur vendent illicitement des médicaments »

Laurence Monteiro, présidente de l’association des sages-femmes du Bénin et membre du conseil d’administration de l’Agence nationale de la gratuité de la césarienne (Angc), fait le bilan de la mesure prise par le gouvernement de largement subventionner les césariennes. Elle indique ce qu’il faudrait améliorer.

Depuis le 1er avril 2009, le gouvernement subventionne à hauteur de 150 € chaque opération de la césarienne. C’est une mesure à portée sociale, car les frais de cette intervention médicale sont au-dessus des revenus de l’immense majorité des ménages du pays. De ce fait, l’opération de la césarienne était un épouvantail dans l’esprit des femmes qui devaient la subir ; elles redoutaient, à cause du manque de moyens, de passer de vie à trépas. La subvention de 150 € a été fixée après une étude préliminaire qui a déterminé que ladite opération coûtait en moyenne entre 91 et 121 € aux patients. Mais il arrive qu’il y ait dans certains cas des complications et que le coût de l’opération dépasse le plafond prévu par le gouvernement. Dans une telle éventualité, les patients paient uniquement la différence.

Ouvertures.- La mesure relative à la gratuité de la césarienne dans les hôpitaux publics a été mise en œuvre il y a près de trois ans. Quel bilan pouvez-vous en faire ?


Photo : B. Houenoussi.

Laurence Monteiro.- C’est une bonne initiative, car elle permet de sauver la vie de ces femmes dont les époux n’ont pas les ressources financières nécessaires pour payer l’opération de la césarienne. Mais c’est un bilan mitigé. Ces dernières semaines, les membres de l’Agence nationale de la gratuité de la césarienne (Angc) ont visité les 44 hôpitaux retenus dans le cadre de la mise en œuvre de cette mesure. Sur cette liste, il y a aussi bien des centres de santé du secteur public que des hôpitaux confessionnels (Ndlr : La gestion de ces centres de santé, revient à l’église catholique du Bénin ou aux autres confessions religieuses). Nous avons constaté que certains hôpitaux publics violent les dispositions contenues dans le décret instituant la gratuité de la césarienne. Les hôpitaux confessionnels, eux, respectent scrupuleusement ces dispositions.

– Pouvez-vous préciser ?

Le décret stipule que la mesure de gratuité est relative à plusieurs aspects. Il s’agit de l’hospitalisation de la patiente durant 5 jours, de la transfusion sanguine, des médicaments, de l’acte opératoire et des kits. Nous avons constaté qu’on continuait de prescrire dans certains hôpitaux publics, des médicaments aux femmes qui ont subi la césarienne. Ces patientes ainsi sont rançonnées par certains personnels de ces hôpitaux publics, qui profitent de leur détresse pour leur prescrire plusieurs ordonnances à la fois (voir encadré). La passivité de ceux qui gèrent certains de ces centres de santé, me désole. Ils ne sont même pas au courant du fait que certains de leurs collaborateurs rançonnent impunément les patients. Mis à part cela,  le personnel de certains des 44 hôpitaux choisi est insuffisant. Par exemple, dans certains de ces centres, il n’y a pas d’anesthésiste.

Césarienne et gratuité

La gratuité de la césarienne, c´est principalement une subvention, 100 000 Fcfa (150 euros). Elle prend en compte les frais d´hospitalisation de la patiente durant 5 jours, la transfusion sanguine, l´acte opératoire, les kits et les médicaments.

Il est indiqué, dans le décret instituant la mesure de gratuité de la césarienne, que si ces frais dépassent 100 000F, la patiente doit payer le surplus.

Certains agents de santé indélicats s´arrangent pour prescrire des ordonnances inutiles aux patientes, de manière à dépasser le plafond des 100 000 F.

B. H.

– Que préconisez-vous ?

– Il faut redéfinir clairement le concept de la gratuité de la césarienne. Il s’agit aussi de renforcer le personnel manquant, de sensibiliser ceux qui travaillent déjà dans les hôpitaux choisis. Cette sensibilisation doit concerner aussi les populations dont les plaintes sont nombreuses par rapport aux abus de certains hôpitaux. Je me réjouis en tous cas de la maturité de cette population. Il faut sanctionner ceux qui rançonnent les patients, et qui leurs vendent illicitement des médicaments. L’Angc a besoin d’une plus grande marge de manœuvre, de plus de pouvoir, car les prérogatives de son conseil d’administration sont limitées. Elle pourra réprimer les personnes prises en flagrant délit de rançonnement et de vente de médicaments.

> Entre sécurité sociale et médicaments à la sauvette

> Dr Hazoumé : « La fraude à l’assurance-maladie rend celle-ci difficilement rentable »

Bénin : entre sécurité sociale, plantes médicinales et médicaments à la sauvette

Le 1er avril 2012, le régime d’assurance maladie universelle (Ramu) sera effectif au Bénin. Lancé officiellement le 19 décembre 2011, il permettra à ses cotisants d’être soignés gratuitement. Coup de projecteur sur quelques aspects du système de santé du pays.


Maternité Homel à Cotonou. Photo : Bernado Houenoussi.

Au marché international de Dantokpa situé à Cotonou (capitale du Bénin), il y a un coin dénommé Adjégounlè. En ces lieux, sont installés depuis plusieurs décennies des étalages particuliers. Des médicaments de toutes sortes y sont proposés aux usagers du marché à des prix plus bas que ceux des pharmacies. Ils sont conservés dans des conditions qui ne respectent pas les règles les plus élémentaires. Au mieux, certaines de ces baraques sont pourvues de ventilateurs qui sont censés prodiguer une certaine fraicheur.

