Robert Kempenich : « Il n’existe pas d’autre pays ayant stigmatisé la médecine anthroposophique [comme la France] »

Ouvertures.- Quels ont été vos sentiments à la lecture des propos tenus par la Miviludes dans son rapport de 2012 ? 

Robert Kempenich.- D’abord un sentiment d’indignation, car la médecine anthroposophique ne satisfait aucun des critères de dangerosité retenus par la Miviludes pour définir un risque de « dérive sectaire ». Immédiatement, avec mes confrères, nous avons décidé de faire rétablir la vérité.

– Quel ont été les impacts concrets de cette accusation de « dérive sectaire » ? 

– Si cette accusation n’a jamais interféré concrètement avec les relations médecins-patients déjà existantes, car fondées sur la confiance, elle a certainement jeté un doute chez les patients qui projetaient de se tourner vers la médecine anthroposophique et les jeunes praticiens qui souhaitaient se former à sa pratique. Si les patients et les médecins ont été indignés par une telle accusation émanant d’un organisme rattaché au Premier ministre, elle a aussi indéniablement introduit le soupçon dans le monde social et médical, ainsi qu’auprès des instances de tutelle. Le préjudice occasionné par la publication de la Miviludes est très difficile à évaluer.

– Que représente la médecine anthroposophique en France, en Europe et dans le monde ? Comment sont formés les praticiens ? Peut-on être médecin anthroposophe et conventionnel ? 

– La médecine anthroposophique est pratiquée exclusivement par des docteurs en médecine. Elle est un courant médical bien établi en France, fort répandu en Europe (22 pays européens) et dans 38 autres pays du monde entier. En plus des cabinets libéraux, elle est pratiquée dans 25 structures hospitalières en Europe, réparties dans plusieurs pays membres de l’Union Européenne. 14 de ces structures disposent d’un service d’urgence et 3 sont des structures hospitalières universitaires.

La médecine anthroposophique se fonde sur la médecine scientifique universitaire et l’élargit par une démarche spécifique d’observation de l’homme qui englobe les niveaux d’organisation corporel, physiologique, psychologique et individuel. Les médicaments utilisés par la médecine anthroposophique sont issus des 3 règnes de la nature (minéral, animal et végétal). Ils se présentent sous forme phytothérapique, homéopathique ou sont préparés selon des procédés pharmaceutiques spécifiques conformes aux pharmacopées nationales ou européenne.

Le Goetheanum, centre de la Société anthroposophique à Dornach (Suisse).

Les médecins pratiquant la médecine anthroposophique ont une double formation, une formation universitaire comme tous les médecins et une formation spécifique en médecine anthroposophique. Après leur formation de base, ils suivent également des formations continues comme tout médecin, en médecine universitaire ainsi qu’en médecine complémentaire anthroposophique.

Certaines de ces formations sont intégrées dans l’enseignement universitaire (en Allemagne, en Autriche, au Danemark, au Royaume-Uni et en Suisse). En France, en plus des formations privées organisées par les associations de médecine anthroposophique, signalons que celle-ci est régulièrement enseignée depuis 5 ans (formation de base et formation continue) dans le cadre du Service de formation continue de l’université de Strasbourg (Unistra).

– Pouvez-vous expliquer votre stratégie juridique et pourquoi elle a permis cette issue favorable ? Savez-vous si la Miviludes va interjeter appel ? 

– Nous avons d’abord demandé à la Miviludes de nous transmettre les pièces sur lesquelles elle s’était appuyée pour inscrire la médecine anthroposophique sur la liste des médecines à risque de dérives sectaires. Nous n’avons obtenu aucune réponse substantielle, si ce n’est que la médecine anthroposophique n’avait jamais été évaluée par le GAT (Groupe d’appui technique auprès de la Direction générale de la santé). Nous avons donc demandé immédiatement qu’elle puisse être évaluée par le GAT, demande réitérée à plusieurs reprises. On nous a répondu que cette évaluation n’était pas à l’ordre du jour. La médecine anthroposophique a donc été placée sur la liste des médecines à risque de dérives sectaires parce qu’elle n’avait pas été évaluée, tout en lui refusant cette évaluation. Nous avons bien sûr également demandé l’intervention de la Cada (Commission d’accès aux documents administratifs) auprès de la Miviludes, sans plus de succès.

