Catastrophisme éclairé

L’Eglise catholique peut-elle sauver la planète de l’apocalypse ?

Pourquoi parler de livres parus il y a six et onze ans ? Parce que la pensée de Jacques Blamont s’avère doublement prophétique : non seulement sa vision très sombre de l’avenir de l’humanité apparaît de plus en plus plausible, mais son intuition d’une voie de salut est en train de prendre corps.

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Dans un premier livre paru en 2004, Introduction au siècle des menaces (Odile Jacob), Jacques Blamont dressait l’inventaire des menaces que l’humanité devra affronter au XXIe siècle : prolifération des armes de destruction massive, épidémies, épuisement des ressources naturelles, réchauffement climatique, extinction massive d’espèces… Et démontrait qu’un mécanisme implacable s’était mis en marche, enclenché par le développement exponentiel des sciences et des technologies, produisant une croissance elle aussi exponentielle de la population et des besoins. Et que l’épuisement des ressources, les impacts sur l’environnement et la croissance des inégalités allaient tôt ou tard générer des conflits et réduire le monde au chaos.

Nous sommes foutus !

Tintin_Etoile_MysterieuseD’aucuns pourraient ne pas le prendre au sérieux en pensant au prophète fou de L’étoile mystérieuse. Mais contrairement au personnage imaginé par Hergé, il n’a rien d’un illuminé ! D’abord chercheur en aéronomie et en astrophysique, ce normalien a ensuite joué un rôle éminent au sein du CNES dont il a été le premier directeur scientifique.

Il estime de son devoir de battre le tocsin, même s’il pense que le monde tel que nous le connaissons n’a plus – quoi qu’on fasse – que quelques dizaines d’années à vivre. Mais il trouve sur sa route un Tintin en la personne de Jacques Arnould, théologien dominicain et chargé de mission au CNES. Ce dernier ne peut rester sans réaction face au pessimisme noir de son collègue et lui propose un dialogue qui sera publié en 2009 sous le titre « Lève-toi et marche » Propositions pour un futur de l’humanité (Odile Jacob).

Seul un sursaut spirituel…

Face au constat de danger imminent pour l’humanité, Jacques Blamont confie dans ce livre qu’il n’entrevoit de salut que dans une véritable révolution culturelle, seule à même d’inverser la croissance de la consommation : un nouvel équilibre entre l’homme et la nature ne sera possible que par l’adoption massive d’une éthique de la frugalité, de la simplicité volontaire.

Constatant l’impuissance des politiques à créer un mouvement de nature fondamentalement spirituelle, il aimerait, lui le scientifique athée, que les religions s’emparent de ce grand sujet au lieu de se cantonner à des combats qu’il juge « petits ». Et en particulier l’Eglise catholique, la seule qui soit universelle et qui possède une structure hiérarchisée et unie. A l’époque, en 2009, il ne la pense pas capable de prendre l’initiative et en appelle à des figures de la société civile comme le furent François d’Assise et Saint Dominique au XIIIe ou Ignace de Loyola au XVIe siècle. En des époques de crise, ces hommes avaient catalysé un renouveau, repris et amplifié ensuite par les autorités religieuses. Ainsi la création de l’ordre des jésuites par Ignace de Loyola et son engagement dans l’éducation a profondément transformé les esprits des élites dirigeantes.

L’Eglise catholique s’éveille !

Après la publication de son livre, Jacques Blamont rencontre plusieurs prélats exerçant des responsabilités élevées au sein de l’Eglise catholique. « Tous m’ont accueilli avec courtoisie et même bienveillance, mais aucun ne m’a laissé croire que mes préoccupations pourraient influencer leur institution qui a d’autres soucis plus urgents. », rapporte-t-il en 2009 dans une interview.

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Le pape François en mars 2013 – Crédit photo : Catholic Church (England and Wales)

Eh bien les prélats se sont trompés, Jacques Blamont avait vu juste ! Sa seule erreur est d’avoir pensé que l’homme qui se lèverait serait extérieur à l’Eglise. C’est tout le contraire qui s’est passé. C’est du pape lui-même qu’est venu un appel à « la sauvegarde de la maison commune » : un pape jésuite qui porte le nom de François (d’Assise). Et qui écrit seul Laudato Sii, une encyclique entièrement consacrée à la crise environnementale, invitant à un mode de vie simple : « La sobriété, qui est vécue avec liberté et de manière consciente, est libératrice (…)  On peut vivre intensément avec peu ».