Des médicaments vendus au marché…

Roger est un plombier de formation qui s’est mué en agent d’entretien depuis plus de 5 ans dans une entreprise de la place. Il est père d’un bébé de quatre mois. C’est à Adjégounlè qu’il a acheté un bon nombre des médicaments utilisé par sa compagne durant sa grossesse. Même s’il est conscient des risques qu’il a fait courir à sa compagne et à son enfant, il déclare avec un air résigné « qu’il n’avait pas le choix ». Et d’ajouter « qu’il achète les médicaments de la pharmacie s’il en a les moyens ».

…ou vendus au bord des rues

A la tombée de la nuit, ce sont d’autres personnes, pour la plupart des femmes, qui installent leurs étalages aux bords de plusieurs artères de la ville de Cotonou. Elles s’approvisionnent à Adjégounlè et vendent des médicaments contre diverses maladies. Les nombreuses descentes des forces de l’ordre à Adjégounlè, ou les menaces à l’encontre des femmes qui vendent ces produits au bord des rues, n’y changent absolument rien. Tout ce beau monde continue de se faire de l’argent en faisant courir un risque sanitaire énorme au public qui au demeurant peut être considéré comme une victime consentante. Si, le 12 octobre 2009, Jacques Chirac a lancé l’appel de Cotonou contre les faux médicaments, les lignes n’ont pas bougé depuis lors. Avec l’appui de plusieurs chefs d’État africains, il s’agissait pour l’ancien président français par le biais de sa fondation de « s’engager à combattre l’économie criminelle des faux médicaments. »

Le système de santé béninoisSelon des données officielles, le taux de couverture du territoire béninois en infrastructure sanitaire est de 80 %. Cette avancée, constatée ces dix dernières années est à relativiser. En effet, la fréquentation moyenne des centres de santé atteint à peine 36%. De plus, ce n’est que le 19 décembre 2011 que l’acte officiel ouvrant la voie à l’entrée en vigueur du Régime d’assurance maladie universelle (Ramu) promu par l’Etat a été signé.

Le système de santé béninois est bâti autour de cinq zones. Il s’agit notamment d’un centre national hospitalier (Cnhu), des centres hospitaliers départementaux (Chd) et de ceux intervenant dans les  communes (Csc). Le Cnhu et les Chd sont spécialisés entre autres en chirurgie et pédiatrie. Quant aux centres locaux, ils font de la médecine générale, de la chirurgie d’urgence et regroupent essentiellement des dispensaires et des maternités.

Un personnel insuffisant

 Environ 10% du budget général de l’État sont consacré au système de santé. En 2007 et 2008, cette allocation budgétaire atteignait respectivement 9 4518 391 et 10 8238 802 €. L’État béninois assure les 2/3 de ce financement, le reste étant alimenté par des fonds étrangers. Les questions de personnel sont déterminantes pour améliorer nettement les prestations de l’État dans le domaine de la santé. A titre illustratif, les centres de santé locaux jugés peu attractifs et le niveau des salaires de l’État est en deçà de celui des emplois dans le secteur privé.

Si ces personnes qualifiées ne travaillent pas pour les centres privés, elles le font en tant qu’indépendant ou optent pour l’émigration. C’est d’ailleurs pourquoi, fort d’un certain opportunisme politique, Nicolas Sarkozy a déclaré à plusieurs reprises lors de la campagne électorale pour l’élection présidentielle de 2007, « qu’il y a plus de médecins béninois aujourd´hui qui exercent en France que de médecins béninois qui exercent au Bénin! ». Il a réitéré ses propos en février 2011 sur Tf1.

La médecine traditionnelle : un programme national

Avec la création en 1996 du Programme national de la pharmacopée et de la médecine traditionnelle (Pnpmt), l’État béninois ambitionne de valoriser la pharmacopée et la médecine traditionnelle. Mais les Béninois n’ont pas attendu le Pnpmt pour utiliser en cas de maladie les différentes plantes du patrimoine végétal local. A partir de leurs supposées vertus thérapeutiques, Valentin Agon, un praticien de la santé d’une part, et Philibert Dossou-Yovo, chercheur herbo-chimiste d’autre part, ont mis au point plusieurs médicaments [non reconnus à ce jour par la science médicale conventionnelle]. Valentin Agon a inventé en 2007 Api-Palu, un antipaludéen d’origine naturelle. Quant à Philibert Dossou-Yovo, il affirme avoir mis au point depuis 1990 un remède contre le Vih/Sida, qu’il a dénommé « Linkpéyo ». En 2007, et ce malgré de nombreuses difficultés, il a créé un centre baptisé « La Maison de la feuille ».

Flairant la bonne affaire, de nombreuses personnes diffusent des publicités sur des médicaments traditionnels en en vantant systématiquement les vertus. Face à cela, la Haute autorité de l’audiovisuel et de la communication (Haac) a décidé le 30 décembre 2011 d’interdire la diffusion de ces messages publicitaires.

Le paludisme, première cause de recours aux soins

Le 4 octobre dernier, le gouvernement a lancé un programme destiné à prendre en charge gratuitement les enfants âgés de moins de 5 ans et les femmes enceintes en cas de paludisme. Ces patients n’auront plus à payer, entre autres, les frais de consultation, de diagnostic parasitaire et d’hospitalisation. Ce sont les centres communautaires de base et les formations sanitaires du secteur public qui sont concernés par cette mesure. Le paludisme, qui touche particulièrement au Bénin le groupe ciblé par cette mesure de gratuité, est de loin la 1ère cause de recours aux soins.

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> Dr Hazoumé : « La fraude à l’assurance-maladie rend celle-ci difficilement rentable »

Dr Hazoumé (Bénin) : « La fraude à l’assurance-maladie rend celle-ci difficilement rentable »

Le docteur Serge Félix Hazoumé, médecin, conseil de compagnies d’assurance, détaille le contenu du système d’assurance maladie proposé actuellement par les compagnies d’assurances. Il donne son avis sur le régime (Ramu) qui sera opérationnel à partir du 1er avril prochain.

