Cameroun : une association combat la pratique du « repassage » des seins

Au Cameroun, pour éviter que leurs filles n’attirent trop vite les garçons, leurs mères tentent de leur aplatir les seins en les « repassant ». Un quart des jeunes filles seraient touchées par ces pratiques traditionnelles.


Les seins de la jeune fille sont « repassés » (ici à l´aide d´une pierre chauffée) plusieurs fois par semaine
sur parfois plusieurs mois mois...
Photo: current.com.

Pierres, spatules, herbes, pilons et épluchures de bananes. Voici un bref aperçu des objets utilisés lors du « repassage » des seins, une pratique très en vogue au Cameroun mais encore méconnue du grand public. Préalablement chauffés, ils sont utilisés pour masser les seins des jeunes filles afin de les faire disparaitre. Leurs parents, principalement leurs mères, voient dans les seins de leurs filles qui poussent le premier signe de puberté qui pourrait inciter les hommes à s’intéresser à elles. Le principal argument qu’elles brandissent, est relatif au fait que leurs filles courent le risque de tomber enceintes si elles ont des rapports sexuels précoces. C’est pourquoi elles décident de leur aplatir les seins.

Selon des données officielles, le taux de fécondité était de 4,4 enfants par femme au Cameroun en 2008. 62% de la population de ce pays, estimée à 18,5 millions de personnes (2008), a moins de 25 ans. Selon une étude réalisée en 2005, par le Réseau national des Associations de tantines (Renata) et la coopération allemande, un quart des filles se serait vu repasser leurs seins.

Annie, aujourd’hui âgé de 19 ans, raconte qu’elle n’avait que 10 ans lorsque sa mère lui a repassé les seins à l’aide d’un pilon chauffé au feu. Et d’ajouter : « Dix jours plus tard, la coque de la noix de coco chauffé au feu avait remplacé le pilon ». Elle en garde un « souvenir douloureux », comme Armelle. Les seins de celle-ci ont été pratiquement « écrasés avec une pierre chauffée en premier lieu dans de l’eau bouillante ». Ensuite, « ils ont été emballés avec un tissu élastique appelé serre-seins ».

Cette pratique n’a parfois aucun effet sur les jeunes filles qui la subissent, leur poitrine restant surdéveloppée malgré le repassage de leurs seins.

L’action du Renata

« Les seins, c’est un don de Dieu. Laissons-les pousser naturellement », tel est le slogan de la campagne du Réseau national des associations de tantines (Renata) contre le repassage des seins menée depuis 2006. Le mouvement regroupait en 2011 plus de 250 associations de « tantines » et plus de 15 000 filles-mères formées comme tantines. Une tantine est « une fille mère qui a accouché entre 12 et 18 ans et qui est élève ou non ».


Dégâts occasionnés par cette pratique. Photo : current.com.

Renata ambitionne de « rendre concrets les Objectifs du millénaire pour le développement (Omd) au niveau de la communauté par des actions efficaces et bien ciblées ». C’est pour cela qu’il lutte « contre les pratiques nocives et toutes autres formes d’injustice à l’égard de la jeune fille ». Celle-ci est « formée en prévention des grossesses précoces »  et des maladies sexuellement transmissibles. Elle doit être « volontaire, dynamique et engagée ». Dans sa campagne, via dépliants et affiches, le Renata met particulièrement l’accent sur les problèmes de santé que cela induit : infections, kystes et cancers. Sans compter que certains jeunes filles ne parviendront pas à allaiter un enfant, alors que d’autres verront leurs seins produire du lait en dehors des grossesses.

Le repassage du ventre après l’accouchement

Alors que sa campagne contre le repassage connaît un succès indéniable au sein de l’opinion publique, le réseau associatif envisage d’ores déjà de s’attaquer à un autre front. Il entend mener une campagne de sensibilisation des femmes contre le repassage du ventre après l’accouchement, encore appelé massage post partum. Selon une de leurs études, cette pratique est plus répandue que celle du repassage des seins. Très prisée dans la tradition, elle concernerait entre 40 et 90 % des femmes qui accouchent pour la première fois. Le corps de la femme qui vient d’accoucher est aspergé d’une eau bouillante par le biais d’un balai à fibres. Une serviette trempée dans la même eau sert à masser les différentes parties du corps de la femme. Le massage, qui peut durer entre une semaine et trois mois, concerne entre autres le bas-ventre, le vagin, le col de l’utérus et les cuisses. Ces femmes en ressortent avec des effets néfastes sur les plans corporels et psychologiques. Outre le traumatisme de la douleur et la peur, elles voient changer la couleur de leur ventre et sont sujettes à des menstruations irrégulières et à des infections.

> Avec Atelier des médiasRfi et Tantines.org

> Reportage [EN] sur le repassage des seins réalisé par current.com sur le site de Renata.

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