Déontologie

Les médias ont-ils décidé d’étouffer le projet d’une instance de régulation de la presse ?

Le dernier bulletin de l’Association de préfiguration d’un conseil de presse (APCP) dénonce une « omerta médiatique » sur le projet de créer en France un Conseil de presse destiné à réguler la presse dans le domaine de la déontologie de l’information.

APCP« Un responsable politique, acquis à l’intérêt de créer en France une instance indépendante de déontologie de l’information, déplorait voici deux ans déjà l’absence d’un mouvement d’opinion net en sa faveur, qui puisse convaincre les professionnels et le gouvernement d’unir leurs forces pour y parvenir », écrit Yves Agnès, le président de l’APCP, en première page du bulletin n° 48 APCP de l’association (juin 2015).

Yves Agnès, président de l'APCP. Photo : Ouvertures.

Yves Agnès, président de l’APCP.
Photo : Ouvertures.

Selon lui, « la principale cause est qu’il existe une quasi omerta médiatique sur le sujet, y compris lorsque l’actualité y pousse. Le concept même est donc quasi inconnu de la plupart de nos concitoyens, ainsi que l’existence dans le monde et en Europe de telles instances. Pourquoi les médias français – écrits, audiovisuels, en ligne – sont-ils si discrets ? »

Il est vrai que le projet de créer en France un Conseil de presse destiné à réguler la dans le domaine de la déontologie de l’information, sur le modèle de ce qui existe dans de nombreux pays démocratiques, ne reçoit pas beaucoup d’échos dans la population. L’association qui promeut ce concept existe depuis plus de huit ans. Elle réunit en son sein des professionnels des médias (journalistes, éditeurs), des sociologues, des juristes, des associations, des individus, etc.

Son action a permis une sensibilisation nombre d’acteurs, notamment dans le monde politique, ainsi que la création de l’Observatoire de la déontologie de l’information (ODI). Elle était même parvenue à faire bouger le gouvernement qui s’était fendu d’un rapport sur la question (rapport Sirinelli), qui conclut à « l’intérêt » d’une telle instance mais à « l’absence de consensus » pour sa création.

“Les journalistes et leurs dirigeants n’aiment pas la critique”

Plusieurs raisons, « pas très convaincantes », concourent à cette situation, selon Yves Agnès.

La première est que « les journalistes et leurs dirigeants n’aiment pas la critique. (…) Trop de journalistes se considèrent encore comme « intouchables ». Un reproche qui leur est fréquemment adressé par des lecteurs, auditeurs ou téléspectateurs dans les débats publics. Pour certains, observer collectivement les manquements à la déontologie, prôner une instance dédiée à ce travail, est attentatoire à leur « liberté ». C’est le cas notamment parmi des journalistes et médias influents et classés idéologiquement à gauche ».

Par ailleurs, « l’absence d’une large information sur la déontologie du journalisme tient aussi au fait que la plupart des rubriques de journaux et émissions de radiotélévision consacrées à l’actualité des médias sont orientées seulement désormais sur l’économie, la technologie et les “people” ».

Des “consignes” pour occulter le dossier ?

Enfin, cet ancien rédacteur en chef au Monde pose la question : « Des consignes sont-elles données dans les rédactions d’occulter ce dossier ? » En effet, « il faut compter aussi avec l’hostilité, incompréhensible à nos yeux puisque strictement française, de nombre de dirigeants de médias, particulièrement dans certaines organisations patronales de presse écrite. Leur opposition de principe est telle que deux syndicats de quotidiens ont pu mener parmi leurs mandants une opération de désinformation de belle facture (voir Le Bulletin de l’APCP n° 46 et 47). »

« Le résultat, conclut le président de l’APCP, est un silence qui ne bénéficie ni aux citoyens, ni aux professionnels, journalistes et éditeurs de tous médias. Les premiers n’ont pas droit à des informations qui les concernent directement. Les seconds ne peuvent engranger les bénéfices qu’ils tireraient de la création d’une instance indépendante de déontologie de l’information. Et le débat public sur le rôle de l’information dans la société en pâtît. »

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