Un nouvel acteur politique : la Terre elle-même

L’humanité désorientée…

« Où atterrir ? » La question titre est devenue cruciale. Embarqués dans une course folle à la croissance mondialisée, nous découvrons qu’elle n’est pas soutenable et qu’il va falloir revenir sur Terre. Ceux qui en profitent le plus veulent poursuivre le voyage le plus loin et le plus longtemps possible, sans se soucier des dommages collatéraux qui, comme ceux infligés au climat, forcent de nouveaux flux de migrants à se mettre en marche (**). Mais la multitude des autres sent confusément qu’on les mène en bateau. Ils veulent retrouver la terre ferme – leur identité, leur sécurité, leurs certitudes, alors que le sol n’est plus assuré. Il se dérobe, car la crise écologique, dont le volet climatique n’est que le plus criant, va rendre la planète de moins en moins habitable. Elle rend déjà caduque l’espoir d’un accroissement du bien-être pour tous.

…quand la Terre se rebiffe

« Comment s’orienter en politique ? » Le sous-titre du livre rend compte de son objet : penser une nouvelle géographie politique et dresser une ébauche de carte. Une fois exposée l’impasse de la polarisation actuelle entre local et global, l’auteur tente d’expliquer pourquoi l’écologie n’a pas réussi à s’imposer dans le paysage politique. Son erreur, pense-t-il, a été de vouloir se situer sur l’axe qui servait et sert toujours de repère à la confrontation entre droite et gauche. Résultat : le mouvement écologiste, constamment ballotté entre les deux pôles, a fini par être laminé. Alors que, suggère-t-il, il fallait faire émerger un nouveau pôle. Ce nouvel attracteur, qu’il nomme faute de mieux « le Terrestre », consiste à donner toute sa place au nouvel acteur politique qui s’est imposé, la Terre, qui rue dans les brancards d’être ainsi malmenée et éreintée. La Terre, qui n’est plus la scène immuable sur laquelle l’homme pouvait tranquillement développer ses activités. C’est comme si, dit-il, le décor s’était mis à jouer dans la pièce.

Bruno Latour, qui n’est pas toujours facile à lire, a pris ici le parti de s’adresser à un large public. Fort heureusement, car ce qu’il a à dire nous concerne tous. Son style est imagé et les formules font mouche. Exemple : [Le retrait par les Etats-Unis de l’accord de Paris], « une déclaration de guerre qui permet d’occuper tous les autres pays, sinon avec des troupes, du moins avec le CO2 que l’Amérique se garde le droit d’émettre ». Dommage toutefois qu’il ne soit pas parvenu à s’affranchir complètement du jargon ni des références en usage dans son domaine de spécialité… C’est peut-être pour le prochain livre, qu’on ne peut qu’espérer, car après avoir répondu à la question « Où atterrir ? », il faudra bien répondre à celle-ci : « Comment s’organiser après l’atterrissage ? »

Bruno Latour, Où atterrir ? Comment s’orienter en politique ? La Découverte, octobre 2017, 160 pages, 12 €

(*) « Comment ne pas se tromper sur Trump ? » (Publié par Le Monde sous le titre « Entre globalisés et passéistes, le match reste nul »)

(**) Le nombre d’événements météorologiques extrêmes a augmenté de 46 % dans le monde depuis 2000, selon l’Organisation météorologique mondiale (OMM). Plus d’un milliard de personnes pourraient migrer, d’ici à la fin du siècle, en raison du réchauffement climatique, selon un état des lieux publié le 31 octobre 2017 par la revue médicale britannique The Lancet.

Bruno Latour interviewé par Aude Lancelin (là-bas si j’y suis) :
« Le peuple a été froidement trahi »

On a retrouvé les GR (sentiers de grande randonnée) sur Géoportail !

Disparition inexpliquée et inexplicable ! Avant septembre 2016, les tracés magenta, familiers des amateurs de randonnée pédestre, figuraient bien sur les fonds de carte au 1/25 000 et au 1/100 000 du portail cartographique de l’IGN.  Et puis, à la faveur d’une modernisation du site, les GR (Grande randonnée), GRP (Grande randonnée de pays), PR (Petite randonnée) et autres itinéraires de randonnée ont été comme rayés de la carte.

Marcheurs, réjouissez-vous, il n’en est rien ! Ils sont bien toujours là. Ils n’ont disparu que du fond de carte proposé par défaut quand on arrive sur Géoportail, la « carte IGN ». Ils figurent bien toujours sur d’autres fonds de cartes – la « carte topographique IGN » et les « cartes IGN classiques » – mais il faut savoir les dénicher !

Marche à suivre

► Rendez vous sur Géoportail, puis cliquez sur « CARTES » (en haut à gauche de l’écran)

► puis « Voir tous les fonds de carte »
► puis sur « Carte topographique IGN » ou « cartes IGN classiques » :

D’autres sites pour les randonneurs

L’IGN propose également un site totalement dédié aux randonneurs, IGNrando’, qui permet de partager ses itinéraires à pied, en vélo, en canoë… Déjà près de 24 000 itinéraires répertoriés.

A découvrir aussi, le site l’Expédition, qui permet comme le précédent de partager des itinéraires, mais avec la possibilité d’associer du contenu multimédia : texte, photos, vidéos… On peut ainsi y déposer le récit de ses voyages et visualiser les étapes sur une carte. Exemple : Dans la verdure de l’Asie du Sud-Est.

La clef de l’efficacité : faire simple !

Disons le tout de suite, la simplicité dont il s’agit ici n’est pas celle qui est pratiquée par les adeptes de la simplicité volontaire, mode de vie consistant à réduire volontairement sa consommation. Et pourtant le titre de l’ouvrage lui va aussi comme un gant ! Non, le sujet traité ici, c’est la simplicité qu’il faut atteindre pour résoudre les problèmes et agir efficacement. Le vrai défi, nous dit l’auteur, ce sont les problèmes complexes – comme éduquer un enfant – car les problèmes compliqués – comme envoyer un homme sur la lune – se réduisent souvent à une suite de problèmes simples.

