L’Eglise de scientologie fait condamner l’Etat et l’Unadfi

Emblème de l’église de scientologie.

Emblème de l’église de scientologie.

Mardi 24 novembre 2015, la Cour d’appel de Paris a condamné l’Etat français pour « faute lourde et déni de justice » à l’encontre de l’Association spirituelle de l’Eglise de scientologie-Celebrity Centre (ASES-CC).

L’association scientologue avait soutenu qu’en 2009, le fait pour le Parquet de requérir sa dissolution était non seulement illégal, mais constituait une « faute lourde » pour laquelle l’Etat devait être condamné.

La Cour d’appel de Paris vient de lui donner raison : « Le ministère public qui […] “exerce l’action publique et requiert l’application de la loi”, se doit en toutes circonstances de maîtriser les textes de loi et de connaître les évolutions ou modifications du droit positif en vigueur ; que cette déficience caractérisée du parquet, quand bien même le tribunal, faisant une exacte application de la loi en vigueur n’a pas prononcé la dissolution de l’Association Spirituelle de l’Eglise de Scientologie Celebrity Centre, caractérise la déficience du service public de la justice à remplir la mission dont il est investi. »

En revanche, le juge déclare l’ASES-CC « mal fondée en sa demande d’indemnisation de son préjudice moral et l’en déboute ».

L’Etat avait déjà (janvier 2014) été reconnu coupable de « déni de justice » pour avoir violé le droit de l’association et de certains de ses membres à recevoir justice dans un délai raisonnable, et condamné à verser 35 000 € à l’association et à ses membres. Le jugement du 23 novembre dernier confirme la sentence.

L’Unadfi condamnée à verser 21 000 € à la scientologie

Picard, présidente de l'Unadfi. Photo: capture d'écran Courrier des maires.La semaine précédente, l’association Unadfi (Union nationale de défense de la famille et de l’individu, financée pour l’essentiel par des subventions publiques) a été condamnée par la Cour d’appel de Paris à verser 21 000 € à l’ASES-CC pour « abus de droit », pour s’être constituée et maintenue illégalement et en toute mauvaise foi comme partie civile contre l’Eglise dans la même affaire.

L’Eglise de scientologie estimait que cette constitution de partie civile abusive avait pollué les débats judiciaires et qu’elle était de mauvaise foi. En effet, l’Unadfi savait pertinemment que cette action était irrecevable, son seul but étant de « nuire à l’Eglise et d’influencer illégalement les débats judiciaires en cours ».

Dans son arrêt du 20 novembre 2015, la Cour d’appel de Paris a donné raison à l’Eglise de scientologie en reconnaissant qu’il était « certain que la présence de l’Unadfi a influencé le déroulement du procès et le fond des débats ». La « mauvaise foi de l’Unadfi est manifeste » tant dans sa constitution de partie civile initiale devant le Tribunal de première instance que lors de sa présence devant la Cour d’appel en 2011.

La mauvaise foi est illustrée par les déclarations faites par la présidente de l’Unadfi Catherine Picard, le 26 novembre 2009, à l’occasion d’un colloque, aux termes desquelles elle a affirmé que son association ferait appel du jugement du 27 octobre 2009 “même si sa demande sera rejetée puisque les faits sont antérieurs à la loi About-Picard. A priori nous ne pouvons pas nous porter parties civiles. Mais pour l’exemple et pour le symbole, nous irons en appel.” »

« L’arrogance d’une association »

Eric Roux. Photo : JL ML.

Eric Roux.
Photo : JL ML.

Pour Eric Roux, président de l’Union des églises de scientologie de France, « cette décision est non seulement très juste, mais elle a des incidences à plusieurs niveaux. D’abord, elle montre que la présence illégale de l’Unadfi dans un procès qui a mené à la condamnation de l’ASES-CC a faussé et pollué les débats, ceci posant le problème de l’équité de la procédure. Ensuite elle rappelle à l’Unadfi qu’elle n’est pas au dessus des lois et marque la fin d’une impunité de laquelle elle pensait pouvoir bénéficier ad vitam aeternam. Enfin, cette décision pose la question du gaspillage de l’argent public que représentent les centaines de milliers d’euro versés à l’Unadfi chaque année par l’Etat. Cet argent du contribuable peut être utilisé illégalement (comme en l’espèce) afin de nuire à des mouvements spirituels et religieux pacifiques, au lieu d’être donné à des associations qui s’occupent des véritables problèmes de notre société. »