L’article 8 de la Constitution du Bénin dispose entre autres que l’État « assure à ses citoyens l’égal accès à la santé ». Recommandé par les états généraux de la santé tenus en 2007, et annoncé depuis septembre 2009, ce n’est finalement que le 19 décembre 2011 qu’a été signé l’acte officiel consacrant la mise en place du Régime d’assurance maladie universelle (Ramu). Mais il ne sera effectif qu’à partir du 1er avril 2012. Avec le Ramu les assurés, en fonction de leurs revenus et du secteur dans lequel ils travaillent (formel ou informel), doivent payer une somme qui varie de 2,66 à 22,86 € par mois. Ce système s’adresse à toutes les couches socioprofessionnelles. En s’acquittant mensuellement de cette somme, ces personnes seront soignées gratuitement. Mais les groupes sociaux les plus vulnérables, seront pris en charge par l’État et n’auront pas à payer de cotisation mensuelle.

– Quel est le type de couverture médicale proposé généralement par les sociétés d’assurances à leurs assurés ?


Photo : B. Houenoussi.

Serge Félix Hazoumé.- La plupart des sociétés d’assurances du Bénin proposent une assurance maladie destinée à des groupes de personnes. L’assurance maladie groupe est une assurance à laquelle une personne ne peut souscrire de son propre chef. Ainsi, ce sont des entreprises qui souscrivent à ce contrat pour leur personnel en payant annuellement une prime. Elle permet de couvrir l’homme, son épouse et les enfants, jusqu’à concurrence de six enfants. Une carte qui ressemble un peu à la carte Vitale en France leur est délivrée. Avec celle-ci, les assurés se présentent dans des centres ou hôpitaux agréés par la compagnie d’assurance. Les assurances maladie individuelles seront commercialisées dans un très proche avenir.

L’assurance maladie groupe a deux modes de fonctionnement. Dans le premier mode, les assurés se font rembourser directement leurs soins par la compagnie. Ils sont obligés de fournir tous les justificatifs de paiement des frais de santé. Ils préfinancent donc tous leurs soins. C’est le système de remboursement direct.

Le deuxième mode, qui a le plus la cote, est celui du tiers payant. En présentant sa carte dans les structures agréées, l’assuré se fait soigner mais ne paye que 20% des frais médicaux. La compagnie d’assurance se charge de rembourser les 80% restant aux prestataires (les hôpitaux, les pharmacies, les laboratoires). Le revers de la médaille est que toutes les compagnies d’assurances sont confrontées à une fraude énorme, car le système n’est pas encore fiable. La fraude en assurance maladie est quotidienne. La forte sinistralité de la branche maladie au Bénin, comme dans beaucoup de pays, rend cette assurance difficilement rentable.

– Que pensez-vous du régime d’assurance maladie universelle (Ramu) qui vient d’être lancé par le gouvernement ?

– Le Ramu, qui entrera officiellement en vigueur le 1er avril 2012, est une bonne initiative. J’ai été associé aux travaux préparatoires en tant que médecin-conseil de compagnie d’assurances. Dans ce cadre, avec d’autres personnes, nous avons proposé que les compagnies d’assurance privées qui ont déjà l’habitude de gérer ce type d’assurance soient fortement impliquées dans ce régime. Elles pourraient agir comme des mutuelles en appui au Ramu. Ainsi l’État rembourserait 50 à 60 % des frais de santé. Les compagnies d’assurances se chargeront de rembourser le restant à tous ceux qui souscriront à une assurance complémentaire chez elles. Comme cela ce système sera viable et tout le monde sera gagnant. Mais il faut que la prime, c’est-à-dire la tarification par personne, soit bien calculée. C’est aux actuaires de déterminer le juste prix. Il serait également impératif que l’État puisse revoir le plateau médical des structures dans lesquelles les assurés seront pris en charge. Tout ceci ne peut être pérennisé sans un contrôle efficace à tous les niveaux du dispositif qui sera mis en place.

> Entre sécurité sociale et médicaments à la sauvette

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Que se passe-t-il au Bénin où une douzaine de journaux a été provisoirement interdite en décembre?

La mesure de suspension définitive du  journal Le Béninois Libéré, prise le 7 décembre dernier par la Haute autorité de l’audiovisuel et de la communication (Haac), est une décision sans précédent dans l’histoire de cette institution. Durant le même mois, une douzaine de journaux a été également suspendue, à titre provisoire. Les professionnels sont partagés sur ces mesures.

Le 21 décembre 2011, cinq journaux ont été suspendus pour une période allant de deux à trois semaines selon le cas, après que leurs responsables aient été auditionné publiquement par les conseillers de la Haute autorité de l’audiovisuel et de la communication (Haac).

Ces journaux, dont font partie entre autres La Nouvelle Tribune, Le Matin et L’Evénement Précis, ont été condamnés pour une « violation du code d’éthique et de déontologie journalistique ». Ils rejoignent les organes de presse dont la Haac avait scellé le sort le 6 décembre, pour des articles de nature diffamatoire et calomnieuse à l’endroit de plusieurs personnes.

Une atmosphère sereine à La Nouvelle Tribune


Marcel Zoumenou, rédacteur en chef
de La Nouvelle Tribune.

