Vaccination : les effets pervers du passage en force

Crédit photo : U.S. Navy photo/Mass Communications Specialist 1st Class Jennifer Hudson.

La récente décision de rendre obligatoire onze vaccins est présentée comme une décision basée sur des « preuves scientifiques ». C’est pour le bien des gens et pour le bien de la société, prétend-on. Au nom de la « science », on limite la liberté des gens, au risque de transformer l’hésitation en opposition.

La liberté est le bien le plus précieux de l’être humain. Elle est consacrée par la plupart des codes et législations des démocraties. Seul un impératif majeur avéré pourrait justifier de la réduire ou de la contraindre.

Or, jusqu’à preuve du contraire, la « science » n’a pas apporté la preuve d’une telle nécessité pour les vaccinations. Les données et les situations mises en avant par les autorités sont parcellaires. Beaucoup d’entre elles sont orientées et constituent plus des allégations, voire, dans certains cas, des affirmations mensongères, que des faits.

Or, le public, qui est sensé, veut bien accepter des obligations si on lui en démontre clairement et honnêtement le bien-fondé.

Simulacre de concertation

C’est là que le bât blesse. En France, il n’y a jamais eu de véritable débat public sur l’intérêt des vaccinations ou sur l’obligation vaccinale. Il y eut les discussions parlementaires et surtout un simulacre de concertation publique.

On a même pu entendre notre ministre de la santé affirmer : « La vaccination, ça ne se discute pas ! », traduisant ouvertement sa foi, qu’elle s’estime en droit d’imposer, en la religion de la « preuve scientifique ».

Celle-ci, n’est pas le tout de la connaissance. Même si elle est indispensable, elle doit demeurer modeste. Elle apporte un éclairage, elle ne délivre pas une vérité absolue.

Le bien commun, allégué par les autorités pour imposer la vaccination, ne peut être réduit à nos seules données scientifiques. Il doit être débattu, réajusté en permanence grâce aux vertus de la médiatisation, de la pédagogie et, surtout, du débat public. Les données scientifiques ne peuvent être qu’une base pour la discussion.

Or, en France, le débat sur ce sujet est inéquitable. Non seulement on a criminalisé par la loi les réfractaires à la vaccination, mais en outre les partisans de la vaccination ont la parole de façon hégémonique dans la presse et les « grands » médias. Chaque fois qu’une information ou un débat a lieu à la télévision, il n’y a pas de contradicteur. Pas – ou de façon exceptionnelle – d’intervenant opposé, contestataire, critique, voire seulement interrogateur. Aux yeux de tous ceux qui ont mission de nous informer, le moindre questionnement ou doute sur les bienfaits de la vaccination ne peut être que le fait d’un « antivax », d’un illuminé opposé et imperméable au raisonnement scientifique, d’un débile sectaire et dangereux qui menace la santé de toute la société.

Manque de réponses

Or, pour qui étudie d’un peu plus près la diversité des individus et associations qui propagent des doutes sur la vaccination ou la refusent, il apparaît vite que très rares sont les réfractaires absolus. La plupart des hésitants et des réticents sont des citoyens informés qui n’ont pas eu les réponses qu’ils attendaient sur :
– la réalité des « bénéfices/risques » de tel ou tel vaccin
– la vraie place des vaccins dans l’éradication des maladies
– la performance de la vaccinovigilance (sous-notifications, etc.)
– l’innocuité de tel ou tel adjuvant entrant dans la composition des vaccins
– la nature des effets indésirables provoqués par tel vaccin ou par les cocktails de vaccins
– les conflits d’intérêt qui faussent le jeu des savoirs et des pouvoirs
– la connaissance encore réduite des processus immunologiques
– le silence sur les alternatives aux vaccins (pourquoi des maladies disparaissent dans des pays où personne n’est vacciné ?)
– pourquoi l’obligation puisque les vaccinés sont « théoriquement » protégés ? Etc.

Dans une grande enquête citoyenne effectuée en 2009 par Agoravox, nous avions pu noter que la plupart des membres des associations présentées comme antivax par leurs adversaires étaient… des médecins et autres professionnels du monde médical !

Esprits critiques diabolisés

Mais le plus triste, c’est la façon dont les autorités s’y prennent pour tenter d’accroître la confiance dans les vaccins dans un pays, la France, qui compte parmi les plus réfractaires. D’un côté, elles multiplient les campagnes de sensibilisation, facilitent au maximum la vaccination (gratuité des produits, vaccination désormais possible en pharmacie…). D’un autre, elles limitent les possibilités de discussion publique sur l’intérêt de la vaccination ou même seulement sur l’obligation vaccinale.

Pour justifier cette censure, elles peuvent compter sur une multitude d’acteurs (publics comme privés) qui diabolisent les esprits critiques. Déjà, ces derniers n’ont pas accès aux grands médias. Mais en outre, ils sont aujourd’hui pourchassés aussi sur les réseaux sociaux, où ils ont trouvé refuge. Les autorités ont réussi à convaincre certains géants du web de déréférencer des sites qui diffusent une information non officiellement validée, la qualifiant globalement de fakenews !

Mais, ce faisant, nos politiques blessent par leur mépris tous les dignes citoyens restés sans réponse à leurs justes interrogations ou à leurs légitimes suspicions. Ces personnes, publiquement stigmatisées, s’estiment trahies. Étant bannies de toute tribune publique, elles sont poussées à se raidir, se marginaliser, voire se radicaliser d’une certaine façon.

Pour beaucoup d’entre elles, le contrat citoyen est rompu.

Il y aurait pourtant un moyen simple de restaurer la confiance : organiser un véritable débat public, rigoureux, loyal, méthodique et exhaustif, avec TOUS les acteurs concernés et non pas seulement avec les « autorisés » (ceux qui sont pour), et surtout tenir compte des conclusions, même si elles vont à l’encontre de la politique suivie jusque-là.

C’est à cette seule condition que les Français pourront reprendre foi en la bonne volonté des autorités qui mènent la politique sanitaire de leur pays.

Pourquoi IL FAUT rembourser l’homéopathie

Agnès Buzyn, ministre de la santé, explique sa décision de dérembourser l’homéopathie au Parisien – Aujourd’hui en France, le 9 juillet 2019.

Agnès Buzyn : « Moi, je fais confiance à ce qui est évalué scientifiquement car je suis incroyablement rationnelle » (Le Quotidien du médecin, le 24 septembre 2018).

En prenant la décision, apparemment logique, de dérembourser l’homéopathie, la ministre de la santé (qui reprend les conclusions de la Haute Autorité de Santé, HAS) adopte une posture réductionniste et, de fait, « incroyablement » déraisonnable, voire irrationnelle. En effet, sa décision est fondée sur plusieurs sophismes.

Première faute de raisonnement : le gouvernement transforme « absence de preuve de l’efficacité » en « preuve de l’absence ». Il a troqué le doute, qui demeure, sur l’efficacité de l’homéopathie en certitude de non efficacité. Ce qui est d’autant plus abusif que cette absence d’efficacité peut très bien résulter, au moins en partie, d’une « absence de données disponibles », comme le note elle-même la HAS dans sa justification.

Autre sophisme, le gouvernement, sous le terme « efficacité », amalgame action pharmacologique et efficacité thérapeutique. L’action pharmacologique, déterminée par des essais cliniques, est causée par des molécules chimiques. L’efficacité thérapeutique, elle, comporte deux aspects très différents, l’un vérifiable, l’autre non. Le premier est l’effet attendu – scientifiquement analysable – sur les processus biologiques par l’emploi d’un médicament dont on connaît la composition, le mode d’action, les comportements, etc. Le deuxième aspect est la « cible » du médicament : la réalité concrète et unique du patient (la personne humaine), sa constitution, son histoire, son comportement, sa psychologie, son environnement, etc., bref, une infinité de facteurs qui, par définition, ne peuvent pas être prédits avec exactitude. Sur ce dernier aspect, l’homéopathie a une pratique notoirement plus étendue, pratique dont la HAS n’a tenu aucun compte.

La médecine est un art, qui s’appuie sur des sciences

Certes, les essais cliniques peuvent intégrer de multiples cas de figure, mais ils restent des statistiques. Ils conservent une frange d’incertitude (qui peut être très large). Ils ne peuvent tenir compte aussi précisément de l’individu que ne le fait l’homéopathe.