Eric Roux note également que la Cour a estimé que les propos suivants n’étaient pas diffamatoires à l’égard de l’Unadfi : « Cette demande [de constitution de partie civile] est le fruit de l’arrogance d’une association présente à tous les niveaux de l’Etat, se sachant soutenue par la Miviludes et le ministère de la justice, assurant depuis plus de 13 ans des formations aux magistrats du siège, et que tous les ministères importants, y compris le premier ministre, financent à coût de centaines de milliers d’euros. Cette association qui, de fait, constitue un démembrement administratif de l’Etat, fait preuve d’un sentiment d’impunité qui lui permet de se constituer partie civile pendant trente ans sans avoir jamais été reconnue recevable et de poursuivre dans cette voie comme si de rien n’était ».

Ni la presse écrite ni la télévision n’ont jugé utile de donner ces informations à leurs lecteurs et auditeurs.

> Ironie de l’histoire : alors que l’Etat et l’Unadfi ont juré la mort de la scientologie, ils sont contraints de l’alimenter eux-mêmes avec ces amendes (aux frais du contribuable)…

> Church of Scientology gets the State and Unadfi sentenced (En)

Marc Schlaeppi, docteur intégratif à l’hôpital de St-Gall (Suisse)

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(Photo : Fédération de la médecine complémentaire)

Frictions aux huiles, acupuncture, art-thérapie, enveloppements d’achillée – rien de plus normal à l’hôpital cantonal de St-Gall (Suisse). Chaque fois qu’une patiente ou un patient désire une consultation en médecine complémentaire ou lorsqu’un praticien académique est démuni face à un cas de maladie, le centre interne de médecine intégrative peut entrer en jeu, sur demande du médecin.

Médecins, thérapeutes et soignants sont en échange constant au centre. Les cas difficiles sont abondamment discutés lors de la grande séance hebdomadaire.

Les soignantes et soignants reçoivent une formation spéciale pour des applications externes telles les enveloppements. Ils tiennent des consultations – toujours pleines à craquer ! – pour conseiller les patients et leur donner des instructions d’utilisation. Le médecin académique référent reçoit par la suite un rapport sur le traitement prévu. Il peut y opposer son veto.

Unique en Suisse

Le centre de médecine intégrative existe depuis 2012. L’intégration de la médecine complémentaire dans un centre hospitalier a nécessité un changement de paradigme, explique le docteur Schlaeppi. Les deux hôpitaux universitaires de Zurich et de Berne ont depuis longtemps des offres en médecine complémentaire. « Mais je pense que nous sommes en tête du point de vue intégration des médecines complémentaire et académique dans un centre hospitalier public ».

Un diplôme fédéral pour les thérapeutes complémentaires

Le Secrétariat d’Etat à la formation, à la recherche et à l’innovation (Sefri) a approuvé le 9 septembre 2015 l’examen professionnel supérieur pour les thérapeutes complémentaires. Avec ses quelque 12 000 praticiennes et praticiens en Suisse, la thérapie complémentaire accède ainsi, grâce à la création du titre reconnu et protégé de «thérapeute complémentaire avec diplôme fédéral», à un statut unique dans toute l’Europe.

> Pour en savoir plus.

Il y avait autrefois seulement de l’acupuncture et une ostéopathe à l’hôpital cantonal de St-Gall. Marc Schlaeppi y a débuté comme oncologue conventionnel. Il avait auparavant travaillé à la clinique d’Arlesheim comme médecin anthroposophe.

Commencent alors pour Schlaeppi cinq années de débats intenses et d’innombrables discussions. Le soutien du chef de l’oncologie et du directeur du centre de soins palliatifs permit de convaincre le conseil d’administration et la direction.

Un projet pilote fut lancé à la clinique de Flawil qui fait aussi partie de l’hôpital cantonal.

Désir croissant des patients

Très investi, le médecin continue à travailler comme oncologue « normal » à côté de sa fonction de directeur du centre à un cinquième de temps.

Un Centre de médecine intégrative et complémentaire au CHUV

Depuis juin 2015, au Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV), un Centre de médecine intégrative et complémentaire (Cemic) a pour mission d’évaluer la création d’un véritable centre de soins en médecines complémentaires. Pour l’heure, ce centre ne fournira pas de prestation clinique, mais seulement des conseils lors de la mise en place de projets de développement dans le domaine des médecines douces, ainsi que des informations générales sur ces médecines.

