Emmanuel-Juste Duits : débattre avec méthode pour sortir du relativisme

juste-193x300Emmanuel-Juste Duits, Après le relativisme. De Socrate à la burqa, Les éditions du Cerf (2016), 188 p, 19 €.

Commençons par évoquer mes liens avec l’auteur. Notre rencontre date de 2002, une époque à laquelle Google n’était encore qu’une start-up et Facebook n’existait pas. C’est donc probablement à AltaVista que nous devons de nous être trouvés… J’explorais alors le web naissant à la recherche d’idées et d’outils nouveaux pour une démocratie plus participative et Emmanuel-Juste venait de publier L’homme réseau. Il rêvait déjà d’une société ouverte où « la multiplicité des modes de vie, des savoirs et même des croyances opposées » seraient source de richesse plutôt que de haine entre communautés. Il voulait  « ouvrir la possibilité d’une confrontation constructive entre les myriades d’univers sociaux. » Un petit groupe s’est alors formé, avec entre autres Eric Brucker, un militant écologiste qui avait créé un site de  « débats démocratiques déroulants disciplinés ». Ensemble, nous avons créé hyperdebat.net, site expérimental de débat méthodique, aujourd’hui rattaché à l’Apic, association éditrice d’Ouvertures.

Le débat ou l’éclatement

Emmanuel-Juste Duits

Emmanuel-Juste Duits

Le constat fait par l’auteur dans son premier livre est non seulement toujours d’actualité, mais le morcellement de nos sociétés en petits univers qui s’ignorent ou se rejettent ne fait que s’accentuer. Chacun se crée une représentation de la réalité excluant tout consensus sur des actions communes : adeptes des médecines douces contre fidèles de la médecine basée sur les preuves, écologistes contre chantres de la croissance, partisans de l’accueil des migrants contre repli à l’intérieur de nos frontières, etc.

Au lieu de chercher à résorber ces antagonismes, nous nous sommes repliés sur une solution de facilité : puisque nous sommes incapables de nous entendre, tentons de vivre sans heurts en faisant preuve de tolérance. Puisqu’il est impossible de discuter des valeurs, faisons comme si elles se valaient toutes. Mais, nous dit E.J. Duits, ces expédients ne tiendront qu’un temps dans un monde qui craque de toutes parts, où nous aurions grand besoin d’une boussole commune pour ne pas aller à notre perte.

Face à ces dangers, en philosophe, l’auteur voudrait remettre la raison et le débat au cœur de la démocratie, sur le modèle socratique de l’agora. Lutter contre le chaos informationnel, contre la séduction du divertissement, contre l’idée que les valeurs ne se discutent pas. Imaginer des lieux de débat qui permettraient de partager information et expériences, de réduire la complexité inutile, de construire des argumentations. S’occuper enfin de notre avenir !

Une utopie concrète ?

Ce livre a le mérite de nous réveiller. De nous faire prendre du recul sur ce que nous croyons aller de soi parce que nous baignons dedans. Ainsi de la tolérance, qui va de soi tant qu’elle ne remet pas en cause nos valeurs implicites. De nous faire prendre conscience que nous avons pour la plupart renoncé à chercher un sens à notre existence et que nous nous contentons d’un petit bonhomme de chemin. Il nous presse de nous ressaisir, de nous prendre en main, d’aller à la rencontre de l’Autre, de se confronter à lui. Après les utopies concrètes, la grande utopie d’Emmanuel-Juste Duits, c’est un débat généralisé et méthodique, osant s’attaquer aux valeurs, aux questions existentielles et même à Dieu. Utopique ? Sûrement, parce que cela fait des millénaires que nous nous battons au nom de Dieu ou contre lui, sans jamais avoir réussi à lui trouver ne serait-ce qu’un nom commun. Et surtout, l’expérience d’hyperdebat montre que la plupart d’entre nous ne souhaitons pas aller au fond des choses. Nous préférons la satisfaction d’avoir raison à celle d’approcher la vérité. Nous préférons donner notre avis plutôt que recevoir la contradiction. Confort illusoire…

Emmanuel-Juste Duits a donc raison d’enfoncer le clou. Car comme l’espère Marc Augé, « peut-être admettrons-nous un jour qu’il n’y a pas d’autre finalité pour les humains sur Terre que d’apprendre à se connaître et à connaître l’univers qui les entoure – tâche infinie qui les définit comme humanité à laquelle et de laquelle chacun d’entre eux participe. »(*)

(*) Marc Augé, Fin de la crise, crise des fins, M Le Monde, 9/09/2010

>>  Lire aussi : Emmanuel-Juste Duits, Le dialogue sur des questions existentielles est-il encore possible ?

Petit tour d’horizon des revues de spiritualité

Le_Monde_des_religions_76_SLe Monde des religions

Connaître les religions pour comprendre le monde

Rédactrice en chef : Virginie Larousse
Éditeur : Malesherbes Publications (Groupe Le Monde)
Bimestriel, 82 pages, 6,90 €
www.lemondedesreligions.fr

Le plus connu ! Né en 2003, Le Monde des religions présente les religions et les spiritualités de l’humanité « dans une approche résolument laïque, interreligieuse et culturelle », selon Virginie Larousse qui a succédé à Frédéric Lenoir en 2014.


Sources_34Sources

Pour une vie reliée

Directrice et coordinatrice : Évelyne Chevillat
Éditeur : A ciel ouvert
Trimestriel, 88 pages, 9 €
www.sources-vivre-relie.org

Le précurseur ! Sources est paru pour la première fois en 1976, s’est interrompu, a resurgi sous le titre Terre du Ciel, puis est finalement revenu à son titre d’origine en 2006. Une revue de très belle facture, avec beaucoup d’interviews, de textes et de photos. Chaque numéro est centré sur un thème : l’appel, veilleurs et lanceurs d’alerte, etc.


Ultreia_7Ultreïa !

Plus loin, plus haut… sur les chemins de la sagesse

Directeur de la rédaction : Bernard Chevilliat
Rédactrice en chef : Florence Quentin
Éditeur : éditions Hozhoni
Trimestriel, 224 pages, 19,90 €
www.revue-ultreia.com

La revue la plus lourde ! Superbe maquette, abondamment illustrée, Ultreïa s’inscrit dans la veine des nouvelles revues vendues aussi bien en kiosque qu’en librairie. « Buzzword » des pèlerins de Compostelle, son nom devrait rallier ceux qui cheminent avec un ange sur l’épaule. Thèmes affichés : spiritualité, métaphysique, philosophie, ethnologie, symbolisme. Comme Le Monde des religions, Ultreïa complète la présentation des spiritualités par des aspects plus culturels.


Question_de_2_SQUESTION de

Une revue qui explore le sens de la vie

Directeur de la publication et de la rédaction : Marc de Smedt
Éditeur : Albin Michel
Semestriel, 160 pages, 15 €
www.questionde.com

La plus jeune, tout juste un an d’existence. Chaque numéro est un petit bijou à contempler avant de se plonger dans le thème abordé : la méditation pour le N°1, la nature pour le N°2. La variété et la qualité des signatures témoignent de l’épaisseur du carnet d’adresses de Marc de Smedt.  En vente uniquement en librairie.


Presence_3Présence

Revue chrétienne à la rencontre des spiritualités

Rédactrice en chef : Christine Kristof-Lardet
Éditeur : Forum 104
Annuel, 100 pages, 15 €
revuepresence-leblog.com

La moins fréquente : à peine un numéro par an. Créée en 2013 par le forum 104 (Paris 6e) pour ses 30 ans, Présence rassemble des textes d’auteurs sur le thème du numéro (L’expérience spirituelle, la recherche du sens, et la face spirituelle de l’écologie pour le numéro 3 présenté ici, qui vient de paraître). Maquette de qualité, mais un peu austère.