Quelques jours après la suspension de La Nouvelle Tribune, nous avions rencontré, Marcel Zoumenou, rédacteur en chef du dit journal. Des sentiments ambivalents l’animent : il est à la fois « déçu » par cette « lourde décision » de la Haac, mais réaffirme dans le même temps qu’il demeure « serein ». Pour lui, la ligne éditoriale de son journal ne changera pas. Il déclare que tous les membres de la rédaction qu’il dirige ont la « conviction que la presse ne doit pas être inféodée à un pouvoir ». Et d’ajouter que « le combat pour la liberté de la presse continue » et que La Nouvelle Tribune dira toujours dans ses colonnes ce qu’elle pense, tout en « respectant les principes déontologiques ».

Lors de notre entretien, Marcel Zoumenou déplore que l´organe de régulation ne reconnaisse pas que « toutes les opinions n’ont pas droit de cité sur les médias publics » et qu´il ferme les yeux sur des cas flagrants de conflits d´intérêts. Pour lui, son journal constitue « le dernier rempart contre le pouvoir actuel ». Cela pourrait expliquer pourquoi il a déjà reçu à plusieurs reprises « des menaces de mort via notamment des coups de fil. »

Interview

Agapit Napoléon Maforikan : « Il y a un problème de déontologie au sein de la corporation journalistique »


Agapit Napoléon Maforikan, ancien membre de la Haac.

Membre de la Haute autorité de l’audiovisuel et de la communication (Haac) de 2004 à 2009, Agapit Napoléon Maforikan approuve les dernières décisions de cette institution.

Durant ce mois de décembre, une douzaine de journaux a été suspendue et un autre interdit définitivement de parution. La Haac est-elle allée trop loin ou bien certains journalistes font-ils si mal leur travail ?

Je crois que le mal est à l’intérieur de la corporation des journalistes béninois. Ces décisions n’ont pas suscité un remous particulier. Cela veut dire que les professionnels des médias les acceptent notamment à travers leurs organisations professionnelles et ce, de façon joyeuse ou résignée selon le cas. Selon moi, la Haac fait son travail avec une approche participative, puisqu’elle associe l’Observatoire de déontologie et d’éthique dans les médias (Odem) aux instructions des dossiers d’auditions publiques. C’est une collaboration qui s’apparente à ce qu’on appelle « co-régulation » et qui est déjà expérimentée ailleurs. Du coup, si on analyse les comportements des uns et des autres sur ces dossiers, on peut conclure que ce n’est pas la Haac qui fait mal son travail, mais plutôt certains confrères.

Vous estimez que certains journalistes font mal leur travail. En quoi ?

Simplement parce qu’ils ont décidé de rester en marge des règles élémentaires régissant la profession, celles contenues dans le code de déontologie que les professionnels eux-mêmes se sont donné et qu’ils ont signé en 1999. Ce texte s’impose à nous tous. Alors, si des gens décident de rester en marge de ce code, vous comprenez qu’ils s’excluent eux-mêmes de la profession. Car aucune liberté ne peut être effective et bénéfique pour tous, s’il n’y a pas une dose de responsabilité. La Constitution béninoise reconnaît et garantit la liberté de presse. Mais cette liberté est associée aux respects de certains principes. Même les instruments internationaux de protection des libertés, comme la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 et la Charte africaine des droits des peuples et du citoyen de 1981 associent les libertés au respect de certaines normes sociales. C’est dire qu’aucune liberté ne doit se manifester au détriment de celle des autres et surtout de l’intérêt général. Pour moi c’est clair : si certains refusent d’assumer cette responsabilité, il faut prendre des décisions fermes.

Suspendre un journal ou lui interdire définitivement de paraitre, est-ce véritablement dans les prérogatives de la Haac ?

Moi, je ne raisonne pas de cette manière. La Haac est une institution constitutionnelle, qui a deux missions. La 1ère est de défendre la liberté de la presse ; quant à la seconde, elle consiste à faire respecter les règles d’éthiques et de déontologie, car le public a droit à une information plurielle et ne doit pas subir les dérives de la presse. Si certains estiment que cette institution prend une décision abusive, ils peuvent déposer un recours devant la chambre administrative de la Cour suprême. Mais le silence des organisations professionnelles est le signe d’un profond malaise. Cela signifie qu’il y a un problème de déontologie professionnelle au sein de la corporation et qu’il faut prendre le mal à la racine. La Haac existe depuis 17 ans et c’est seulement maintenant qu’elle prend de telles mesures, après plusieurs années de sensibilisation, de formation, de mise en garde et autres. Même si la Cour suprême ou peut-être la Cour constitutionnelle disait que la Haac a outrepassé ses prérogatives, le problème demeurerait entier. C’est pourquoi je pense qu’il faudrait régler ces questions de l’intérieur au lieu de s’en prendre à la Haac.

La question de l’assainissement de la presse béninoise se pose encore davantage avec toutes ces affaires. Au-delà de l’aspect législatif que certains évoquent, comment peut-on véritablement impulser cette marche ?

Il faut que l’Union des professionnels des médias du Bénin (Upmb) et le Conseil national du patronat de la presse et de l’audiovisuel du Bénin (Cnpa-Bénin) prennent conscience de leur double mission de protection et d’assainissement. Nous avons passé près de 20 ans à faire des formations et à sensibiliser les confrères. Il s’agit maintenant d’extraire les bons grains de l’ivraie. Il faut qu’on ramène l’église au centre du village. Il faut que les gens reviennent aux fondamentaux de la profession. Pour moi, il est évident que ces organisations professionnelles ont un grand rôle à jouer par rapport à l’assainissement de la profession. Si elles travaillent à mettre de l’ordre au sein de la corporation, la Haac n’aura plus à prendre des décisions du genre qui paraissent difficiles mais qui s’imposent.