Concernant les granules homéopathiques, on peut certes concéder – en dépit de plusieurs études positives que la HAS a voulu ignorer – qu’elles n’ont pas apporté à ce jour l’évidence d’une action physicochimique identique à celle induite par les médicaments allopathiques remboursés.

Mais cette seule action n’est pas synonyme d’efficacité thérapeutique ! Autrement dit, si on peut être sûr que tel médicament allopathique aura bien tel effet précis, scientifiquement mesurable, sur nos cellules ou nos organes, il n’en découle pas pour autant de façon certaine que le malade va guérir !

La médecine est un art, non une science, même si elle s’appuie en grande partie sur des sciences. Le médecin homéopathique est mieux formé à cette évidence, à la prise en compte du caractère unique du patient. C’est pourquoi sa méthode, sous cet aspect précis, est supérieure à celle du médecin allopathique. Et pourquoi tant de ses partisans font appel à elle malgré sa « non scientificité ».

En fait, sur le plan de l’efficacité thérapeutique, les deux médecines en sont au même point. L’une a l’avantage d’utiliser des médicaments ayant prouvé leur efficacité pharmacologique, mais a l’inconvénient de ne pas appréhender le caractère unique de ses patients. L’autre a l’inconvénient de recourir à des produits non prouvés scientifiquement, mais a l’avantage de s’intéresser à l’idiosyncrasie des siens.

Mais ni l’une ni l’autre n’est en mesure de PROUVER qu’elle guérit nécessairement. C’est bien pour cette raison que le médecin n’est pas tenu, juridiquement, à une obligation de résultat, mais seulement de moyens. Il doit faire ce qu’il pense être juste en fonction de ses connaissances et des connaissances généralement admises, pour améliorer l’état du malade. Allopathe ou homéopathe, il n’est pas tenu de le guérir.

Et n’oublions pas, de toute façon, selon le mot même de notre ministre de la santé, que « la majorité des maladies guérissent toutes seules »…

Bien sûr, la « médecine basée sur les preuves » est un critère important de sécurité, important mais insuffisant pour garantir à lui seul la qualité ou l’efficacité du soin. Le savoir faire, l’honnêteté intellectuelle et morale, l’ouverture d’esprit, l’intuition, voire la créativité et la chance, interviennent aussi dans la réussite de toute thérapie.

Or, sur ce point, l’homéopathie a des atouts, et même des avantages.

Des atouts : le témoignage, ininterrompu depuis plus de 220 ans, de milliards de personnes qui se sont déclarées – et se déclarent toujours – guéries ou soulagées par son usage ! Le témoignage continu de centaines de milliers de médecins dûment formés, y compris hospitaliers, qui, agissant avec éthique et esprit de responsabilité, ont observé – et observent toujours – la guérison ou l’amélioration de l’état de leurs patients.

On ne peut mépriser, rayer d’un trait, tous ces témoignages ! Si raisonner scientifiquement, c’est ignorer ces réalités, alors la science est inhumaine ! Alors la Science s’oppose à la Raison qui, elle, face à l’immensité des usages, ne peut qu’accorder, au minimum, une présomption d’efficacité à l’homéopathie ! Même si elle ne dispose pas d’un modèle théorique suffisant pour expliquer cette efficacité thérapeutique .

C’est ce qui embarrasse la science, et même l’importune. Mais, au lieu de penser, avec l’humilité qui caractérise les grands esprits, qu’elle ne sait pas tout, et même que ce qu’elle ignore est encore plus considérable que ce qu’elle a acquis, que l’homéopathie fonctionne peut-être sur des principes encore insoupçonnés, la médecine allopathique fait le choix de l’intolérance, lui dénie TOUTE efficacité et veut l’interdire de remboursement. L’orgueil de ses zélateurs les pousse même à traiter leurs confrères homéopathes de « charlatans », alors que la France possède le nombre de médecins homéopathes le plus important au monde : plus de 20 000, principalement des généralistes.

Hypothèses tournées en dérision

Pour expliquer l’étrange fonctionnement de l’homéopathie, plusieurs hypothèses ont été avancées, certaines, formulées par son fondateur Hahnemann. Elles n’ont pas été confirmées, en premier lieu parce qu’elles n’ont pas fait l’objet d’un effort intellectuel suffisant.

Pire, les quelques tentatives modernes, encore tâtonnantes, qui osent s’exposer sont tournées en dérision et parfois violemment combattues.

Sans aborder ce sujet, nous pouvons faire au moins ce constat : réduire la légitimité d’une méthode à la seule pharmacologie et omettre – parce que non mesurable – tout le champ de l’humain, c’est raisonner comme si notre corps n’était qu’une machine ! C’est un choix réductionniste, matérialiste, arbitraire et donc abusif.

Le corps, impossible à dissocier de l’esprit humain, ne fonctionne pas comme une pure mécanique, ce que laisse pourtant supposer une médecine prétendument « rationnelle », uniquement basée sur « les données acquises de la science ».

Or, et c’est là l’un des avantages, évoqués plus haut, de l’homéopathie : elle tient compte de cette globalité de l’être humain. Le médecin homéopathe prend le temps et la peine de faire parler son patient pour mieux le connaître, lui et ses habitudes, ses fonctionnements, etc. Il sait l’importance du lien corps/esprit et sait comment l’intégrer dans sa démarche curative (et préventive). Tandis que son « concurrent » allopathe se limite trop souvent à l’observation du symptôme et à l’action pharmacologique. Et l’on sait la triste place tenue par la France dans l’hyperconsommation de médicaments, notamment de psychotropes.

Autres avantages de recourir à l’homéopathie : l’absence d’effet secondaire (au contraire de la médecine allopathique dont les médicaments chimiques peuvent, au lieu de guérir, causer la mort : autour de 20 000 morts chaque année !) ; son faible coût tant pour le patient que pour la solidarité nationale, etc.

Le troisième défaut de raisonnement est donc de dédaigner volontairement, au nom d’une science qui cache en fait une position idéologique (le matérialisme), tous les atouts et avantages réels de l’homéopathie.

La Culture a-t-elle fait la « preuve scientifique » de son intérêt ?

Le quatrième vice de pensée est d’avoir décrété que « ce n’est pas à la solidarité nationale de payer pour des thérapies sans effets scientifiquement prouvés ». Pourquoi le « scientifiquement prouvé » serait-il le seul critère du déclenchement de la solidarité nationale ? Si l’homme n’était qu’un corps, qu’une machine sophistiquée, peut-être. Mais l’homme est un tout : corps, esprit, sensibilité. Ainsi, pourquoi l’État prévoit-il, dans son dernier budget, de dépenser 10 milliards d’euros pour la Culture ? Baudelaire, Gounod, Picasso, pour ne parler que d’eux, ont-ils fait la “preuve scientifique” de leur intérêt ?

Non, nous acceptons de financer l’art et la culture parce qu’ils concourent à l’épanouissement des citoyens. L’homéopathie, n’importe quelle enquête sociologique ou même épidémiologique pourrait le démontrer, concourt au bien-être des Français et cela, sans effet délétère.

C’est pourquoi, en tant qu’art de soigner et de se soigner de façon douce et respectueuse, elle doit être absolument encouragée. Inscrits au remboursement en 1984, les produits homéopathiques ont longtemps été remboursés à 65%. En 2011, le taux a été abaissé à 30%. Le gouvernement d’alors avait fait preuve de sagacité. Devant la présomption d’efficacité thérapeutique de l’homéopathie, mais dans l’impossibilité de mesurer celle-ci avec précision, il avait déterminé le niveau de remboursement au tiers de son coût, ce qui paraît un excellent compromis. Compromis que nous invitons le gouvernement à retrouver, ce qui apaiserait cette querelle artificiellement provoquée par l’intolérance et la prétention, et réconcilierait les Français. En effet, 72 % d’entre eux croient aux « bienfaits » de l’homéopathie (sondage Odoxa janvier 2019).

> Rembourser l’homéopathie à 30 %, ce serait reconnaître que cette méthode thérapeutique, même si son action pharmacologique n’est pas clairement établie, a fait en revanche clairement la preuve, de par le monde entier, de son impact bénéfique sur l’état de santé de milliards de personnes.