A côté de ces revues centrées sur la spiritualité, il serait injuste de ne pas évoquer ces quelques autres qui traitent également de spiritualité :

  • Inexploré, Ouvrez votre esprit, trimestriel de l’Inrees (Institut de recherche sur les expériences extraordinaires), qui explore les aspects mystérieux de la conscience, de la vie, de la mort, de l’univers, etc.
  • Reflets, Donnez sens aux évènements. Ce trimestriel inclassable aborde une foule de thèmes, géopollitique, écologie, philosophie, spiritualité, etc.
  • Orbs, l’autre planète, Arts, sciences, humanités et consciences… Plus qu’une revue, un objet d’art à parution annuelle, revendiquant une filiation avec le mythique Planète.
  • Synodies, Être en chemin ensemble, revue annuelle du GRETT (Groupe de recherches et d’études des thérapies transpersonnelles)

Il aurait fallu aussi mentionner Clefs, mais la revue vient tout juste de mettre la clef sous la porte après cinq ans d’une controversée formule grand public qui avait succédé à Nouvelles Clefs.

> L’illustration de une est une peinture de l’artiste coréenne Bang Hai Ja, Souffle de lumière (2002)

Le Pr Montagnier reste sourd aux interpellations de deux biochimistes sur ses expériences sur la mémoire de l’eau

Taq

Taq polymerase, enzyme utilisée dans la PCR pour dupliquer un brin d’ADN

Dans un article publié en 2014, Le Pr. Luc Montagnier a-t-il retrouvé la mémoire de l’eau ?, Ouvertures avait décortiqué son expérience « révolutionnaire » de reconstitution d’ADN à partir d’un signal numérisé. Cet article très consulté, 19 000 visites depuis sa publication, a suscité des commentaires et suggestions intéressantes de la part de deux biochimistes. Nous les avons contactés et élaboré avec eux cette lettre, à laquelle l’intéressé n’a pas répondu. Nous la publions malgré son caractère technique.

Lettre au Pr Luc Montagnier

« Dans le film diffusé en 2014 par France 5, vous indiquiez que l’ADN d’origine (un LTR de HIV) est reproduit à 98% par une PCR sur un échantillon d’eau « informée ». Et dans l’email que vous nous avez adressé le 6/12/2015, vous précisez que « la reproduction des séquences est en général dans les marges d’erreur dues à la technologie employée (clonage de l’amplicon PCR en plasmide) : 1 ou 2 nucléotides sur 499 avec l’amplicon Borrelia ».

On peut effectivement penser que les petites différences entre l’original et la copie sont dues à la méthode d’amplification de la copie (PCR). Mais elles peuvent également avoir d’autres causes :

  • l’imperfection de la photocopieuse elle-même (la transmission électromagnétique), ce qui soit dit en passant, ne remettrait pas en cause votre découverte.
  • la présence d’un ADN contaminant dont la séquence serait très proche de l’ADN copié.

Des biochimistes qui sont intervenus dans les forums de France 5 et d’Ouvertures ont fait des propositions qui nous semblent à même de lever ces incertitudes.

L’un d’eux a fait remarquer qu’en faisant un séquençage direct des produits de PCR (*), les erreurs éventuelles seraient complètement gommées, diluées. Avez-vous réalisé cette analyse ?

Un autre, Freddy B, à qui j’avais donné la parole dans mon article, avait suggéré de « remplacer un seul nucléotide au milieu d’un ADN qui produit des signaux, puis de voir si cette mutation est détectée sur la copie ».

Avez-vous procédé à cette manip assez simple ?

Si l’erreur est bien due à la PCR, la probabilité qu’elle affecte les mêmes nucléotides durant la nouvelle transduction est assez faible et séquencer directement le produit de PCR devrait permettre de retrouver la mutation ponctuelle.

Freddy B se demande également si vous avez utilisé des Taq polymérases haute fidélité, et dans ce cas, comment expliquez-vous que le mécanisme de vérification fonctionne alors qu’il n’y a pas de matrice d’ADN au départ, que de l’eau ?

Dans votre courrier, vous invoquez comme preuve supplémentaire le succès de vos expériences sur des cellules tumorales, mais votre publication Transduction of DNA information through water and electromagnetic waves ne donne aucun détail expérimental. Ces détails ont-ils été publiés ailleurs ? »

(*) Il y a deux manières de séquencer l’ADN produit en très grand nombre par la PCR. Soit on en prélève un seul, qu’on clone ensuite dans un plasmide et qu’on multiplie par une bactérie, et on fait le séquençage sur cet ensemble. Soit on prend tous les ADN issus de la PCR et on les séquence directement. Dans la première méthode, celle choisie par le Pr Montagnier, on s’expose à tomber sur une erreur de la PCR, alors que dans la seconde, les erreurs éventuelles sont diluées.

Glossaire

Amplicon : fragment d’ADN amplifié par PCR
HIV : virus du Sida
LTR (Long terminal repeat) : séquence nucléotidique caractéristique des extrémités des rétrovirus et des rétrotransposons.
PCR (Polymerase chain reaction) : La réaction en chaîne par polymérase permet de dupliquer en grand nombre une séquence d’ADN (amplicon) à partir d’une très faible quantité.
Taq polymérase : enzyme utilisée dans la PCR

Le Pr. Luc Montagnier a-t-il retrouvé la mémoire de l’eau ?

Le Pr. Luc Montagnier explique son expérience de reproduction de l’ADN à distance

Crédit photo : Adenosine (Own work) [CC BY-SA 3.0 (http://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0)], via Wikimedia Commons

Climat : comment pallier les insuffisances de la COP21 ?

Thomas Sterner, à qui le Collège de France a confié la chaire annuelle « Développement durable – Environnement, énergie et société », était invité le 19 février 2016 à Paris par la Chaire d’économie du climat pour présenter ses « Expériences et perspectives de la taxation du carbone dans le monde ».

2015, une bonne année pour le climat ?

Crédit photo : Hervé Thouroude

Thomas Sterner  (Crédit photo : Hervé Thouroude)

Il commence par un bilan de l’année 2015 : une année plutôt bonne a priori pour le climat, grâce à la COP21, mais il juge ses résultats décevants :

  • Signer pour un réchauffement limité à 1,5 au lieu de 2 °C, c’est bien, mais l’objectif est parfaitement impossible à atteindre. L’objectif de 2°C n’était déjà pas très réaliste…
  • Il n’y a eu aucun accord pour fixer un prix du carbone (voir encadré).
  • Les plans de réduction volontaire des émissions ne sont pas assez ambitieux.

Un signe pour lui que la COP21 ne va rien changer, c’est que le cours des actions des sociétés pétrolières n’a pas bougé.

2015 a également été marquée par la poursuite de la chute des prix du pétrole, qui envoie un signal à l’opposé de ce qui serait souhaitable et décourage les investissements nécessaires à la transition énergétique. Dans ce contexte, les taxes carbone – y compris celle, très élevée, de la Suède – sont impuissantes et ne font que limiter les dégâts. Pour illustrer cela, Thomas Sterner utilise une unité inhabituelle mais très parlante. En convertissant les usuels euros par tonne de CO2 en dollars par baril, il rend visible le fait que ni la taxe carbone française avec ses 10 $/baril, ni même la suédoise avec ses 35 $/baril, ne font le poids face à un prix du baril qui a chuté de 70 à 80 $ !

Brent 2007-2016

Mais cette chute a paradoxalement tout de même quelques vertus. Elle décourage les investissements pour tirer du sol les ressources fossiles les plus coûteuses à exploiter (sables bitumineux, forages arctiques…).