Un mot sur le mandat d’arrêt qui aurait été délivré contre les responsables du quotidien Le Béninois Libéré, notamment Aboubacar Takou et Erick Tchiakpè…

J’ai appris cela sur les réseaux sociaux. J‘attends d’en prendre officiellement connaissance. Je crois savoir que c’est une décision de justice. Si c’était vrai, alors je me sens encore plus conforté dans ma position : on ne doit pas en arriver là. Mais ce qui est cause une fois de plus, ce n’est pas la justice, encore moins la loi qui évidemment doit être corrigée, car il est disproportionné d’avoir comme peine de se retrouver en prison pour n´avoir qu´écrit des contresens. Je suis contre les peines privatives de liberté pour délits de presse. Mais je suis pour que tout journaliste ou responsable de presse indélicat réponde de ses actes sur la base de lois plus modernes que celles que nous avons actuellement. Mais, mieux que la loi, notre code de déontologie mérite d’être promu et vénéré.

Bénin : L’autorité de régulation suspend définitivement un journal

Le 7 décembre 2011, la Haute autorité de l’audiovisuel et de la communication (Haac) a interdit définitivement les activités du Béninois Libéré. Une décision qui s´apparente à un abus de pouvoir.

Le 6 décembre dernier, ce titre barrait la une du journal Le Béninois Libéré : « Conseil de l’entente : Du vent ! ». Et de poursuivre : « Cotonou a servi hier de cadre à un club d’amis mal élus qui se sont retrouvés pour se féliciter chacun pour sa brillante élection ». Le même jour, et sans que cela n’ait aucun rapport, Aboubacar Takou et Eric Tchiakpè, respectivement directeur général et directeur de publication du dit quotidien, ont été auditionnés publiquement par les conseillers de la Haute autorité de l’audiovisuel et de la communication (Haac). En cause, le fait que leur journal ait publié des articles dans lesquels des personnalités politiques estiment avoir été victimes de « diffamation », de « calomnie » et « d’acharnement ».

C’est à la suite de la plainte de ces hommes politiques, que les deux responsables du journal ont été invités par la Haac à s’expliquer. A l’issue de l’audition, le Béninois Libéré a écopé d’un mois de suspension, un délai qui devait courir du 12 décembre 2011 au 10 janvier 2012. De plus, le journal devait publier en sa manchette une lettre de présentation d’excuses au président de la République et au premier ministre.

Le contexte réglementaire

La constitution béninoise a dévolu entre autres à la Haute autorité de l’audiovisuel et de la communication (Haac) : la « mission de garantir et d’assurer la liberté et la protection de la presse », et celle de veiller « au respect de la déontologie en matière d’information ».

Les articles 42, 142 et 143 de la constitution béninoise sont particulièrement consacrés à la Haute autorité de l’audiovisuel et de la communication (Haac). Mis à part cela, l’arsenal législatif sur lequel elle s’appuie est composé : d’une  loi organique d’août 92, qui est relative à son fonctionnement et à son organisation ; en outre, la Haac s’appuie sur deux textes législatifs. Il s’agit de la loi 60-12 du 30 juin 1960 sur la liberté de presse d’une part ; et d’autre part, sur la loi du 20 août 97, qui est relative à la libéralisation de l’espace audiovisuel et aux dispositions pénales concernant les délits en matière de presse et de communication audiovisuelle.

Le lendemain, le même journal titre à la une : « Comment la Haac a fracassé le crâne de votre journal », une référence à la décision du 6 décembre. La même institution ne tarde pas à prendre une décision plus lourde contre ce journal : ses activités sont définitivement suspendues, son siège est scellé et ses deux responsables sont interdits jusqu’à nouvel ordre d’exercer la profession de journaliste au Bénin. La Haac leur reproche des écrits incendiaires, visant à détruire la République et à mettre à mal la relation entre le Bénin et les pays membres du Conseil de l’entente.

Pour les conseillers de la Haac, « les expressions employées par le journal sont grossières, outrageantes et ordurières à l’égard des chefs d’État du Conseil de l’entente ».

Un journal à part entière, ou entièrement à part ?

En un peu plus de cinq ans d’existence, le Béninois Libéré a fait des titres ronflants et grossiers sa marque de fabrique, allant parfois en marge de quelques principes déontologiques. Voici à ce propos deux titres illustratifs : « La BOA violée sans préservatif, réagit vivement » et « Fagbohoun va chier les milliards volés ». Le premier titre fait allusion à la Banque of Africa (Boa), qui est implantée dans plusieurs pays africains. Quant au second, il indexe Séfou Fagbohoun, député à l’Assemblée, au sujet du rachat par celui-ci à la fin des années 90, de la Société nationale de commercialisation des produits pétroliers (Sonacop). Plusieurs de ses articles lui ont d’ailleurs valu par le passé d’avoir été condamné par les tribunaux, la Haac et l’Observatoire de déontologie et d’éthique dans les médias (Odem). Ce dernier est le tribunal des pairs, mais ses sanctions sont symboliques.

Avec un marché publicitaire exigu et centré sur Cotonou, la capitale économique du pays, les journaux béninois se font une guerre de tous les instants. Car la publicité est de loin leur première source de financement. Au Bénin, la plupart des journaux misent sur le sensationnel dont les citoyens sont friands. C’est dire donc que le contenu ou la pertinence des analyses d’un journal ne constituent pas le premier critère de choix de bon nombre des lecteurs. Le Béninois Libéré l’a bien compris. Il dénonce avec ou sans preuve des affaires politico-financières, dans un langage cru et terre à terre.

Dans le même temps, il s’est allié avec toutes les chapelles politiques. C’est pourquoi il lui est si souvent arrivé de tomber à bras raccourcis sur le pouvoir ou sur l’opposition et de les encenser ensuite comme si de rien n’était. Cette collusion malsaine était un secret de polichinelle. Ce journal ne l’a pas inventé, mais ses promoteurs, principalement Aboubacar Takou, son directeur général, a sûrement poussé le bouchon un peu trop loin.

