La démarche « véritale », une méthode pour favoriser l’information responsable

Pour faire un choix éclairé sur les faits et les situations que le journaliste lui décrit, le citoyen a besoin qu’on lui fournisse une information fiable, qui contient le plus haut degré de vérité possible. Nous allons voir que, contrairement à une idée répandue, cette notion de « vérité » ne doit pas être abandonnée. Elle doit simplement être revisitée à la lumière de l’épistémologie. C’est ce que nous proposons d’expliquer ici en vous présentant la démarche « véritale », méthode qui se trouve au cœur de l’information responsable, telle qu’Ouvertures la conçoit.

Notre démarche véritale est une méthode innovante permettant d’assurer ou de mesurer de degré de fiabilité d’une information journalistique. Elle répond notamment à l’attente du public qu’on lui délivre une information la plus vraie et la plus objective possible.

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Pour les journalistes professionnels, le mot de « vérité » n’a plus grande signification aujourd’hui. Plus personne (sinon, curieusement, dans les gros titres en une) ne prétend sérieusement détenir la vérité sur les faits d’actualité. Au panthéon des valeurs de leur métier, les journalistes placent volontiers la rigueur et l’honnêteté. Et pourtant…

Pourtant, le public, lui, veut et attend qu’on lui dise la vérité. Et il demande aux journalistes d’être objectifs.

Une perte de légitimité de la profession

Ce décalage entre, d’une part, les aspirations légitimes de la population et, d’autre part, l’offre journalistique, conduit à une perte de légitimité de la profession. L’information de presse n’apparaît plus crédible, précisément parce que, ne visant plus les valeurs suprêmes que sont la vérité et l’objectivité, pourtant considérées comme fondamentales par le public (et, précisons-le, par les codes éthiques), la profession ne les a pas réellement remplacées sinon par des principes flous.

Qui plus est, la bonne application de ces principes est laissée à la seule appréciation des producteurs de l’information. Nul contrôle, ni interne à la profession (pas d’instance déontologique) ni externe à elle (administratif ou institutionnel), hormis la justice. Et même, quand ce contrôle existe, par exemple avec le CSA pour l’audiovisuel, il est loin de parvenir à faire respecter les principes de base de la déontologie journalistique.

Redéfinir notre métier avec la démarche véritale

Avant toute chose, il nous semble essentiel de redéfinir ce qui fait la spécificité de notre métier. Ce n’est qu’après avoir formulé une vision claire de ce qu’est l’information journalistique que nous pourrons afficher ses caractéristiques. Et tirer toutes les conséquences juridiques, politiques et pratiques du fait d’informer.

Tel est l’objet de la démarche véritale. Se basant sur le sens éthique de l’information journalistique, cette méthode décrit les différentes étapes permettant de garantir au maximum sa fiabilité. Et donc son acceptation par le public.

Pourquoi une “méthode” ? Parce que son sujet n’est pas le contenu de la “vérité” d’une information, mais bien ses conditions de fabrication et de production.

Le mot vérital est un néologisme forgé pour désigner une expression pour laquelle son fabricant s’est engagé à respecter un certain nombre d’exigences nécessaires, lui permettant d’affirmer qu’il a été le plus objectif possible (la notion d’objectivité, comme celle de vérité, est redéfinie – voir ci-dessous) et qu’il a élaboré une information ayant le plus haut degré de vérité possible, dans la mesure de ses moyens. La démarche se dote ainsi d’une obligation de moyens et non de résultat, le résultat (l’expression de la vérité) étant ici réputé invérifiable dans son absolu.

Approcher au plus près la réalité

Un journaliste (un média) optant pour la démarche véritale ne garantit donc pas LA vérité sur tel événement, ni ne prétend qu’il a été totalement objectif. Mais il peut prouver qu’il a été le plus honnête possible dans la fabrication de son information ; qu’il a tenté d’approcher au plus près, dans son expression, la conformité avec la réalité ; qu’il a été loyal dans la construction de son jugement.

L’information journalistique a ceci de commun avec la vérité, c’est qu’une fois connue, à la différence de la simple opinion ou du commentaire, elle s’impose comme un savoir contraignant pour tous. C’est pourquoi, le journaliste ne peut se limiter à vouloir préserver sa liberté d’expression. Il doit aussi tenir compte de sa responsabilité à l’échelle de la communauté dans laquelle il évolue.

En résumé, la démarche véritale est une méthode qui certifie que le maximum est fait pour garantir le plus haut degré possible de vérité d’une information. Non pas, bien évidement que LA vérité est garantie, mais que tous les moyens actuellement accessibles sont mobilisés, avec sincérité et professionnalisme, pour atteindre la meilleure qualité possible en terme de connaissance exacte.

Une charte « canevas » pour mesurer la bonne foi

La démarche véritale expose les éléments d’une méthode pouvant guider tout auteur/média dans la rédaction d’une information fiable, autant sur l’aspect factuel que sur l’aspect interprétatif.

Fiable : on sait que son auteur aura fait le maximum pour approcher le plus possible la vérité des faits, qu’il rectifiera s’il s’est trompé et que son jugement est fondé sur des arguments vérifiables et formé selon des valeurs claires.

La démarche véritale apporte aussi un canevas pour mesurer la bonne foi de l’auteur, non pas en analysant la qualité intrinsèque de son information : elle intervient non pas quant au contenu de l’information elle-même (elle respecte donc entièrement la liberté d’expression), mais sur ses modalités de fabrication.

Elle peut même, à l’instar du standard ISAS P 9001 pour le management des médias, être estimée par un certificateur intervenant pour valider le respect des engagements pris.

 

Jean-Luc Martin-Lagardette
Août 2012