Plus largement, il faut profiter de ce débat pour étudier sous quelles conditions les autres médecines non conventionnelles (comme la médecine traditionnelle chinoise), très populaires pour beaucoup d’entre elles, pourraient trouver leur place dans un système de soins complémentaire, sûr et de qualité (voir lien ci-dessous).

>> Voir aussi :

Comment l’idée de labelliser les médecines non conventionnelles a été enterrée

Le Dr Edouard Broussalian, médecin homéopathe, réfute les arguments des contempteurs de l’homéopathie

Emmanuel Macron : « Il faut réfléchir au statut de l’information »

Le référendum d’initiative citoyenne (RIC) risque d’être manipulé tant que la vérité de l’information n’est pas mieux assurée par les médias.

Le président de la République s’est invité par surprise le jeudi 24 janvier dernier au débat citoyen de Bourg-de-Péage (Drôme). L’occasion pour lui d’exprimer la nécessité de réfléchir à ce que doit être le « statut de l’information » à l’heure où tout ce qui circule sur les réseaux sociaux peut être plus facilement cru que ce que les journalistes diffusent.

En réponse à une question sur ce qu’il pensait du RIC (référendum d’initiative citoyenne), réclamé par les “gilets jaunes”, Emmanuel Macron a voulu montrer les risques d’une telle entreprise dans un contexte où la vérité de l’information n’est pas assurée. Évoquant l’exemple du référendum britannique pour la sortie de l’Union européenne (Brexit), où promesses et affirmations fantaisistes des politiques, relayées sans recul tant par la presse que par les réseaux sociaux, ont conduit à un résultat que beaucoup déplorent aujourd’hui, il a plaidé pour une reconstruction de la confiance, par une révision de notre « rapport à la vérité ». La collectivité toute entière comme les professionnels des médias sont invités à œuvrer pour que les débats puissent être véritablement « instruits, transparents et apaisés », cela ne pouvant s’acquérir que sur la base d’informations fiables et déontologiquement élaborées.

Par ailleurs, l’idée de la création d’un Conseil de presse, pour réguler l’information, a été exposée sur France Info le 24 janvier dernier par le président de l’Observatoire de la déontologie de l’information (ODI).
Rappelons que cette idée avait été portée par l’Association de préfiguration d’un conseil de presse (APCP, dont le signataire de cet article fut membre co-fondateur) avec le soutien de l’Alliance internationale des journalistes.

Les trois intervenantes de la 2e Journée du Guérisseur du 24 février 2019

La 2e Journée du Guérisseur aura lieu le dimanche 24 février 2019, de 9 h à 18h, toujours au Forum 104, salle Glycines, 104 rue de Vaugirard à Paris 6e, métro St-Placide ou Montparnasse. Trois intervenantes sont programmées : Geneviève Bérigaud, Martine Gardénal et Paule Ryckembeusch.

A côté de la médecine conventionnelle, de multiples approches thérapeutiques complémentaires sont proposées aux personnes qui souffrent.

Certaines d’entre elles s’inscrivent directement dans le paradigme de l’Esprit. Les Journées du Guérisseur réunissent des praticiens et praticiennes qui s’inscrivent dans cette perspective et s’efforcent d’en faire bénéficier le public.

Avec un souci central : inviter chacune et chacun à prendre sa santé et sa vie en mains, en conscience, le mieux et le plus complètement possible.

Les trois intervenantes

Geneviève Bérigaud

Naturopathe (diplômée d’État du Québec), enseignante en relaxation, sophrologie et Qi Gong et hygiène de vie naturelle. Le pouvoir de la pensée, de la parole, du Verbe et de l’imagination dans la guérison.

Martine Gardénal

Médecin homéopathe, médecin du sport, formatrice et auteure. La confiance dans le processus de guérison.

Paule Ryckembeusch

Heilpraktiker (homéopathie, phytothérapie, réflexologie…), chercheure indépendante en mémoire cellulaire énergétique et auteure. La santé physique, psychique et émotionnelle.

Le matin (9h30-12h30)

– Présentation de la journée, par Jean-Luc Martin-Lagardette, journaliste, essayiste.

– Présentation des démarches des intervenantes. Échanges avec le public.

L’après-midi (14h-17h30)

– Les praticiennes présentent leur démarche individuellement ou par ateliers.

– En fin de journée, partage permettant l’expression de critiques, d’avis et de suggestions.

> Prix de la journée : 50 € (une personne) ou 80 € (deux personnes).

Grilles de lecture (GDL), 13 rue des Millepertuis, 71710 Marmagne.

GDL est une association loi 1901. Le prix de la journée est destiné à couvrir les frais d’organisation (location de la salle, etc.). Les intervenantes sont bénévoles.

Journée organisée par J-L M-L (Débredinoire.fr) et parrainée par Ouvertures.net.

> Renseignements : 06 76 54 01 57.

(Photo de Une : Martine Gardénal)

Neelam Makhija : soupçonné à tort d’être un guru indien, il fait deux mois de prison préventive

Neelam Makhija. Il a eu le malheur d’avoir, pour la France, une tête de guru indien…
Photo : J-L M-L

Neelam Makhija, 71 ans, partage sa vie entre Bombay (Inde) et Toronto (Canada). D’origine indienne, il est également citoyen canadien. Ingénieur en électronique de troisième cycle (MSEE) et titulaire d’un master of business administration (MBA), il a fondé et dirigé pendant 23 ans au Canada une entreprise spécialisée dans l’électronique haute technologie. Retraité depuis 2006, il passe son temps entre le Canada et l’Inde où vivent ses deux filles et ses petits-enfants.

Cécile Tousignant.
Photo : J-L M-L.

Entre 2010 et 2014, il rend plusieurs visites en France à son amie canadienne Cécile Tousignant, qu’il connaît depuis 2007. Elle est coach de vie et professeur de méditation inspirés d’un maître indien[1] (en France et au Québec). Celle-ci invite son ami à participer à trois de ses stages de méditation d’une durée respective de 2, 4 et 7 jours.

 Descente de gendarmerie

24 novembre 2014, M. Makhija est à Fontainebleau avec un petit groupe de 6-7 personnes en méditation quand une escouade de gendarmerie surgit à 7h du matin dans la maison privée où Cécile Tousignant anime un stage. Elle arrête Mme Tousignant et son ami ainsi que deux autres participants. Elle intervient suite au « signalement » auprès du Centre contre les manipulations mentales (CCMM) déposé par le père d’une de ses anciennes élèves. Les gendarmes, environ une vingtaine, tous armés, se comportent comme pour sauver les stagiaires d’un grave danger imminent.

Mme Tousignant et Neelam Makhija sont séparés et devront rester un an sans avoir le droit d’aucun contact entre eux ou de se voir.

Après un interrogatoire de quelques heures (sans la présence d’un avocat), le traducteur désigné explique brièvement les accusations : M. Makhija aurait « utilisé des moyens frauduleux pour manipuler des esprits en état de sujétion psychologique et les escroquer. Il aurait eu recours à des techniques mentales et créé une atmosphère indienne mystérieuse pour influencer ces gens en situation de faiblesse ». Et il appartiendrait à « la secte » du guru (maître spirituel indien) Osho.

Les accusés sont gardés en prison séparément pendant huit semaines « car nous étions des étrangers et parce que le juge d’instruction était trop occupé pour nous rencontrer », explique Neelam Makhija. « Les gendarmes qui nous ont arrêtés ont dit aux autorités de la prison que nous faisions partie de la secte du gourou du sexe d’Osho. Ensuite, la juge m’a rencontré : elle voulait tout savoir sur moi, ma vie, Osho et les gourous indiens et la spiritualité indienne. Pour moi, ce fut un choc car j’étais juste un visiteur ! Je n’avais pas de client ni de travail ici. Je ne parle même pas la langue française. Ils ont dit qu’ils avaient des pages d’accusations criminelles contre moi. Or, j’étais juste un touriste de passage pour trois semaines en France, avec un billet de retour à Bombay. Je ne comprenais pas pourquoi on s’en prenait à ma culture ! »[2]

Makhija doit retourner en Inde auprès de sa famille qui l’attend dans les dix jours. Entretemps, arrêté, il demande à son avocat commis d’office de contacter sa famille. Il n’y est pas autorisé. Une fois en prison, il doit attendre deux semaines avant de pouvoir appeler à sa fille : « Mes enfants et petits-enfants étaient très inquiets de ce qui pouvait arriver à leur père de 70 ans. Coupés de toute communication, ils ont pensé que j’étais malade ou… mort ».

« Ils réussissent à criminaliser la « loi éternelle » hindoue »

Neelam Makhija : « Mon séjour forcé en France m’a donné l’occasion d’enquêter sur le système en place. J’ai pu expérimenter, de première main, la manière dont la discrimination culturelle et religieuse est mise en œuvre par le gouvernement. En appliquant de longues et obscures procédures judiciaires, une rigidité bureaucratique et une attente surchargée devant les tribunaux, des gens ordinaires, comme moi-même, sont harcelés. Tout cela, juste pour empêcher (sans grand succès, je pourrais ajouter) l’afflux en France d’autres idées et visions du monde.

« Concernant les nouveaux mouvements religieux, j’ai pu constater que presque tous les enseignants spirituels indiens (gurus), éminents et hautement respectés là-bas, qui ont eu ou suivaient des disciples occidentaux, sont sur la liste de la Miviludes (maintenant cachée). Ils sont classés comme « dérives sectaires ». Cette attitude du gouvernement français, pris dans son ensemble, réussit à criminaliser le « Sanatana Dharma » (« loi éternelle ») et le patrimoine spirituel et culturel indien !

Des enseignants spirituels indiens jouissant d’une réputation mondiale à l’ONU, au Royaume-Uni, aux États-Unis, au Canada et dans les autres pays d’Europe, sont sur cette liste. Beaucoup de ces enseignants spirituels sont morts et maintenant leurs dévots et leurs pratiquants sont ciblés et harcelés. Même les centres de yoga et de méditation de pleine conscience sont suspects.

« Tous sont susceptibles des foudres de la Miviludes [mission interministérielle chargée d’alerter sur les « dérives sectaires »] et de la loi About-Picard [loi anti-secte de 2001].

« J’ai partagé mes conclusions sur les enseignants spirituels indiens avec le secrétaire général principal du ministère indien des affaires extérieures, lui demandant de porter cette question à l’attention de Sri Modiji (premier ministre) et Mme Swarajji (ministre de affaires extérieures). J’ai également diffusé mes informations aux éminents enseignants spirituels vivant en Inde et qui ont une large présence en France, comme Sri Sri Ravi Shankar et Amma. J’ai contacté le Dalaï Lama, bien connu et respecté en France et lui ai envoyé une liste des instituts bouddhistes considérés comme « à risque sectaire » par la Miviludes. »

Après près de deux mois passés en prison, sans procédure régulière devant un tribunal, où il aurait pu se défendre, et après avoir payé une caution de 50 000 euros, M. Makhija est interdit de sortie du territoire pendant deux ans et demi ! Une véritable séquestration.

Durant cette période, le juge d’instruction ne l’a rencontré qu’une seule fois, le 15 janvier 2015. Le 26 janvier, il sort de prison. En mars, le juge d’instruction interroge tous les clients de Cécile Tousignant. Ceux-ci déclarent n’avoir eu aucun problème avec Neelam Makhija. La plupart disent qu’ils ne le connaissaient pas et tous affirment ne pas lui avoir donné d’argent. Pourtant, lorsque son avocat, François St-Pierre (Lyon), demande à plusieurs reprises au juge pour son client la permission de quitter la France pour s’occuper de ses affaires au Canada et visiter sa famille en Inde, avec l’intention de revenir dans six semaines, le juge refuse.

Retenu deux ans et demi contre son gré et sans procès

L’avocat interjette appel de la décision du juge. Trois mois plus tard, la cour d’appel rejette la demande, arguant qu’il y avait des accusations criminelles pendantes.

En juillet 2015, il devient clair qu’aucun des stagiaires, « qui appartenaient dans l’ensemble à des catégories socio-professionnelles supérieures et avaient plutôt fait des études supérieures », n’a de grief contre l’Indo-canadien. Ses avocats demandent donc au juge de changer son statut en celui de « témoin assisté ». Demande aussitôt rejetée. Les avocats obtiennent de s’adresser à une autre cour d’appel. Après neuf mois d’attente, la décision du juge d’instruction est confirmée par cette deuxième cour. Aucune raison n’est donnée.

Entretemps, à la fin de novembre 2015, soit un an après l’arrestation, les enquêtes sont terminées, à l’exception d’une nouvelle audition de Cécile Tousignant qui a lieu en mars 2016, ce qui reporte la clôture de l’enquête à novembre 2016.

« Je suis donc resté en France près de deux ans et demi après mon arrestation, sans procès et sans aucune possibilité de me défendre devant un tribunal ! se plaint M. Makhija. Un tel droit, je l’aurais eu dans n’importe quel pays anglophone. Apparemment, en France, il n’y a pas de magna carta ou d’habeas corpus et la présomption d’innocence n’existe pas ! ».

L’enquête terminée, le procureur donne ses observations au juge. Grosse surprise : il dit que les 29 victimes de la manipulation mentale ne sont plus des victimes car elles n’ont pas déposé de plainte. De même, toutes les accusations de blanchiment d’argent sont abandonnées !

De « vraies fausses » victimes

Makhija a le soutien de Susan Palmer, professeure à l’université Concordia et au collège Dawson, à Montréal, Québec. Elle lui a écrit en ces termes : « C’est absolument scandaleux ! Enquêtant sur le cas d’Arnaud Mussy (la première application de la loi About-Picard), j’ai assisté à des choses similaires. Les “victimes” avaient insisté sur le fait qu’elles n’étaient pas des victimes. L’Unadfi [association “antisecte”] avait [pourtant] déposé plainte en leur nom, contre leur volonté ou à leur insu. Le juge a déclaré que le fait de ne pas avoir réalisé qu’ils avaient subi un lavage de cerveau était la preuve qu’ils avaient subi un lavage de cerveau ! On dirait que votre juge d’instruction est distrait et ne prend pas la peine de faire son travail. On se croirait dans une nouvelle de Kafka ! »

Sa « présence silencieuse » suffit à manipuler les stagiaires

En décembre 2016, Neelam Makhija reçoit un texte en anglais du juge d’instruction. C’est la première communication dans cette langue qu’il obtient du système judiciaire français.

Enfin, il peut comprendre le contenu de l’affaire. Ce qu’il lit dans ce texte lui paraît incroyable. Alors que M. Makhija ne parle pas français, sa « présence silencieuse » était suffisante pour « manipuler » les gens faibles d’esprit. Il allègue que l’accusé a créé une « atmosphère mystérieuse » pour affaiblir les participants sous couvert de philosophie indienne. Or, tout ce qu’il a fait, c’était d’éteindre les lumières, utiliser des bougies, des bâtons d’encens et de passer de la musique donnée par les participants !

Toute cette affaire est incompréhensible. Les avocats disent n’avoir jamais rencontré un cas comme celui-ci. L’hypothèse générale est que cette accusation de manipulation mentale du juge d’instruction était si faible que si on laissait M. Makhija quitter la France, son grief contre Cécile Tousignant tomberait aussi. Tous leurs efforts auraient été perdus, les rendant ridicules aux yeux de leur hiérarchie. Surtout quand tant d’argent et d’efforts avaient été dépensés, enquêtant sur une histoire fabriquée.

Le procureur abandonne les charges

Finalement, le procès a lieu le 2 juin 2017, après une « balade » de 30 mois. Le procureur dit qu’il abandonne l’accusation de manipulation mentale de personnes en état de faiblesse car il n’a aucune preuve pour soutenir les accusations. Il avoue au juge que, dans ce cas, la justice a été « un peu enthousiaste » dans cette affaire et qu’elle a pris un temps démesuré pour la traiter. Il abandonne également les accusations de blanchiment d’argent car il n’a aucune preuve que M. Makhija ait reçu des fonds de Mme Tousignant.

Les juges, désireux d’abréger cette affaire embarrassante, concluent rapidement. Ils délibèrent moins d’une heure et blanchissent le prévenu, le condamnant à une amende symbolique pour avoir donné quelques conseils au téléphone pour apaiser Cécile Tousignant[3], qui s’inquiétait des soupçons de travail dissimulé qui étaient portés à son encontre.

Tout ça pour ça !