Les deux manières de donner un prix au carbone

Donner un prix au carbone est destiné à intégrer (internaliser) dans les prix de marché les coûts cachés (externalités) des dommages causés par les émissions de gaz à effet de serre, afin d’orienter les décisions des agents économiques vers des solutions à bas contenu en carbone.

Il existe deux principaux types de mécanisme pour fixer ou faire émerger un prix du carbone :

  • les taxes carbone
  • la fixation de quotas d’émission conjuguée à l’organisation de systèmes d’échange (bourses du carbone)

Dans le premier cas, l’Etat crée une taxe d’un montant proportionnel au contenu en carbone des produits. L’augmentation des prix (signal-prix) pousse les consommateurs et les producteurs à réduire leur utilisation d’énergies fossiles. Mais il est difficile de prévoir son impact en termes de réduction des émissions.

Dans le second cas, l’Etat fixe un objectif de réduction des émissions et attribue des quotas aux principaux émetteurs, mais il ne maîtrise pas l’évolution des prix qui fluctuent au gré du marché du carbone.

Les grands économistes américains (William Nordhaus par exemple) commencent à montrer un intérêt pour la taxe carbone alors qu’ils ne juraient jusque là que par les marchés de quotas. Mais si un nouveau consensus est en train de se faire, on est encore loin d’un accord sur ce qui serait le plus juste.

La difficile équation de la répartition des efforts pour le climat

Les pays n’ont pas tous la même conception de la justice… Sur quelle base partager les efforts entre pays ? Quel prix fixer dans chaque pays pour quel objectif d’émissions ? Les pays pauvres veulent une répartition par tête, chaque habitant de la planète ayant les mêmes droits à émettre. Les pays riches ne veulent pas en entendre parler car cela entraînerait une baisse drastique de leur niveau de vie. Ils sont attachés au principe de « grandfathering » (clause de grand-père), selon lequel chacun pourrait continuer à émettre du CO2 à proportion des quantités qu’il émettait jusque là.

Qu’est-ce que le « grandfathering » ?

Cette expression trouve son origine dans le combat autour du droit de vote accordé aux Noirs américains en 1866. Le principe en avait été adopté, mais les Blancs du sud ont tenté de le limiter en mettant des conditions. Les Noirs analphabètes en resteraient exclus. Mais cela un posait un problème, car il y avait aussi des Blancs analphabètes et il n’était pas question de leur retirer le droit de vote ! Ils ont alors introduit une clause donnant le droit de vote aux analphabètes à condition que leur grand père (grandfather) eût déjà le droit de vote. C’est cette référence au passé qui a donné naissance au concept de grandfathering.

Pour faire comprendre les enjeux, Thomas Sterner prend un exemple chiffré : supposons le monde réduit aux USA et à l’Inde et que l’on souhaite diviser les émissions par 2. Voici ce que donnerait le partage selon chacune des deux règles :

Sterner simulation 1

Avec la règle du grandfathering – tout le monde divise ses émissions par 2 – les émissions des Américains sont ramenées à 8,3 tonnes/habitant et celle des Indiens à 0,8. Bel effort pour les Américains, mais bien insuffisant, car il ferait replonger les Indiens dans la misère.

Si on applique le principe d’égalité (répartition par tête) en faisant converger les deux pays au même ratio de 2,4 tonnes par habitant, cela permettrait aux Indiens d’augmenter leurs émissions totales de 41%, mais en contrepartie, il faudrait que les Américains divisent les leurs par 7 (au lieu de 2 pour le grandfathering) !

Même si une répartition par tête lui semble plus juste, Thomas Sterner est persuadé qu’on n’y arrivera jamais, car les pays riches s’y opposeront. Il croit plus à une solution intermédiaire : chaque pays fait ce qu’il veut, mais doit appliquer un prix du carbone minimun.

La croissance démographique rend encore plus délicat le partage des efforts de réduction des émissions

Dans sa simulation, Thomas Sterner a supposé que les populations ne bougent pas… Dans la réalité, on peut supposer qu’en 2050 les Américains et surtout les Indiens seront plus nombreux.

Ouvertures a refait l’exercice en faisant croître la population. Dans ce cas, le principe d’égalité qui paraissait généreux pour les Indiens en leur permettant une certaine croissance ne leur permet même plus de dépasser leur ratio actuel d’émission par habitant (1,7 t/h), et ceci à condition que les Américains divisent le leur par 10 et non plus par 7 (de16,6 à 1,7 t/h) !

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Les miracles de Jésus au risque de la parapsychologie

51zP2wj0ESLAlors que les miracles de Jésus occupent une place importante, pour ne pas dire centrale, dans les Evangiles et que, selon toute vraisemblance, ce sont ses pouvoirs extraordinaires qui attiraient les foules, cette dimension de Jésus a peu à peu été gommée, comme si elle était un obstacle à la diffusion de son enseignement.

Et pourtant, se demande Bertrand Méheust, comment expliquer autrement « la rapidité avec laquelle s’est propagé l’incendie chrétien » ? Comme le soulignent plusieurs chercheurs, cet essor brutal est d’autant plus surprenant qu’il s’est effectué à contre croyance, aussi bien dans le monde juif que romain.

Les miracles, objet de suspicion

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Bertrand Méheust (2015)

« De nos jours, les miracles, les religieux n’en veulent plus, et la science n’en veut pas, ou pas encore », constate l’auteur. L’exégèse moderne a en effet peu à peu rejeté les miracles de Jésus, alléguant qu’ils auraient été rajoutés au tableau par les Evangélistes dans un but apologétique. Seule subsiste, centrale pour les chrétiens, la résurrection du Christ, enchâssée dans un dogme élaboré au cours des siècles. L’Eglise est assez embarrassée par les miracles : « Elle qui a dénoncé la magie comme pratique païenne et l’a combattue au sein des populations qu’elle a voulu évangéliser, elle adore un magicien ! »

Quant à la science, elle rejette les miracles car ils ne sont pas reproductibles à la demande ! Il y a pourtant de véritables scientifiques qui ne refusent pas a priori d’étudier des phénomènes qu’ils ne comprennent pas. Se sont ainsi développées depuis le XIXe siècle les sciences dites psychiques qui étudient non seulement les phénomènes paranormaux, mais aussi les hommes et les femmes qui développent des pouvoirs qui défient la raison ordinaire.

Une démarche féconde

La grande originalité de la démarche de Bertrand Méheust, c’est qu’il prend au sérieux les résultats des sciences psychiques et les utilise pour aller plus loin. Il les considère comme solides, parfois même plus solides que ceux de la science académique qui n’est pas soumise à la même pression et donc pas toujours aux mêmes exigences méthodologiques (1).

Cette démarche, il l’avait déjà appliquée dans son précédent livre, Les miracles de l’esprit. Qu’est-ce que les voyants peuvent nous apprendre ? Ne plus perdre de temps à faire la preuve de la voyance, mais étudier les processus mentaux mis en œuvre, pour essayer d’améliorer notre compréhension de l’esprit.

Présentant son nouveau livre au Forum 104 à Paris, l’auteur tient au préalable à préciser sa position, ses convictions : « Famille catholique, éducation chez les Pères à l’ancienne, puis indifférence pour les choses religieuses. Reste une empreinte, un goût pour le paranormal qui m’a poussé à étudier le mesmérisme, la parapsychologie, la voyance, etc. Enfin, avec une maîtrise de philosophie sur la question de l’exégèse, je reviens à Jésus. La boucle est bouclée. Mon approche est celle d’une laïcité ouverte et bienveillante qui me permet de dialoguer avec toutes les parties ».

Un nouvel éclairage sur Jésus

La multiplication des pains. Gravure sur bois de Hanna Dallos (1933)

La multiplication des pains. Gravure sur bois de Hanna Dallos (1933)

Dans Jésus thaumaturge, Bertrand Méheust, s’appuie sur des études très documentées de thaumaturges des XIXe ou XXe siècles pour tester la véracité des récits rapportés par les Evangiles. Non sans un luxe de précautions… Et Jésus s’en tire plus que bien ! Non seulement il apparaît comme un thaumaturge authentique, aux comportements similaires à ceux des thaumaturges modernes, religieux ou laïcs, mais il les surpasse largement par la palette de ses pouvoirs : changer l’eau en vin, marcher sur l’eau, guérir les malades, ressusciter un mort, etc.

Il ressort même grandi de l’épreuve que lui fait subir l’ancien prof de philo, qui dit ne pas croire en grand-chose. Ce dernier montre en effet comment les miracles renforcent l’enseignement spirituel. Il faut lire les trois pages dans lesquelles il associe charisme et charité, deux mots qui ont la même racine, suggérant ainsi que les charismes de Jésus participent de la charité ou générosité divine.

Thaumaturge laïc et mystique à prodiges

Il y a plusieurs différences entre le thaumaturge laïc et le religieux, explique en substance Bertrand Méheust. Les phénomènes produits par les thaumaturges laïcs (télékinésie, vision à distance, guérison, lévitation, bilocation, etc.) sont bien documentés. Beaucoup d’entre eux ont accepté de participer à des tests et des expériences.

Le mystique religieux, lui, est comme un animal sauvage qu’on ne peut observer que dans son biotope et son histoire. Contrairement au thaumaturge laïc, on ne peut le faire entrer dans une cage pour l’étudier !

L’autre différence, et c’est particulièrement net chez Jésus qui a produit des phénomènes hors normes, c’est que le mystique à prodiges est habité par Dieu et que ses actes racontent une histoire et ont un sens d’édification et d’enseignement. La spécificité de Jésus c’est son calme, son assurance. Il n’est jamais en transe et est sûr de son geste. Pour l’auteur, le mystère le plus profond, c’est de savoir comment un homme d’apparence aussi équilibrée a pu se dire le Messie, le Fils de Dieu.

Le livre est dense – 379 pages serrées – mais accessible, malgré des redites et de trop nombreuses coquilles d’édition. Outre le sujet annoncé par le titre, il dresse un riche panorama de ce que l’on sait aujourd’hui de Jésus et expose les thèses, peu connues, de quelques historiens ou théologiens dissidents.

Jésus thaumaturge – Enquête sur l’homme et ses miracles. Betrand Méheust, InterEditions (octobre 2015), 23,90 €

Jean-Luc Martin-Lagardette a participé à la rédaction de cet article et pris les photos à la conférence de Bertrand Méheust organisée le 11 décembre 2015 par l’Institut métapsychique au Forum 104 à Paris.

(1) Une collaboration internationale de 270 chercheurs a mené une expérience originale : tenter de reproduire cent expériences publiées en 2008 dans trois journaux réputés de psychologie sociale et cognitive. En pratique, le verdict est sévère : 39 % seulement des effets rapportés ont pu être reproduits. Et ceux-ci, quand ils étaient bien là, sont moitié plus faibles dans les « copies » que dans les « originaux ».
La recherche en mal de contrôle qualité, Le Monde, 2/09/2015

Le Figaro jette perfidement l’opprobre sur Mediapart

figaro-mediapart

« Ce n’est pas bien de ne pas payer ses impôts ! » Voilà ce qu’écrit en substance Le Figaro Magazine dans son édition du 13 novembre 2015.

S’il est bien exact que Mediapart vient de se voir notifier un redressement de 4,1 millions d’euros pour la période allant de sa création en 2008 à début 2014, Le Figaro omet d’exposer les raisons du différend qui l’oppose à Bercy, et omet également d’indiquer que deux autres organes de presse en ligne se voient réclamer des sommes importantes.

Si Mediapart et deux autres « pure players » (*), Arrêt sur images et le groupe Indigo Publications, sont aujourd’hui soumis à un redressement fiscal, c’est qu’ils ont toujours contesté le fait que le taux réduit de TVA de 2,1% dont bénéficie la presse imprimée ne leur soit pas appliqué, et refusé de payer la différence.
« Alors que la presse écrite, qu’elle soit imprimée ou en ligne, s’adresse aux mêmes lecteurs, le fisc crée une distorsion de concurrence en nous appliquant une TVA près de dix fois supérieure à celle de nos concurrents imprimés », constatait Mediapart.

Le gouvernement a toutefois fini par entendre leurs arguments et fait adopter en 2014 une loi affirmant solennellement l’égalité entre presse imprimée et presse numérique. Mais l’article unique de cette loi précise qu’elle « s’applique aux opérations pour lesquelles la taxe sur la valeur ajoutée est exigible à compter du 1er février 2014 », donnant ainsi à Bercy le pouvoir de réclamer les sommes non versées avant cette date. Ce que contestent les intéressés, estimant que la presse en ligne avait droit au taux réduit de TVA dès son apparition, la directive TVA de 1991 ayant été rattrapée, puis dépassée par la révolution technologique et industrielle en cours. En 1991, il n’existait en effet pas encore de journaux en ligne !

En escamotant les faits et exposant ainsi impudemment son confrère à la vindicte publique, Le Figaro utilise des méthodes qui ne font pas honneur à la profession !

>> 23/11/15 : Maurice Botbol, président du groupe Indigo Publications et membre du bureau du Syndicat de la presse indépendante d’information en ligne (SPIIL), nous précise que Le Figaro bénéficie aujourd’hui, grâce au combat des « pure players », de la TVA à 2,10% pour ses abonnements numériques.

(*) Les « pure players » sont des organes de presse qui ne sont présents que sur le web, contrairement à la presse classique qui a créé des sites web tout en conservant leur édition papier (comme Le Figaro).

Après l’encyclique « Laudato si », un scientifique inquiet pousse le pape à réunir un concile

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Jacques Blamont a été chercheur en aéronomie et en astrophysique avant d’entrer au CNES dont il a été le premier directeur scientifique. Il a publié en 2004 Introduction au siècle des menaces.

– Ouvertures.- Pensez-vous que le pape ait lu votre livre ?

– Jacques Blamont.- Non, je ne le pense pas.

– Pensez-vous avoir eu une influence sur la rédaction de l’encyclique Laudato si ?

– Je ne crois pas. Mais il y a une convergence de pensée, on retrouve dans l’encyclique les idées essentielles de notre livre. Par exemple, l’idée que moins est plus, traduite chez moi par le mot frugalité ou par sobriété chez le pape. Egalement l’idée de synergie, le fait qu’une série de facteurs peu dangereux pris individuellement se combinent pour créer des situations très dangereuses. Le pape l’exprime d’une autre façon, en disant que tout est lié, mais c’est la même chose. La pénurie d’eau par exemple, la plus importante de toutes, qui est engendrée par de multiples causes, anthropiques ou naturelles, a de nombreuses conséquences politiques, militaires, sociales, économiques. Le pape prend les choses en sens inverse. Il part du sort des pauvres et montre le lien entre pauvreté et écologie.
Autre convergence importante, nous appelons tous les deux à une révolution culturelle.

– Que pensez-vous de l’encyclique ? Quels sont ses points forts, ses points faibles ?

– L’Eglise a évolué. J’ai retrouvé un discours de Jean XXIII qui date de 50 ans dans lequel il fulminait contre les gens qui annoncent des catastrophes. Aujourd’hui, le pape François n’hésite plus à employer le mot catastrophe. Et quand il utilise ce mot, il ne pense pas à une petite explosion quelque part, il s’agit pour lui d’une vraie catastrophe mondiale. Et le pape fait la même analyse que moi sur la cause de cette singularité à venir. Le problème majeur – et inattendu –, c’est la réussite de la technologie. C’est elle qui a créé l’augmentation de la population et c’est elle qui a créé le gaspillage des ressources. Cette réussite a été élevée au niveau d’un paradigme, d’un dogme. Le pape l’expose très bien. Il faut changer ce dogme. Il faut remplacer la prédominance de la technologie par le principe du bien commun.
Le point faible, c’est que le pape ne propose pas de solutions. Nous, nous pensons que passer d’un paradigme à un autre ne peut se faire que sous l’influence d’un pouvoir spirituel. Il faut qu’on trouve une structure spirituelle capable de galvaniser les foules.