Les dispositions légales

Si la Haac a donc décidé de suspendre définitivement les activités du Béninois Libéré, c’est parce qu’elle a estimé que le titre mis par ce journal en manchette le 6 décembre dernier constituait un délit d’offense au chef de l’État béninois et à ses homologues du Conseil de l’entente. Or, de facto, elle s’est substituée aux tribunaux qui sont les seuls à juger un tel fait. Et dans le cas d’espèce, et ce sur la base de l’article 45 de la loi du 30 juin 1960, c’est au chef de l’État qu’il revenait d’instruire le garde des sceaux afin que celui-ci donne des instructions au parquet pour l’ouverture d’une procédure judiciaire.

L’article 59 de la même loi dispose que « la suspension d’un journal ou d’un périodique pourra être prononcée par la même décision de justice pour une durée n’excédant pas trois mois ». Toutefois, l’article 40 de la loi organique qui la régit stipule que « la Haute autorité de l’audiovisuel et de la communication statue comme conseil de discipline en matière de presse et de communication, sans préjudice des dispositions du statut général de la fonction publique. » L’article 41 indique que sa décision de siéger en qualité de « conseil de discipline doit être motivée et prise à huis clos à la majorité des 2/3 de ses membres. Cette décision est susceptible de pourvoi en cassation devant la chambre administrative de la Cour suprême. »

Un projet de code de l’information

La presse béninoise est régie par une multitude de textes (voir encadré). L’avant-projet de loi en cours, portant code de l’information et de la communication, tombe à point nommé. Il permettra d’avoir un code unifié et de dépoussiérer un arsenal législatif qui n’a pas pris en compte la nouvelle donne que représente l’internet pour la presse en général. Ce code comporte sept titres. L’un d’entre eux est consacré au rappel des prérogatives de l’institution de régulation qu’est la Haac. Un autre titre énumère les principes de l’information et de la communication. A ce niveau, « les concentrations économiques sont interdites ».

Ce texte législatif fait également référence aux critères de formation ou de diplôme pour avoir le statut de journaliste. Mais, il reste vague sur le sort de ceux qui sont titulaires de la carte de presse délivrée par la Haac et qui ne respectent pas forcément les critères de formation ou de diplôme requis. N’importe qui ne peut plus créer un journal. Il faudra être détenteur de la carte nationale de presse et avoir au moins dix ans d’expérience. Une caution est dorénavant fixée, qui elle varie de 762 à 1524 €. Elle est déterminée en fonction de la périodicité du journal dont « la liste du personnel rémunéré sur la base des dispositions de  la convention collective de la presse béninoise » doit figurer dans le dossier de déclaration de publication.

Huit autres organes de presse ont été dernièrement condamnés à des suspensions temporaires pour violation de règles déontologiques.

> Les décisions d´interdiction du Béninois Libéré et de suspension des autres titres sur le site de la Haac.

> La réaction de Reporters sans frontières.

> A lire : Presse du Bénin: une dommageable confusion des genres.

Mali : avec le nouveau code la famille, la femme doit obéissance à son mari

Le Haut Conseil islamique est parvenu à faire revenir le chef de l´Etat sur certains droits du nouveau code de la famille. Au détriment des femmes.


Mahamoud Dicko, président du Haut conseil islamique.
Photo : laube.ml

Le Haut conseil islamique (Hci), qui sert d’interface entre les pouvoirs publics et la communauté musulmane au Mali, avait estimé en août 2009 que la mouture du code de la famille adoptée à cette époque par l’Assemblée nationale était une « insulte au Coran ». Sa furie a fait reculer le chef de l’État qui avait demandé aux députés de procéder à une relecture dudit texte. Adopté de nouveau le 2 décembre dernier, ce code fait la part belle à l’homme qui a dorénavant la « puissance paternelle ».

Le Mali est un pays laïc dont 95% de la population déclare être musulmane. En août 2009,  les défenseurs des droits des femmes s’étaient réjouis des mesures qui figuraient dans la version du code de la famille qui avait été adoptée par l’Assemblée malienne. Aujourd’hui, ils rient jaune, et pour cause. Dès que le texte voté le 2 décembre dernier sera promulgué par le président malien, l’âge du mariage de la femme passera de 18 à 16 ans. Aussi, l’homme est consacré comme unique chef de la famille, à qui il est conféré la « puissance paternelle » qui remplace « l’autorité parentale » (partagée entre l’homme et la femme). Le nouveau code précise aussi que « dans la limite des droits et devoirs respectifs des époux consacrés par le présent code, la femme doit obéissance à son mari et le mari protection à sa femme ». L’article 518 de ce texte, interdit également à un homosexuel d’adopter « un enfant sous quelque régime que ce soit ».

Le lobbying du Hci

En 2009, la forte mobilisation des organisations musulmanes et la pression du Hci ont fait reculer le chef de l’État malien. « La civilisation occidentale est un péché », tel est l’un des slogans qui ont fusé lors des manifestations organisées dans la foulée par le Haut conseil. Les mesures fortes adoptées en août 2009 concernaient l’âge légal du mariage fixé à 18 ans, dans un pays où les filles sont mariées à 13 ou 14 ans dans les zones rurales. De même, seul le mariage célébré devant un officier d’état-civil était dorénavant reconnu, tandis que le droit de divorce est concédé aux maris et aux femmes qui ne vivent plus ensemble depuis trois ans. Avec le nouveau code, le mariage religieux célébré dans les mosquées est désormais aussi légalisé et la question du divorce sera réglée de manière coutumière. C’est pour contrer le fait que le droit de divorce soit accordé au mari ou à la femme après trois ans de séparation que le Hci a voulu que cette question puisse être réglée de manière coutumière.

