Enquête

Herboristerie (1/2) : le cas Raveneau embarrasse ses confrères

La récente condamnation de l’herboristerie de la place Clichy à Paris ravive l’éternelle opposition entre les médecines naturelles et conventionnelles. À y regarder de plus près, on découvre une étonnante histoire, celle d’un passionné de phytothérapie qui s’est aventuré sur un terrain glissant en santé, celui du sida.

Enquête d’Adeline Gadenne pour Ouvertures.

Raveneau

Jean-Pierre Raveneau. Copie d’écran naturisme-tv.com.

RAS dans la fameuse herboristerie de la place Clichy à Paris, où les clients défilent toujours aussi nombreux. Cependant, on peut entendre certaines personnes demander discrètement au comptoir : « Vous allez devoir fermer ? » Le 17 février dernier, les responsables de l’établissement étaient en effet condamnés pour « exercice illégal de la pharmacie ». Jean-Pierre Raveneau et Nicole Sabardeil, pharmaciens diplômés, n’étaient pas inscrits à l’ordre de cette profession. Ils ont écopé de lourdes sanctions : l’herboriste est condamné à un an de prison avec sursis, tandis que la société Pharma Concept, actuellement dirigée par Nicole Sabardeil, propriétaire de l’herboristerie de la place Clichy ainsi que de celle de la rue Saint-André-des-Arts dans le 6ème arrondissement de Paris,  devra s’acquitter d’une amende de 50 000 €.

Jean-Pierre Raveneau est dans le collimateur de la justice depuis très longtemps. En rachetant il y a une vingtaine d’années l’herboristerie la plus connue de France et en faisant le choix de n’y vendre que des plantes et aucun médicament allopathique, il est sorti du cadre de la loi et s’est exposé à de nombreux contrôles. En effet, pour vendre toutes les plantes de la pharmacopée française, il faut être pharmacien inscrit à l’Ordre national des pharmaciens, et pour cela, on doit obligatoirement exercer dans une officine qui vend des médicaments.

Ainsi les douanes ont à plusieurs reprises réalisé des saisies de produits. Sorte de franc-tireur, il répondait volontiers aux interviews pour expliquer sa pratique et raconter son histoire. « Nous ne devrions même pas exister », ironise un de ses pairs sous couvert d’anonymat, lui qui a choisi de ne surtout pas s’exposer : « Nous sommes sous surveillance, notre activité est en sursis ».

Des plantes pour combattre le sida

viralgic 2Il faut souligner que cette nouvelle sanction très sévère vise un mélange de plantes bien particulier formulé par Jean-Pierre Raveneau : le Viralgic. Créé à la fin des années 1990, il portait originellement la mention d’« antiviral spécifique des virus HIV 1 et 2 » et était destiné aux personnes séropositives. C’est pourquoi cette récente condamnation a fait les gros titres de nombreux médias reprenant la même formule assassine : « L’herboriste qui prétendait savoir guérir le sida ».

L’histoire du Viralgic est à elle seule un véritable roman… En 2001, l’association Act up signalait à l’Agence française du médicament un « produit à base de plantes provenant d’Amérique latine (présenté) comme une alternative à la trithérapie ». L’autorité sanitaire adresse alors à M. Raveneau une mise en demeure pour que cesse la promotion du produit. Puis en 2005, les autorités sanitaires décident la suspension de sa fabrication, de sa commercialisation, de son exportation, de sa détention, de sa publicité, etc.

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Photos : Marc Egrot.