– Je ne vous comprends pas ! Le pape est à la tête d’une structure spirituelle et appelle à un changement de mode de vie. N’est-ce pas ce que vous attendiez ?

– Appeler à changer de mode de vie, ce n’est rien du tout. L’essentiel est de passer du discours à l’acte. Comment va-t-il faire ?

– Vous non plus, vous ne dites pas comment il pourrait faire bouger les gens…

– Pardon ! Nous souhaitons une mobilisation au sein du magistère et qu’il élabore un code qui soit universel. Ensuite, l’Eglise mobiliserait ses fidèles, qui entraîneraient à leur tour les non-catholiques.

Un nouveau petit livre rouge !

Un rien provocateur, Jacques Blamont parle dans son livre de « petit livre rouge », en référence à une autre révolution culturelle… Il voudrait que l’Eglise supervise l’écriture d’un texte fondateur, ayant la force de la parole évangélique. Mais une évangélisation qui concernerait les choses de la terre. Un nouveau message chrétien faisant appel à une discipline de responsabilité envers le futur et envers les autres. Et qui en évalue les conséquences, économiques, sociales et politiques.

Notre-Dame du développement durable - Jacques Blamont (2006)

Notre-Dame du développement durable.
Cette toile de Jacques Blamont (2006), a été à l’origine de son dialogue avec Jacques Arnould (théologien dominicain, chargé de mission au CNES), publié dans Lève-toi et marche. La genèse de la toile et l’analyse de Jacques Arnould

– L’Eglise s’est levée, mais pas encore mise en marche. Comment voyez-vous la suite ?

– Justement, on ne la voit pas. L’encyclique ne parle pas du futur. C’est sa faiblesse.

– Pensez-vous toujours qu’il faudrait que le pape réunisse un concile ?

– Oui, il faudrait une grande initiative claironnante réunissant beaucoup de monde. Mais dès que je prononce le mot concile, on me prend pour un cinglé. Les prélats n’ont pas encore digéré le dernier concile Vatican II et l’idée de lancer quelque chose du même genre les effraie. Donc je pense que ça n’arrivera pas.

– Voyez-vous d’autres personnes qui pourraient avoir ce rôle d’éveilleur de conscience ?

– Non, il n’y a personne dans le monde qui puisse avoir la moindre influence sur l’éthique. Ni chez les politiciens, ni chez les intellectuels. C’est pour ça qu’on retombe sur le pape, il est le seul à avoir une position qui repose sur la tradition, avec son aura, sa personnalité et sa démarche et surtout l’idée que les gens s’en font.

– Vous ne croyez pas à la possibilité d’une action politique de l’ordre de la contrainte. Pour vous, seule une révolution des esprits peut sauver le monde. Pourtant en France, la politique de sécurité routière, basée sur la contrainte et la punition, a réussi à réduire les morts de la route d’un facteur 4 !

– Je n’ai pas dit cela. Il faut une certaine contrainte. Il faut inventer. Concevoir une politique de décroissance intelligente, qui sauvegarderait l’emploi tout en réduisant le niveau de vie, c’est la chose la plus difficile.
Je suis arrivé à la conclusion qu’il faut utiliser les réseaux sociaux, ce que personne ne fait. A l’heure actuelle, ils tournent en roue libre. Les initiatives viennent de la base, comme dans le printemps arabe et plus récemment au Guatemala, et en général échouent. Ils peuvent même avoir des conséquences néfastes comme leur utilisation par le djihad.
On voit qu’il y a quelque chose qui est en train de naître, c’est encore assez confus. Une action en direction d’un milliard de personnes, c’est cela que l’Église devrait tenter. Un concile mobiliserait les réseaux pour faire surgir des idées nouvelles et inciterait tous les penseurs du monde à une immense réflexion…
Une action de l’ordre de la contrainte devrait être engendrée par un mouvement de masse. Le succès de la politique de sécurité routière tient au fait qu’au fond les Français sont d’accord. Il y a beaucoup de rebelles, mais la majorité se plie.

– Vous n’êtes pas de ceux qui pensent que la technologie peut sauver la planète. Pourquoi ?

J’ai souvent répondu à cette question. C’est très simple : la crise est créée par la technologie et donc la technologie ne peut pas arrêter la crise qu’elle a créé elle-même. La technologie permet plus d’efficacité, elle fait baisser les prix et donc augmenter la consommation. C’est cela qui conduit à la crise. Un exemple : en Inde, la révolution verte qui a permis aux Indiens de survivre est en train de dévorer les terrains agricoles par salinification.

La globalisation du paradigme technocratique

Pape François, Lettre encyclique Laudato si (Loué sois-tu) sur la sauvegarde de la maison commune. Chapitre 3 : La racine humaine de la crise écologique.

Pope_Francis-230x230« Le problème fondamental est autre, encore plus profond : la manière dont l’humanité a, de fait, assumé la technologie et son développement avec un paradigme homogène et unidimensionnel (…)

De là, on en vient facilement à l’idée d’une croissance infinie ou illimitée, qui a enthousiasmé beaucoup d’économistes, de financiers et de technologues. Cela suppose le mensonge de la disponibilité infinie des biens de la planète, qui conduit à la « presser » jusqu’aux limites et même au-delà des limites (…)

La technique a un penchant pour chercher à tout englober dans sa logique de fer (…)

On n’a pas encore fini de prendre en compte les racines les plus profondes des dérèglements actuels qui sont en rapport avec l’orientation, les fins, le sens et le contexte social de la croissance technologique et économique. »

– Que répondez-vous à des gens comme Ray Kurzweil qui voient au contraire la technologie résoudre tous les problèmes grâce à sa progression exponentielle ?

– Le progrès technologique suit effectivement la loi de Moore qui est exponentielle, mais je ne vois pas les supercalculateurs sauver la planète. Comment vont-ils pouvoir assurer l’approvisionnement en eau du Yémen quand sa population aura doublé et atteint 45 millions alors que les nappes phréatiques sont à 1000m de profondeur contre 10 m il y a 30 ans ? Cette situation de pénurie se retrouve dans beaucoup d’autres pays (Maghreb, Proche Orient, Chine).

– Que pensez-vous de la fiscalité écologique ?

– Ce n’est sans doute pas une mauvaise idée pour les gaz à effet de serre. Mais ce n’est qu’un des problèmes alors qu’il y en a mille. Comme je l’ai dit, le problème, c’est la synergie des problèmes.

– C’est pour cette raison que je vous parle de fiscalité écologique et pas de taxe carbone…

– On vient d’annoncer que la moitié de la population animale des océans a disparu en 40 ans. Alors, vous allez taxer les pécheurs ? C’est ridicule !

– Dans votre livre, vous citez Jean-Claude Juncker : « Nous savons tous très bien ce qu’il faudrait faire, mais ce que nous ne savons pas, c’est nous faire réélire après avoir agi ». Nos dirigeants savent-ils vraiment comment gérer la décroissance sans entraîner le monde dans une crise pire que celle qu’on cherche à éviter ?

– Non. Je ne les crois pas capables de diriger quoi que ce soit, ni vers la croissance, ni vers la décroissance.

>> Lire aussi la recension du livre « Lève toi et marche » L’Eglise catholique peut-elle sauver la planète de l’apocalypse ?

