Recherche

Psychédéliques avec accompagnement : un potentiel thérapeutique et spirituel prometteur

Les recherches sur les effets thérapeutiques et récréatifs du LSD et de la psilocybine avaient été brutalement interrompues en raison des effets nocifs potentiels de ces substances. Mais les découvertes scientifiques récentes montrent que ces effets ont été exagérés et que, bien accompagnées, les expériences psychédéliques peuvent être bénéfiques dans de nombreux domaines.

> « Voyage aux confins de l’esprit – Ce que le LSD et la psilocybine nous apprennent sur nous-mêmes, la conscience, la mort, les addictions et la dépression », Quanto, Presses polytechniques et universitaires romandes, Lausanne, 2019.

« Les drogues psychédéliques provoquent la panique et entraînent une démence temporaire chez ceux qui n’en prennent pas » : cette affirmation, singulièrement provocatrice, n’en recèle pas moins une part de vérité. Proférée par Timothy Leary, le prophète américain des substances psychédéliques des années 1960, elle permet de comprendre pourquoi la recherche scientifique sur les effets des nouvelles drogues psychotropes, notamment le LSD et la psilocybine, qui s’était fortement développée dans les années 1950, a subi un brutal coup d’arrêt dans le courant de la décennie suivante. Les autorités, effrayées par le potentiel révolutionnaire, voire subversif, des psychédéliques, décidèrent de les interdire.

Du coup, fait étrange et rare dans les annales de la recherche clinique, les études à leur sujet, devenues tabou, cessèrent complètement.

LSD gratuit

Le LSD se présente le plus souvent sous la forme de petits morceaux de papier buvard imprégnés de la substance. Photo : droguesinfoservice.fr.

Pourtant, après le premier trip (voyage) d’acide (LSD-25) réalisé en 1943 par le chimiste suisse Albert Hofmann, le groupe pharmaceutique Sandoz qui l’employait avait cru au potentiel thérapeutique de cette molécule. Au point de fournir – gratuitement – autant de LSD que nécessaire à tout « chercheur » (au sens large) intéressé. Une politique qu’il mena sans discontinuer de 1949 à 1966, date à laquelle, inquiet du scandale provoqué aux États-Unis par son médicament expérimental, il décida de le retirer de la circulation.

Dans l’enceinte de l’hôpital Sainte-Anne (Paris), le musée Singer-Polignac a présenté en 2015 une exposition d’œuvres de patients et d’artistes sous influence d’hallucinogènes.

Entretemps, plusieurs instituts, au Canada (Vancouver ; Saskatchewan), aux Etats-Unis (Californie), en France (hôpital Sainte-Anne) ou en Grande-Bretagne, avaient lancé des programmes de recherche. A l’automne 1960, Timothy Leary et Richard Alpert, tous deux psychologues, s’unissent pour mener avec leurs étudiants, au sein même de la célèbre université de Harvard, des recherches sur les effets de la psilocybine (champignons mexicains) et du LSD.

Avant que les psychédéliques ne deviennent un des emblèmes de la contre-culture hippie, il est utilisé dans le traitement de toute une série de pathologies, parmi lesquelles l’addiction, la dépression, les troubles obsessionnels-compulsifs, la schizophrénie, l’autisme et la détresse existentielle de fin de vie.

« Traitement miracle »

Bill Wilson, cofondateur des Alcooliques Anonymes, tente d’introduire la thérapie par LSD dans son programme dès les années 1950. Il disait devoir sa sobriété retrouvée à une expérience mystique provoquée par la belladone, administrée lors d’un séjour à l’hôpital.

Des séminaires psychiatriques entiers sont consacrés au LSD, qui passe alors pour un « traitement miracle ». Des protocoles thérapeutiques sont édifiés, financés par l’État américain, notamment.

La psilocybine est tirée d’un champignon hallucinogène mexicain. Photo : en-wikipedia.

C’est également l’époque où la CIA, au travers de son projet MK-Ultra, mène ses propres recherches pour déterminer si le LSD pourrait être utilisé comme sérum de vérité, outil de manipulation mentale ou arme chimique.