Mais, comme partout ailleurs, l’hôpital cantonal compte aussi des médecins sceptiques face à la médecine complémentaire. « Rien ne pourra remplacer la médecine académique et ses acquis, surtout en phase aiguë », dit Schlaeppi. Mais ils n’éclairent qu’une des faces de la médaille et atteignent leurs limites, notamment en cas de maladies chroniques où la médecine complémentaire peut offrir pas mal ».

Les patients désirent l’intégration de méthodes et médicaments complémentaires, dit Marc Schlaeppi : « 40 à 80 % des patients en oncologie y font appel. Et plus un traitement devient palliatif, plus le crédit accordé à la médecine complémentaire augmente ».

(D’après un article de Patricia Götti pour le compte de la Fédération suisse de la médecine complémentaire)

 

Un festival en images des pierres de France

pierresChemin de pierres. Roches et mégalithes de France
Pierre Rich
Grancher, Escalquens, 2015

« Dans cette visite toute contemplative, j’invite le lecteur à une balade dans le temps, à suivre le chemin de son âme, chemin d’esprit et d’amour, mais aussi chemin du corps, danse des rocs, pierre de la philosophie, chant et hymne à la beauté extrême de la nature et de l’homme artiste. »

Le photographe Pierre Rich a posé ses pas et son regard sur les roches et pierres de France, les forces géologiques naturelles, les pierres de légende et les nombreuses empreintes et utilisations humaines de celles-ci.

Il a visité plus de 190 sites durant deux ans, dans toutes les régions de France. Car toutes abritent au moins un mégalithe, un dolmen, une falaise saisissante, une source pittoresque, un pic surmonté d’un fort ou d’une chapelle, une pierre branlante, une faille géologique, un village troglodytique, un tombeau de géant ou n’importe quelle autre forme minérale surprenante ou impressionnante.

C’est un festival de figures très évocatrices, parfois naturellement d’apparence humaine, comme le profil de la Roche d’Oëtre à St-Philibert-sur-Orne, ou animale, comme le rocher du Lion, à Roccapina en Corse-du-Sud.

Le spectaculaire se le dispute au poétique, voire au féérique, et le colossal à l’aérien. A croire que les roches, contrairement à ce que suggère leur matériau, sont une glaise docile dans les mains des sylphes vernaculaires.

Une beauté souvent austère émane de ces clichés, renforcée par le parti pris du photographe pour la pénombre, le contrejour et le noir et blanc (sur tout un chapitre).

Bref, un magnifique ouvrage qui pourrait inspirer nombre de donateurs, à l’approche des fêtes de Noël, pour combler leurs parents ou amis amoureux de la nature, de l’art ou des paysages suggestifs.

On attend la suite, pour d’autres pays ou dans un tour du monde. Un second ouvrage sur la France serait même sans doute possible, le choix de l’auteur étant forcément subjectif et limité. J’aurais aimé, par exemple, voir figurer dans le livre le fameux Capucin qui veille hiératiquement sur le Mont-Dore…

Employer le mot juste : un devoir déontologique !

ODILe texte propose également une analyse de certains termes ou expressions qui ont prêté à confusion ou polémique dans l’année écoulée :  « Les mots sont souvent mal employés, mal perçus (ce qui n’est pas la même chose) et peuvent faire mal, très très mal. »

Sont étudiés dans ce document (Observatoire de la déontologie de l’information) :

– Erreurs, fautes d’emploi ou d’appréciation

– Réfugiés, exilés, migrants

– Terrorisme, terroriste ; Etat islamique

– Juifs de France

– Secte ou dérive sectaire.

Conclusion de l’atelier : « Aucun mot ne peut prétendre être neutre. Chaque expression contient une charge positive ou négative pour celui qui l’emploie ou celui qui le reçoit. Mais la recherche du mot le plus juste possible est une exigence du public, un des critères qui devrait permettre de distinguer le journaliste attaché à informer et exerçant son esprit critique, du bloggeur ou du twittos surtout attaché à s’exprimer ».

Les deux journalistes d’Ouvertures ont apporté leur contribution à ce travail :

– L’un sur les confusions, notamment en matière économique : par exemple, l’emploi extrêmement fréquent de « revenu » au lieu de « chiffre d’affaires ». Ou la tendance à présenter un « ralentissement de la croissance » comme de la « décroissance ».