J. Lokenga (Unicef Bénin) : «L’initiation au vaudou doit respecter le droit des enfants à l’éducation et à la santé»

Dans les couvents vodoun (vaudou), les enfants sont initiés dans des conditions précaires. Jean Lokenga, chef du programme Protection de l´enfant à l´Unicef-Bénin, réagit à cette conclusion d’une étude de l’Association nationale pour la défense et le renouveau du culte traditionnel (Andrct).

Bernado Houenoussi.- Pourquoi avez-vous appuyé cette étude de l’Andrct ?

Jean Lokenga.- La promotion des droits de l’enfant, et en particulier le droit à la protection des filles et des garçons mineurs, relève de la responsabilité des parents et de celle de l’Etat. Le rôle de l’Unicef est de soutenir l’Etat et les communautés pour faire respecter ce droit. Pratiquer sa religion est un des droits reconnu à toute personne humaine. Mais il ne faut pas que la jouissance d’un droit puisse empiéter sur celle d’un autre. Du point de vue de l’Unicef, initier les enfants au vodoun n’est ni bon ni mauvais. Mais l’initiation au vodoun doit respecter le droit des enfants à l’éducation, la protection et la santé. C’est pourquoi nous avons mis en place une plate forme d’échanges avec les différents dignitaires du culte vodoun dans les communes concernées par l’étude. C’est à eux de voir quels changements ils peuvent apporter au processus d’initiation pour un plus grand respect du droit des filles et des garçons. En présence des rois de ces différentes contrées, nous avons restitué aux dignitaires du culte vodoun le rapport de cette enquête. Et c’est sur cette base qu’ils ont pris des engagements.

Plus de 1,5 million d´adeptes du vaudou

L’Association nationale pour la défense et le renouveau du culte traditionnel (Andrct) a initié, avec le soutien de l’Unicef, une étude sur la façon dont des enfants des adeptes du vodoun sont initiés dans les couvents traditionnels. Elle révèle qu’ils y vivent une situation sanitaire difficile.

En 2002 au Bénin, sur une population estimée à 6 769 914 personnes, 23,3% soit 1 577 657 personnes déclaraient être des vodounsi (adeptes du vodoun) qui regroupe l’ensemble des religions traditionnelles. L’étude réalisée par l’Association nationale pour la défense et le renouveau du culte traditionnel (Andrct) a couvert cinq communes du sud du Bénin, région du pays dans laquelle le vodoun est très implanté. 372 enfants sont en cours d’initiation dans 72 des 152 couvents recensés grâce à cette étude. La plupart de ces enfants sont admis contre leur gré dans les couvents et souvent sur la demande expresse de leurs parents. La durée de l’initiation de ces vodounsi varie de 6 mois à 3 ans. Mais durant cette période, ils ne peuvent pas accéder aux soins de santé car le couvent est un lieu sacré et uniquement ouvert aux initiés. Finalement, seul un agent de santé initié aux rites de ce lieu est autorisé, alors que les initiés y vivent dans des conditions d’hygiènes précaires. Ainsi, il a fallu que les dignitaires du culte vodoun acceptent d’ouvrir les couvents pour que les résultats de cette étude soient obtenus.


Adeptes vodoun Cocou.

Quels sont ces engagements ?

Le 1er engagement est relatif au fait que dès cette rentrée scolaire, aucun enfant de leurs contrées respectives ne sera initié dans leurs couvents. Ceux qui sont en âge scolaire pourront aussi aller à l’école. Le 2ème engagement concerne les enfants qui ont déjà fini la période d’initiation, afin qu’il leur soit permis d’aller à l’école et d’utiliser leur nom tel qu’il figure sur l’acte de naissance*. Ils vont échanger plus tard pour revoir la question de la durée et du temps de l’initiation. Et en dernier lieu, les responsables des couvents vodoun vont aménager, dans la parcelle qui abrite le couvent, un espace qui permettra aux agents de santé d’avoir accès aux enfants, au cas où ils seraient malades. Ils vont promouvoir l’utilisation des moustiquaires imprégnées dans les couvents pour protéger les enfants contre le paludisme. Notre rôle est de voir aussi comment ceux qui ont pris ces engagements vont les mettre en pratique et ce dans les communes concernées par cette étude. Cela apportera un grand changement aux enfants et à la communauté concernée.

L’Unicef appuie-t-elle la réinsertion scolaire des enfants après leur initiation dans les couvents ?

L’Unicef travaille dans un cadre général d’appui à l’éducation sur tout le territoire béninois. L’enquête a révélé que la majorité des enfants qui sont recrutés à l’initiation ont entre 6 et 10 ans. Or c’est l’âge de la scolarité. L’inscription au niveau des enseignements maternel et primaire, obligatoire au Bénin, a été déclarée gratuite par l’Etat. Ce qui importe, c’est que ces enfants aillent effectivement à l’école. Les parents de ces enfants sont capables de consentir des fonds énormes pour payer et faire face aux frais d’initiations. Ces fonds sont de loin supérieurs aux frais qu’ils pourraient payer pour une année d’éducation de leurs enfants. La plupart des parents qui envoient leurs enfants à l’initiation sont capables de faire face aux frais de scolarité.

Qu’en est-il de votre plaidoyer pour une loi devant réglementer leur entrée dans les couvents vodoun ?