La prévision des avalanches est un problème complexe. Elle peut être abordée de manière scientifique, analytique, en faisant des tests sur des échantillons de neige, mais la méthode n’est pas opérationnelle pour des skieurs qui doivent avancer. Finalement, c’est Werner Munter, un alpiniste suisse chevronné, bricoleur de génie et esprit indépendant, qui a fini par imposer sa méthode, la méthode de réduction. En travaillant sur une base de données sur les avalanches, il s’est aperçu que l’on pouvait éviter 40% des victimes en renonçant à seulement 1% des randonnées prévues. En réduisant le nombre de paramètres et en se concentrant sur ceux qui étaient les plus pertinents, il a élaboré une petite grille 3×3 d’aide à la décision, facile à remplir et à interpréter (voir à la fin de cet article).
On retrouve cette méthode de réduction dans de nombreux domaines. Elle consiste à se focaliser sur un petit nombre de facteurs ou d’actions pour obtenir le maximum d’efficacité.

La simplicité est la sophistication suprême

L’auteur, Benedikt Weibel, qui a passé 14 ans à la tête des CFF (chemins de fer suisses), a beaucoup d’admiration pour Munter, qu’il connaît bien, mais en voue une tout aussi grande à Steve Jobs, qu’il cite à de nombreuses reprises. Ainsi cette réflexion du cofondateur et ex-patron d’Apple : « Il s’agit d’aller jusqu’au cœur de la complexité. Pour trouver la vraie simplicité, il faut creuser profond ». Steve Jobs disait aussi : « La simplicité est la sophistication suprême », adage qu’il a appliqué dans de nombreux domaines, que ce soit le design des produits, la publicité ou le management de l’entreprise. Lorsqu’il revient chez Apple en 1996 après 11 ans d’absence, il demande à ses managers d’établir une liste de dix actions prioritaires. Mais après mûre réflexion, il se ravise : « Non seulement trois » ! Avec le succès que l’on sait.

On ne peut simplifier que quand on a une connaissance approfondie du domaine, qui ne peut s’acquérir qu’au prix d’une longue expérience (un minimum de 10 000 heures, quel que soit le domaine, selon ceux qui se sont penchés sur la question !). Il faut acquérir le « coup d’oeil », qui fait voir ce que les autres ne voient pas. Comme le maître d’échec qui voit le coup à jouer sans essayer mentalement tous les coups possibles.

La véritable simplification apporte de multiples bénéfices à l’homme d’action, ne serait-ce que parce qu’il est plus facile de communiquer sur des objectifs simples et peu nombreux! Mais elle peut également apporter des bénéfices inattendus en élargissant son horizon. Ainsi des théories scientifiques qui dévoilent une simplicité cachée sous une apparente complexité et ouvrent la porte à de nouvelles découvertes.

On ne peut que recommander ce petit livre efficace, porteur d’un message simple sans être simpliste et remercier l’auteur de nous en avoir simplifié la lecture avec une table des matières détaillée et des résumés en fin de chapitre. Bien que foisonnant d’anecdotes, d’exemples et de pistes de réflexion, il s’en tient à l’essentiel. Sans blabla, sa bête noire, qu’il pourchasse chez ses étudiants.

Simplicité. L’art d’aller à l’essentiel, Benedikt Weibel, Presses polytechniques et universitaire romandes, 2017, 159 pages

 

Grille d’analyse du risque d’avalanches mise au point par Werner Munter

Emmanuel-Juste Duits : débattre avec méthode pour sortir du relativisme

juste-193x300Emmanuel-Juste Duits, Après le relativisme. De Socrate à la burqa, Les éditions du Cerf (2016), 188 p, 19 €.

Commençons par évoquer mes liens avec l’auteur. Notre rencontre date de 2002, une époque à laquelle Google n’était encore qu’une start-up et Facebook n’existait pas. C’est donc probablement à AltaVista que nous devons de nous être trouvés… J’explorais alors le web naissant à la recherche d’idées et d’outils nouveaux pour une démocratie plus participative et Emmanuel-Juste venait de publier L’homme réseau. Il rêvait déjà d’une société ouverte où « la multiplicité des modes de vie, des savoirs et même des croyances opposées » seraient source de richesse plutôt que de haine entre communautés. Il voulait  « ouvrir la possibilité d’une confrontation constructive entre les myriades d’univers sociaux. » Un petit groupe s’est alors formé, avec entre autres Eric Brucker, un militant écologiste qui avait créé un site de  « débats démocratiques déroulants disciplinés ». Ensemble, nous avons créé hyperdebat.net, site expérimental de débat méthodique, aujourd’hui rattaché à l’Apic, association éditrice d’Ouvertures.

Le débat ou l’éclatement

Emmanuel-Juste Duits

Emmanuel-Juste Duits

Le constat fait par l’auteur dans son premier livre est non seulement toujours d’actualité, mais le morcellement de nos sociétés en petits univers qui s’ignorent ou se rejettent ne fait que s’accentuer. Chacun se crée une représentation de la réalité excluant tout consensus sur des actions communes : adeptes des médecines douces contre fidèles de la médecine basée sur les preuves, écologistes contre chantres de la croissance, partisans de l’accueil des migrants contre repli à l’intérieur de nos frontières, etc.

Au lieu de chercher à résorber ces antagonismes, nous nous sommes repliés sur une solution de facilité : puisque nous sommes incapables de nous entendre, tentons de vivre sans heurts en faisant preuve de tolérance. Puisqu’il est impossible de discuter des valeurs, faisons comme si elles se valaient toutes. Mais, nous dit E.J. Duits, ces expédients ne tiendront qu’un temps dans un monde qui craque de toutes parts, où nous aurions grand besoin d’une boussole commune pour ne pas aller à notre perte.

Face à ces dangers, en philosophe, l’auteur voudrait remettre la raison et le débat au cœur de la démocratie, sur le modèle socratique de l’agora. Lutter contre le chaos informationnel, contre la séduction du divertissement, contre l’idée que les valeurs ne se discutent pas. Imaginer des lieux de débat qui permettraient de partager information et expériences, de réduire la complexité inutile, de construire des argumentations. S’occuper enfin de notre avenir !