– L’autre sur les mots « secte » et « dérive sectaire », « souvent employés à tort et à travers, de façon abusive, au mépris de la présomption d’innocence et sans que les accusés puissent se défendre ». L’atelier sur le vocabulaire de l’ODI suggère « qu’on se contente de dénoncer les actes répréhensibles au regard de la loi, commis par tel ou tel groupe, sans affubler de ce qualificatif devenu infamant, et sans plus d’examen, ceux qui pensent ou agissent à l’écart de l’establishment ».

Pour le reiki, guérir est un acte « spirituel »

reiki 2Dans L’Art et la pratique spirituelle du reiki, éditions Grancher, Patrice Gros, enseignant de reiki traditionnel, présente cet « art de la guérison » en insistant sur le « niveau spirituel » qui n’est pas « réellement enseigné et qui fait défaut dans la plupart des formations proposées actuellement où seul prédomine l’aspect technique ».

En effet, selon lui, la guérison n’est pas simplement le fruit d’une lutte contre un mal, mais la restauration de « l’équilibre de l’être tout entier. (…) Guérir nécessite que nous reconnaissions, servions et honorions la dimension sacrée, divine, de la personne traitée. Il faut comprendre ici “traiter” dans le sens métaphysique de “se soumettre à l’action de grâce de l’Energie de Vie. De ce point de vue, guérir est un acte spirituel ».

Il est vrai que l’aspect spirituel est la plupart du temps ignoré ou minimisé. Cet affadissement, couplé avec les bienfaits qu’il procure à un nombre croissant de partisans, favorise son expansion aujourd’hui en France.

Les magazines féminins, par exemple, des sites de santé également, en font une promotion sans détour comme méthode efficace pour lutter contre le mal de vivre ou pour se relaxer et favoriser le bien-être.

A cette différence d’approche s’ajoute l’existence de multiples écoles de reiki qui se critiquent les unes les autres, dénonçant des altérations et des déviations du concept original, développé par le japonais Mikao Usui (1865 –1926), vers des pratiques magiques (du type « Nouvel Age »), mystiques ou à vocation médicale.

De même, le reiki est toujours stigmatisé par la Miviludes qui a tendance à classer tout ce qui n’est pas « validé scientifiquement » comme « dérive sectaire ».

Or, le reiki, en soi, ne peut pas nuire puisqu’il s’agit, pour le praticien de cette discipline, de seulement imposer les mains (mais rien à voir avec le magnétisme, selon l’auteur) et méditer.

Le seul risque, mais qui est commun à toute pratique de médecine complémentaire, est de croire détenir la seule voie d’accès à la guérison et de rejeter toute alternative. En ce sens, la médecine conventionnelle elle-même peut être considérée comme une « dérive sectaire » quand elle veut interdire les approches alternatives sous le prétexte qu’elles ne seraient pas basées sur des preuves scientifiques, alors même qu’elles font leur preuve empiriquement et que leur intérêt peut ultérieurement être validé.

C’est ce qui est arrivé par exemple pour la “méditation de pleine conscience”, considérée comme « dérive sectaire » par la Miviludes et dont l’efficacité vient d’être démontrée par le célèbre Lancet.

La même chose pourrait un jour concerner le reiki…

“Energie de Vie universelle”

Reiki_Patrice_Noel_2011

Patrice Gros. Crédit : Reikido-France.

Dans son livre, après un bref aperçu historique, Patrice Gros analyse les différentes étapes de l’initiation au reiki ainsi que les notions qui sous-tendent chacun des degrés. Le voyage est intéressant mais il ne s’adresse qu’au lecteur déjà convaincu. Les autres pourront tiquer sur les concepts convoqués, et jamais vraiment définis, comme « Energie de Vie universelle, Véritable Lumière, guérison ou vérité ultime, cœur de Dieu, canal (channeling), Esprit de sagesse de Bouddha, envoi (de reiki), chakra, nature fondamentale », etc.

Certes, il est bien difficile de parler de spiritualité avec un langage universel et « scientifique ». C’est même sans doute l’une des caractéristiques de cette dimension d’être indicible, irréductible à une forme ou une autre d’expression langagière.

Un effort de rigueur conceptuelle aurait cependant quand même pu être tenté.

Cette lacune est à notre sens l’une des deux principales faiblesses de cet ouvrage, la seconde étant la quasi impasse faite sur les considérations sociétales autour de cette pratique. A peine quelques pages pour préciser que le reiki n’est pas une pratique médicale, qu’elle n’est pas « reconnue » officiellement (« au même titre qu’auparavant l’ostéopathie, la chiropractie »). Et pas un mot sur l’accusation parfois portée de « dérive sectaire ».

