Portrait en si bémol

Manu Dibango : une icône du jazz et du saxophone toujours en verve

Au début des années 50, ce Camerounais de naissance et dans l’âme pose ses valises en France pour ses études. Mais il y découvre le jazz et le saxophone, dont il devient le héraut. Plus d’un demi siècle plus tard, Manu Dibango, bientôt octogénaire, poursuit toujours une carrière musicale hors norme.

Past-Present-Future, l’album sorti le 7 novembre 2011 par Manu Dibango, est encore pour lui un nouveau challenge. Il y a associé des talents africains venus des quatre coins du continent, dont Oum (Maroc), Chantal Ayissi (Cameroun) et Passi, un Franco-Congolais. Le britannique Wayne Beckford s’est particulièrement consacré à la relecture de Soul Makossa, ce titre qui colle à la peau de Manu Dibango, autant que le saxophone. En effet, Manu Dibango est devenu ces dernières décennies la figure incontournable de cet instrument. Il a l’art, la manière et le flair nécessaires des grands qui ont contribué au développement du jazz.

Mais Manu est aussi un homme de scène. Et il a de nombreuses accointances avec le monde médiatique. C’est ainsi qu’en compagnie de Robert Tito il tient chaque dimanche en haleine les auditeurs d’Africa N°1, « la radio africaine ». Il y présente une émission intitulée tout simplement : Manu Dibango. Il a également animé plusieurs émissions de télévisions et composé la musique de plusieurs films.

A propos de la candidature sénégalaise de Youssou Ndour

Le commentaire de Manu Dibango sur la candidature déclarée de Youssou Ndour à la présidentielle de 2012 a suscité des réactions au-delà des frontières sénégalaises voire africaines. Interrogé sur la question à l’émission « Plus d’Afrique » sur la chaîne de télévision Canal+, il a estimé qu’en déclarant sa candidature, Youssou Ndour « ne cherchait qu’un coup médiatique ».

« J’ai bien dit qu’il s’agissait d’un bon coup médiatique », rectifie l’artiste dans un « droit de réponse » sur son site, mais dans le sens « qu’il s’agissait d’une publicité incroyable pour le Sénégal à travers le monde, car peu de gens hors du Sénégal étaient informés de cette échéance importante ».

C’est l’une des personnalités les plus en vue de la diaspora africaine, contribuant dans le monde occidental et notamment en France à la promotion de la musique africaine. Fort de son image, il s’est engagé dans plusieurs causes humanitaires au service du continent africain. Dans le même temps, il a appuyé de nombreux talents africains en servant de rampe de lancement à leur carrière.

Là où tout a commencé

Le milieu protestant où il est né, et dans lequel il a été élevé durant les quinze premières années de sa vie, a eu certainement un impact sur son parcours hors norme. En chantant à cette époque dans plusieurs chorales, il eut tout le loisir de déterminer les premières pièces de son puzzle musical. Le reste de cette tâche de longue haleine, il l’a poursuivra en Europe où dès le début des années 60, il travaille avec les stars africaines de l’époque. C’est ainsi qu’il est sollicité par Grand Kallé, pour faire partie de son orchestre. Il enregistre avec lui plusieurs disques à succès.

Le temps est faste mais coïncide aussi avec la période l’indépendance de plusieurs pays africains dont celle du Congo belge dont Grand Kallé est originaire. Cette collaboration est fructueuse, elle lui permet de sortir de l’anonymat et de mener à terme son idée de tisser des liens entre le jazz et les musiques africaines. En 1972, il sort Soul Makossa, le premier album francophone qui plane en haut du hit-parade aux Etats-Unis. Ses albums s’enchainent. Il a aujourd’hui une discographie a fait pâlir d’envie et dont le film conducteur est toujours son idée initiale.

Il glane également de nombreuses distinctions honorifiques : entre autres, son titre depuis 2004 d’Artiste de l’Unesco pour la paix, celui de Chevalier de la Légion d´honneur depuis le  14 juillet 2010 et la Victoire du Meilleur Album de musique de variétés instrumentales, décroché en 92 pour son album Négropolitaines, volumes 2. Cinq ans avant sa Victoire de la musique, il a créé à Saint-Calais (Sarthe), le festival Soirs au Village qui se tient chaque année dans la dite ville.

 Mû toujours par son idée, il réaffirme toujours : « On ne peut pas peindre du blanc sur du blanc, du noir sur du noir ; nous sommes tous les révélateurs les uns des autres ».

Pour aller plus loin :

>> Envoyer un droit de réponse

1 commentaire pour cet article

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *