La circoncision, entre tradition et droit de l´enfant

Être né en France, c’est avoir la chance de pouvoir se déterminer librement… à cette différence près que la circoncision* rituelle, dite de routine par les chirurgiens-urologues, est imposée à des petits Français. Selon les banques de données électroniques, la France compte 60 000 enfants opérés chaque année, à l’exclusion des actes innombrables réalisés au « pays » ou à la sauvette, soit au total plus de 20% d’une classe d’âge.

Cette pratique croît avec l’accélération des flux migratoires en provenance d’Afrique sub-saharienne, du Maghreb, du Moyen-Orient et depuis peu, des pays asiatiques islamiques.

Le DVD réalisé par Dominique
Arnaud.

Alors qu’il conviendrait d’affirmer sans ambiguïté que la circoncision* rituelle n’a pas sa place dans notre société, elle y est tolérée, voire chaudement encouragée. Bien que le mot respect soit sur toutes les lèvres, ce marquage montre que le corps est en réalité de moins en moins respecté, de plus en plus agressé au nom du multiculturalisme, du conformisme social, du fanatisme… à tout le moins hygiénique. Cette complaisance coupable met en évidence une question fondamentale : le droit inaliénable de nos enfants à leur intégrité physique.

Certes, les parents sont seuls compétents en matière d’éducation tant que l’enfant n’est pas en situation de danger, situation évaluée par le procureur de la République qui peut saisir le juge des enfants habilité à mettre en place des mesures de protection. Le 27 mai dernier, de vifs débats agitaient  le palais de justice de Lille : un bébé est sauvé de justesse après une circoncision ratée effectuée, à domicile, par un homme formé à la médecine en Algérie. Stupéfaction : le procureur demande la relaxe sur l’exercice illégal de la médecine et sur les blessures involontaires au motif qu’il s’agit d’un rituel.

Le sacro-saint respect de la transmission des traditions

Une affaire qui montre bien qu’à défaut de directives, les magistrats, livrés à eux-mêmes, ne peuvent dire la loi sans tenir compte d’un certain contexte idéologique. Le sacro-saint respect de la transmission des traditions et des convictions religieuses est tel, que la circoncision échappe à toutes sanctions prévues par le Code pénal (Articles 222 / Atteintes volontaires à l’intégrité de la personne). On peut donc affirmer qu’un droit de l’enfant existe bien, mais qu’il consiste en un ensemble de droits que les adultes ont sur lui. Autant dire que l’enfant n’est titulaire d’aucun droit, sinon celui de se taire.

La lutte contre le port du voile ou la construction de minarets restera un combat d’arrière garde tant que sera tolérée la circoncision ; il faut inverser l’ordre des priorités.

La lettre adressée au président de la République en août 2009 par le docteur Elisabeth Martin-Lebrun, en vue d’interdire la burqa dans l’espace public, est édifiante. Pour éviter de stigmatiser la communauté musulmane et ne pas favoriser la radicalisation de ses membres, le médecin des enfants proposait une sorte de compensation : le remboursement de la circoncision rituelle médicalisée (coût moyen 800 €).

* Lexique

Circoncision. Exérèse circulaire, partielle ou totale du prépuce*. Elle peut être encore pratiquée par le mohel, personnage à vocation religieuse, au huitième jour chez les Juifs et avant la puberté par le barbier chez les Musulmans. Elle peut être réalisée à vif, sous anesthésie locale ou sous anesthésie générale, en fonction de l’âge de l’enfant et de la toxicité des anesthésiants. Les risques de complications postopératoires – saignements, infections, ulcères et sténoses du méat – sont faibles lorsqu’elle est prise en charge par un médecin expérimenté.  Le chirurgien sollicité pour cette opération peut la refuser et faire valoir l’argument de conscience. Aux Etats-Unis, la circoncision est pratique courante. Elle se banalise en France. La circoncision n’est pas reconnue par l’OMS comme une mutilation sexuelle car elle n’altère pas la fonction sexuelle de façon aussi sévère que l’excision.

Prépuce. Repli tégumentaire qui entoure le gland de la verge et préserve sa sensibilité.

