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Les neurosciences le disent : nous ne sommes pas libres de vouloir, mais seulement d’accepter ou refuser d’agir

À LIRE Dans « L’Esprit au-delà des neurones, une exploration de la conscience et de la liberté » (Dervy), le psychologue américain Benjamin Libet, mort en 2007, détaille les étonnants résultats de ses recherches sur la conscience. Et livre les prolongements philosophiques et moraux qu’il en tire.

LibetEn 1983, le psychologue Benjamin Libet, qui fut chercheur au département de physiologie à l’université de Californie, a fait une découverte expérimentale surprenante, celle du « délai de la perception consciente » : « Le cerveau nécessite une assez longue période d’activation appropriée – allant jusqu’à environ une demi-seconde – pour parvenir à susciter la conscience d’un événement ! »

Ainsi, quand nous prenons une décision, notre cerveau génère un signal dont nous n’avons pas conscience, mais qui conduit à l’opération mentale consciente de prise de décision quelque 500 millisecondes plus tard. Au moment où nous avons conscience de prendre la décision, il y a déjà 0,5 s qu’une activité cérébrale détectable par des appareils appropriés (IRM, imagerie par résonance magnétique, par exemple) a été impulsée !

« Nos pensées conscientes émergeraient inconsciemment »

Libet Benjamin, 1916-2007.

Benjamin Libet, 1916-2007.
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Libet explique comment un antidatage subjectif de la perception (« renvoi rétrograde subjectif ») permet d’avoir l’impression d’être presque immédiatement conscient du signal sensoriel. Il précise que ce délai de l’apparition réelle de la conscience vaut également pour d’autres phénomènes mentaux. Selon sa théorie, « toutes nos pensées conscientes émergeraient inconsciemment ! Ce serait vrai même des opérations créatives et complexes ».

Cette découverte bouleverse nos conceptions classiques, tant scientifiques que philosophiques, de la conscience et, par extension, de la liberté humaine. A première vue, les partisans d’une vision déterministe et réductionniste de l’homme, dans laquelle l’esprit est une simple émanation du cortex, peuvent triompher : notre moi serait simplement le jouet des lois physiques et physiologiques naturelles qui animent nos corps. Notre esprit serait une illusion résultant de multiples stimuli qui nous actionnent tels des pantins. C’est la thèse, par exemple, du célèbre chercheur français Jean-Pierre Changeux.

Les travaux de Libet confirment cette vision : ce n’est pas notre “moi” conscient qui décide ex cathedra, c’est notre cerveau qui, sans que nous le sachions, lui envoie des signaux bien avant (500 msec, en temps neurologique, c’est un laps considérable !) qu’il les reçoive en toute conscience, croyant de ce fait prendre une décision par lui-même de toute pièce. « Ce qui implique, note le scientifique, que le libre arbitre, s’il existe, n’initierait pas les actes volontaires. »

Le « véto conscient »

Le psychologue américain a par ailleurs établi que la volonté consciente d’agir, qui suit l’action cérébrale démarrée 0,5 s avant, précède elle-même l’acte moteur (le geste effectif décidé, bouger une main, etc.) d’environ 150 msec : « Cela lui permet potentiellement d’affecter ou d’enrayer le résultat final du processus volontaire ». Il peut laisser le processus suivre son cours jusqu’à l’acte effectif. Ou, au contraire, le bloquer, y opposant en quelque sorte son “véto”, afin qu’aucune action n’ait lieu.

Avec, sur le plan moral, cette conséquence : « Dans la mesure où c’est l’accomplissement d’un acte qui peut être sciemment contrôlé [et non sa seule suggestion à la conscience], il serait légitime de ne tenir les individus coupables et responsables que de leurs actes ».

Cela dit, demeure la question de savoir quelle est cette instance intime consciente qui peut opposer son véto aux pensées qui lui parviennent.

Pour l’heure, personne ne sait le dire et toute affirmation à ce sujet est aujourd’hui une « croyance spéculative », qu’elle provienne d’un déterministe ou d’un non déterministe. « Je dirais que pour moi, conclut Libet, l’existence du libre arbitre – un arbitre qui serait libre dans le sens non déterminé du terme – représente une option scientifique au moins aussi bonne, sinon meilleure, que le déni de son existence par la théorie déterministe des lois naturelles ».

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