Le travail que nous avons fait jusqu’ici a été plus au niveau communautaire. Quand on parle des questions des droits de l’homme en général, des droits de l’enfant en face des normes culturelles et traditionnelles qui sont très ancrées, il faut aller doucement, avec une approche pas à pas. A vouloir tout réglementer, on risque d’arriver à ne rien réglementer. Mais au même moment, nous avons travaillé avec le gouvernement, notamment avec les ministères de la famille et de la défense. Nous espérons que le code de l’enfant, en cours d’élaboration, prendra en compte la situation des enfants, notamment de ceux en initiation qui ploient sous le poids de la culture. Mais les acteurs principaux, à mon avis, sont les parents et les initiateurs puisque c’est un phénomène qui reste encore largement accepté et caché. Ces enfants sont vulnérables dans la mesure où ils sont difficiles à atteindre. Il faut que la loi puisse avoir un mot à dire là-dessus.

* Au terme de son initiation, un initié se voit attribuer un nom déterminé en fonction de la divinité à laquelle il a été consacré. A sa sortie du couvent, il porte dorénavant ce nom.

> A lire : « L’éducation dans les couvents vodous au Bénin » par Adjignon Débora G. Hounkpe.

Cameroun : une association combat la pratique du « repassage » des seins

Au Cameroun, pour éviter que leurs filles n’attirent trop vite les garçons, leurs mères tentent de leur aplatir les seins en les « repassant ». Un quart des jeunes filles seraient touchées par ces pratiques traditionnelles.


Les seins de la jeune fille sont “repassés” (ici à l´aide d´une pierre chauffée) plusieurs fois par semaine
sur parfois plusieurs mois mois...
Photo: current.com.

Pierres, spatules, herbes, pilons et épluchures de bananes. Voici un bref aperçu des objets utilisés lors du « repassage » des seins, une pratique très en vogue au Cameroun mais encore méconnue du grand public. Préalablement chauffés, ils sont utilisés pour masser les seins des jeunes filles afin de les faire disparaitre. Leurs parents, principalement leurs mères, voient dans les seins de leurs filles qui poussent le premier signe de puberté qui pourrait inciter les hommes à s’intéresser à elles. Le principal argument qu’elles brandissent, est relatif au fait que leurs filles courent le risque de tomber enceintes si elles ont des rapports sexuels précoces. C’est pourquoi elles décident de leur aplatir les seins.

Selon des données officielles, le taux de fécondité était de 4,4 enfants par femme au Cameroun en 2008. 62% de la population de ce pays, estimée à 18,5 millions de personnes (2008), a moins de 25 ans. Selon une étude réalisée en 2005, par le Réseau national des Associations de tantines (Renata) et la coopération allemande, un quart des filles se serait vu repasser leurs seins.

Annie, aujourd’hui âgé de 19 ans, raconte qu’elle n’avait que 10 ans lorsque sa mère lui a repassé les seins à l’aide d’un pilon chauffé au feu. Et d’ajouter : « Dix jours plus tard, la coque de la noix de coco chauffé au feu avait remplacé le pilon ». Elle en garde un « souvenir douloureux », comme Armelle. Les seins de celle-ci ont été pratiquement « écrasés avec une pierre chauffée en premier lieu dans de l’eau bouillante ». Ensuite, « ils ont été emballés avec un tissu élastique appelé serre-seins ».

Cette pratique n’a parfois aucun effet sur les jeunes filles qui la subissent, leur poitrine restant surdéveloppée malgré le repassage de leurs seins.

L’action du Renata

« Les seins, c’est un don de Dieu. Laissons-les pousser naturellement », tel est le slogan de la campagne du Réseau national des associations de tantines (Renata) contre le repassage des seins menée depuis 2006. Le mouvement regroupait en 2011 plus de 250 associations de « tantines » et plus de 15 000 filles-mères formées comme tantines. Une tantine est « une fille mère qui a accouché entre 12 et 18 ans et qui est élève ou non ».


Dégâts occasionnés par cette pratique. Photo : current.com.

Renata ambitionne de « rendre concrets les Objectifs du millénaire pour le développement (Omd) au niveau de la communauté par des actions efficaces et bien ciblées ». C’est pour cela qu’il lutte « contre les pratiques nocives et toutes autres formes d’injustice à l’égard de la jeune fille ». Celle-ci est « formée en prévention des grossesses précoces »  et des maladies sexuellement transmissibles. Elle doit être « volontaire, dynamique et engagée ». Dans sa campagne, via dépliants et affiches, le Renata met particulièrement l’accent sur les problèmes de santé que cela induit : infections, kystes et cancers. Sans compter que certains jeunes filles ne parviendront pas à allaiter un enfant, alors que d’autres verront leurs seins produire du lait en dehors des grossesses.

Le repassage du ventre après l’accouchement

Alors que sa campagne contre le repassage connaît un succès indéniable au sein de l’opinion publique, le réseau associatif envisage d’ores déjà de s’attaquer à un autre front. Il entend mener une campagne de sensibilisation des femmes contre le repassage du ventre après l’accouchement, encore appelé massage post partum. Selon une de leurs études, cette pratique est plus répandue que celle du repassage des seins. Très prisée dans la tradition, elle concernerait entre 40 et 90 % des femmes qui accouchent pour la première fois. Le corps de la femme qui vient d’accoucher est aspergé d’une eau bouillante par le biais d’un balai à fibres. Une serviette trempée dans la même eau sert à masser les différentes parties du corps de la femme. Le massage, qui peut durer entre une semaine et trois mois, concerne entre autres le bas-ventre, le vagin, le col de l’utérus et les cuisses. Ces femmes en ressortent avec des effets néfastes sur les plans corporels et psychologiques. Outre le traumatisme de la douleur et la peur, elles voient changer la couleur de leur ventre et sont sujettes à des menstruations irrégulières et à des infections.

> Avec Atelier des médiasRfi et Tantines.org

> Reportage [EN] sur le repassage des seins réalisé par current.com sur le site de Renata.