Une utopie concrète ?

Ce livre a le mérite de nous réveiller. De nous faire prendre du recul sur ce que nous croyons aller de soi parce que nous baignons dedans. Ainsi de la tolérance, qui va de soi tant qu’elle ne remet pas en cause nos valeurs implicites. De nous faire prendre conscience que nous avons pour la plupart renoncé à chercher un sens à notre existence et que nous nous contentons d’un petit bonhomme de chemin. Il nous presse de nous ressaisir, de nous prendre en main, d’aller à la rencontre de l’Autre, de se confronter à lui. Après les utopies concrètes, la grande utopie d’Emmanuel-Juste Duits, c’est un débat généralisé et méthodique, osant s’attaquer aux valeurs, aux questions existentielles et même à Dieu. Utopique ? Sûrement, parce que cela fait des millénaires que nous nous battons au nom de Dieu ou contre lui, sans jamais avoir réussi à lui trouver ne serait-ce qu’un nom commun. Et surtout, l’expérience d’hyperdebat montre que la plupart d’entre nous ne souhaitons pas aller au fond des choses. Nous préférons la satisfaction d’avoir raison à celle d’approcher la vérité. Nous préférons donner notre avis plutôt que recevoir la contradiction. Confort illusoire…

Emmanuel-Juste Duits a donc raison d’enfoncer le clou. Car comme l’espère Marc Augé, « peut-être admettrons-nous un jour qu’il n’y a pas d’autre finalité pour les humains sur Terre que d’apprendre à se connaître et à connaître l’univers qui les entoure – tâche infinie qui les définit comme humanité à laquelle et de laquelle chacun d’entre eux participe. »(*)

(*) Marc Augé, Fin de la crise, crise des fins, M Le Monde, 9/09/2010

>>  Lire aussi : Emmanuel-Juste Duits, Le dialogue sur des questions existentielles est-il encore possible ?

Petit tour d’horizon des revues de spiritualité

Le_Monde_des_religions_76_SLe Monde des religions

Connaître les religions pour comprendre le monde

Rédactrice en chef : Virginie Larousse
Éditeur : Malesherbes Publications (Groupe Le Monde)
Bimestriel, 82 pages, 6,90 €
www.lemondedesreligions.fr

Le plus connu ! Né en 2003, Le Monde des religions présente les religions et les spiritualités de l’humanité « dans une approche résolument laïque, interreligieuse et culturelle », selon Virginie Larousse qui a succédé à Frédéric Lenoir en 2014.


Sources_34Sources

Pour une vie reliée

Directrice et coordinatrice : Évelyne Chevillat
Éditeur : A ciel ouvert
Trimestriel, 88 pages, 9 €
www.sources-vivre-relie.org

Le précurseur ! Sources est paru pour la première fois en 1976, s’est interrompu, a resurgi sous le titre Terre du Ciel, puis est finalement revenu à son titre d’origine en 2006. Une revue de très belle facture, avec beaucoup d’interviews, de textes et de photos. Chaque numéro est centré sur un thème : l’appel, veilleurs et lanceurs d’alerte, etc.


Ultreia_7Ultreïa !

Plus loin, plus haut… sur les chemins de la sagesse

Directeur de la rédaction : Bernard Chevilliat
Rédactrice en chef : Florence Quentin
Éditeur : éditions Hozhoni
Trimestriel, 224 pages, 19,90 €
www.revue-ultreia.com

La revue la plus lourde ! Superbe maquette, abondamment illustrée, Ultreïa s’inscrit dans la veine des nouvelles revues vendues aussi bien en kiosque qu’en librairie. « Buzzword » des pèlerins de Compostelle, son nom devrait rallier ceux qui cheminent avec un ange sur l’épaule. Thèmes affichés : spiritualité, métaphysique, philosophie, ethnologie, symbolisme. Comme Le Monde des religions, Ultreïa complète la présentation des spiritualités par des aspects plus culturels.


Question_de_2_SQUESTION de

Une revue qui explore le sens de la vie

Directeur de la publication et de la rédaction : Marc de Smedt
Éditeur : Albin Michel
Semestriel, 160 pages, 15 €
www.questionde.com

La plus jeune, tout juste un an d’existence. Chaque numéro est un petit bijou à contempler avant de se plonger dans le thème abordé : la méditation pour le N°1, la nature pour le N°2. La variété et la qualité des signatures témoignent de l’épaisseur du carnet d’adresses de Marc de Smedt.  En vente uniquement en librairie.


Presence_3Présence

Revue chrétienne à la rencontre des spiritualités

Rédactrice en chef : Christine Kristof-Lardet
Éditeur : Forum 104
Annuel, 100 pages, 15 €
revuepresence-leblog.com

La moins fréquente : à peine un numéro par an. Créée en 2013 par le forum 104 (Paris 6e) pour ses 30 ans, Présence rassemble des textes d’auteurs sur le thème du numéro (L’expérience spirituelle, la recherche du sens, et la face spirituelle de l’écologie pour le numéro 3 présenté ici, qui vient de paraître). Maquette de qualité, mais un peu austère.


A côté de ces revues centrées sur la spiritualité, il serait injuste de ne pas évoquer ces quelques autres qui traitent également de spiritualité :

  • Inexploré, Ouvrez votre esprit, trimestriel de l’Inrees (Institut de recherche sur les expériences extraordinaires), qui explore les aspects mystérieux de la conscience, de la vie, de la mort, de l’univers, etc.
  • Reflets, Donnez sens aux évènements. Ce trimestriel inclassable aborde une foule de thèmes, géopollitique, écologie, philosophie, spiritualité, etc.
  • Orbs, l’autre planète, Arts, sciences, humanités et consciences… Plus qu’une revue, un objet d’art à parution annuelle, revendiquant une filiation avec le mythique Planète.
  • Synodies, Être en chemin ensemble, revue annuelle du GRETT (Groupe de recherches et d’études des thérapies transpersonnelles)

Il aurait fallu aussi mentionner Clefs, mais la revue vient tout juste de mettre la clef sous la porte après cinq ans d’une controversée formule grand public qui avait succédé à Nouvelles Clefs.