Certes, ce livre a surtout pour objet de rétablir l’aspect « spirituel » du reiki. Mais la spiritualité ne devrait pas empêcher, bien au contraire, d’être précis et effectif sur tous les aspects concrets de la problématique.

De même, on peut regretter que l’auteur ne signale pas que l’ouvrage est une ré-édition d’un livre paru sous le même titre en 1997 (éditions du Rocher).

Ceci dit, la lecture du livre est une bonne introduction à cet art à la portée de tout le monde, à condition d’y être prédisposé. Un art qui, certainement, mériterait un cadre mieux organisé et une présentation plus rigoureuse.

Michel Serres, comme une herbe sauvage entre les dalles du béton

SERRES-2« Avons-nous vraiment besoin d’un gouvernement ? » Sans avoir l’air d’y toucher, Michel Serres dépose ici ou là, tout au long des pages du Gaucher boiteux. Figures de la pensée (éd. Le Pommier), quelques pensées proprement révolutionnaires. Et il parle très sérieusement. Prenant l’image de la Toile qui maille désormais notre monde, il écrit : « Chaque individu ponctuel, devenu lui-même cime, prend la place d’un sommet, oublié parce que devenu inutile, de la pyramide ou du cône [institutionnel] de jadis. Nos réseaux contemporains fonctionnent ainsi. Nul n’a plus besoin de passer par une instance unique pour avoir rapport à un ou quelques autres, aussi éloignés, aussi étrangers soient-ils, parmi le réseau. Cet état de la société court-circuite les anciens circuits, mais aussi sans doute les autorités. S’évanouissent les pères : capitaine, roi, président, animateur, berger, bref, l’intermédiaire universel (…). Bruissent et passent des légions d’anges innombrables, nous. Moutons, nous voilà devenus bergers ».

Si l’idée du passage à l’âge adulte de l’humanité, de sa « sortie de la minorité » comme l’envisageait Kant, n’est pas nouvelle, le sentiment que cette individuation s’effectue réellement et sous nos yeux avait rarement été exprimée de façon aussi nette. Michel Serres, sans doute parce qu’il est sensible au « miracle proprement explosif, puissamment invasif, de la vie, mais aussi [à] celui du signe », fait montre d’un plaisir d’apprendre et d’un optimisme communicatifs.

« Gaucher de la tête au pied »

Analysant l’étonnante correspondance qui devient chaque jour plus visible entre le matériel et le virtuel, entre le “dur” et le “doux”, il va jusqu’à annoncer une « alliance entre des sciences de la vie et de la Terre avec le numérique ». Une alliance à même de nous « détourner enfin de la guerre mondiale, au sens du conflit contre le monde ».

Vous l’aurez compris, Michel Serres est de la race de ces penseurs toujours capables d’émerveillement et de foi. Non par cécité ou manque de lucidité, mais bien au contraire grâce au constat de la puissante inventivité de la vie, dont nous faisons intrinsèquement partie.

Extrait caractéristique du style de l'auteur dans cet ouvrage.

Extrait caractéristique du style de l’auteur dans cet ouvrage.

Né « gaucher de la tête au pied » (ce qui explique en partie le titre de l’ouvrage), il a très tôt observé combien une apparente déviation par rapport à une « norme » supposée était en elle-même porteuse de richesses insoupçonnées. Soit parce qu’il a dû se « suradapter », soit parce qu’il en a retiré une conscience très vive de ce que pouvait signifier, en creux, l’équilibre, l’harmonie. Etudiant la nature, il a alors compris notamment que le mouvement, l’écart, la déviation, « dense d’avenir », pouvait « porter mille promesses »…

Son livre n’est pas un essai philosophique au sens classique, mais une promenade très imagée, poétique, dans l’histoire, les sciences, la philosophie et la religion. Une qualité qui ravira le lecteur désireux à la fois de comprendre et de s’évader.

Mais aussi une légère source de frustration pour celui qui, comme moi, aurait aimé en savoir plus sur « le problème vénérable des relations entre l’âme et le corps », problème qu’il ne fait qu’effleurer, même si tout son livre peut être perçu comme une sorte de réponse « impressionniste » à cette question majeure.

Les médias ont-ils décidé d’étouffer le projet d’une instance de régulation de la presse ?

APCP« Un responsable politique, acquis à l’intérêt de créer en France une instance indépendante de déontologie de l’information, déplorait voici deux ans déjà l’absence d’un mouvement d’opinion net en sa faveur, qui puisse convaincre les professionnels et le gouvernement d’unir leurs forces pour y parvenir », écrit Yves Agnès, le président de l’APCP, en première page du bulletin n° 48 APCP de l’association (juin 2015).

Yves Agnès, président de l'APCP. Photo : Ouvertures.

Yves Agnès, président de l’APCP.
Photo : Ouvertures.

Selon lui, « la principale cause est qu’il existe une quasi omerta médiatique sur le sujet, y compris lorsque l’actualité y pousse. Le concept même est donc quasi inconnu de la plupart de nos concitoyens, ainsi que l’existence dans le monde et en Europe de telles instances. Pourquoi les médias français – écrits, audiovisuels, en ligne – sont-ils si discrets ? »

Il est vrai que le projet de créer en France un Conseil de presse destiné à réguler la dans le domaine de la déontologie de l’information, sur le modèle de ce qui existe dans de nombreux pays démocratiques, ne reçoit pas beaucoup d’échos dans la population. L’association qui promeut ce concept existe depuis plus de huit ans. Elle réunit en son sein des professionnels des médias (journalistes, éditeurs), des sociologues, des juristes, des associations, des individus, etc.

Son action a permis une sensibilisation nombre d’acteurs, notamment dans le monde politique, ainsi que la création de l’Observatoire de la déontologie de l’information (ODI). Elle était même parvenue à faire bouger le gouvernement qui s’était fendu d’un rapport sur la question (rapport Sirinelli), qui conclut à « l’intérêt » d’une telle instance mais à « l’absence de consensus » pour sa création.

“Les journalistes et leurs dirigeants n’aiment pas la critique”

Plusieurs raisons, « pas très convaincantes », concourent à cette situation, selon Yves Agnès.

La première est que « les journalistes et leurs dirigeants n’aiment pas la critique. (…) Trop de journalistes se considèrent encore comme « intouchables ». Un reproche qui leur est fréquemment adressé par des lecteurs, auditeurs ou téléspectateurs dans les débats publics. Pour certains, observer collectivement les manquements à la déontologie, prôner une instance dédiée à ce travail, est attentatoire à leur « liberté ». C’est le cas notamment parmi des journalistes et médias influents et classés idéologiquement à gauche ».

Par ailleurs, « l’absence d’une large information sur la déontologie du journalisme tient aussi au fait que la plupart des rubriques de journaux et émissions de radiotélévision consacrées à l’actualité des médias sont orientées seulement désormais sur l’économie, la technologie et les “people” ».

Des “consignes” pour occulter le dossier ?

Enfin, cet ancien rédacteur en chef au Monde pose la question : « Des consignes sont-elles données dans les rédactions d’occulter ce dossier ? » En effet, « il faut compter aussi avec l’hostilité, incompréhensible à nos yeux puisque strictement française, de nombre de dirigeants de médias, particulièrement dans certaines organisations patronales de presse écrite. Leur opposition de principe est telle que deux syndicats de quotidiens ont pu mener parmi leurs mandants une opération de désinformation de belle facture (voir Le Bulletin de l’APCP n° 46 et 47). »

« Le résultat, conclut le président de l’APCP, est un silence qui ne bénéficie ni aux citoyens, ni aux professionnels, journalistes et éditeurs de tous médias. Les premiers n’ont pas droit à des informations qui les concernent directement. Les seconds ne peuvent engranger les bénéfices qu’ils tireraient de la création d’une instance indépendante de déontologie de l’information. Et le débat public sur le rôle de l’information dans la société en pâtît. »

Anne Morelli : « Le choix entre la désignation «secte» et «religion» est un choix politique »

(D’après un compte rendu de Paul Vinel*)

morelli_anne_250Née et élevée dans le christianisme, Anne Morelli a opté pour l’athéisme et se dit d’extrême gauche. Aujourd’hui directrice du Centre interdisciplinaire d’étude des religions et de la laïcité de l’Université libre de Bruxelles (ULB – Belgique), elle enseigne également dans cette université la critique historique, les contacts de culture, l’histoire des religions et la didactique de l’histoire.

C’est une véritable spécialiste de l’histoire des religions et des minorités qui s’est exprimée le 28 novembre 2014, au théâtre du Celebrity Center de l’église de scientologie, à Paris, lors d’une conférence-débat intitulée “Sectes, Religions et Libertés”.

Dans le public, des scientologues bien sûr, mais également des personnes de tous horizons motivés par ce sujet polémique, dont Paul Vinel qui a fourni à Ouvertures les éléments de cet article.