« Quoi qu’il en soit, tout ce qui s’est passé ici en France m’a fait perdre des années de vie (du 28 novembre 2014 au 2 juin 2017 et plusieurs mois jusqu’à ce que tout soit réglé). Une perte coûteuse de jours précieux à mon âge ! L’histoire a été montée par la Caimades (gendarmerie spécialisée dans « l’emprise mentale ») sensibilisée par la Miviludes, avec la complicité du juge d’instruction et du psychiatre fonctionnant selon les vues de la Miviludes. Ils ont imaginé que j’étais un grand gourou indien, du mouvement Osho, qui aurait formé et exploité des gens comme Cécile, qui elle-même aurait été manipulée par des gens comme moi. Ils ont passé deux années à enquêter, cherchant des preuves pour justifier leur idée fixe. Finalement, n’ayant rien trouvé, ils ont collé ensemble des bribes d’informations hors contexte pour tenter de justifier leurs conclusions.

« Ce sont les gendarmes qui nous ont manipulés »

« Ils ont donné à la cour l’analyse sur moi du Dr Danet (psychiatre) et l’opinion d’un psychologue qui avait été invité à me rencontrer à la demande de la défense. Celle-ci fait remarquer que leurs évaluations étaient totalement contradictoires, comme s’ils avaient rencontré deux personnes différentes, et non le même Neelam, soulignant la nature subjective de ces évaluations.

« Au tribunal, cinq des stagiaires de Mme Tousignant ont laissé entendre aux juges que ce n’était pas elle, mais les gendarmes de la Caimades qui ont tenté de les manipuler, leur disant des mensonges sur elle.

« Dans son ignorance la plus totale, la Miviludes et ses alliés dénigrent la culture et la spiritualité indiennes. Une culture avec une sagesse ininterrompue de 15 000 ans !

« J’espère que le pouvoir politique en place examinera de près le prix payé par la dégradation de l’image de la France dans le monde en raison de son soutien à des instances comme la Miviludes. »

Ces deux mois de prison et ses deux ans et demi d’interdiction de sortie du territoire de M. Makhija l’ont coupé brutalement des affaires qu’il conduisait au Canada et en Inde, entraînant des pertes sèches. A quoi il faut ajouter ses frais d’avocat et les dépenses diverses occasionnées par toutes ces péripéties.

Le préjudice dépasse les 600 000 €

M. Makhija a fait le calcul : le montant du préjudice dépasse 600 000 € !

Et on ne parle pas des autres conséquences non financières : années de vie perdues à un âge avancé ; violation de la confidentialité des communications ; atteinte au respect de soi et perte de crédibilité auprès de sa famille (suite à ces accusations, ses enfants et petits-enfants ont été profondément choqués et perturbés) et de ses associés professionnels ; perte d’intimité ; stress important, etc.

L’Indo-canadien souhaite obtenir réparation et cela, dans deux directions :

– Indemnisation pour « abus de pouvoir criminel » par la Miviludes et l’État français pour préjudice moral et angoisse émotionnelle grave.

– Dénonciation du « racket » de la Miviludes qui lui permet d’utiliser la force publique de façon malveillante pour harceler et causer des torts, avant même tout jugement, aux personnes qu’elle considère comme suspectes en raison de ses critères subjectifs.

L’avocat, dans un premier temps, avait envisagé d’agir selon ces voies.

Aujourd’hui, il fait savoir à Neelam Makhija : « Je comprends votre colère mais nous ne pouvons rien faire en ce qui concerne la Miviludes »…

>> Toutes ces souffrances, tous ces préjudices, toutes ces dépenses publiques : tout ça pour rien !

Malheureusement, il est à craindre que les auteurs de ces dérives, qui œuvrent officiellement au cœur même de nos institutions, ne seront ni inquiétés, ni empêchés de continuer de nuire.

Quand donc la France sortira-t-elle de son racisme anti-spirituel ? Qui, hormis notre magazine, dénoncera la machinerie arbitraire mise en place par le pouvoir, avec sa police spécialisée contre les démarches « différentes » (Caimades), son organisme chargé de diffuser des rumeurs non fondées et de faire peur aux Français (Miviludes) et ses associations d’incitation à la haine des spiritualités, financées par l’Etat (ici CCMM) ?

______________________________

[1] Comme la majorité des techniques de méditation enseignées et pratiquées en Occident aujourd’hui.

[2] Osho, mystique indien, mort en janvier 1990, officiait sans problème dans son pays. Il est l’une des multiples figures spirituelles indiennes, qui ont inspiré Neelam Makhija et Cécile Aashti. Osho a développé, plusieurs techniques de méditation au long de sa vie. « Ses techniques sont disponibles à tous sur internet et dans des livres partout dans le monde en plus de 30 langues, précise Neelam. Le fait que j’utilise ses techniques pour moi-même n’a rien à voir avec l’appartenance avec aucun mouvement. Dans la culture indienne, ce terme ‘mouvement’ ne fait aucun sens. »

[3] L’accusation d’emprise mentale a été aussi abandonnée, envers Cécile Tousignant dont le compte bancaire a été saisi sous le prétexte de « travail dissimulé ».

> Article Neelam Makhija English.

La Journée du Guérisseur le 28 mai 2018 à Paris parrainée par Ouvertures

Ambroise Paré et l’examen d’un malade. James Bertrand (1823-1887).

« Je le pansais, Dieu le guérit » : tout le monde connaît cette fameuse phrase d’Ambroise Paré (1510-1590), souvent présenté comme le père de la chirurgie moderne.

Il a effectivement beaucoup apporté à la chirurgie, en particulier en traumatologie. Sa célébrité tient aussi au fait qu’il n’était pas médecin de formation mais barbier-chirurgien ! Grande figure médicale de la fin de la Renaissance, il s’est également opposé aux dogmes médicaux de l’époque.

Malgré les oppositions, il finit par obtenir le titre de docteur en chirurgie avec l’appui du roi en 1554 (voir Ambroise Paré, le père de la chirurgie moderne).

Cette anecdote peut nous faire réfléchir. La période préscientifique du Moyen-Âge, au cours de laquelle la médecine n’était pas aussi pointue, encadrée et administrée qu’aujourd’hui, n’était-elle pas aussi de ce fait plus ouverte que la nôtre ? Plus propice à l’innovation individuelle et à un empirisme fertile ?

Un regain indéniable

Certes, nous ne pouvons que nous féliciter de bénéficier de nos jours des multiples savoirs et techniques thérapeutiques qui ont permis d’immenses et incommensurables progrès. Et de l’abandon de méthodes douteuses ou charlatanesques.

Mais sommes-nous suffisamment ouverts et modestes pour reconnaître que nous ignorons encore énormément de choses ? Et que des personnalités non académiques mais curieuses et intuitives, ou rattachées à des traditions anciennes, peuvent avoir accès à des connaissances non encore formalisées mais efficaces et bienfaisantes ?

Depuis quelques décennies, les « guérisseurs » se sont multipliés, de nouvelles disciplines sont apparues et des méthodes ancestrales, comme le chamanisme, connaissent un regain indéniable. Les thérapies non conventionnelles, qu’elles soient traditionnelles ou plus récentes, suscitent en effet l’intérêt grandissant des malades.

Photo CCO Creative Commons.

La médecine conventionnelle, pour de très nombreux Français, n’est désormais plus le seul recours. Pour traiter leurs dysfonctionnements physiques et psychiques, beaucoup font maintenant appel aussi à l’hypnose, l’Âyurveda, la méditation, le magnétisme, l’homéopathie, l’aromathérapie, la fasciathérapie, le reiki, etc.

Toutes ces méthodes reposent sur des paradigmes différents de ceux développés par la médecine scientifique occidentale. Elles font notamment un lien entre le corps et l’esprit qui doivent être considérés comme les deux faces d’une même réalité.

L’effet placebo pourrait sans doute être convoqué pour expliquer leur impact sur la santé des malades. Mais l’effet placebo lui-même garde encore une grande part de mystère.

Le 70e miracle de Lourdes

Pensons également aux « miracles » comme celui que l’Église, par le biais de son Comité médical international de Lourdes (Cmil), a reconnu le 11 février 2018. La guérison de sœur Bernadette Moriau, qui avait recouvré toutes ses facultés physiques après un pèlerinage à Lourdes, est le 70e « miracle » survenu dans la cité mariale à être reconnu. Il y a deux ans, le Cmil avait tranché : « Guérison inexpliquée dans l’état actuel des connaissances scientifiques ».