Quel impact aura cette encyclique ? Jacques Blamont redoutait dans son livre que « la réflexion de Rome se termine au mieux par une encyclique, c’est-à-dire une fois de plus par un discours ». C’est pourquoi il souhaitait que le processus se poursuivre par un concile qui « constituerait un puissant outil pour libérer les forces nécessaires ».

>> La démarche de Jacques Blamont n’est pas isolée. Ainsi Nicolas Hulot, envoyé spécial du président François Hollande pour la protection de la planète, qui ne croit guère au succès de la COP21, table sur un sursaut de conscience et cible depuis quelque temps les autorités religieuses. Non sans succès. Pour preuve, la déclaration de la Conférence des responsables de Culte en France sur la crise climatiquele sommet des consciences du 21 juillet 2015 à Paris, les Assises chrétiennes de l’écologie du 28 au 30 août 2015 à Saint-Etienne…

Implosion, catastrophe, effondrement, suicide…

Les auteurs inquiets pour le futur de l’humanité ne manquent pas. Les titres de leurs livres sont parlants :

  • La grande implosion. Rapport sur l’effondrement de l’Occident 1999-2002, Pierre Thuillier, Fayard, 1995
  • Notre dernier siècle ? (Our final hour), Martin Rees, Jean-Claude Lattès, 2004
  • Pour un catastrophisme éclairé ? Quand l’impossible est certain, Jean-Pierre Dupuy, Seuil, 2004
  • Effondrement, Jared Diamond, 2005
  • L’humanité disparaîtra, bon débarras, Yves Paccalet, Arthaud, 2006
  • La revanche de Gaïa. Préserver la planète avant qu’elle ne nous détruise, James Lovelock, J’ai lu, 2008
  • 2030, le krach écologique. Geneviève Férone, Grasset, 2008
  • Au temps des catastrophes. Résister à la barbarie qui vient, Isabelle Stengers, La Découverte, 2009
  • Comment_tout_peut_s_effondrerRequiem pour l’espèce humaine, Clive Hamilton et Jacques Treiner, Presses de Sciences-Po, 2013
  • L’effondrement de la civilisation occidentale, Erik M. Conway, Naomi Oreskes, Les liens qui libèrent, Gallimard, 2014
  • Suicide de l’Occident, suicide de l’humanité ? Michel Rocard, Flammarion, 2015
  • Comment tout peut s’effondrer, Petit manuel de collapsologie à l’usage des générations présentes. Pablo Servigne, Raphael Stevens, Seuil, 2015

>> Lire aussi l’interview de Jacques Blamont : Après l’encyclique « Laudato si », un scientifique inquiet pousse le pape à réunir un concile

Pour aller plus loin :

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3 commentaires pour cet article

  1. Extrait de l’encyclique en question : « « La sobriété, qui est vécue avec liberté et de manière consciente, est libératrice (…) On peut vivre intensément avec peu » ». le préférant nettement au Pape parce qu’il met en pratique directement ce qu’il pense et préconise, Gandhi l’avait déjà formulé ainsi : « « Vivons tous simplement afin que tous puissent simplement vivre. Sois toi-même le changement que tu veux voir advenir dans le monde. On devient riche par les choses qu’on ne désire pas ». Cela s’appelle la « simplicité volontaire » et j’en été depuis toujours l’adepte (Cf. http://www.retrouversonnord.be/autarcie.htm).

  2. Je suis toujours sidéré par le culot qu’on les représentants religions à donner donc des leçons aux autres en ayant pris bien soin de ne pas les avoir appliquées à eux-mêmes et pourtant ne dit-on pas « charité bien ordonnée commence par soi-même » ?!

    Je ne résiste pas à vous transmettre le célèbre sketch de François Pirette : » Le parchemin de SaintPierre » (https://www.youtube.com/watch?v=YuY6ZUy_Sng)
    Ça fait un bien fou !

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