> L’illustration de une est une peinture de l’artiste coréenne Bang Hai Ja, Souffle de lumière (2002)

Le Pr Montagnier reste sourd aux interpellations de deux biochimistes sur ses expériences sur la mémoire de l’eau

Taq

Taq polymerase, enzyme utilisée dans la PCR pour dupliquer un brin d’ADN

Dans un article publié en 2014, Le Pr. Luc Montagnier a-t-il retrouvé la mémoire de l’eau ?, Ouvertures avait décortiqué son expérience « révolutionnaire » de reconstitution d’ADN à partir d’un signal numérisé. Cet article très consulté, 19 000 visites depuis sa publication, a suscité des commentaires et suggestions intéressantes de la part de deux biochimistes. Nous les avons contactés et élaboré avec eux cette lettre, à laquelle l’intéressé n’a pas répondu. Nous la publions malgré son caractère technique.

Lettre au Pr Luc Montagnier

« Dans le film diffusé en 2014 par France 5, vous indiquiez que l’ADN d’origine (un LTR de HIV) est reproduit à 98% par une PCR sur un échantillon d’eau « informée ». Et dans l’email que vous nous avez adressé le 6/12/2015, vous précisez que « la reproduction des séquences est en général dans les marges d’erreur dues à la technologie employée (clonage de l’amplicon PCR en plasmide) : 1 ou 2 nucléotides sur 499 avec l’amplicon Borrelia ».

On peut effectivement penser que les petites différences entre l’original et la copie sont dues à la méthode d’amplification de la copie (PCR). Mais elles peuvent également avoir d’autres causes :

  • l’imperfection de la photocopieuse elle-même (la transmission électromagnétique), ce qui soit dit en passant, ne remettrait pas en cause votre découverte.
  • la présence d’un ADN contaminant dont la séquence serait très proche de l’ADN copié.

Des biochimistes qui sont intervenus dans les forums de France 5 et d’Ouvertures ont fait des propositions qui nous semblent à même de lever ces incertitudes.

L’un d’eux a fait remarquer qu’en faisant un séquençage direct des produits de PCR (*), les erreurs éventuelles seraient complètement gommées, diluées. Avez-vous réalisé cette analyse ?

Un autre, Freddy B, à qui j’avais donné la parole dans mon article, avait suggéré de « remplacer un seul nucléotide au milieu d’un ADN qui produit des signaux, puis de voir si cette mutation est détectée sur la copie ».

Avez-vous procédé à cette manip assez simple ?

Si l’erreur est bien due à la PCR, la probabilité qu’elle affecte les mêmes nucléotides durant la nouvelle transduction est assez faible et séquencer directement le produit de PCR devrait permettre de retrouver la mutation ponctuelle.

Freddy B se demande également si vous avez utilisé des Taq polymérases haute fidélité, et dans ce cas, comment expliquez-vous que le mécanisme de vérification fonctionne alors qu’il n’y a pas de matrice d’ADN au départ, que de l’eau ?

Dans votre courrier, vous invoquez comme preuve supplémentaire le succès de vos expériences sur des cellules tumorales, mais votre publication Transduction of DNA information through water and electromagnetic waves ne donne aucun détail expérimental. Ces détails ont-ils été publiés ailleurs ? »

(*) Il y a deux manières de séquencer l’ADN produit en très grand nombre par la PCR. Soit on en prélève un seul, qu’on clone ensuite dans un plasmide et qu’on multiplie par une bactérie, et on fait le séquençage sur cet ensemble. Soit on prend tous les ADN issus de la PCR et on les séquence directement. Dans la première méthode, celle choisie par le Pr Montagnier, on s’expose à tomber sur une erreur de la PCR, alors que dans la seconde, les erreurs éventuelles sont diluées.

Glossaire

Amplicon : fragment d’ADN amplifié par PCR
HIV : virus du Sida
LTR (Long terminal repeat) : séquence nucléotidique caractéristique des extrémités des rétrovirus et des rétrotransposons.
PCR (Polymerase chain reaction) : La réaction en chaîne par polymérase permet de dupliquer en grand nombre une séquence d’ADN (amplicon) à partir d’une très faible quantité.
Taq polymérase : enzyme utilisée dans la PCR

Le Pr. Luc Montagnier a-t-il retrouvé la mémoire de l’eau ?

Le Pr. Luc Montagnier explique son expérience de reproduction de l’ADN à distance

Crédit photo : Adenosine (Own work) [CC BY-SA 3.0 (http://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0)], via Wikimedia Commons

Climat : comment pallier les insuffisances de la COP21 ?

Thomas Sterner, à qui le Collège de France a confié la chaire annuelle « Développement durable – Environnement, énergie et société », était invité le 19 février 2016 à Paris par la Chaire d’économie du climat pour présenter ses « Expériences et perspectives de la taxation du carbone dans le monde ».

2015, une bonne année pour le climat ?

Crédit photo : Hervé Thouroude

Thomas Sterner  (Crédit photo : Hervé Thouroude)

Il commence par un bilan de l’année 2015 : une année plutôt bonne a priori pour le climat, grâce à la COP21, mais il juge ses résultats décevants :

  • Signer pour un réchauffement limité à 1,5 au lieu de 2 °C, c’est bien, mais l’objectif est parfaitement impossible à atteindre. L’objectif de 2°C n’était déjà pas très réaliste…
  • Il n’y a eu aucun accord pour fixer un prix du carbone (voir encadré).
  • Les plans de réduction volontaire des émissions ne sont pas assez ambitieux.

Un signe pour lui que la COP21 ne va rien changer, c’est que le cours des actions des sociétés pétrolières n’a pas bougé.