L’Eglise catholique peut-elle sauver la planète de l’apocalypse ?

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Dans un premier livre paru en 2004, Introduction au siècle des menaces (Odile Jacob), Jacques Blamont dressait l’inventaire des menaces que l’humanité devra affronter au XXIe siècle : prolifération des armes de destruction massive, épidémies, épuisement des ressources naturelles, réchauffement climatique, extinction massive d’espèces… Et démontrait qu’un mécanisme implacable s’était mis en marche, enclenché par le développement exponentiel des sciences et des technologies, produisant une croissance elle aussi exponentielle de la population et des besoins. Et que l’épuisement des ressources, les impacts sur l’environnement et la croissance des inégalités allaient tôt ou tard générer des conflits et réduire le monde au chaos.

Nous sommes foutus !

Tintin_Etoile_MysterieuseD’aucuns pourraient ne pas le prendre au sérieux en pensant au prophète fou de L’étoile mystérieuse. Mais contrairement au personnage imaginé par Hergé, il n’a rien d’un illuminé ! D’abord chercheur en aéronomie et en astrophysique, ce normalien a ensuite joué un rôle éminent au sein du CNES dont il a été le premier directeur scientifique.

Il estime de son devoir de battre le tocsin, même s’il pense que le monde tel que nous le connaissons n’a plus – quoi qu’on fasse – que quelques dizaines d’années à vivre. Mais il trouve sur sa route un Tintin en la personne de Jacques Arnould, théologien dominicain et chargé de mission au CNES. Ce dernier ne peut rester sans réaction face au pessimisme noir de son collègue et lui propose un dialogue qui sera publié en 2009 sous le titre « Lève-toi et marche » Propositions pour un futur de l’humanité (Odile Jacob).

Seul un sursaut spirituel…

Face au constat de danger imminent pour l’humanité, Jacques Blamont confie dans ce livre qu’il n’entrevoit de salut que dans une véritable révolution culturelle, seule à même d’inverser la croissance de la consommation : un nouvel équilibre entre l’homme et la nature ne sera possible que par l’adoption massive d’une éthique de la frugalité, de la simplicité volontaire.

Constatant l’impuissance des politiques à créer un mouvement de nature fondamentalement spirituelle, il aimerait, lui le scientifique athée, que les religions s’emparent de ce grand sujet au lieu de se cantonner à des combats qu’il juge « petits ». Et en particulier l’Eglise catholique, la seule qui soit universelle et qui possède une structure hiérarchisée et unie. A l’époque, en 2009, il ne la pense pas capable de prendre l’initiative et en appelle à des figures de la société civile comme le furent François d’Assise et Saint Dominique au XIIIe ou Ignace de Loyola au XVIe siècle. En des époques de crise, ces hommes avaient catalysé un renouveau, repris et amplifié ensuite par les autorités religieuses. Ainsi la création de l’ordre des jésuites par Ignace de Loyola et son engagement dans l’éducation a profondément transformé les esprits des élites dirigeantes.

L’Eglise catholique s’éveille !

Après la publication de son livre, Jacques Blamont rencontre plusieurs prélats exerçant des responsabilités élevées au sein de l’Eglise catholique. « Tous m’ont accueilli avec courtoisie et même bienveillance, mais aucun ne m’a laissé croire que mes préoccupations pourraient influencer leur institution qui a d’autres soucis plus urgents. », rapporte-t-il en 2009 dans une interview.

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Le pape François en mars 2013 – Crédit photo : Catholic Church (England and Wales)

Eh bien les prélats se sont trompés, Jacques Blamont avait vu juste ! Sa seule erreur est d’avoir pensé que l’homme qui se lèverait serait extérieur à l’Eglise. C’est tout le contraire qui s’est passé. C’est du pape lui-même qu’est venu un appel à « la sauvegarde de la maison commune » : un pape jésuite qui porte le nom de François (d’Assise). Et qui écrit seul Laudato Sii, une encyclique entièrement consacrée à la crise environnementale, invitant à un mode de vie simple : « La sobriété, qui est vécue avec liberté et de manière consciente, est libératrice (…)  On peut vivre intensément avec peu ».

Quel impact aura cette encyclique ? Jacques Blamont redoutait dans son livre que « la réflexion de Rome se termine au mieux par une encyclique, c’est-à-dire une fois de plus par un discours ». C’est pourquoi il souhaitait que le processus se poursuivre par un concile qui « constituerait un puissant outil pour libérer les forces nécessaires ».

>> La démarche de Jacques Blamont n’est pas isolée. Ainsi Nicolas Hulot, envoyé spécial du président François Hollande pour la protection de la planète, qui ne croit guère au succès de la COP21, table sur un sursaut de conscience et cible depuis quelque temps les autorités religieuses. Non sans succès. Pour preuve, la déclaration de la Conférence des responsables de Culte en France sur la crise climatiquele sommet des consciences du 21 juillet 2015 à Paris, les Assises chrétiennes de l’écologie du 28 au 30 août 2015 à Saint-Etienne…

Implosion, catastrophe, effondrement, suicide…

Les auteurs inquiets pour le futur de l’humanité ne manquent pas. Les titres de leurs livres sont parlants :

  • La grande implosion. Rapport sur l’effondrement de l’Occident 1999-2002, Pierre Thuillier, Fayard, 1995
  • Notre dernier siècle ? (Our final hour), Martin Rees, Jean-Claude Lattès, 2004
  • Pour un catastrophisme éclairé ? Quand l’impossible est certain, Jean-Pierre Dupuy, Seuil, 2004
  • Effondrement, Jared Diamond, 2005
  • L’humanité disparaîtra, bon débarras, Yves Paccalet, Arthaud, 2006
  • La revanche de Gaïa. Préserver la planète avant qu’elle ne nous détruise, James Lovelock, J’ai lu, 2008
  • 2030, le krach écologique. Geneviève Férone, Grasset, 2008
  • Au temps des catastrophes. Résister à la barbarie qui vient, Isabelle Stengers, La Découverte, 2009
  • Comment_tout_peut_s_effondrerRequiem pour l’espèce humaine, Clive Hamilton et Jacques Treiner, Presses de Sciences-Po, 2013
  • L’effondrement de la civilisation occidentale, Erik M. Conway, Naomi Oreskes, Les liens qui libèrent, Gallimard, 2014
  • Suicide de l’Occident, suicide de l’humanité ? Michel Rocard, Flammarion, 2015
  • Comment tout peut s’effondrer, Petit manuel de collapsologie à l’usage des générations présentes. Pablo Servigne, Raphael Stevens, Seuil, 2015

>> Lire aussi l’interview de Jacques Blamont : Après l’encyclique « Laudato si », un scientifique inquiet pousse le pape à réunir un concile

Réduisez facilement votre facture d’eau : 3. Comment utiliser moins d’eau chaude

Crédit photo : mukluk & Virginie Volken

Crédit photo : mukluk & Virginie Volken

Vous ne savez-pas combien vous consommez d’eau par an, ni le prix du m3 ? Précipitez-vous sur vos dernières factures ou sur le site internet de votre fournisseur, et remplissez le tableau suivant :

Ouvertures_tableau_conso_eau

* Un objectif de 30 m3 par an et par personne est assez facile à atteindre, sauf consommations spécifiques (piscine, arrosage potager …).
** L’eau froide coûte environ 3 €/m3, mais en incluant l’énergie pour l’eau chaude, on atteint une valeur de 5 à 7,50 €/m3 (Comment estimer le prix de l’eau ?).

Après avoir indiqué comment détecter et éliminer les fuites et vu comment utiliser moins d’eau, nous nous attaquons, dans ce troisième et dernier volet de notre dossier, aux économies d’eau chaude. C’est sans doute les plus importantes, car l’eau chaude représente environ les 2/3 des usages de l’eau et coûte beaucoup plus cher que l’eau froide !

L’eau chaude de deux à trois fois plus chère que l’eau froide !

Au coût de l’eau, il faut en effet rajouter le coût de l’énergie (gaz, électricité, fioul), sauf évidemment si vous avez un chauffe-eau solaire… Et tenir compte des déperditions de chaleur du ballon de stockage, très conséquentes, à moins de rajouter une surisolation.

Au final, l’eau chaude revient, par m3 et hors abonnements, à :

– 9,79 € TTC avec l’électricité (3 € d’eau + 6,79 € d’électricité)
– 5,59 € TTC avec le gaz (3 € d’eau + 2,59 € de gaz)

Les économies d’eau chaude sont les plus importantes, pour vous comme pour la planète

Les abonnements EDF « Heures creuses » sont-ils toujours intéressants ?
EDF propose une option Heures Pleines (HP) / Heures Creuses (HC) destinée, entre autres, aux foyers possédant un ballon d’eau chaude électrique. En contre partie d’un abonnement plus cher, la compagnie nationale offre un tarif plus avantageux en heures creuses et commande à distance la mise en route du chauffe-eau au début des plages horaires concernées (la nuit et parfois à l’heure du déjeuner). Si cette option a longtemps été intéressante, elle ne l’est plus autant aujourd’hui : EDF a en effet progressivement réduit l’écart entre le prix du kWh en HC et le prix de base, et même discrètement introduit en 2009 un surcoût pour le kWh HP.

Tarif réglementé EDF en €/kWh TCC – Sources : EDF, Agoravox

Selon nos calculs, l’option Heures creuses n’est rentable qu’au dessus d’’environ 30% de consommation en HC.

Et attention, EDF nous fait croire que nous chauffons notre eau chaude pour 11 centimes/kWh, alors qu’en réalité, nous la payons 14,4 centimes au seuil de rentabilité de 30% et 13,4 centimes avec 50% de consommation HC. A prendre en compte dans  les calculs économiques par rapport aux autres énergies !

Selon Olivier Sidler, « l’usage de l’eau chaude sanitaire (ECS) s’envole, sans correspondre à de réels besoins. Aujourd’hui, la consommation d’énergie pour l’ECS dépasse celle du chauffage ! » Le constat de cet ingénieur en énergétique qui conçoit des habitations à très faible consommation d’énergie est inattendu. La maîtrise de la consommation d’eau chaude sanitaire devient un passage obligé pour atteindre les objectifs fixés par la RT 2012 qui régit toutes les constructions neuves.

Prix élevé, impact énergétique et environnemental élevé, deux bonnes raisons de se pencher sur l’eau chaude.

Le ballon au centre… de vos attentions

L’eau chaude stockée dans le ballon a une tendance naturelle à se refroidir. Comment freiner cette velléité ? Voici trois précautions indispensables :

551. Réglez la température à 55°C. Plus la température de stockage sera basse, moins importantes seront les pertes. Autres avantages, à 55°C, pas de risques de brûlures, et votre ballon s’entartrera moins. Mais il ne faut pas descendre plus bas (risque de prolifération de microbes) ! Sur les ballons électriques, réglez le thermostat situé sous le capot de l’alimentation électrique, après avoir pris soin de couper le courant. Sur les chaudières à gaz, modifiez la consigne. La règlementation en France.
2. Améliorez l’isolation du ballon. La consommation d’entretien d’un ballon électrique de 200 litres est proche de 2 kWh par jour, soit 730 kWh par an, soit 105 € par an. On peut réduire sensiblement ces pertes en renforçant son isolation (sans oublier d’isoler les pattes de fixation). On trouve dans le commerce des kits d’isolation prêts à poser – surtout en Angleterre où ils sont très populaires (« Water heater insulation blanket » ou « jacket »). Si votre ballon est situé dans un local chauffé, sur-isoler votre ballon n’est utile que 6 mois par an.
3. En cas d’absence de plus de quelques jours, coupez l’alimentation de votre ballon 1 ou 2 jours avant votre départ (selon le volume de stockage du ballon).

Pourquoi a-t-on inventé l’eau chaude ?

L’eau chaude répond à deux indications : une meilleure efficacité de lavage et un plus grand confort, en particulier pour la toilette.

Certain(e)s prennent des douches froides sans broncher, d’autres ne supportent pas de se laver les mains à l’eau froide. Le confort est une notion très personnelle… Chacun suivra son chemin !

Par contre, dans le domaine de l’entretien – lavage du linge, vaisselle, ménage – l’eau chaude est souvent utilisée par habitude, sans réel fondement. Exemples :
– Vaisselle : l’eau chaude ne se justifie que pour dissoudre les graisses (ce que font aussi très bien les détergents). Pour la vaisselle non grasse, l’eau froide convient parfaitement. Pour rincer, pas besoin non plus d’eau chaude. La vaisselle séchera certes un peu moins vite dans l’égouttoir, mais est-on pressé ?
– Lessive : la plupart des lessives permettent maintenant de laver à 30°C, certaines même à 15°C.
– Ménage : pour des sols non gras, l’eau chaude n’est pas vraiment utile non plus. Une raison souvent invoquée serait que le sol sèche plus vite avec de l’eau chaude. C’est sans doute vrai, mais marginal : un petit calcul de physique montre que la chaleur contenue dans l’eau ne peut pas fournir beaucoup plus de 5% de la chaleur nécessaire pour l’évaporer ! Pour un séchage rapide, l’essentiel est d’aérer la pièce.

Les pièges des mitigeurs
mitigeur
Les mitigeurs sont souvent présentés comme un progrès en raison des économies d’eau (froide et chaude) qu’ils permettraient grâce à un réglage plus rapide de la bonne température.

Mais c’est plutôt le contraire qui se passe dans la pratique !
– Les mitigeurs sont souvent laissés en position médiane, ce qui fait que l’utilisateur suivant a tendance à s’en servir dans la même position et à appeler de l’eau chaude même s’il n’en a pas besoin.
– Un mitigeur qu’on ouvre en position médiane mettra deux fois plus longtemps à fournir de l’eau chaude qu’un simple robinet d’eau chaude. Et d’autant plus longtemps qu’il sera plus éloigné du ballon d’eau chaude. Il est donc probable que l’eau chaude, comme la cavalerie dans les westerns, arrive trop tard. Cette eau chaude reste dans les tuyaux et finit par se refroidir en pure perte.

Recommandations :
– Remettez toujours le mitigeur en position froide après utilisation (à droite).
– N’appelez de l’eau chaude que si vous en avez vraiment besoin et que vous avez la patience d’attendre. Dans ce cas, mettez le mitigeur à fond à gauche tant que l’eau chaude n’est pas arrivée. Ensuite, réglez-le à la température désirée.


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> A lire aussi sur Ouvertures :
– Réduisez facilement votre facture d’eau : 1. Faites la chasse aux fuites
Réduisez facilement votre facture d’eau : 2. Comment utiliser moins d’eau ?
– France : tout savoir sur l’eau potable et l’assainissement

© Copyright Ouvertures 2013 – Mise à jour avril 2015

Faut-il limiter la vitesse à 80 km/h sur route ?

Claudine Perez-Diaz, sociologue et chargée de recherche au CNRS et Claude Got, professeur de médecine spécialiste de l’accidentologie, sont tous deux très engagés dans l’amélioration de la sécurité routière, au point de parfois se faire traiter d’ayatollahs… Faisant passer le sauvetage de vies humaines avant toute autre considération, ils considèrent que seules  les annonces de mesures crédibles et contraignantes sont efficaces, ayant fait leurs preuves partout dans le monde. Ils déplorent l’effritement de la volonté politique pour réduire la mortalité routière et concentrent leurs critiques sur l’abandon de l’abaissement à 80 km/h de la vitesse sur route.

