Les Verts béninois face à l’indifférence du pouvoir

Une cinquantaine d’années après l’indépendance du Bénin, les différents gouvernements qui se sont succédés à la tête du pays ont fait montre d’une certaine indifférence face à la question de l’écologie. Une situation que tente de retourner le parti des Verts du Bénin.


Toussaint Hinvi, président des
Verts béninois.

En ce début d’après-midi à Cotonou (Bénin), Toussaint Hinvi, président du parti des Verts du Bénin, habillé en tenue locale, nous reçoit pour un entretien relatif aux questions environnementales. Notre échange est ponctué par plusieurs sujets, notamment celui relatif à la gestion de l’eau au Bénin. C’est la Société nationale des eaux du Bénin (Soneb) dont le capital est détenu majoritairement par l’Etat béninois, qui en a la charge.

Pour Toussaint Hinvi, l’eau qui sort des robinets au Bénin est traitée avec une quantité exagérée de chlore. Or à long terme, les citoyens courent selon lui le risque d’avoir un cancer. En outre, il n’y a pas une structure indépendante qui soit chargée du contrôle de cette eau. Cette gestion solitaire de la Soneb est « un fait que nous dénonçons régulièrement car en tant que groupe politique, la dénonciation est l’unique moyen dont nous disposons pour nous faire entendre », souligna t-il.

Dans quelles conditions l’uranium est-il transporté ?

Le Niger, l’un des plus grands producteurs d’uranium au monde, utilise le port de Cotonou pour l’exporter. Mais « personne ne sait les conditions dans lesquelles l’uranium est transporté jusqu’à Cotonou et si les populations de ces deux pays ne sont pas irradiées à leur insu », continua-t-il. A cela s’ajoute la pollution des lagunes et des lacs par les populations, et les bateaux qui déversent impunément des substances toxiques dans les eaux territoriales béninoises. Or estime-t-il, « nous tirons tout de l’environnement. Que ce soit le poisson, les légumes, ou l’eau que nous buvons. » Autant de faits dont les autorités béninoises sont au courant, poursuivit-il.

Il est revenu sur le projet Zéco-4, lancé par l’Agence française de développement (Afd), en partenariat avec le ministère béninois de l’environnement, pour lutter contre la pollution des motos-taxis. Il déclare que « l’objectif de départ de cet projet est un non-sens. Le choix le plus judicieux aurait été d’utiliser ces fonds pour mettre en place, dans la ville de Cotonou, un réseau de bus qui serviront au transport urbain public ». Concernant l’importation des véhicules d’occasions, Toussaint Hinvi martèle que ces véhicules importés au Bénin sont des déchets. Mais malheureusement, conclut-il, le gouvernement facilite la tâche à ces importateurs tout simplement parce qu’il perçoit des taxes sur chacune de ces voitures vieilles de plusieurs années qui entrent sur le territoire béninois. Au-delà des dispositions législatives, « c’est par la volonté politique que l’écologie deviendra une priorité de l’Etat béninois » ajouta-t-il.

Les Verts : aucun élu à l’Assemblée nationale

Selon Toussaint Hinvi, la marge de manœuvre dont dispose son parti sur l’échiquier politique est étroite. Car les « réalités du pays viennent nous compliquer la tâche ».

Au Bénin, les partis politiques sont plutôt des « clubs électoraux » au service d’une seule personne qui est l’unique pourvoyeur de fonds
de ladite formation politique. Celle-ci ne rassemble que des gens mus par la sauvegarde d’intérêts immédiats et particuliers. « Notre parti se démarque sur deux points essentiels des mœurs politiques béninoises : il compte actuellement 500 membres qui y ont adhéré par conviction. Ils versent régulièrement une cotisation qui sert à financer nos activités ».

Cette difficulté liée à la particularité de la vie politique s’ajoute au fait que le Bénin soit l’un des pays pauvres au monde. Un alibi derrière lequel se réfugie l’Etat, qui se désintéresse des questions environnementales en donnant la priorité à d’autres secteurs tels que l’éducation et la santé par exemple. Pour Toussaint Hinvi, si le problème est pris par ce bout tout est biaisé : il ne faut pas lier l’adhésion à la défense et à la protection de l’environnement au niveau de développement d’un pays et à celui de ses habitants. Car à son entendement, comme les Occidentaux, les Africains et particulièrement les Béninois ont le droit de respirer un air sain, de boire une eau potable et au finish de vivre dans un environnement adéquat. « Il est inutile de dépenser des millions de FCFA lorsque, par exemple, des cas de choléra sont enregistrés à Cotonou, car l’insalubrité de cette ville est le 1er vecteur de cette maladie. Il faut donc avant tout rendre cette agglomération et toutes les autres villes du pays propres. » L’influence politique des verts au Bénin est faible : le parti ne dispose d’aucun élu à l’Assemblée nationale ou dans les 77 conseils municipaux du pays.

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