Nous avons également demandé à être auditionnés au Sénat dans le cadre de la  Commission « Dérives thérapeutiques et dérives sectaires », audition qui a eu lieu le 3 avril 2013, afin de pouvoir expliquer ce qu’est la médecine anthroposophique et ainsi de pouvoir répondre aux accusations de la Miviludes.

Ce n’est que par un jugement du 8 octobre 2015 que le tribunal administratif de Paris, sur requête du CNP MEP SMA (Conseil national professionnel des médecins à expertise particulières – Section médecine anthroposophique), a forcé  la Miviludes à communiquer les documents ayant servi à l’élaboration du guide « santé et dérives sectaires ». Face à l’inconsistance des motifs et des éléments factuels utilisés par la Miviludes pour disqualifier la médecine anthroposophique, le CNP MEP SMA a alors saisi le tribunal administratif en vue de demander des comptes à cette instance et de faire retirer sans délai la médecine anthroposophique de la liste des médecines à dérive sectaire.

A ce jour, nous ne savons pas si la Miviludes va interjeter appel.

– Avez-vous connaissance d’autres pays ayant stigmatisé cette pratique ou au contraire l’ayant intégrée dans leur système institutionnel de santé ? 

– Non, à notre connaissance, il n’existe pas d’autre pays ayant stigmatisé la médecine anthroposophique de cette manière. Mais la forte expansion des médecines complémentaires en Europe ainsi que la très forte demande des patients pour ces médecines entrainent inévitablement des réactions d’opposition de la part de certains confrères et de certaines institutions de tutelle bien établis dans le monde du « scientisme moléculaire » et de « l’homme machine ».

La médecine anthroposophique est intégrée dans le système de soins en Allemagne et en  l’Autriche. En Suisse, elle fait partie des médecines complémentaires dont l’inscription dans la Constitution a été plébiscitée par 67% des électeurs. Au Royaume-Uni et au Danemark, les médecines complémentaires, dont la médecine anthroposophique, sont  intégrées dans la législation.

– Existe-t-il des études indépendantes sur cette pratique ?

– Il existe de très nombreuses publications, tant en recherche fondamentale que clinique, dans tous les domaines de la médecine (cancérologie, pédiatrie, traitement de la douleur, traumatologie, allergologie, maladies chroniques, etc.)

Une évaluation générale de la médecine anthroposophique a été publiée en 2011 à la demande des autorités suisses dans le cadre d’un « HTA report » (Health Technology Assessment report). Un tel rapport consiste à évaluer une technologie de santé en étudiant les concepts, la pratique, la qualité, l’efficacité, l’innocuité et les coûts. Il permet à une autorité administrative dans le domaine de la santé de se former un jugement sur une méthode médicale, de l’autoriser ou non, dans le cadre d’un système ou d’une politique de santé. C’est sur la base d’un tel rapport que la Suisse a intégré la médecine anthroposophique dans les médecines complémentaires officiellement reconnues par la Confédération. En effet, les résultats de 265 études cliniques, portant sur l’efficacité et l’innocuité de la médecine anthroposophique, étaient majoritairement positifs et l’évaluation des coûts très favorable. De plus, d’après ces études, les patients se disent très satisfaits des soins anthroposophiques. Depuis cette publication, de très nombreuses autres études cliniques ont été publiées. Un médicament  particulièrement étudié est le Viscum Album. 150 études cliniques dont 34 randomisées (RCT – Randomized Controlled Trials) ont été publiées. Ces études montrent un impact positif sur la qualité de vie et la réduction des effets secondaires des traitements conventionnels dans les cancers. Des études récentes concernant le cancer du pancréas ont montré une nette prolongation de la durée de survie.

– Que souhaitez-vous, que proposez-vous, pour que votre activité puisse avoir droit de cité dans le paysage sanitaire français ?

– Actuellement, l’intégration des médecines complémentaires dans les systèmes de soins européens est très disparate comme l’a montré en 2012 l’étude CAMbrella, menée par un réseau de recherche constitué de 16 pôles universitaires de 12 pays européens afin d’établir les besoins, l’intérêt et la pertinence des CAM (médecines complémentaires et alternatives) pour les citoyens européens. L’étude CAMbrella a été financée par la Commission européenne.

La médecine anthroposophique est présentée dans cette étude de manière exhaustive. Cette étude la classe parmi les 5 principales médecines complémentaires pratiquées en Europe : acupuncture et médecine traditionnelle chinoise, homéopathie, phytothérapie, médecine anthroposophique et médecine manuelle. Entre 2010 et 2012, j’ai été membre de l’Advisory Board de CAMbrella en tant que président de l’ECPM (European Council of doctors for Plurality in Medicine).

L’objectif de CAMbrella est de proposer une harmonisation des statuts des médecines complémentaires en Europe, de garantir la qualité des médicaments et la formation des praticiens et de promouvoir la recherche scientifique. Elle prévoit aussi de créer un institut européen des médecines complémentaires qui serait un lieu d’information objective indispensable pour garantir le libre choix des patients européens. Rappelons qu’en matière de santé, la tâche essentielle de la Commission européenne est non seulement de protéger les patients mais également de promouvoir la santé.

L’objectif de CAMbrella fixé à 2020 sera-t-il tenu ? Les choses semblent bien plus compliquées que prévu…

– Dans son rapport paru en 2018, la Miviludes réitère ses allégations concernant votre démarche. Allez-vous engager une autre action en justice contre elle ?

– Avec les diverses associations de médecine anthroposophique et notre avocat, nous réfléchissons à cette éventualité.

> Voir aussi : Anouk Serre, présidente de Fascia France : «Étiquetés dérive sectaire par la Miviludes, nous n’avons pas eu d’autre choix que de lui intenter un procès»

> Communiqué Médecine anthroposophique avril 2018.

 

Anouk Serre, présidente de Fascia France : « Les thérapies des fascias bénéficient d’un intérêt et d’une reconnaissance internationale croissants »

> Suite et fin de l’interview Anouk Serre, présidente de Fascia France : « Étiquetés dérive sectaire par la Miviludes, nous n’avons pas eu d’autre choix que de lui intenter un procès »

Ouvertures.- Comment est considérée aujourd’hui la pratique de la fasciathérapie en Europe et dans le monde ? Avez-vous connaissance d’autres pays ayant stigmatisé cette pratique ou au contraire l’ayant intégrée dans leur système institutionnel de santé ?

Anouk Serre.– La fasciathérapie MDB est pratiquée et enseignée dans plusieurs pays européens et dans le monde (France, Belgique, Suisse, Brésil, Canada, Roumanie, Grèce, Allemagne, Portugal) et ne rencontre pas les problèmes de la France. À titre d’exemple, en Belgique, Axxon, Physical Therapy in Belgium, unique organisation représentative de défense professionnelle de la kinésithérapie en Belgique, a créé un groupe d’intérêt pour la kinésithérapie fasciale (ABCIG kinésithérapie fasciale) qui reprend les principes et concepts de la fasciathérapie.

En Suisse, le diplôme de fasciathérapie permet aux praticiens d’être reconnus auprès de l’Asca (Fondation pour la reconnaissance et le développement des thérapies alternatives et complémentaires) et du RME (Registre de médecine empirique). Les patients bénéficiant d’une assurance complémentaire peuvent prétendre à un remboursement lorsque le praticien est reconnu auprès d’un de ces deux organismes. La structure de formation (Fascia Formation Suisse) est en cours d’accréditation par l’Organisation du monde du travail en thérapie complémentaire – Ortra TC.

Nos contacts avec l’international nous donnent plutôt de l’espoir et ce d’autant que les thérapies des fascias prises dans leur sens large bénéficient d’un intérêt et d’une reconnaissance internationale croissants de la part de la médecine conventionnelle et non conventionnelle. Des congrès scientifiques portant sur le fascia et rassemblant chercheurs et cliniciens ne cessent de voir le jour et la fasciathérapie y est régulièrement représentée.

Qu’est ce que la fasciathérapie ?

Selon le site fasciatherapie.be, la fasciathérapie est une thérapie manuelle qui agit sur toutes les structures du corps (os, articulations, ligaments, muscles, artères, cœur, poumons, intestins…) et en particulier sur les “fascias”, fines membranes qui enveloppent et relient entre eux tous ces éléments comme une toile d’araignée.

Le fasciathérapeute, grâce à un entraînement perceptif, capte cette activité non visible mais vitale qui prend la forme du mouvement interne. Il peut ainsi faire un bilan précis des restrictions et du potentiel du mouvement interne de son patient. Dans un même geste, il repère les zones de tension et restaure la cohérence et la rythmicité interne.

