J. Lokenga (Unicef Bénin) : «L’initiation au vaudou doit respecter le droit des enfants à l’éducation et à la santé»

Dans les couvents vodoun (vaudou), les enfants sont initiés dans des conditions précaires. Jean Lokenga, chef du programme Protection de l´enfant à l´Unicef-Bénin, réagit à cette conclusion d’une étude de l’Association nationale pour la défense et le renouveau du culte traditionnel (Andrct).

Bernado Houenoussi.- Pourquoi avez-vous appuyé cette étude de l’Andrct ?

Jean Lokenga.- La promotion des droits de l’enfant, et en particulier le droit à la protection des filles et des garçons mineurs, relève de la responsabilité des parents et de celle de l’Etat. Le rôle de l’Unicef est de soutenir l’Etat et les communautés pour faire respecter ce droit. Pratiquer sa religion est un des droits reconnu à toute personne humaine. Mais il ne faut pas que la jouissance d’un droit puisse empiéter sur celle d’un autre. Du point de vue de l’Unicef, initier les enfants au vodoun n’est ni bon ni mauvais. Mais l’initiation au vodoun doit respecter le droit des enfants à l’éducation, la protection et la santé. C’est pourquoi nous avons mis en place une plate forme d’échanges avec les différents dignitaires du culte vodoun dans les communes concernées par l’étude. C’est à eux de voir quels changements ils peuvent apporter au processus d’initiation pour un plus grand respect du droit des filles et des garçons. En présence des rois de ces différentes contrées, nous avons restitué aux dignitaires du culte vodoun le rapport de cette enquête. Et c’est sur cette base qu’ils ont pris des engagements.

Plus de 1,5 million d´adeptes du vaudou

L’Association nationale pour la défense et le renouveau du culte traditionnel (Andrct) a initié, avec le soutien de l’Unicef, une étude sur la façon dont des enfants des adeptes du vodoun sont initiés dans les couvents traditionnels. Elle révèle qu’ils y vivent une situation sanitaire difficile.

En 2002 au Bénin, sur une population estimée à 6 769 914 personnes, 23,3% soit 1 577 657 personnes déclaraient être des vodounsi (adeptes du vodoun) qui regroupe l’ensemble des religions traditionnelles. L’étude réalisée par l’Association nationale pour la défense et le renouveau du culte traditionnel (Andrct) a couvert cinq communes du sud du Bénin, région du pays dans laquelle le vodoun est très implanté. 372 enfants sont en cours d’initiation dans 72 des 152 couvents recensés grâce à cette étude. La plupart de ces enfants sont admis contre leur gré dans les couvents et souvent sur la demande expresse de leurs parents. La durée de l’initiation de ces vodounsi varie de 6 mois à 3 ans. Mais durant cette période, ils ne peuvent pas accéder aux soins de santé car le couvent est un lieu sacré et uniquement ouvert aux initiés. Finalement, seul un agent de santé initié aux rites de ce lieu est autorisé, alors que les initiés y vivent dans des conditions d’hygiènes précaires. Ainsi, il a fallu que les dignitaires du culte vodoun acceptent d’ouvrir les couvents pour que les résultats de cette étude soient obtenus.


Adeptes vodoun Cocou.

Quels sont ces engagements ?

Le 1er engagement est relatif au fait que dès cette rentrée scolaire, aucun enfant de leurs contrées respectives ne sera initié dans leurs couvents. Ceux qui sont en âge scolaire pourront aussi aller à l’école. Le 2ème engagement concerne les enfants qui ont déjà fini la période d’initiation, afin qu’il leur soit permis d’aller à l’école et d’utiliser leur nom tel qu’il figure sur l’acte de naissance*. Ils vont échanger plus tard pour revoir la question de la durée et du temps de l’initiation. Et en dernier lieu, les responsables des couvents vodoun vont aménager, dans la parcelle qui abrite le couvent, un espace qui permettra aux agents de santé d’avoir accès aux enfants, au cas où ils seraient malades. Ils vont promouvoir l’utilisation des moustiquaires imprégnées dans les couvents pour protéger les enfants contre le paludisme. Notre rôle est de voir aussi comment ceux qui ont pris ces engagements vont les mettre en pratique et ce dans les communes concernées par cette étude. Cela apportera un grand changement aux enfants et à la communauté concernée.

L’Unicef appuie-t-elle la réinsertion scolaire des enfants après leur initiation dans les couvents ?

L’Unicef travaille dans un cadre général d’appui à l’éducation sur tout le territoire béninois. L’enquête a révélé que la majorité des enfants qui sont recrutés à l’initiation ont entre 6 et 10 ans. Or c’est l’âge de la scolarité. L’inscription au niveau des enseignements maternel et primaire, obligatoire au Bénin, a été déclarée gratuite par l’Etat. Ce qui importe, c’est que ces enfants aillent effectivement à l’école. Les parents de ces enfants sont capables de consentir des fonds énormes pour payer et faire face aux frais d’initiations. Ces fonds sont de loin supérieurs aux frais qu’ils pourraient payer pour une année d’éducation de leurs enfants. La plupart des parents qui envoient leurs enfants à l’initiation sont capables de faire face aux frais de scolarité.

Qu’en est-il de votre plaidoyer pour une loi devant réglementer leur entrée dans les couvents vodoun ?

Le travail que nous avons fait jusqu’ici a été plus au niveau communautaire. Quand on parle des questions des droits de l’homme en général, des droits de l’enfant en face des normes culturelles et traditionnelles qui sont très ancrées, il faut aller doucement, avec une approche pas à pas. A vouloir tout réglementer, on risque d’arriver à ne rien réglementer. Mais au même moment, nous avons travaillé avec le gouvernement, notamment avec les ministères de la famille et de la défense. Nous espérons que le code de l’enfant, en cours d’élaboration, prendra en compte la situation des enfants, notamment de ceux en initiation qui ploient sous le poids de la culture. Mais les acteurs principaux, à mon avis, sont les parents et les initiateurs puisque c’est un phénomène qui reste encore largement accepté et caché. Ces enfants sont vulnérables dans la mesure où ils sont difficiles à atteindre. Il faut que la loi puisse avoir un mot à dire là-dessus.

* Au terme de son initiation, un initié se voit attribuer un nom déterminé en fonction de la divinité à laquelle il a été consacré. A sa sortie du couvent, il porte dorénavant ce nom.

> A lire : « L’éducation dans les couvents vodous au Bénin » par Adjignon Débora G. Hounkpe.

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