Pour sa défense, Jean-Pierre Raveneau avait pourtant stipulé que le Viralgic était destiné à l’exportation en Asie et en Afrique ajoutant que cette décision « priv(ai)t de Viralgic le Centre intégré de recherches biocliniques d’Abidjan qui suit et traite plus de 3000 personnes séropositives ». Mais pour l’Agence française des médicaments, la seule présence de la mention d’« antiviral spécifique des virus HIV 1 et 2 » méritait sanction. Pour cette autorité de santé, il s’agit bel et bien d’une allégation de santé qui range automatiquement le produit dans la classe des médicaments et qui entraîne la nécessité de l’obtention d’une autorisation de mise sur le marché (AMM) avant toute commercialisation. Là aussi, Jean-Pierre Raveneau s’était défendu en précisant qu’il ne s’agissait de d’« une simple référence aux propriétés antivirales des plantes entrant dans la composition du Viralgic, (faisant) état d’une action pharmacologique et non de propriétés thérapeutiques ».

Dialogue de sourds

Entre la pharmacie conventionnelle et l’herboristerie, le dialogue de sourds est chose habituelle car tout ou presque les oppose et l’histoire de Jean-Pierre Raveneau en est une illustration poussée à la caricature. D’un côté, l’herboriste n’a rien lâché et a continué dans la voie du Viralgic. Il a ainsi décidé de délocaliser la production dans une micronation située en Australie, la principauté d’Hutt River, et a créé une nouvelle société : Pharma-Concept HRP (Hutt River Principality). De l’autre, les autorités sanitaires n’ont pas fait l’effort d’essayer de comprendre les arguments de l’herboriste et ont réagi de manière radicale.

Ainsi, en 2011, Jean-Pierre Raveneau écope d’une première condamnation pour la vente du Viralgic. Le 17 février 2016, il est encore plus durement sanctionné car considéré comme récidiviste. L’exposé des faits indique qu’un certain Mamadouba Camara aurait été interpellé à la sortie du métro Barbès-Rochechouart en train de distribuer un prospectus vantant les mérites d’un remède antiviral et antibactérien. En suivant la piste, les policiers sont remontés jusqu’ à l’herboristerie de la place Clichy puis au domicile de Jean-Pierre Raveneau, y trouvant quelques 20 000 étiquettes de Viralgic. Jointe au téléphone en février dernier, Nicole Sabardeil, la propriétaire de la société Pharma Concept, s’en est expliquée : « On ne peut empêcher que des personnes vantent les vertus de nos formules si elles pensent qu’elles sont efficaces et, concernant les étiquettes, il s’agissait de vieux stocks ». En revanche, elle n’a pas souhaité commenter le jugement.

L’herboristerie de la Place Clichy ne va pas fermer

Que conclure de toute cette histoire dont nous n’avons qu’effleuré les principaux chapitres ? Tout d’abord, qu’elle n’est pas représentative de la pratique de l’herboristerie aujourd’hui en France. Nombre des pairs de Jean-Pierre Raveneau, bien que dénonçant une « chasse aux sorcières », ne le soutiennent pas : « J’essaye d’être en règle et je n’utilise pas les mots sida ou cancer », confie Michel Pierre, directeur de l’herboristerie du Palais Royal à Paris, lui-même condamné en 2013 pour le simple fait de se parer du titre d’herboriste, lui qui n’est « que » préparateur en pharmacie.

À la question « l’herboristerie de la Place Clichy va-t-elle fermer ? », la réponse est à l’heure actuelle négative. Mais l’herboriste ne va pas revenir de si tôt. Au moins quatre pétitions ont été mises en ligne depuis sa condamnation pour soutenir Jean-Pierre Raveneau, symboliquement et même financièrement, émanant d’amateurs et d’inconditionnels. Ces actions citoyennes visent à dénoncer un climat général délétère autour de la phytothérapie. Les plantes médicinales connaissent en tous cas de plus en plus de succès auprès des Français.

A suivre (2/2) : Herboriste : une course d’obstacles vers la légalisation

Pour aller plus loin :

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1 commentaire pour cet article

  1. je vous soutien dans les prières pour que vous ne soyez jamais fermer j ai fais connaître v9tre herboristerie a beau coup medecins des spécialiste nuits de debout dans toute la France sera au courant des pétitions ciculent pour la vie des herboristes et surtout celle de la place de clichy je prie mais j agie . Sophie
    berkanisophie@gmail.com

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