Sur l’estrade, face au public et au micro, le Dr Anne Morelli parle le français de Bruxelles à l’accent si particulier et aux expressions typiques. Mais sa verve et sa fougue sont celles d’une passionaria italienne.

Simple « dérapage » s’il s’agit d’une religion ; « scandale » si c’est une « secte »

Lors de l’apparition des dites “sectes” et de la polémique qui s’ensuivit, a tout d’abord expliqué l’historienne, elle avait eu comme la plupart des gens, un a priori négatif vis à vis de ces groupes nouveaux. Mais en tant que sociologue, elle avait entrepris, elle et ses élèves, une étude impartiale et rigoureuse de ce phénomène. Suite à quoi ses élèves enquêteurs et elle-même, et d’autres sociologues à avoir réalisé des enquêtes similaires, se sont tous rendus compte qu’il n’existait aucune différence significative entre les dites “sectes” et les religions officielles.

Elle a ensuite passé en revue les principaux critères utilisés pour identifier les “sectes”: sexe, argent, doctrines, taille, etc.

Ainsi le sexe : comme dans certaines “sectes”, des scandales sexuels existent également dans les religions officielles. De même pour les scandales financiers.

Mais la différence de traitement par les médias est radicalement différente. Dans le cas d’une religion officielle, un scandale financier ou sexuel est traité comme le dérapage de quelques individus et en conséquence n’impacte pas la notoriété de la religion en question. Dans le cas d’une “secte” au contraire, un scandale sexuel ou financier est utilisé pour discréditer la totalité du groupe “secte”, dirigeants et membres inclus.

Mêmes pratiques, traitements différents dans les médias

Concernant les doctrines, certaines apparaissent comme bizarres dans les deux catégories. Anne Morelli a pris pour exemple la croyance en la transsubstantiation professée au sein de l’église catholique. Cette doctrine professe que l’hostie tenue par le prêtre se transforme en corps du Christ Jésus au cours de la messe. Or, a dit Anne Morelli, une analyse de cette hostie ainsi transmutée ne montrerait aucune présence de protéine [humaine].

Les raéliens se sont d’ailleurs amusés à faire le test.

Selon Mme Morelli, la composition des deux groupes, “sectes” et religions officielles, ne présente pas non plus de différence. On y retrouve les mêmes classes d’âge, et les mêmes classes sociales. Les pratiques internes sont également les mêmes. Pourtant, encore une fois, elles sont traitées différemment par les médias.

Ainsi l’éducation religieuse des enfants sera appelée “catéchisme” dans le catholicisme et perçue comme positive, mais sera appelée “endoctrinement des enfants” s’agissant des “sectes”.

Même la taille des groupes n’est pas un critère valable pour distinguer “sectes” et religions officielles. Ainsi selon Anne Morelli, à Bruxelles, il y aurait davantage de lieux de prière des témoins de Jéhovah que de synagogues. De même un groupe classé “secte” dans tel pays peut en même temps être la religion dominante dans telle autre partie du monde. L’exemple classique est celle des mormons, très présents dans l’Utah aux Etats-Unis.

En conclusion, selon Anne Morelli, aucun critère objectif ne permet de différencier les groupes dits “sectes” et les groupes dits “religions officielles”. Selon elle, le choix entre ces deux terminologies pour désigner tel ou tel groupe est fondamentalement un choix politique.

>> Le choix de la France, celui de l’intolérance pour les minorités spirituelles, est donc un choix politique.

* Éditorialiste  à CapLC

La fameuse question de l’objectivité journalistique

La fameuse question de “L’objectivité” du journaliste : Faut-il lui préférer “l’honnêteté” ?

Une phrase du 2nd rapport de l’Observatoire de la déontologie de l’information (ODI) m’a fait réagir : « L’objectivité journalistique n’existe pas. La pratique du journalisme repose sur une série de choix et les mots « objectif, objectivité » doivent être bannis à son sujet et réservés aux sciences exactes, les seules à pouvoir y prétendre. Les journalistes préfèrent donc parler d’honnêteté dans leur travail ».

Ma réaction est reprise et commentée dans le dernier bulletin de l’APCP (voir ci-dessous).

Extrait du bulletin n° 42 de l'APCP.

Extrait du bulletin n° 42 de l’APCP.