Phimosis. Etroitesse naturelle ou resserrement accidentel de l’ouverture du prépuce au-devant de l’extrémité de la verge. Le phimosis spontané est rare. Le phimosis acquis provient d’un mauvais traitement de l’organe : déchirure des adhérences naturelles avant l’âge de 3 ans ou résiduelles chez l’enfant jusqu’à la puberté. Il faut répéter aux parents l’importance des soins d’hygiène à apporter à cette partie du corps dès les premiers jours. Le médecin de famille, le médecin scolaire, doivent assurer à l’occasion des examens le dépistage du dysfonctionnement du prépuce. Quant aux chirurgiens consciencieux, ils savent qu’à l’occasion d’une anesthésie générale, ils doivent aussi procéder à cet examen et éventuellement agir pour libérer les adhérences.

Et comme un malheur n’arrive jamais seul, Madame Valérie Boyer, députée des Bouches-du-Rhône, déposait une question écrite demandant le remboursement partiel, par la Caisse d’assurance maladie, de la circoncision des jeunes garçons juifs et musulmans. Une initiative unanimement saluée par la communauté musulmane de sa circonscription d’élection. Une ficelle électorale très vite et très poliment rejetée par notre ministre de la santé, Roselyne Bachelot.

Reste qu’un chirurgien « compréhensif » peut toujours contourner l’obstacle en prescrivant une opération pour phimosis*, un acte remboursé par les caisses d’assurance maladie. Ainsi, médecins, barbiers et rabbins peuvent en toute impunité poursuivre leurs basses œuvres sur des enfants sains, au mépris du droit à leur intégrité sexuelle.

Il n´y a pas de mutilations modérées

Il n’y a pas de mutilations modérées, comme il n’y a pas de criminels ou de fanatiques modérés. La circoncision, tout comme l’excision, est un bizutage extrême infligé aux plus vulnérables d’entre nous. Hiérarchiser la gravité des atteintes au corps selon les sexes affaiblit le débat. En vérité, la circoncision et l’excision se nourrissent mutuellement. Partout où une fillette est excisée se cache la lame d’un circonciseur circoncis. Cette donnée est à prendre en considération si nous ne voulons pas qu’un jour nos responsables politiques aient à se prononcer sur le bien fondé du remboursement des mutilations génitales féminines, comme ils y sont invités aujourd’hui au sujet de la circoncision.

L’ablation du clitoris réalisée par un médecin, dans des conditions sanitaires maximales, éviterait pareillement douleurs et complications, unique préoccupation avancée par le docteur Elisabeth Martin-Lebrun à propos de l’ablation du prépuce*. Et dans la foulée, après l´étude très controversée menée par l’Unité 687 de l’Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale) préconisant la circoncision masculine contre le Sida, pourquoi ne pas envisager une étude basée sur l´ablation des grandes et des petites lèvres chez la femme pour lutter contre le HIV ou le cancer du col de l’utérus ? A force d’aveuglement, à trop redouter la confrontation, à vouloir à tout prix vivre ensemble en paix, l’inacceptable devient la norme. Ceci nous renvoie à cette citation fréquemment employée : « Vous avez voulu éviter la guerre au prix du déshonneur. Vous avez le déshonneur et vous aurez la guerre ».

Offrir le choix de rompre avec l´environnement

En France, la circoncision complique l’acceptation de notre cadre commun. Elle rend plus difficile l’intégration de certaines communautés humaines en lien avec ce trauma psychique à forte résonance symbolique. Pour un Musulman comme pour un Juif religieux, la circoncision est un gage de bienséance, elle est morale, religieuse, sociale…

En cela, elle est un signe distinctif, équivalent à un acte d’état civil. Elle donne un sentiment d’appartenance, de sécurité et d’obéissance à des lois communautaires incompatibles avec celles de notre pays, riche de son histoire et de ses valeurs émancipatrices. Si transmettre à l’enfant une religion, une culture et des règles de vie peut lui donner des repères, il faut avant tout lui offrir, devenu adulte, le choix de rompre avec son environnement, en homme libre et responsable.

Or la circoncision est irréversible.

Paris, le 28 novembre 2009

>> Mon film Silence on coupe ! est une enquête sur la circoncision, un sujet passionnel. Il explore une réalité peu ou mal connue dans un esprit de simple constat. Réalisé sous forme d´interviews, essentiellement de personnalités de la société civile et du monde politique, il a été produit sans diffuseur, sans distributeur, sans l’aide du CNC.  Indépendance et liberté de ton sont les marques de ce documentaire de 59 minutes. Il rencontre aujourd’hui son public, toujours plus nombreux, grâce au site dédié à sa présentation : www.circoncision-film.com