– Existe-t-il des études indépendantes sur cette pratique ?

Mme Serre lors du congrès en l’honneur des 20 ans de l’association Fascia France.

– Depuis les années 2000, nous avons développé la recherche et l’évaluation de la fasciathérapie. La plupart des études proviennent du Cerap (Centre d’études et de recherche appliquée en psychopédagogie perceptive) qui promeut la recherche qualitative et sa complémentarité avec la recherche quantitative.

Mais il existe un certain nombre de recherches randomisées issues le plus souvent de masters en kinésithérapie réalisés dans des pays étrangers et donc des recherches indépendantes et qui démontrent l’efficacité signifiante de la fasciathérapie. Elles sont répertoriées dans le site de l’association Fascia France à la page Recherche. Nous avons également plusieurs publications internationales dans des revues à comité de lecture dont certaines sont référencées sur PubMed. Ces travaux sont communiqués régulièrement dans les congrès internationaux et sont consultables sur nos différents sites (Cerap).

– Que souhaitez-vous, que proposez-vous pour que votre activité puisse avoir droit de cité dans le paysage sanitaire français ?

Nous ne revendiquons rien de particulier pour nous-mêmes, mais souhaitons participer à l’évolution et la reconnaissance des thérapies non conventionnelles en complémentarité de la médecine conventionnelle.

Nous avons réussi à démontrer que la fasciathérapie n’est pas dangereuse pour les patients et que ses principes thérapeutiques ne présentent pas de risque de dérive sectaire. Aujourd’hui, la médecine conventionnelle et en particulier le Cnomk, considèrent la fasciathérapie et d’autres techniques comme l’ostéopathie crânienne comme une « dérive thérapeutique » au motif qu’elles seraient insuffisamment éprouvées. Ce nouveau terme utilisé pour disqualifier les pratiques non conventionnelles et les classer parmi les pseudosciences repose sur des concepts qui doivent être discutés et argumentés tant sur le plan épistémologique que juridique. Nous pensons que les pratiques non conventionnelles ne peuvent être évaluées et validées selon les mêmes critères et avec les mêmes méthodologies que la médecine qui promeut quasi exclusivement l’Evidence Based Medecine.

Nous allons continuer à développer la recherche et à publier nos travaux actuels et futurs afin que la fasciathérapie puisse continuer à bénéficier aux milliers de patients qui y ont recours et aux centaines de praticiens qui en France l’appliquent au quotidien dans le respect de la confiance de leurs patients.

Anouk Serre, présidente de Fascia France : «Étiquetés dérive sectaire par la Miviludes, nous n’avons pas eu d’autre choix que de lui intenter un procès»

Peu de gens le savent, mais en France, comme nulle part ailleurs, l’aromathérapie, l’hypnose, la méditation ou encore les massages font figure de pratiques susceptibles de « dérive sectaire » ! Et les professionnels de santé, même dûment formés à ces pratiques, risquent harcèlement administratif et judiciaire, même si les condamnations sont rares en définitive. La fasciathérapie, stigmatisée dans le guide “Santé et dérives sectaires” de la Miviludes, a réagi. Résultat : la justice condamne la Miviludes, service administratif rattaché au Premier ministre, et lui ordonne de supprimer cette référence de son guide. En effet, elle n’a jamais été en mesure de produire la moindre preuve de « dérive sectaire » à l’encontre de la fasciathérapie.

Interrogée par Florian Kaplar pour  Ouvertures, Anouk Serre, présidente de l’association Fascia France, relate ce combat de cinq années qui laisse entrevoir un meilleur avenir pour cette pratique en particulier, mais aussi pour d’autres également sur la sellette. A condition qu’elles ne se laissent pas faire…

Ouvertures.- En 2012, saviez-vous que la fasciathérapie allait être répertoriée dans le guide « Santé et dérives sectaires » de la Miviludes ? Aviez-vous eu des signes avant-coureurs ou bien la mise à l’index s’est-elle faite de façon inattendue ?

Anouk Serre, présidente de Fascia France. (DR)

Anouk Serre.- Oui il y a eu des signes avant-coureurs. Le terme fasciathérapie est apparu dans le rapport annuel de la Miviludes de 2007 (p. 200) pour une problématique de formation continue qui ne concernait pas la fasciathérapie. La Miviludes alertait alors sur les formations qui accueillent des non professionnels de santé pour les former à l’exercice thérapeutique. Ceci était déjà une erreur de la part de la Miviludes car la fasciathérapie n’était alors déjà accessible qu’à des masseurs-kinésithérapeutes[1]. Le seul fait d’être mentionné dans ce guide a été relayé par toutes les associations antisectes.

