Un journaliste met en lumière les méthodes douteuses de Claude Allègre

Un petit livre, écrit dans l’urgence par un journaliste conscient de la responsabilité de sa profession, démontre que Claude Allègre trompe sciemment l’opinion publique avec la complicité des grands médias avides de polémiques.

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Sylvestre Huet est un journaliste scientifique qui connait bien le dossier. Journaliste à Libération depuis 1995, il a commencé à s´intéresser au réchauffement climatique en 1986, bien avant que celui-ci ne se manifeste et devienne une préoccupation majeure.

Après Stéphane Foucart, qui avait révélé dans Le Monde Le cent-fautes de Claude Allègre, ou Anne Bauer des Echos qui dénonçait « sa mauvaise foi et son simplisme » (Le climatosceptique en chef perd le Nord [1]), il décortique les propos de l´ancienne sommité du monde politico-scientifique qu´est Claude Allègre. Sa minutieuse enquête démontre en 186 pages que ce géochimiste est non seulement peu au fait de la science du climat et de sa géopolitique, mais surtout qu´il viole les principes élémentaires qui fondent la démarche scientifique.

Claude Allègre fait beaucoup d´erreurs, trop pour un ancien chercheur formé à la rigueur scientifique. Exemples :

  • « L´année 2007 a été l´année la plus froide depuis 50 ans ». Faux. La source citée par Allègre indique au contraire que 2007 se place au septième rang des années les plus chaudes depuis le début des relevés. (p. 23)
  • A propos de la conférence de Copenhague : « Pourtant pour les Etats-Unis et l´Europe, la volonté de réduire de 20% les émissions de CO2 en 2050 était un objectif certes ambitieux mais pas totalement hors de portée ». Tout est faux dans cette phrase. Pour les Etat-Unis, l´objectif n´est pas de 20%, et pour l´Europe, il est bien de 20%, mais en 2020, pas en 2050. (p. 19)

Si quelques erreurs sont excusables, leur répétition l´est moins, et la persistance dans l´erreur encore moins (p. 25).  Mais Claude Allègre ne s´en tient pas là. Sylvestre Huet le prend en flagrant délit de manipulation de données. Ainsi a-t-il produit à l’appui de ses thèses une courbe de température établie par Hakan Grudd, de l’université de Stockholm, mais la modifie pour le XXe siècle et l’extrapole pour le XXIe, procédé que l’intéressé qualifie de « trompeur et contraire à l’éthique ». (p. 41)

L´imposture se révèle également dans l´arrogance, voire la calomnie envers ses confrères chercheurs :

  • « J´ai été horrifié par – je suis désolé mais c´est le mot qui convient – par l´incompétence de Mann et de Jones » écrit Claude Allègre dans son livre page 127.
  • « Tous ces gens ne savent pas », déclare-t-il dans une émission de France 2 en parlant des mille chercheurs et universitaires français travaillant dans le domaine. (p. 180)
  • Evoquant un possible complot, Allègre écrit à la page 62 de son livre : « Et le malheureux chercheur qui avait fait cette découverte essentielle a été versé dans le corps des techniciens ». Retrouvé par l´auteur, le « malheureux » chercheur rétablit la vérité « Je n´ai jamais été versé dans le corps des techniciens (…) ». (p. 46)

Autre « mauvaise manière » de Claude allègre, il n´hésite pas à appeler en renfort des chercheurs qui, interrogés par l´auteur, se révèlent adhérer pour la plupart aux conclusions du GIEC (Groupe international d´étude du climat). (p.30)

Les erreurs et manipulations de Claude Allègre ne seraient-elles, comme se défend l’accusé, que broutilles mises en avant pour éviter de débattre des questions de fond ? [2] Sylvestre Huet est persuadé du contraire. « Il sait, j’en suis persuadé, à quels moments précis de son discours sur le climat il s’écarte de la vérité. Il sait parfaitement qu’évoquer un hiver froid ici et maintenant pour contester une projection climatique fondée sur la physique de l’effet de serre est une ineptie ». (p. 181)

Pourquoi Allègre est-il si populaire ?

La première raison, c’est qu’en abusant une opinion qui fait confiance à son formidable CV, il soulage une inquiétude profonde, tant les conclusions du GIEC sont lourdes de conséquence pour nos modes de vie occidentaux.

La deuxième, c’est la complaisance de la plupart des médias qui lui ont ouvert en grand colonnes ou micros au nom d’un droit au débat dont Jean-Marc Jancovici démontre par ailleurs l’inanité. « Seriez-vous d’accord pour votre propre rejeton que son prof de physique, après avoir enseigné que la lumière va en ligne droite, donne la parole à un autre prof expliquant qu’elle fait des zigzags – à preuve les éclairs d’orage ne sont pas rectilignes ? »[3]. Jancovici, convaincu de l’urgence qu’il y a à agir, poursuit en mettant les journalistes devant leurs responsabilités : « Les mots tuent plus sûrement que les armes, et c´est bien pour cela que vous jouez avec le feu en invitant des gens qui, « grâce à » l´ignorance de l´essentiel de mes concitoyens, qui n´auront jamais le temps et la compétence pour lire la production scientifique en direct, les entraînent vers leur propre malheur. »

Laissons la conclusion à Hervé Kempf, journaliste au Monde : « Une question que pose cette affaire est celle de l´éthique des médias en démocratie (…) A-t-on le droit de mentir effrontément ? Si l´on pèse son poids d´Audimat et que l´on va dans le sens de l´idéologie conservatrice, la réponse donnée par l´affaire Allègre est un oui tonitruant et très inquiétant ».

L´imposteur, c´est lui. Réponse à Claude Allègre. Sylvestre Huet. Stock (186 p, 12 €)


>> Sciences2, le blog de Sylvestre Huet
>> Allègre, la science confuse – Enquête de Télérama (10 mai 2010), qui revient sur certains antécédents de Claude Allègre.
>> Olivier Godard, De l´imposture au sophisme, la science du climat vue par Claude Allègre, François Ewald et quelques autres – Esprit, mai 2010
>> V. Anger-de Friberg défend C. Allègre : Claude Allègre, pour une vraie écologie – Agoravox (29 avril 2010)


Notes :

[1] Chef de file, Allègre l’est assurément. Vincent Courtillot, son successeur à la tête de l’IPGP (Institut de physique du globe de Paris), moins rugueux et plus « raisonnable » que son ami de 40 ans, vient dans Libération de confirmer son allégeance : « Son livre [l’Imposture climatique, ndlr] ne me paraît contenir que des choses exactes. » Sylvestre Huet consacre un chapitre à Vincent Courtillot (p. 121).

[2] Claude Allègre, Climat : les questions qui restent posées, Le Monde (4/03/10)

[3] Un éclair est un courant électrique, pas un rayon lumineux.

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1 commentaire pour cet article

  1. Même si effectivement les méthodes utilisées par Cl. Allègre sont contestables, il n´en reste pas moins qu´il a permis que ce débat soit approfondi et que certains manquements (notamment par rapport au GIEC) soient pointés du doigt…

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