Ainsi sommes-nous loin de tout savoir sur le corps et l’esprit humains, sur la nature de l’esprit, malgré l’extraordinaire panoplie de moyens que la science a permis de concevoir pour soigner nos maux.

Certes, il y a à boire et à manger parmi ces praticiens sans patente. Et tout le monde n’est pas prêt à reconnaître le caractère miraculeux des guérisons religieuses. Mais quel médecin honnête, y compris le plus matérialiste ou le plus athée qui soit, n’a jamais assisté, dans l’exercice de son art, à la rémission improbable d’un patient, à un rétablissement pensé impossible, à une guérison inexpliquée en l’état de ses connaissances ?

Professionnalisme et transparence

En attendant que ce dossier des voies non conventionnelles et des guérisons qu’elles obtiennent soit examiné avec toute la rigueur, l’honnêteté intellectuelle et l’ouverture d’esprit qu’il requiert, des acteurs, médecins et non médecins, explorent ces voies « différentes » avec professionnalisme et transparence.

Pour faire entendre leurs témoignages et leurs explications, pour les interpeller en direct, une Journée du Guérisseur est organisée au Forum 104 à Paris, le lundi 28 mai 2018, avec les quatre intervenants suivants :

  • Dominique Bourdin, docteur en médecine et psychothérapeute. Structure vibratoire (ou aura). Couleurs et guérison (chromobiologie, chromothérapie).
  • Jacques Dubreuil, professeur de yoga, naturopathe, président de l’Omnium des libertés. La guérison spirituelle.
  • Pierre Moorkens, entrepreneur, président de l’Institut du neurocognitivisme (INC). Neurosciences et guérison.
  • André Siméant, chef d’entreprise, psycho-conseil. Guérison par l’accueil du Verbe.

La journée est parrainée par Ouvertures.

Henri Monfort, qui dit ne plus manger depuis 2002, quitte la vie publique

Henri Monfort, en mars 2018, dans la région nantaise. Photo : J-L M-L.

Cliquer sur l’image pour regarder/écouter la vidéo ↑

Aussi acabradantesque que cela puisse paraître, cet homme de 65 ans, désormais à la retraite, vit, selon ses affirmations, sans ingérer de nourriture solide ni de jus de fruits ou de légumes. Il se contenterait de boire un peu d’eau et ne dormirait plus qu’une heure par nuit.

Nous l’avions interviewé en 2010 (vidéo en 3 parties) :

1 – J’ai rencontré l’homme qui dit ne plus manger depuis près de huit ans

Depuis 2002, année où il a démarré son étrange démarche, il a donné de nombreuses interviews et conférences (visibles sur la Toile) : « Je suis un pionnier, j’explore une terre totalement inconnue. Pour la médecine, je suis mort, puisqu’on ne peut survivre à trois mois d’absence de nourriture physique. Mais je ne maigris pas et suis en bonne santé ! Je ne fais pas de prosélytisme. Je vis le présent, au-delà de la dualité esprit/matière. Aujourd’hui, je suis pranique. Demain, je ne sais pas. Je me laisse guider par mon intuition. Je ne cherche absolument pas à faire des émules, mais j’explique ma démarche à celles et ceux qu’elle intéresse. Je participerai encore à quatre groupes praniques cette année, deux dans la Drôme, un en Italie, l’autre en Tchéquie. Ensuite, j’arrête ».

Bien évidemment, le cas Henri Monfort dérange. La Miviludes classe le respirianisme parmi les « dérives sectaires » et les « antisectes » l’ont dans leur collimateur.

Henri Monfort a reçu des menaces de mort s’il continuait ses conférences.

Aujourd’hui, il aspire à la paix. Il souhaite se recentrer sur sa vie intérieure et consacrer plus de temps à ses enfants et petits-enfants qui, d’après lui, après une première période de vive inquiétude, se sont habitués au personnage et à ses fantaisies respirianistes : « Ils acceptent même que je leur fasse des soins ! »

> Tous nos articles sur les respirianistes et le prana.

 

Affaire Kabile : de graves irrégularités jamais élucidées

Thierry Kabile, un des fils de Mme Kabile dont on ne sait toujours pas vraiment où est la dépouille. Photo : J-L M-L.

Deux dates différentes de décès pour la même personne, entrée à l’hôpital pour une simple douleur au mollet. Deux corps transportés de deux hôpitaux différents pour une seule autopsie, autopsie pourtant déclarée effectuée quelques jours plus tôt. Des résultats d’autopsie incohérents. Une policière et un officier d’état-civil qui signent trois actes de décès pour la même personne dont on ne sait toujours pas vraiment où est le corps.

Cela fait beaucoup de choses pour les quatre enfants d’Eliane Kabile, et particulièrement pour Thierry, 54 ans, qui a donc entrepris plusieurs démarches judiciaires. Deux exhumations ont été ordonnées, mais là encore, des anomalies ont été constatées : des conditions de réalisation suspectes ; un cercueil exhumé différent du cercueil de l’enterrement ; une bouillie de plusieurs cadavres, dont une cage thoracique d’enfant ; un refus de communiquer les analyses d’ADN, le tout accompagné d’une condamnation pour « abus de procédure » ! Alors qu’il s’agissait simplement de vouloir la lumière sur cette douloureuse affaire.

« La pire enquête »

Photo de Mme Kabile publiée lors de l’émission “Sans aucun doute” de 2006.

C’est un dossier complexe, difficile, dont toute la presse a été informée mais qu’elle a très peu relayé. Au contraire de multiples sites et blogs non journalistiques sur internet.

Julien Courbet, animateur de « Sans aucun doute », avait reçu la famille éplorée en décembre 2006 : « C’est la pire enquête que nous n’ayons jamais eue à traiter. Elle glace le sang », explique-t-il en introduisant l’émission. Interrogé au téléphone par le journaliste, le médecin légiste qui a fait l’autopsie qualifie la famille de « pathologique ».

Le président Macron, alors candidat, avait répondu à la famille qu’il avait bien reçu son dossier et qu’il promettait de l’examiner.

Entretemps, une série d’actions en justice a été conduite, dont une citation directe, le 23 mars 2015, à l’encontre de Jean Maïa, agent judiciaire de l’État, devant la 11ème chambre correctionnelle du TGI de Paris, pour voies de fait et déni de justice. La demande a été rejetée. L’audience d’appel a été fixée au 12 septembre 2018.

La première présidente de la Cour d’appel de Paris, Chantal Arens, a fait répondre le 21 juin 2017 qu’elle allait répondre à la famille : elle est toujours silencieuse à ce jour, plus de six mois plus tard, malgré trois relances.

Confrontée aux réponses incomplètes voire à l’hostilité des autorités, la famille soupçonne un trafic d’organes masqué par des faux en écriture. Des conférences et des manifestations publiques devant le ministère de la justice ont été organisées des jours durant au cours de cette année avec l’aide de Politique de vie, le parti de Christian Cotten.

Affaire Eliane Kabile : la chronologie*

2000

– 22 décembre : Eliane Kabile, 64 ans, entre à l’hôpital de Gonesse (Val d’Oise) pour une douleur au mollet droit. Echographies négatives. Elle y reste jusqu’au 30 décembre.

2001

– 27 janvier : 2e hospitalisation : anémie, herpès, fièvre. Conclusions : insuffisance rénale, pneumopathie, péricardite.

– 09 février : entrée dans le service Dr Blin. Intubation, antibio, cathéter, épanchement péricardique, œdème pulmonaire lésionnel majeur (11/02), insuffisance rénale aigüe (12/02), myélogramme (13/02) : dysmyélopïèse.

Ce 9 février, le Dr Nizou écrit au médecin traitant de Mme Kabile (Dr Torjman) et l’informe du décès de sa patiente.

– 10 février : Mme Gaudimont voit sa sœur inerte, froide, intubée, écrans de contrôle muets, sauf celui du respirateur artificiel.

– 13 février : le chef service réanimation évoque une septicémie + décès arrêt cardiaque à 15 h15.

– 16 février : le procureur (TGI Pontoise) mandate le Dr Paraire, médecin légiste, pour une autopsie.