La fasciathérapie étant une approche globale, centrée sur la personne, s’adressant aux potentialités de la personne, à la capacité d’autorégulation de l’organisme et à l’influence entre le corps et l’esprit, était, par nature, susceptible d’intéresser la Miviludes. D’autant que cette approche humaniste s’appuyait sur des évaluations scientifiques qui s’inscrivent dans le courant des sciences humaines et sociales et non dans celui du modèle biomédical qui semble être pour la Miviludes la seule approche scientifique valide.

Parallèlement, la fasciathérapie était reconnue comme une formation continue des kinésithérapeutes et la société Point d’appui qui en dispensait l’enseignement était membre du Syndicat des organismes de formation continue en kinésithérapie adhérents à la charte de qualité (Sofac).

En fait, tout s’est emballé curieusement au moment où une recherche a été menée dans un cadre hospitalier, par des chercheurs indépendants, sur « la fasciathérapie et son impact sur la qualité de vie des patientes atteintes d’un cancer du sein ». Cette recherche répertoriée à l’Inca (Institut national du cancer) reçut le prix « Ruban Rose qualité de vie » d’Estée Lauder. Malheureusement, dirions-nous aujourd’hui, car cette recherche a focalisé tous les regards des “anti-médecines non conventionnelles” qui agitaient le risque d’introduire à l’hôpital des techniques non éprouvées scientifiquement et, donc pour eux, à risque de dérive sectaire. Le 20 septembre 2011, le journal Rue89 publie un article intitulé « face au cancer, la Fasciathérapie continue de diviser ». Cet article faisait un amalgame entre la fasciathérapie et les dérives sectaires, en s’appuyant sur le fait que la fasciathérapie avait été « épinglée » par la Miviludes en 2007. A la suite de cette publication, tout s’est précipité dans la presse et la fasciathérapie est devenue le symbole des luttes menées contre les médecines non conventionnelles.

La publication du guide « Santé et dérives sectaires » en 2012 a été un pas supplémentaire puisque la fasciathérapie était cette fois citée comme une des méthodes les plus répandues et qu’il était clairement dit que sa pratique laissait présumer une dérive sectaire, faisant courir des risques au patient (page 89 du guide, fiche 2-6 consacrée aux masseurs kinésithérapeutes). Ce rapport est venu parachever la lutte contre l’intégration des médecines non conventionnelles dans les hôpitaux et contre l’intégration de ces approches dans les universités.

Nous n’avons pas eu d’autre choix que d’intenter un procès contre la Miviludes pour faire entendre notre voix car il n’y avait aucune possibilité de discussion, du simple fait que nous étions étiquetés « dérive sectaire ». Il a fallu cinq ans pour obtenir réparation par la justice.

– Quel a été l’impact de l’inscription de la fasciathérapie dans le guide : nombre de praticiens avant et après par exemple, méfiance croissante des patients, etc. ? 

Traitement en fasciathérapie. (DR)

– Tout d’abord, la confiance des patients qui avaient recours à la fasciathérapie n’a pas été affectée. Les patients ont réagi en nous soutenant, en s’indignant et en exprimant leur incompréhension face à ces accusations infondées. Lors de la publication du guide « santé et dérives sectaires », une pétition avait été mise en ligne et avait récolté plus de 10 000 signatures en quelques semaines. Il y a eu une baisse de demande de rendez-vous pour certains praticiens sans doute due à la méfiance des personnes ne connaissant pas la fasciathérapie, étant donné que la campagne médiatique suivant la parution de ce guide et visant à informer sur le danger sectaire des pratiques non conventionnelles prenait systématiquement pour exemple la fasciathérapie.

Puis, comme mentionné sur le compte-rendu du jugement, la société Point d’appui qui enseignait la fasciathérapie a dû cesser son activité de formation professionnelle. Le Cnomk (Conseil national de l’ordre des masseurs kinésithérapeutes) s’est appuyé sur ce guide pour émettre un avis défavorable à la pratique de la fasciathérapie. La Direccte (Direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi) a utilisé ce guide pour procéder à des contrôles ciblés sur les organismes de formation professionnelle qui enseignent les pratiques non conventionnelles à visée thérapeutique (Pncavt) et plus particulièrement la fasciathérapie (p.164, Annexe au Projet de loi de finances 2015 – Formation professionnelle).