2015 a également été marquée par la poursuite de la chute des prix du pétrole, qui envoie un signal à l’opposé de ce qui serait souhaitable et décourage les investissements nécessaires à la transition énergétique. Dans ce contexte, les taxes carbone – y compris celle, très élevée, de la Suède – sont impuissantes et ne font que limiter les dégâts. Pour illustrer cela, Thomas Sterner utilise une unité inhabituelle mais très parlante. En convertissant les usuels euros par tonne de CO2 en dollars par baril, il rend visible le fait que ni la taxe carbone française avec ses 10 $/baril, ni même la suédoise avec ses 35 $/baril, ne font le poids face à un prix du baril qui a chuté de 70 à 80 $ !

Brent 2007-2016

Mais cette chute a paradoxalement tout de même quelques vertus. Elle décourage les investissements pour tirer du sol les ressources fossiles les plus coûteuses à exploiter (sables bitumineux, forages arctiques…).

Les deux manières de donner un prix au carbone

Donner un prix au carbone est destiné à intégrer (internaliser) dans les prix de marché les coûts cachés (externalités) des dommages causés par les émissions de gaz à effet de serre, afin d’orienter les décisions des agents économiques vers des solutions à bas contenu en carbone.

Il existe deux principaux types de mécanisme pour fixer ou faire émerger un prix du carbone :

  • les taxes carbone
  • la fixation de quotas d’émission conjuguée à l’organisation de systèmes d’échange (bourses du carbone)

Dans le premier cas, l’Etat crée une taxe d’un montant proportionnel au contenu en carbone des produits. L’augmentation des prix (signal-prix) pousse les consommateurs et les producteurs à réduire leur utilisation d’énergies fossiles. Mais il est difficile de prévoir son impact en termes de réduction des émissions.

Dans le second cas, l’Etat fixe un objectif de réduction des émissions et attribue des quotas aux principaux émetteurs, mais il ne maîtrise pas l’évolution des prix qui fluctuent au gré du marché du carbone.

Les grands économistes américains (William Nordhaus par exemple) commencent à montrer un intérêt pour la taxe carbone alors qu’ils ne juraient jusque là que par les marchés de quotas. Mais si un nouveau consensus est en train de se faire, on est encore loin d’un accord sur ce qui serait le plus juste.

La difficile équation de la répartition des efforts pour le climat

Les pays n’ont pas tous la même conception de la justice… Sur quelle base partager les efforts entre pays ? Quel prix fixer dans chaque pays pour quel objectif d’émissions ? Les pays pauvres veulent une répartition par tête, chaque habitant de la planète ayant les mêmes droits à émettre. Les pays riches ne veulent pas en entendre parler car cela entraînerait une baisse drastique de leur niveau de vie. Ils sont attachés au principe de « grandfathering » (clause de grand-père), selon lequel chacun pourrait continuer à émettre du CO2 à proportion des quantités qu’il émettait jusque là.

Qu’est-ce que le « grandfathering » ?

Cette expression trouve son origine dans le combat autour du droit de vote accordé aux Noirs américains en 1866. Le principe en avait été adopté, mais les Blancs du sud ont tenté de le limiter en mettant des conditions. Les Noirs analphabètes en resteraient exclus. Mais cela un posait un problème, car il y avait aussi des Blancs analphabètes et il n’était pas question de leur retirer le droit de vote ! Ils ont alors introduit une clause donnant le droit de vote aux analphabètes à condition que leur grand père (grandfather) eût déjà le droit de vote. C’est cette référence au passé qui a donné naissance au concept de grandfathering.

Pour faire comprendre les enjeux, Thomas Sterner prend un exemple chiffré : supposons le monde réduit aux USA et à l’Inde et que l’on souhaite diviser les émissions par 2. Voici ce que donnerait le partage selon chacune des deux règles :

Sterner simulation 1

Avec la règle du grandfathering – tout le monde divise ses émissions par 2 – les émissions des Américains sont ramenées à 8,3 tonnes/habitant et celle des Indiens à 0,8. Bel effort pour les Américains, mais bien insuffisant, car il ferait replonger les Indiens dans la misère.

Si on applique le principe d’égalité (répartition par tête) en faisant converger les deux pays au même ratio de 2,4 tonnes par habitant, cela permettrait aux Indiens d’augmenter leurs émissions totales de 41%, mais en contrepartie, il faudrait que les Américains divisent les leurs par 7 (au lieu de 2 pour le grandfathering) !

Même si une répartition par tête lui semble plus juste, Thomas Sterner est persuadé qu’on n’y arrivera jamais, car les pays riches s’y opposeront. Il croit plus à une solution intermédiaire : chaque pays fait ce qu’il veut, mais doit appliquer un prix du carbone minimun.

La croissance démographique rend encore plus délicat le partage des efforts de réduction des émissions

Dans sa simulation, Thomas Sterner a supposé que les populations ne bougent pas… Dans la réalité, on peut supposer qu’en 2050 les Américains et surtout les Indiens seront plus nombreux.

Ouvertures a refait l’exercice en faisant croître la population. Dans ce cas, le principe d’égalité qui paraissait généreux pour les Indiens en leur permettant une certaine croissance ne leur permet même plus de dépasser leur ratio actuel d’émission par habitant (1,7 t/h), et ceci à condition que les Américains divisent le leur par 10 et non plus par 7 (de16,6 à 1,7 t/h) !

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Les miracles de Jésus au risque de la parapsychologie

51zP2wj0ESLAlors que les miracles de Jésus occupent une place importante, pour ne pas dire centrale, dans les Evangiles et que, selon toute vraisemblance, ce sont ses pouvoirs extraordinaires qui attiraient les foules, cette dimension de Jésus a peu à peu été gommée, comme si elle était un obstacle à la diffusion de son enseignement.

Et pourtant, se demande Bertrand Méheust, comment expliquer autrement « la rapidité avec laquelle s’est propagé l’incendie chrétien » ? Comme le soulignent plusieurs chercheurs, cet essor brutal est d’autant plus surprenant qu’il s’est effectué à contre croyance, aussi bien dans le monde juif que romain.

Les miracles, objet de suspicion

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Bertrand Méheust (2015)

« De nos jours, les miracles, les religieux n’en veulent plus, et la science n’en veut pas, ou pas encore », constate l’auteur. L’exégèse moderne a en effet peu à peu rejeté les miracles de Jésus, alléguant qu’ils auraient été rajoutés au tableau par les Evangélistes dans un but apologétique. Seule subsiste, centrale pour les chrétiens, la résurrection du Christ, enchâssée dans un dogme élaboré au cours des siècles. L’Eglise est assez embarrassée par les miracles : « Elle qui a dénoncé la magie comme pratique païenne et l’a combattue au sein des populations qu’elle a voulu évangéliser, elle adore un magicien ! »

Quant à la science, elle rejette les miracles car ils ne sont pas reproductibles à la demande ! Il y a pourtant de véritables scientifiques qui ne refusent pas a priori d’étudier des phénomènes qu’ils ne comprennent pas. Se sont ainsi développées depuis le XIXe siècle les sciences dites psychiques qui étudient non seulement les phénomènes paranormaux, mais aussi les hommes et les femmes qui développent des pouvoirs qui défient la raison ordinaire.

Une démarche féconde

La grande originalité de la démarche de Bertrand Méheust, c’est qu’il prend au sérieux les résultats des sciences psychiques et les utilise pour aller plus loin. Il les considère comme solides, parfois même plus solides que ceux de la science académique qui n’est pas soumise à la même pression et donc pas toujours aux mêmes exigences méthodologiques (1).

Cette démarche, il l’avait déjà appliquée dans son précédent livre, Les miracles de l’esprit. Qu’est-ce que les voyants peuvent nous apprendre ? Ne plus perdre de temps à faire la preuve de la voyance, mais étudier les processus mentaux mis en œuvre, pour essayer d’améliorer notre compréhension de l’esprit.

Présentant son nouveau livre au Forum 104 à Paris, l’auteur tient au préalable à préciser sa position, ses convictions : « Famille catholique, éducation chez les Pères à l’ancienne, puis indifférence pour les choses religieuses. Reste une empreinte, un goût pour le paranormal qui m’a poussé à étudier le mesmérisme, la parapsychologie, la voyance, etc. Enfin, avec une maîtrise de philosophie sur la question de l’exégèse, je reviens à Jésus. La boucle est bouclée. Mon approche est celle d’une laïcité ouverte et bienveillante qui me permet de dialoguer avec toutes les parties ».

Un nouvel éclairage sur Jésus

La multiplication des pains. Gravure sur bois de Hanna Dallos (1933)

La multiplication des pains. Gravure sur bois de Hanna Dallos (1933)

Dans Jésus thaumaturge, Bertrand Méheust, s’appuie sur des études très documentées de thaumaturges des XIXe ou XXe siècles pour tester la véracité des récits rapportés par les Evangiles. Non sans un luxe de précautions… Et Jésus s’en tire plus que bien ! Non seulement il apparaît comme un thaumaturge authentique, aux comportements similaires à ceux des thaumaturges modernes, religieux ou laïcs, mais il les surpasse largement par la palette de ses pouvoirs : changer l’eau en vin, marcher sur l’eau, guérir les malades, ressusciter un mort, etc.

Il ressort même grandi de l’épreuve que lui fait subir l’ancien prof de philo, qui dit ne pas croire en grand-chose. Ce dernier montre en effet comment les miracles renforcent l’enseignement spirituel. Il faut lire les trois pages dans lesquelles il associe charisme et charité, deux mots qui ont la même racine, suggérant ainsi que les charismes de Jésus participent de la charité ou générosité divine.

Thaumaturge laïc et mystique à prodiges

Il y a plusieurs différences entre le thaumaturge laïc et le religieux, explique en substance Bertrand Méheust. Les phénomènes produits par les thaumaturges laïcs (télékinésie, vision à distance, guérison, lévitation, bilocation, etc.) sont bien documentés. Beaucoup d’entre eux ont accepté de participer à des tests et des expériences.

Le mystique religieux, lui, est comme un animal sauvage qu’on ne peut observer que dans son biotope et son histoire. Contrairement au thaumaturge laïc, on ne peut le faire entrer dans une cage pour l’étudier !

L’autre différence, et c’est particulièrement net chez Jésus qui a produit des phénomènes hors normes, c’est que le mystique à prodiges est habité par Dieu et que ses actes racontent une histoire et ont un sens d’édification et d’enseignement. La spécificité de Jésus c’est son calme, son assurance. Il n’est jamais en transe et est sûr de son geste. Pour l’auteur, le mystère le plus profond, c’est de savoir comment un homme d’apparence aussi équilibrée a pu se dire le Messie, le Fils de Dieu.

Le livre est dense – 379 pages serrées – mais accessible, malgré des redites et de trop nombreuses coquilles d’édition. Outre le sujet annoncé par le titre, il dresse un riche panorama de ce que l’on sait aujourd’hui de Jésus et expose les thèses, peu connues, de quelques historiens ou théologiens dissidents.

Jésus thaumaturge – Enquête sur l’homme et ses miracles. Betrand Méheust, InterEditions (octobre 2015), 23,90 €

Jean-Luc Martin-Lagardette a participé à la rédaction de cet article et pris les photos à la conférence de Bertrand Méheust organisée le 11 décembre 2015 par l’Institut métapsychique au Forum 104 à Paris.

(1) Une collaboration internationale de 270 chercheurs a mené une expérience originale : tenter de reproduire cent expériences publiées en 2008 dans trois journaux réputés de psychologie sociale et cognitive. En pratique, le verdict est sévère : 39 % seulement des effets rapportés ont pu être reproduits. Et ceux-ci, quand ils étaient bien là, sont moitié plus faibles dans les « copies » que dans les « originaux ».
La recherche en mal de contrôle qualité, Le Monde, 2/09/2015

Le Figaro jette perfidement l’opprobre sur Mediapart

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« Ce n’est pas bien de ne pas payer ses impôts ! » Voilà ce qu’écrit en substance Le Figaro Magazine dans son édition du 13 novembre 2015.

S’il est bien exact que Mediapart vient de se voir notifier un redressement de 4,1 millions d’euros pour la période allant de sa création en 2008 à début 2014, Le Figaro omet d’exposer les raisons du différend qui l’oppose à Bercy, et omet également d’indiquer que deux autres organes de presse en ligne se voient réclamer des sommes importantes.

Si Mediapart et deux autres « pure players » (*), Arrêt sur images et le groupe Indigo Publications, sont aujourd’hui soumis à un redressement fiscal, c’est qu’ils ont toujours contesté le fait que le taux réduit de TVA de 2,1% dont bénéficie la presse imprimée ne leur soit pas appliqué, et refusé de payer la différence.
« Alors que la presse écrite, qu’elle soit imprimée ou en ligne, s’adresse aux mêmes lecteurs, le fisc crée une distorsion de concurrence en nous appliquant une TVA près de dix fois supérieure à celle de nos concurrents imprimés », constatait Mediapart.

Le gouvernement a toutefois fini par entendre leurs arguments et fait adopter en 2014 une loi affirmant solennellement l’égalité entre presse imprimée et presse numérique. Mais l’article unique de cette loi précise qu’elle « s’applique aux opérations pour lesquelles la taxe sur la valeur ajoutée est exigible à compter du 1er février 2014 », donnant ainsi à Bercy le pouvoir de réclamer les sommes non versées avant cette date. Ce que contestent les intéressés, estimant que la presse en ligne avait droit au taux réduit de TVA dès son apparition, la directive TVA de 1991 ayant été rattrapée, puis dépassée par la révolution technologique et industrielle en cours. En 1991, il n’existait en effet pas encore de journaux en ligne !

En escamotant les faits et exposant ainsi impudemment son confrère à la vindicte publique, Le Figaro utilise des méthodes qui ne font pas honneur à la profession !

>> 23/11/15 : Maurice Botbol, président du groupe Indigo Publications et membre du bureau du Syndicat de la presse indépendante d’information en ligne (SPIIL), nous précise que Le Figaro bénéficie aujourd’hui, grâce au combat des « pure players », de la TVA à 2,10% pour ses abonnements numériques.

(*) Les « pure players » sont des organes de presse qui ne sont présents que sur le web, contrairement à la presse classique qui a créé des sites web tout en conservant leur édition papier (comme Le Figaro).

Après l’encyclique « Laudato si », un scientifique inquiet pousse le pape à réunir un concile

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Jacques Blamont a été chercheur en aéronomie et en astrophysique avant d’entrer au CNES dont il a été le premier directeur scientifique. Il a publié en 2004 Introduction au siècle des menaces.

– Ouvertures.- Pensez-vous que le pape ait lu votre livre ?

– Jacques Blamont.- Non, je ne le pense pas.

– Pensez-vous avoir eu une influence sur la rédaction de l’encyclique Laudato si ?

– Je ne crois pas. Mais il y a une convergence de pensée, on retrouve dans l’encyclique les idées essentielles de notre livre. Par exemple, l’idée que moins est plus, traduite chez moi par le mot frugalité ou par sobriété chez le pape. Egalement l’idée de synergie, le fait qu’une série de facteurs peu dangereux pris individuellement se combinent pour créer des situations très dangereuses. Le pape l’exprime d’une autre façon, en disant que tout est lié, mais c’est la même chose. La pénurie d’eau par exemple, la plus importante de toutes, qui est engendrée par de multiples causes, anthropiques ou naturelles, a de nombreuses conséquences politiques, militaires, sociales, économiques. Le pape prend les choses en sens inverse. Il part du sort des pauvres et montre le lien entre pauvreté et écologie.
Autre convergence importante, nous appelons tous les deux à une révolution culturelle.

– Que pensez-vous de l’encyclique ? Quels sont ses points forts, ses points faibles ?

– L’Eglise a évolué. J’ai retrouvé un discours de Jean XXIII qui date de 50 ans dans lequel il fulminait contre les gens qui annoncent des catastrophes. Aujourd’hui, le pape François n’hésite plus à employer le mot catastrophe. Et quand il utilise ce mot, il ne pense pas à une petite explosion quelque part, il s’agit pour lui d’une vraie catastrophe mondiale. Et le pape fait la même analyse que moi sur la cause de cette singularité à venir. Le problème majeur – et inattendu –, c’est la réussite de la technologie. C’est elle qui a créé l’augmentation de la population et c’est elle qui a créé le gaspillage des ressources. Cette réussite a été élevée au niveau d’un paradigme, d’un dogme. Le pape l’expose très bien. Il faut changer ce dogme. Il faut remplacer la prédominance de la technologie par le principe du bien commun.
Le point faible, c’est que le pape ne propose pas de solutions. Nous, nous pensons que passer d’un paradigme à un autre ne peut se faire que sous l’influence d’un pouvoir spirituel. Il faut qu’on trouve une structure spirituelle capable de galvaniser les foules.

– Je ne vous comprends pas ! Le pape est à la tête d’une structure spirituelle et appelle à un changement de mode de vie. N’est-ce pas ce que vous attendiez ?

– Appeler à changer de mode de vie, ce n’est rien du tout. L’essentiel est de passer du discours à l’acte. Comment va-t-il faire ?

– Vous non plus, vous ne dites pas comment il pourrait faire bouger les gens…

– Pardon ! Nous souhaitons une mobilisation au sein du magistère et qu’il élabore un code qui soit universel. Ensuite, l’Eglise mobiliserait ses fidèles, qui entraîneraient à leur tour les non-catholiques.

Un nouveau petit livre rouge !

Un rien provocateur, Jacques Blamont parle dans son livre de « petit livre rouge », en référence à une autre révolution culturelle… Il voudrait que l’Eglise supervise l’écriture d’un texte fondateur, ayant la force de la parole évangélique. Mais une évangélisation qui concernerait les choses de la terre. Un nouveau message chrétien faisant appel à une discipline de responsabilité envers le futur et envers les autres. Et qui en évalue les conséquences, économiques, sociales et politiques.