– 19 février : Elisabeth Humblot, capitaine de police, adresse deux requêtes de transport ce même jour :

• l’une au directeur de l’hôpital Gonesse : « Bien vouloir remette remettre le corps de Madame Kabile née le 02.08.36 aux Pompes funèbres générales (PFG) aux fins de transport à l’Institut médicolégal (IML) de Garches pour autopsie » (datée du 16 février !) ;

• l’autre au directeur du funérarium de Villetaneuse : « Bien vouloir faire effectuer le transport du corps de Kabile Eliane, décédée le 13.02.01 aux fins d’autopsie au Centre hospitalier de Garches. Bien vouloir procéder à l’enlèvement du corps de Kabile Eliane à l’hôpital de Garches et le transporter au funérarium de Gonesse ».

– 20 février : Conclusions autopsie : le décès résulte de l’évolution d’une leucémie aigüe entraînant un état de défaillance polyviscérale + lésions centres nerveux végétatifs, suffusions hémorragiques + état de choc. Pas d’infection nosocomiale.

Or, le rapport d’expert (Dr Reverberi) parlera de syndrome infectieux brutal. Le Dr Nizou évoque, lui, un « climat septique ».

Utérus absent. Les ovaires sont le siège d’infiltration tumorale leucémique. Or, après son hystérectomie, « notre mère avait été privée de ses ovaires ».

– 21 février : la mairie Gonesse « dresse » un acte décès n° 90. Or, le 21 mai 2014, une copie intégrale de la même mairie indique que le n° 90 concerne maintenant une certaine Jeanne Bergeron, décédée le 20 février 2001. En outre, le 7 août 2014, une autre copie intégrale indique que l’acte de décès de Mme Kabile a été dressé le 14 février 2001 (et non plus le 21 février). Et il porte maintenant le n° 81 !

Thierry Kabile : « Il faut juste rappeler que personne ne peut modifier un acte d’état-civil, sauf demande d’un procureur sur les très petites erreurs ou d’un juge du siège pour les corrections plus importantes. Or, cet acte, barré à la main de la mention “Annulé”, que j’ai découvert récemment et photographié, cet acte existe depuis 2001 dans le registre d’état-civil de Gonesse, aux pages soigneusement numérotées et tamponnées de rouge et qui ne peuvent formellement contenir qu’un seul et unique acte.

Étrangement, aucun juge, aucun procureur, aucun agent du gouvernement n’est allé voir de près ce registre. Or, il a été modifié par un officier de police judiciaire et par un officier d’état-civil, adjoint au maire de Gonesse. Personne n’a jamais cherché à comprendre. Personne, au sein des services de l’État, n’a ouvert la moindre enquête sérieuse et ce malgré les multiples dénonciations et procédures engagées par notre famille auprès de multiples autorités ».

– 26 février : suite à la plainte déposée par la famille, première inhumation au cimetière de Sarcelles-Village.

– 4 juillet : remise du rapport d’expertise (Dr Reverberi).

2002

– 12 février : plainte pour homicide involontaire et non assistance à personne en danger près le doyen des juges d’instruction.

– 30 juin : exhumation à 6h au lieu de 8h30.

A cette occasion, la famille constate la disparition de la dépouille du frère (suicidé à 20 ans) dans la sépulture où reposait également leur mère.

– 1er juillet : 2e autopsie, par Pr Durigon.

– 3 octobre : ouverture d’une instruction judiciaire.

– 13 novembre : expertise génétique ordonnée.

2003

– Prélèvements ADN : extraits du 8 juillet au 6 octobre sur les membres de la famille.

2004

– 12 janvier : conclusions de l’expert de Mazencourt : « Les prélèvements des 2 autopsies proviennent bien du même corps ».

Un dentier de Mme Kabile, qui aurait pu constituer une pièce à conviction génétique, a été lavé puis écarté par le médecin légiste Durigon.

– 27 janvier : ordonnance de refus d’acte : la date erronée du 30 juin 2003 du rapport d’autopsie serait une « pure erreur matérielle ».

2005

– 25 mars : plainte avec constitution parte civile pour homicide involontaire et non assistance à personne en danger ; pour atteinte au respect dû aux morts.

– mai : reportage France 3 (JT 19/20h) : « Le corps réinhumé suite à l’autopsie de 2003 n’est pas celui de notre mère ».

– 14 mai : dépôt du rapport Dr Urbajtel, expert judiciaire.

2006

– 16 février : information ouverte pour atteinte à l’intégrité physique d’un cadavre.

– 15/12 : nouvelle demande d’exhumation.

2007

– 20 juin : 2e exhumation.

Découverte cette fois-ci du corps de frère. Contestation des parties civiles sur l’identité du cadavre (cercueil et vêtements différents, médaillon, restes humains « frais »…).

Trois n° différents hospitalisation.

– 21/06 : l’expertise génétique (Nantes) confirme l’identité de la morte.

La famille exprime ses doutes sur l’identité du corps examiné par le légiste. Pas d’ADN dans le rapport.

– 26 juillet : ordonnance non lieu ; appel le 1er août.

– 11 septembre : demande de contre expertise ADN.

– 26 septembre : Refus de la juge d’instruction TGI de Pontoise, Émilie Burguière, pour vice de forme et absence de motivation.

2008

– 28 mars : condamnation de la famille à 15 000 € d’amende par Sylvaine Reis, vice-présidente du TGI Pontoise, pour constitution de partie civile abusive.

2014

– 12 août : plaintes contres hôpital, mairies Gonesse et Sarcelles, IML de Garches et trois professeurs.

2015

– 23 mars : citation directe effectuée à l’encontre de Jean Maïa, agent judiciaire de l’État, devant la 11ème Chambre correctionnelle du TGI de Paris.

– 21 mai : prescription + clôture 22 septembre.

– 03 novembre : action des parties civiles.

– 16 décembre : jugement TGI Paris : rejet des demandes.

2016

– 14 janvier : déclaration d’appel.

– 16 mai + 17 juin : conclusions de Thierry Kabile.

– La date de la prochaine audience d’appel civil est au 9 mai avec une audience formelle de clôture au 10 avril 2018. L’appel au pénal contre M. Maïa, agent judiciaire de l’État, est fixée au 12 septembre 2018.

* L’établissement de cette chronologie uniquement factuelle nous paru nécessaire pour deux raisons :

  • Parce que l’affaire, telle qu’elle est présentée sur le Net, est extrêmement embrouillée, mêlant événements, accusations et suppositions. Ici, nous nous sommes contentés de citer les faits tels qu’ils apparaissent dans les documents officiels ;
  • Parce que les citoyens ont le droit de connaître les tenants et aboutissants de cette affaire que les “grands médias” passent sous silence.

> Enquête de France-Culture sur l’affaire Kabile (2007).

> L’affaire Kabile sur France Inter (2007).

L’épistémologie retrouve la métaphysique mais pas… le sujet

Ce livre est la 3e édition, entièrement revue, d’une introduction à la philosophie des sciences (Philosophie des sciences. Une introduction, Michael Esfeld, Presses polytechniques et universitaires romandes Lausanne, Suisse). Il résume l’état actuel de la connaissance, présente les différents concepts et propose une évaluation de leur pertinence.

Michael Esfeld, professeur d’épistémologie et philosophie des sciences à l’Université de Lausanne, veut contribuer au développement d’une « nouvelle philosophie de la nature ». Il s’agit de s’appuyer sur les théories scientifiques pour élaborer, à l’aide des outils conceptuels de la philosophie analytique, une vision de l’ensemble de la nature.

Chaque chapitre contient un appareil pédagogique avec résumé, questions d’évaluations et propositions de travail. L’ouvrage est donc particulièrement adapté aux étudiants.

La deuxième partie, la partie principale, présente les principaux sujets de la métaphysique contemporaine de la nature en se focalisant sur la philosophie de la physique.

Lier physique et métaphysique

C’est l’intérêt principal, à nos yeux, de cet ouvrage : lier physique et métaphysique à l’instar des grands philosophes, qui étaient également de grands scientifiques (Aristote, Descartes, Leibniz…) ou, plus près de nous, Newton ou Einstein.

