Régulation

Le CSA rappelle à l’ordre France 2 sur sa déontologie

Le fait est suffisamment rare pour mériter qu’on le mette en avant : le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) est intervenu auprès de France 2 à la suite de la diffusion, le 15 février 2012 dans le cadre de l’émission Envoyé spécial, du reportage intitulé « La viande dans tous ses états ». Au nom du respect de « la diversité des points de vue ».

Capture d'écran de l'émission.

Capture d’écran de l’émission.

Le reportage d’Envoyé spécial avait provoqué une vive polémique à l’époque de sa diffusion, en pleine campagne présidentielle. Il soulevait principalement deux problèmes majeurs : l’insuffisance des contrôles vétérinaires dans les abattoirs et l’extension abusive de l’abattage rituel sans étourdissement au-delà des seuls motifs cultuels et pour des raisons strictement économiques (continuité de la chaîne d’abattage, respect des cadences…).

L’organisme de régulation a publié, le mercredi 25 juillet, à la suite de son assemblée plénière du 26 juin, cet avis en forme de rappel à l’ordre sur la déontologie de l’information et des programmes de France 2 : « Dans la mesure où ce sujet pouvait prêter à controverse, il aurait été souhaitable que des efforts supplémentaires aient été mis en œuvre par la chaîne afin de mieux assurer l’expression de la diversité des points de vue, conformément à l’article 35 du cahier des charges de France Télévisions ».

C’est un fait notoire qu’il est quasi impossible d’obtenir un droit de réponse à la télévision quand on est un citoyen ou une entreprise lambda et qu’on estime que les propos des journalistes n’ont pas été équilibrés. Reste la possibilité de saisir le CSA pour manquement à la déontologie, mais celui-ci déboute la plupart du temps les demandeurs, arguant de la nécessité de respecter la liberté d’expression. Sauf, comme dans le cas présent, si on « pèse » un certain poids politique ou économique.

Le CSA, en effet, avait été saisi par Interbev, l’Association nationale interprofessionnelle du bétail et des viandes. Ce secteur est le premier secteur agro-alimentaire en France, avec un chiffre d’affaires de 16 milliards d’euros. C’est le 2e employeur du secteur avec 55 000 collaborateurs…

« Le CSA donne raison à la filière »

La Fédération des industriels et des commerçants de la viande (FNICGV), dans son Bulletin hebdomadaire d’informations du 10 août dernier, se réjouit que « le CSA donne raison à la filière ». L’organisation commente ainsi la décision de l’organisme de régulation : « Diffusé en pleine campagne électorale et peu de temps avant la tenue du salon de l’agriculture, on se souvient que ce reportage avait créé une vive polémique autour de l’abattage rituel. La filière avait alors décidé d’anticiper dès le 22 février [2012] la disposition du décret du 28 décembre 2011 qui encadre, depuis le 1er juillet [2012], de manière stricte l’adéquation entre l’abattage rituel des animaux et les commandes commerciales le justifiant. La filière valorisait ainsi l’effort de concertation et de transparence initié plus d’un an auparavant – et ayant abouti au décret – entre la filière viande, les cultes, les associations de protection animale, le ministère de l’agriculture et le ministère de l’intérieur, sous l’autorité du premier ministre. La filière avait regretté le traitement partiel de l’information par le reportage d’Envoyé Spécial. Le CSA le lui a confirmé… mais le mal est fait ».

Cahier des charges de France 2.

> Oui, le mal est fait, mais le rappel à l’ordre a quand même été fait au bénéfice de la filière viande, mesure exceptionnelle qu’elle peut se vanter d’avoir décrochée. Il serait souhaitable que soit instituée enfin en France une régulation journalistique digne de ce nom, plus favorable à l’ensemble des citoyens, en toute équité.

Pour aller plus loin :

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1 commentaire pour cet article

  1. Cette fois ci l’information est passée avant que les gendarmes du paf aient eu le temps d’intervenir. Le rappel à l’ordre ne fait qu’accentuer l’effet du reportage et chacun reste libre de se faire sa propre opinion.
    A quand une information libre sans restriction, pour le citoyen et le consommateur.

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