Notre-Dame du développement durable - Jacques Blamont (2006)

Notre-Dame du développement durable.
Cette toile de Jacques Blamont (2006), a été à l’origine de son dialogue avec Jacques Arnould (théologien dominicain, chargé de mission au CNES), publié dans Lève-toi et marche. La genèse de la toile et l’analyse de Jacques Arnould

– L’Eglise s’est levée, mais pas encore mise en marche. Comment voyez-vous la suite ?

– Justement, on ne la voit pas. L’encyclique ne parle pas du futur. C’est sa faiblesse.

– Pensez-vous toujours qu’il faudrait que le pape réunisse un concile ?

– Oui, il faudrait une grande initiative claironnante réunissant beaucoup de monde. Mais dès que je prononce le mot concile, on me prend pour un cinglé. Les prélats n’ont pas encore digéré le dernier concile Vatican II et l’idée de lancer quelque chose du même genre les effraie. Donc je pense que ça n’arrivera pas.

– Voyez-vous d’autres personnes qui pourraient avoir ce rôle d’éveilleur de conscience ?

– Non, il n’y a personne dans le monde qui puisse avoir la moindre influence sur l’éthique. Ni chez les politiciens, ni chez les intellectuels. C’est pour ça qu’on retombe sur le pape, il est le seul à avoir une position qui repose sur la tradition, avec son aura, sa personnalité et sa démarche et surtout l’idée que les gens s’en font.

– Vous ne croyez pas à la possibilité d’une action politique de l’ordre de la contrainte. Pour vous, seule une révolution des esprits peut sauver le monde. Pourtant en France, la politique de sécurité routière, basée sur la contrainte et la punition, a réussi à réduire les morts de la route d’un facteur 4 !

– Je n’ai pas dit cela. Il faut une certaine contrainte. Il faut inventer. Concevoir une politique de décroissance intelligente, qui sauvegarderait l’emploi tout en réduisant le niveau de vie, c’est la chose la plus difficile.
Je suis arrivé à la conclusion qu’il faut utiliser les réseaux sociaux, ce que personne ne fait. A l’heure actuelle, ils tournent en roue libre. Les initiatives viennent de la base, comme dans le printemps arabe et plus récemment au Guatemala, et en général échouent. Ils peuvent même avoir des conséquences néfastes comme leur utilisation par le djihad.
On voit qu’il y a quelque chose qui est en train de naître, c’est encore assez confus. Une action en direction d’un milliard de personnes, c’est cela que l’Église devrait tenter. Un concile mobiliserait les réseaux pour faire surgir des idées nouvelles et inciterait tous les penseurs du monde à une immense réflexion…
Une action de l’ordre de la contrainte devrait être engendrée par un mouvement de masse. Le succès de la politique de sécurité routière tient au fait qu’au fond les Français sont d’accord. Il y a beaucoup de rebelles, mais la majorité se plie.

– Vous n’êtes pas de ceux qui pensent que la technologie peut sauver la planète. Pourquoi ?

J’ai souvent répondu à cette question. C’est très simple : la crise est créée par la technologie et donc la technologie ne peut pas arrêter la crise qu’elle a créé elle-même. La technologie permet plus d’efficacité, elle fait baisser les prix et donc augmenter la consommation. C’est cela qui conduit à la crise. Un exemple : en Inde, la révolution verte qui a permis aux Indiens de survivre est en train de dévorer les terrains agricoles par salinification.

La globalisation du paradigme technocratique

Pape François, Lettre encyclique Laudato si (Loué sois-tu) sur la sauvegarde de la maison commune. Chapitre 3 : La racine humaine de la crise écologique.

Pope_Francis-230x230« Le problème fondamental est autre, encore plus profond : la manière dont l’humanité a, de fait, assumé la technologie et son développement avec un paradigme homogène et unidimensionnel (…)

De là, on en vient facilement à l’idée d’une croissance infinie ou illimitée, qui a enthousiasmé beaucoup d’économistes, de financiers et de technologues. Cela suppose le mensonge de la disponibilité infinie des biens de la planète, qui conduit à la « presser » jusqu’aux limites et même au-delà des limites (…)

La technique a un penchant pour chercher à tout englober dans sa logique de fer (…)

On n’a pas encore fini de prendre en compte les racines les plus profondes des dérèglements actuels qui sont en rapport avec l’orientation, les fins, le sens et le contexte social de la croissance technologique et économique. »

– Que répondez-vous à des gens comme Ray Kurzweil qui voient au contraire la technologie résoudre tous les problèmes grâce à sa progression exponentielle ?

– Le progrès technologique suit effectivement la loi de Moore qui est exponentielle, mais je ne vois pas les supercalculateurs sauver la planète. Comment vont-ils pouvoir assurer l’approvisionnement en eau du Yémen quand sa population aura doublé et atteint 45 millions alors que les nappes phréatiques sont à 1000m de profondeur contre 10 m il y a 30 ans ? Cette situation de pénurie se retrouve dans beaucoup d’autres pays (Maghreb, Proche Orient, Chine).

– Que pensez-vous de la fiscalité écologique ?

– Ce n’est sans doute pas une mauvaise idée pour les gaz à effet de serre. Mais ce n’est qu’un des problèmes alors qu’il y en a mille. Comme je l’ai dit, le problème, c’est la synergie des problèmes.

– C’est pour cette raison que je vous parle de fiscalité écologique et pas de taxe carbone…

– On vient d’annoncer que la moitié de la population animale des océans a disparu en 40 ans. Alors, vous allez taxer les pécheurs ? C’est ridicule !

– Dans votre livre, vous citez Jean-Claude Juncker : « Nous savons tous très bien ce qu’il faudrait faire, mais ce que nous ne savons pas, c’est nous faire réélire après avoir agi ». Nos dirigeants savent-ils vraiment comment gérer la décroissance sans entraîner le monde dans une crise pire que celle qu’on cherche à éviter ?

– Non. Je ne les crois pas capables de diriger quoi que ce soit, ni vers la croissance, ni vers la décroissance.

>> Lire aussi la recension du livre « Lève toi et marche » L’Eglise catholique peut-elle sauver la planète de l’apocalypse ?