Une séparation s’est effectuée, à partir des 19e et 20e siècles, entre sciences et philosophie, « et ceci au détriment des deux », note l’auteur. « En effet, cette séparation eut pour conséquence que des physiciens, même éminents, mais manquant de la rigueur conceptuelle offerte par la philosophie, proposèrent des interprétations confuses de théories scientifiques (…) Du côté des penseurs qui ignorent le sciences, nombre d’entre eux annoncèrent la mort de la métaphysique sans en avoir compris les enjeux ». Heureusement, « depuis les années 1970, on assiste à une renaissance de la métaphysique (…) La philosophie des sciences a dépassé l’empirisme doctrinaire qui limite la tâche de la philosophie à l’analyse logique des théories scientifiques. Néanmoins, les efforts pour mettre en avant une philosophie de la nature sont toujours rares ».

C’est ce vide relatif que tente de combler la deuxième partie de cet ouvrage. L’auteur a certes réussi son pari si l’on se limite aux théories les plus en cour.

Et le sujet ?

On peut cependant regretter l’absence d’une problématique fondamentale, bien caractéristique, malheureusement, de notre époque qui a tendance à confondre représentation et réel, apparences et ontologie.

En effet, si les grandeurs physiques et les données sensorielles peuvent, aujourd’hui, être rapprochées par le biais de leur définition fonctionnelle, nulle part dans l’ouvrage ne sont questionnés la raison elle-même, ni la conscience ni le sujet observateur et calculateur, concepts qui sont pourtant au fondement de TOUTE construction et énonciation de connaissance, que celle-ci soit commune ou scientifique.

C’est un « oubli », certes présenté comme « volontaire » par les empiristes, mais extrêmement dommageable, car il sape les racines de toute construction intellectuelle, et particulièrement celle qui prétend s’efforcer à l’objectivité.

Dommage que la culture philosophique de l’auteur se soit limitée essentiellement aux philosophes analytiques et n’ait pas exploré l’approche d’un Husserl, par exemple.

Pour ce dernier, les sciences européennes sont en crise précisément pour avoir négligé d’investiguer scientifiquement le ou les « sens » du monde au moyen de ce qu’il a appelé la « réduction  phénoménologique », une version plus poussée du « cogito » cartésien. La subjectivité, première pierre solide de tout édifice conceptuel, doit selon lui impérativement être prise en compte au risque de s’engluer dans des approximations toujours dépassées, repoussant à jamais la perspective d’unité de l’univers théorique.

 

Les djihadistes sont bien plus rationnels qu’on ne veut le croire

Bien que le meurtre aveugle et aléatoire de civils semble ne pouvoir être expliqué par nul discours, répondre « Je ne veux rien entendre ! » à ce propos serait une grave erreur. Car ce serait se priver des moyens de mettre en place une réelle prévention idéologique, seule attitude susceptible de désamorcer les justifications avancées par les auteurs de ces crimes.

Le cadre de la recherche

Le livre « Soldats de Dieu ». Paroles de djihadistes incarcérés est rédigé par Xavier Crettiez et Bilel Ainine, tous deux membres du CNRS et de l’Observatoire des radicalités politiques (Fondation Jean-Jaurès) qui analyse depuis 2013 les dynamiques radicales, politiques et/ou religieuses.

Cet essai a pour objectif de comprendre et expliquer ce qui pousse des hommes à basculer dans une lutte armée contre des ennemis désignés et à soutenir des actes terroristes. Les deux chercheurs ont pour ce faire mené des entretiens avec treize individus incarcérés (essentiellement des personnes issues de communautés maghrébines entre 23 et 30 ans) pour avoir commis des actes terroristes ou entretenu des liens avec des groupes terroristes.

> Soldats de Dieu : paroles de djihadistes incarcérés
Par Bilel Ainine , Xavier Crettiez
Ed. de l’aube, fondation Jean-Jaurès

En effet, la lecture des témoignages recueillis par les deux scientifiques du CNRS le fait apparaître de façon flagrante : les djihadistes emprisonnés disposent d’un capital culturel non nul. « Nombre d’entre eux ont le baccalauréat, certains ont suivi des études supérieures », souvent dans des cursus scientifiques. Ils aiment et savent argumenter : « Le terrorisme se distingue de la violence criminelle ordinaire par sa dimension idéologique tout autant que par le choix de cibles civiles. Dans les deux cas, il faut pouvoir justifier le passage à l’acte violent et donc penser un tant soit peu les discours de légitimation de ses actes. Il faut savoir dire la violence autant que la pratiquer », écrivent les universitaires.

Approche « scientifique » du Coran

Le Coran, première source du droit musulman, est considéré par ces djihadistes comme un absolu qu’il faut lire dans son intégralité, sans écarter aucun passage. Il est plus « éclairant et rationnel que des religions comme le catholicisme », dit l’un d’eux. Il propose une lecture globale du réel et des réponses pratiques et concrètes aux questions que se pose le croyant. D’où une « critique féroce » à l’encontre des tenants officiels de leur religion, en France et dans les pays arabes accusés de pervertir le message de Dieu et d’en écarter l’aspect politique.

Les auteurs du livre ont été frappés par l’approche « presque scientifique » des textes sacrés que font la plupart des djihadistes : « Ils insistent sur l’idée qu’il ne faut pas suivre aveuglément un texte que l’on ne comprend pas. Ils en appellent à la raison individuelle pour aborder la religion et promeuvent le dialogue contradictoire et le débat pour approcher la vérité ».

Les seules choses qui ne se discutent pas sont la réalité de Dieu et les injonctions du Coran (y compris les commandements de meurtre).

Or, sur ces points, la rhétorique que notre société démocratique et laïque oppose peut apparaître comme faible et, parfois, injuste.

Faible car une personne portée par une ferme conviction s’affirme plus facilement qu’une personne qui doute, n’a pas de fondement solide, ou a seulement celui de la liberté. Injuste parce que la laïcité à la française – les djihadistes le lui reprochent tous – est parfois brandie pour exclure le religieux de la sphère publique.

Un vécu, soit dit en passant, aussi éprouvé par nombre de minorités spirituelles dans notre pays…

« Nul n’est innocent »

La rationalité des djihadistes est aussi philosophique : si Dieu existe et est partout, le hasard n’existe pas et l’intérêt de l’homme est de faire la volonté de son Créateur. C’est ce que disent aussi bien d’autres religions, comme la chrétienne qui enjoint à ses adeptes d’aimer Dieu « par dessous tout » !

La question de l’existence divine (et quel Dieu s’il existe ?) n’a pas été tranchée définitivement. La laïcité est une réponse a minima qui s’avère aujourd’hui incomplète, insuffisante, face à la vitalité de la religion musulmane (« la loi révélée est supérieure à la loi des hommes ») qui nous oblige, en quelque sorte, à reprendre la controverse à nouveaux frais.

Autre justification avancée par les djihadistes : la différence entre les discours droitdel’hommistes et les comportements impérialistes, cupides et violents de beaucoup de pays occidentaux, vus comme des « mécréants ». Voir, selon eux, ce qui s’est passé en Algérie, en Irak, en Syrie, en Libye, en Afghanistan, au Mali : « Tuer, ce n’est pas que mal, dans l’islam, ça peut être légitimé de même que, dans le Code pénal, on peut tuer par légitime défense. Les démocraties aussi tuent, bombardent, font des guerres ».

Abdel, par exemple, justifie les attentats de Paris au motif que nul n’est innocent dès lors que le gouvernement à été normalement élu : « Ils [les Français] sont tellement à l’ouest que, quand ils se font tuer, ils se posent la question : pourquoi ? On n’a rien fait, on est innocents ! On a un dirigeant pour lequel on a voté et qui démarre une guerre ! […] Mais là, si on est là, on boit et on s’amuse quand l’armée de son pays combat, eh bien, on doit subir ! »

Enrichir notre modèle de laïcité

Discours horrible d’insensibilité, certes, mais non dénué de logique. « Nous sommes en guerre », nous a-t-on souvent répété. Au nom de quoi cette guerre épargnerait-elle l’un des belligérants ?

« La puissance de la cause qui anime ces combattants, concluent les chercheurs, est une réalité. » Les entretiens qu’ils ont eu avec les djihadistes démontrent une « volonté forte et continue de vivre dans un système islamique, un califat ou Etat islamique, seul à même de permettre, selon eux, la pleine réalisation de leur foi, inévitablement bridée en Occident, et singulièrement en France. »

L’élimination physique annoncée de Daech ne signe en aucune façon la fin de son idéologie.

D’où l’urgence qu’il y a, selon nous, à revisiter, pour l’enrichir et le renforcer, notre modèle de laïcité.