Enfin, la commission d’enquête du Sénat sur les dérives sectaires dans le domaine de la santé s’est appuyée sur ce guide et les articles qui ont suivi pour citer la fasciathérapie à titre d’exemple dans son rapport et dans la campagne de communication qui a suivi.

Pour conclure, toute cette campagne médiatique qui a suivi la publication du guide a eu un effet dévastateur sur les praticiens qui se sont sentis atteints dans leur honneur et leur respectabilité et sur le fondateur de la fasciathérapie, Mr. Danis Bois, alors docteur en sciences de l’éducation, agrégé en sciences sociales et professeur d’université, qui a été discrédité publiquement dans plusieurs journaux nationaux de grande audience (Rue 89, Paris-Match) bien que son nom n’ait jamais été cité par la Miviludes. Les travaux scientifiques et la reconnaissance universitaire ont été détournés et présentés comme des tentatives d’infiltration sectaire. La publication de l’essai clinique qui avait été réalisé dans le cadre hospitalier sur « la fasciathérapie et son impact sur la qualité de vie des patientes atteintes d’un cancer du sein » a été annulée suite à cette déferlante médiatique.

– Pouvez-vous expliquer votre stratégie juridique et ce qui a permis cette issue favorable ? Savez-vous si la Miviludes va interjeter appel ?

Il y a eu des tentatives de la part des institutions représentant la fasciathérapie envers la Miviludes, pour clarifier cette situation et pour demander plus d’informations sur d’éventuelles dérives de la part des praticiens leur indiquant que nous condamnerions ce type de comportement s’il était avéré. Face à ce refus de dialogue, nous avons adressé directement un courrier au Premier ministre, dont dépend la Miviludes, afin de lui demander de justifier l’attitude de la Miviludes et de retirer la fasciathérapie du guide. Ce dernier a répondu défavorablement à notre demande prétextant, entre autres, qu’il y avait des signalements à l’encontre de la fasciathérapie. C’est suite à cette démarche que nous avons pu engager une procédure judiciaire à l’encontre de la Miviludes.

Nous avons alors, sur le conseil de notre avocat Me Monod, intenté un recours auprès du Tribunal administratif de Paris afin de demander explicitement la rectification du guide et le retrait de la fasciathérapie du guide. Cette démarche s’est avérée payante puisque le jugement en appel a clairement indiqué que la Miviludes n’a pas été capable de démontrer la preuve de la dérive sectaire et d’apporter les « prétendus » témoignages. Dans ce contexte, la cour administrative d’appel de Paris nous a donné raison et rendu le 7 décembre 2017 l’arrêt suivant : « Les informations concernant la fasciathérapie ne doivent plus figurer dans le guide « Santé et dérives sectaires » publié par la Miviludes en avril 2012 ».

En ce qui concerne l’intention de la Miviludes de se pourvoir en cassation, il semblerait que son président actuel réfléchisse aux suites à donner à cette affaire. Quoi qu’il en soit, ce recours n’étant pas suspensif de la décision du 7 décembre 2017, il devra supprimer du guide de 2012 la fasciathérapie et se plier aux injonctions du jugement.

> Suite de l’interview : Anouk Serre, présidente de Fascia France : « Les thérapies des fascias bénéficient d’un intérêt et d’une reconnaissance internationale croissants »

1.- Certes, il y a des praticiens formés avant cette période qui exercent la fasciathérapie sans avoir le titre de masseur-kinésithérapeute. Nous avons souhaité ces dernières années réserver l’enseignement de la fasciathérapie à des professionnels de la santé et l’avons inscrite dans le champ de la formation continue professionnelle. D’autre part, le terme fasciathérapie n’étant pas protégé, beaucoup de personnes s’attribuent le titre de fasciathérapeute sans que cela indique le type de technique pratiquée. Notre association a pour but de rassembler les praticiens formés à la fasciathérapie méthode Danis Bois et garantit la qualité des professionnels adhérents.

>> Voir aussi : Interview de Robert Kempenich, président des médecins anthroposophes, après la condamnation de la Miviludes qui avait inscrit sans justification sa spécialité dans son guide “Santé et dérives sectaires”.