Jusqu’où aller ?

A l’instar de nombreux lecteurs, Alienor se demande jusqu’où va aller leur frénésie de limitation de vitesse ? « Une diminution par un facteur 17 en 50 ans. Peu de politiques publiques auront été aussi efficaces…vouloir courber encore plus cette asymptote vers le 0 se fera avec chaque fois plus de limitation, de contrôle, de punition et de ressentiment. »

Elle met ainsi le doigt sur le point aveugle de l’argumentation des experts : jusqu’où aller dans la réduction des vitesses, et plus généralement dans la réduction des accidents ?

  • N’est on pas arrivé au maximum de ce qu’on pouvait faire ? De plus de 16 000 morts par an en 1972, on est en effet passé à 3 268 en 2013, avec beaucoup plus de voitures sur les routes.
  • N’y a-t-il pas d’autres causes qui méritent de prendre le relais, comme le pense Parisien : « Si on agissait autant contre les risques de l’alcool, de la drogue et du tabac que contre les risques routiers je pense qu’on éviterait bien plus de morts! »

Combien de morts par an en France ?
Comparaison entre les accidents de la route et d’autres causes de mortalité

Morts par an Année
Accidents de la route 3 268 2013
Accidents de la vie courante 19 703 2008
Accidents du travail (hors trajet) 541 2013
Violences conjugales 146 2013
Suicides 10 571 2008
Alcool 45 000 1995
Tabac 73 000 2004

A ces interrogations légitimes, les experts opposent que « l’accident de la route demeurera la première cause de mort des jeunes adultes » et Cnémon fait remarquer que « le tabac ne tue heureusement presque plus que des personnes qui en ont fait le choix. Alors que le chauffard continue de tuer ou de blesser des gens qui n’ont rien demandé. »

Un peu de prospective

Une faiblesse de ce débat sur les limitations de vitesse, c’est que personne ne cherche à sortir du schéma traditionnel de mesures s’appliquant partout et tout le temps, qui sont ressenties comme inutilement contraignantes.

Comment en effet ne pas protester contre la fixation de la même limite sur une route large et rectiligne que sur une route étroite et sinueuse ?  Est-il vraiment nécessaire de limiter la vitesse à 30 devant une école en dehors des heures d’entrée et de sortie des élèves ? « Développons plutôt les limites à 80 (ou moins) sur les portions dangereuses, glissantes, en mauvais état, sans visibilité : là l’automobiliste comprend que c’est son intérêt », suggère Parisien. « Une limite n’est acceptée que si elle est perçue comme juste » rappelle Leblon.

La technologie n’est-elle pas en mesure de concilier sécurité et liberté ? N’est-elle pas en mesure de rendre les routes et les véhicules plus intelligents et de permettre une adaptation moins grossière de la vitesse à l’environnement ? Et cela sans attendre (comme Carol Langloy)  la voiture sans conducteur, qui aura forcément en mémoire la configuration et les contraintes de son environnement et saura s’y adapter.

Le GPS indique que la vitesse limite de 50 km/h est dépassée. Crédit photo Calou71

Le GPS indique que la vitesse limite de 50 km/h est dépassée. Crédit photo Calou71

La généralisation des GPS dans les véhicules d’aujourd’hui serait pourtant à même de rendre obsolètes les panneaux de limitation de vitesse qui se multiplient sur le bord des routes et de permettre une modulation plus fine de la vitesse autorisée. Les GPS affichent en effet d’ores et déjà les limites de vitesse et signalent leur dépassement. Reste à s’assurer de la mise à jour des données…(1)

Il n’y a pas que la vitesse qui tue

De nombreux intervenants jugent que la répression est trop ciblée sur la vitesse, pas assez sur  d’autres comportements accidentogènes. Et de citer, en vrac : changement de file intempestif, clignotant oublié, non respect des distances de sécurité entre véhicules, dépassement par la droite, non respect des stops ou feux rouges, refus de priorité, drogues et alcool au volant, refus de priorité aux piétons, dépassement des vélos sans respecter la distance de sécurité, stationnement en double file, usage du téléphone, conduite sans assurance ni permis…

Vrai ou faux ?

Dans le forum qui suit la tribune de Claudine Perez-Diaz et Claude Got, des lecteurs apportent des éléments présentés comme factuels. Faut-il les croire sur parole ?

« Compte tenu de la technologie des voitures, il n’y a aucun risque de rouler à 90 ; c’est moins énervant que de lambiner à 80. » Jean Paul Falcy
Faux : lors d’un choc frontal à 80 km/h, tout passager même ceinturé n’a pratiquement aucune chance de survie. Et sur la route, il y a d’autres usagers vulnérables : cyclistes, automobilistes roulant dans des voitures moins sûres…

« Deux fois plus de tués par millions d’habitants en France qu’au Pays Bas, en Norvège ou en Suisse ? » Jean-Baptiste Clamence
Faux : c’est moins de deux fois plus
France : 49 tués par million d’habitants, Pays-Bas : 39, Norvège : 29, Suisse : 34

« Angleterre et Danemark suivent le chemin inverse : route secondaire à 100 km/h ». Leblon
Faux pour le Danemark : 80 km/h
Vrai pour l’Angleterre : 96 km/h (60 mph)

« En fait, il existe des courbes de mortalité en fonction de la vitesse par type de routes. Ce sont des S avec une pente très raide. En ville c’est entre 30 et 50 km/h que la mortalité augmente très très fortement (en cas de choc, 90% de piétons survivants à 30km/h, 90% de tués à 50km/h). Sur les départementales cette inflexion de la courbe est entre 80 et 90km/h.

La courbe en S a été publiée dans un document de l'ONISR du 20/01/2014. Elle montre une forte chute du risque d'être tué dans une collision frontale lorsque la vitesse de collision tombe en dessous de 90 km/h. Mais attention, il s'agit de la vitesse de collision, pas de la vitesse de circulation.

Les courbes en S auxquelles  se réfèrent Alexis Coussement ont été publiées dans un document de l’ONISR du 20 janvier 2014. Celle de droite montre une forte réduction du risque d’être tué dans une collision frontale lorsque la vitesse de collision tombe en dessous de 90 km/h. Mais attention, rouler à 90 ne signifie pas forcément entrer en collision à la même vitesse.

Et la moitié des tués le sont sur ces routes ! » Alexis Coussement
Vrai : selon Claude Got, la moitié des accidents mortels survient sur le réseau non autoroutier.

« On peut noter que sur le périph parisien, la baisse de vitesse est accompagnée du doublement de mortalité. » Rougefluo
(presque) Vrai, mais : Le nombre de victimes n’a pas doublé mais quand même augmenté de 75%, passant de 4 à 7. Par contre, le nombre d’accidents a diminué de 15,5% (627 contre 742) et le nombre de blessés de 14,5% (776 contre 908). La différence entre 4 et 7 morts n’est pas statistiquement significative. En statistique, on ne peut pas tirer de conclusions quand l’échantillon est trop petit. Il faudra attendre plusieurs années pour accumuler suffisamment de données…

(1) La Ford S qui sera commercialisée en août 2015 sera équipée d’un limiteur de vitesse intelligent. Une caméra située en haut du pare-brise détectera les panneaux de limite de vitesse et croisera le résultat avec les données du GPS. Si le véhicule va trop vite, le limiteur coupera temporairement l’injection de carburant.

> Cet article n’est pas une critique de Claude Got dont nous soutenons le combat pour une route plus sûre et dont nous apprécions le rôle de lanceur d’alerte. Mais comme à notre habitude, nous avons souhaité ouvrir la porte à la contradiction dans un débat qui mérite d’être poursuivi.