Ethique

Essais de médicaments : des abus décriés dans les pays en voie de développement

En Inde et en Argentine, des essais illégaux de vaccins et de médicaments sur des populations pauvres et mal informées défrayent la chronique.

 


Photo : DR.

Le laboratoire Glaxo Smith Kline vient d´être condamné en Argentine à payer une amende de 400 000 pesos, soit environ 71 000 €, pour avoir mené des essais de vaccins de manière irrégulière, qui auraient causé la mort de 14 bébés. Cette information, publiée début janvier dans le Buenos Aires Herald, signe la fin du feuilleton judiciaire pour des faits remontant à 2007 et 2008.

S´appuyant sur un rapport publié par l’Administration nationale de médecine, de l’alimentation et de la technologie (Anmat), la justice a estimé que la firme n’avait pas respecté le consentement des parents et falsifié les autorisations parentales. Les bébés étaient recrutés parmi les familles pauvres qui venaient dans les hôpitaux publics. En Argentine, 15 000 enfants de moins d’un an, issus de familles pauvres, ont ainsi participé à cinq essais cliniques dans plusieurs provinces.

Selon le Buenos Aires Herald, Ana Marchese, pédiatre à l’hôpital public pour enfants Eva Peron, à Santiago del Estero, celle qui a dénoncé l’affaire auprès de l’Anmat, a déclaré que GSK forçait les parents analphabètes ou des gens qui n’avaient pas la garde des enfants à signer des formulaires de vingt-huit pages de consentement pour ces expériences.

GSK a réfuté toutes les accusations ainsi que la condamnation du juge Aguinsky, et a déclaré que le laboratoire ferait appel. Les études ont été terminées en 2011 et le vaccin est à présent vendu dans 80 pays, a précisé la compagnie. Quant à Anmat, l’agence assure qu’il ne peut pas y avoir de liens entre les décès des enfants et le vaccin testé car « tous les cobayes ont reçu un placebo, c’est-à-dire un produit qui ressemblait au vaccin mais qui était dépourvu d’ingrédients actifs. Le vaccin est sûr. » Les placebos vaccinaux sont cependant sujets à controverse, du fait de la possible présence d´adjuvants dont la toxicité est mise en cause (voir Ouvertures « L´aluminium vaccinal met en danger le cerveau des enfants », affirment deux chercheurs canadiens).

Douze médecins condamnés

Le 8 février dernier, le journal La Croix publiait un long article sur le même thème, en Inde cette fois. Vanessa Dougnac, correspondante à New Delhi rapporte les condamnations en janvier dernier de douze médecins, dans l’État du Madhya Pradesh (centre). « Une amende de 5 000 roupies (72 €) leur a été infligée pour ne pas avoir fourni de détails concernant une série de tests conduits à l’hôpital public de la ville d’Indore. Les effets d’un médicament contre l’hypertension artérielle, déjà sur le marché pour traiter de dysfonctionnements sexuels, ont été étudiés auprès des patients de l’unité psychiatrique, qui comprend des enfants ».

Actuellement, rapporte La Croix, 1 500 séries d’essais sont conduites en Inde sur près de 150 000 sujets. Les décès de patients testés ont augmenté : 671 en 2010, contre 137 en 2007. À l’hôpital d’Indore, les violations auraient été nombreuses par le passé. D’après la revue médicale Monthly Index of Medical Specialities (Mims), « aucun des patients n’a été rémunéré pour les tests, les détails fournis sur les fiches sont flous »  et « les fortes doses administrées comportent des risques pour la santé ». Il y aurait ainsi eu 3 300  « cobayes » à Indore depuis quatre ans, dont 1 833 mineurs.

Deux précédents en Afrique, le Trovan et le Ténovofir

L´Afrique a aussi eu son lot de tests illégaux, comme au Nigéria, où la firme Pfizer a testé en 1996 un antibiotique, le fameux Trovan, dont l´affaire a inspiré le roman de John le Carré La Constance du jardinier et le film The Constant Gardener. Le Monde synthétisait, en 2006 : « Le rapport d´experts nigérians, bouclé il y a cinq ans mais jamais publié, montre que le gouvernement nigérian n´a jamais autorisé Pfizer à donner du Trovan, un médicament interdit dans le pays, à près d´une centaine d´enfants et de bébés dans un hôpital à Kano, au nord du pays, où ils étaient traités pour des méningites ».

Autre exemple au Cameroun, où le Ténovofir, un médicament contre le Sida, a beaucoup fait parler de lui : « En 2005, sous la pression d’activistes du Nord et du Sud, les essais cliniques du ténovofir ont été interrompus au Cameroun, en raison de manquements éthiques graves (bras [groupe] placebo injustifié selon les associations, carences dans l’accompagnement en termes de counselling [conseil] et de prévention, pas de prise en charge prévue par le promoteur pour les personnes contaminées au cours de l’essai). Cet antirétroviral était testé en prévention préexposition auprès de 400 prostituées par l’association Family Health International pour le compte du laboratoire américain Gilead Sciences », déplore le magazine de l´association Sidaction Transversal, (n° 45, novembre-décembre 2008). « Plusieurs autres essais sur le même médicament ont également été suspendus au Nigeria, au Malawi et au Cambodge, mais d’autres sont poursuivis au Ghana, au Botswana et en Thaïlande ».

« L’Afrique est encore un terrain d’expérimentation pour la recherche, car les populations y sont beaucoup plus vulnérables, expliquait en 2008 à Transversal, le docteur Seni Kouanda, médecin épidémiologiste à l’Institut de recherche en science de la santé (IRSS), organisme de recherche public du Burkina Faso. Un malade sans éducation et sans ressources ne voit pas toujours là où on veut le mener, et il est parfois prêt à tout ».

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