Peu à peu, la molécule « magique » et la psilocybine, entre autres, débordent le cadre clinique. De multiples initiatives font la promotion des psychédéliques pour stimuler l’imagination créatrice, favoriser les expériences spirituelles et le développement personnel. L’ingénieur américain Willis Harman rejoint le Stanford Research Institute, où il développe un projet dont l’un des objectifs est d’initier les chefs d’entreprise et les leaders d’opinion au LSD…

« L’homme le plus dangereux des États-Unis »

A partir de 1959, l’acide lysergique est proposé à la vente dans les rues. Les psychédéliques connaissent un engouement extraordinaire, largement dynamisé par les attitudes et déclarations dithyrambiques de quelques « gourous » très médiatiques comme Timothy Leary. La fin de la récréation est sifflée en 1966 avec l’incarcération de ce dernier pour avoir importé une petite quantité de marijuana. Il est alors considéré comme « l’homme le plus dangereux des États-Unis ».

Une véritable panique morale s’était emparée des autorités à propos des psychédéliques. Alimentée par des rumeurs et des accusations effrayantes, elle eut pour effet de jeter une chape de plomb sur tout ce qui touchait à ces substances, désormais sévèrement réprimées[1].

Risques exagérés ou imaginaires

Or, note le journaliste Michael Pollan dans son enquête « Voyage aux confins de l’esprit », « la plupart des risques auxquels [les psychédéliques] sont associés sont « soit exagérés, soit imaginaires », pour peu que les expériences soient menées avec intelligence et dans un cadre sécurisé. Elles ont peu d’effets secondaires et ne sont pas addictives comme les drogues dures ou l’alcool. C’est ce qui ressort des travaux récemment effectués sur ces substances. Car, depuis les années 2000, et particulièrement à partir de 2006, les psychédéliques font leur grand retour en recherche clinique.

Et les perspectives que ré-ouvre celle-ci sont encourageantes, pour peu que l’on comprenne l’action particulière de ces substances sur le corps et le mental.

« Quand l’ego se dissout »

L’auteur détaille ses découvertes sur 440 pages très documentées. Au fil de ses rencontres avec des patients, des chamans modernes, des guides spirituels et surtout la nouvelle génération de scientifiques qui cartographient notre cerveau, il conduit le lecteur dans des lieux inexplorés, payant même de sa personne pour s’aventurer, assisté médicalement et psychologiquement, jusqu’au plus profond de lui-même.

« Quand l’ego se dissout [effet le plus étonnant de l’expérience psychédélique], note en conclusion Michael Pollan (qui se définit philosophiquement comme matérialiste), il en va de même d’une conception limitée de nous-mêmes, ainsi que de nos intérêts personnels. Ce qui émerge à sa place, c’est invariablement une idée plus vaste, plus ouverte et plus altruiste – c’est-à-dire plus spirituelle – de ce qui compte vraiment dans la vie. Une idée dans laquelle un nouveau sens de la connexion, ou de l’amour, quelle que soit la définition qu’on lui donne, occupe une place prépondérante ».

Les psychédéliques ont un fort potentiel, notamment pour soigner les maladies mentales, mais ils comportent aussi des risques. C’est pourquoi l’auteur du livre est favorable à la reprise, en cours actuellement, des recherches cliniques. Dans un deuxième temps, la question pourrait se poser de leur usage récréatif ou religieux[2] par des personnes en bonne santé comme cela se passe pour le cannabis, désormais autorisé dans certains pays.

Tout dépendra du résultat de ces recherches et des décisions politiques qui seront prises.

[1] Aujourd’hui, en France, le LSD et la psilocybine sont classés comme stupéfiants : il est interdit de les produire, fabriquer, importer, exporter, transporter, posséder, proposer ou vendre librement. Il est également interdit de les présenter sous un jour favorable.

[2] En 2006, la Cour suprême des États-Unis a autorisé l’Union du végétal, un groupe chrétien spiritiste, à consommer de l’ayahuasca, une plante hallucinogène, au cours de ses rites, au nom de la liberté religieuse.

>> Envoyer un droit de réponse

Les commentaires sont fermés.