J’ajoute qu’à mon sens, l’objectivité telle que je la décris “ressemble fort à ce que les journalistes ont coutume désormais d’appeler «l’honnêteté»”, note Yves Agnès. Mais, à mon sens, remplacer l’objectivité par l’honnêteté, comme le font la plupart de mes confrères (voir encore le H.S. du Monde pour 70e anniversaire actuellement en kiosque) NE PEUT SUFFIRE, puisque ce n’est pas une qualité spécifique à notre métier : c’est une qualité qu’on attend de TOUT professionnel.

Il faut non seulement reconnaître mais revendiquer et exiger pour le journaliste l’objectivité, non comme positionnement absolu (impossible), mais comme démarche concrète et horizon, les critères étant tout à fait observables et mesurables car concrets et propres à notre profession : vérification ou non sur le terrain, non parti pris dans la relation des faits (exhaustivité, différents points de vue rapportés), etc.

Dans ce sens, l’analyse déontologique de l’objectivité d’un article, d’une émission, etc, (re)devient possible.

Alors que l’honnêteté relève d’un choix moral, personnel, qui exclut pratiquement l’analyse déontologique de son champ, et donc du champ d’un conseil de presse.

Je commence à penser que les journalistes se cachent derrière l’impossibilité d’être objectifs dans l’absolu pour éviter qu’une analyse et un débat déontologiques puissent effectivement avoir lieu sur la façon dont ils construisent leur information…

Il faut voir comment ils crient à l’atteinte à leur liberté d’expression quand on s’aventure sur ce terrain…

Les autres articles du bulletin :

– Récente proposition de loi de la sénatrice centriste Nathalie Goulet en faveur de l’indépendance des rédactions.

– La difficile unité d’action des syndicats de journalistes, en évoquant l’éphémère “Union nationale”.

– Interview de la nouvelle présidente du Conseil de presse du Québec.

– Du parallèle à établir entre confiance, déontologie et performance des entreprises de médias.

– Le principal syndicat de journalistes maintient après son congrès le “cap déontologique”.

– De l’insincérité de certaines paroles ministérielles.

– Réflexions du professeur Emmanuel Derieux sur l’autorégulation de l’information.

> Lettre de l’APCP (Association de préfiguration d’un conseil de presse) n°42 : Newsletter N°42 (Dessin de Une : Xavier Gorce, le Monde)

J. M. W. Turner : le soleil en face !

Norham Castle, Sunrise c.1845 by Joseph Mallord William Turner 1775-1851

Lever de soleil sur Northam Castle.

L’exposition à la Tate Britain, baptisée “Late Turner : la peinture libérée”, se penche pour la première fois sur les créations fertiles et expérimentales du peintre pendant les 15 dernières années de sa vie, entre 1835, lorsqu’il fête son 60e anniversaire, jusqu’à un an avant sa mort en 1851.

Elle met en avant les prouesses d’innovations techniques du peintre, notamment le traitement de la lumière dans les incendies et le propre éclat de son imagination. Dans les dernières années de sa vie, il s’est tourné vers son époque : évolutions technologiques et scientifiques, développements sociaux, tout en restant fidèle à ses thématiques comme la religion, l’histoire et la mythologie.

Regulus. Regulus était un général romain à qui les Carthaginois coupèrent les paupières et qui dut alors regarder le soleil en face.

Regulus. Regulus était un général romain à qui les Carthaginois coupèrent les paupières et qui dut alors regarder le soleil en face.

Au total, 180 peintures à l’huile, aquarelles, croquis issus du Royaume-Uni et de l’étranger sont réunis. Ils illustrent l’esthétique propre basée sur les reflets de lumière qu’a su créer le peintre, symbole du romantisme anglais.

Invitation au voyage, l’exposition fait la part belle aux oeuvres du peintre inspirées par ses séjours en Europe entre 1835 et 1845, tout particulièrement en Italie avec des peintures à l’huile spectaculaires de vues de Rome et de Venise.

Soleil couchant sur un lac

Soleil couchant sur un lac. Quel talent et quelle audace dans le traitement de cette œuvre !

On retrouve également sa fascination pour la mer avec un espace dédié à ses œuvres maritimes où ciel et mer se mêlent.

Au fil des six espaces dédiés, on découvre également l’univers intime du peintre via ses carnets de croquis, ses couteaux et palettes de peinture ou les lunettes qu’il utilisait parfois pour peindre. Sans compter un impressionnant masque mortuaire du génie…

> Photos de l’article : Avec l’aimable autorisation du Tate Gallery.

> Image de une : Détail de “Vaisseau sur l’océan”, Turner :

Vaisseau 2