Une charge contre les sectes, brillante mais fallacieuse

« Ils ne m’ont pas sauvé la vie », tel est le titre du livre écrit par Antoine Guélaud, directeur adjoint de la rédaction de TF1, pour raconter le parcours tragique d’Evelyne Marsaleix, jeune femme atteinte d’un cancer du sein et décédée – selon le journaliste – suite à l’emprise d’un médecin « chef de secte ». Le problème est que cette thèse, qui fut celle de l’accusation devant la justice, a été invalidée lors du jugement, définitif, d´appel. Ainsi, bien que totalement et officiellement blanchi, le médecin en question, qui ne peut se défendre parce qu’aujourd’hui décédé, est toujours présenté comme un dangereux gourou par l’auteur du livre.

 

Le docteur Gérard Guéniot était innocent : ni l’homicide involontaire, ni la non-assistance à personne en danger n’ont été retenus contre lui. La cour d’appel de Douai, dans son jugement du 17 février 2009, a longuement (sur 81 pages) et précisément motivé sa décision qui blanchit complètement le docteur.

Ayant personnellement enquêté sur ce dossier, ayant été le seul média à donner la parole au médecin homéopathe après son procès et juste avant sa mort, nous déplorons la calomnie qui continue à le poursuivre.

Cette haine médiatique est d’autant plus dommageable qu’Antoine Guélaud avait déjà stigmatisé le docteur au cours de deux « Droit de savoir », émission d’enquête sur TF1 (le 21 mai 1996 et le 22 décembre 2007, aller à 34:40 pour l’affaire Guéniot).

Sachant également que les éditions du Toucan, qui publient son ouvrage, appartiennent au même groupe de média, l’un des plus puissants du monde, la famille et les amis du docteur désespèrent de pouvoir jamais réhabiliter la mémoire du médecin : même après une décision de justice on ne peut plus nette, la désinformation continue comme si de rien n’était.

Et avec une charge émotionnelle très forte : la photo et le titre du livre ont été extrêment bien choisis pour annihiler tout recours à la raison.

La famille du Dr Guéniot ne peut malheureusement pas compter sur la Miviludes pour faire respecter le droit. En effet, loin de faire amende honorable et bien que présidé par un magistrat, cet organisme officiel chargé de la répression “antisecte” persévère dans son dénigrement, en donnant une interprétation très orientée de la décision de justice. Ainsi, « on constate combien il est utile de replacer cet arrêt de relaxe dans son contexte », écrit la Miviludes à la fin de son commentaire, sous-entendant que le comportement fautif du docteur Saint-Omer, médecin traitant de la malade, était directement lié aux idées de Gérard Guéniot.

Or la cour a clairement infirmé cette thèse. C’est d’ailleurs pourquoi elle n’a condamné que le médecin traitant (pour non-assistance à personne en danger), individualisant la peine en relation avec la responsabilité effective du praticien.

L’Adfi, association également “antisecte”, s’était portée partie civile aux deux procès contre le docteur Guéniot. Et elle fut chaque fois déboutée. Les magistrats n’ont pas vu trace de « dérive sectaire » dans le comportement de Gérard Guéniot.

L´hebdomadaire Marianne condamné pour diffamation

Par jugement en date du 21 octobre 2009, le tribunal de grande instance de Paris a condamné le directeur de la publication du magazine Marianne pour avoir publié un article intitulé « le procès d’un  gourou » contenant des diffamations à l’encontre de Gérard Guéniot qui avait été relaxé définitivement par la cour d’appel de Douai en février 2009.

Un roman

Son appartenance, à l´époque, au Mouvement du Graal, répertorié dans le fameux rapport parlementaire de 1995, avait suffi pour déclencher le lynchage médiatique. Elle n´a pas suffi, aux yeux des juges, pour condamner le médecin qui en outre n’avait vu la malade qu’une seule fois dans son cabinet.

Mais il faut aussi parler de la forme sous laquelle ce livre est écrit. La malade, victime d´une désinformation qui lui fit haïr un homme pourtant étranger à son traitement, avait fait promettre au journaliste de « continuer à parler de ces gens-là », de poursuivre son enquête, en son nom et « pour tous ceux qui pourraient tomber là-dedans ».

Pour ce faire, Antoine Guélaud est entré dans le personnage qu’il a voulu défendre, au point d’écrire toute l’histoire, les faits comme les dialogues entre les différents protagonistes du drame, en faisant parler Evelyne à la première personne.

Le procédé rend le livre poignant mais renforce une thèse qui a été invalidée par la justice au terme d´une enquête objective. C´est le livre d’un homme qui, désireux d´honorer la mémoire d´une réelle victime, nuit en fait à un innocent, à tout son entourage et à la vérité. De cette façon, il pourrait desservir la cause et la personne qu’il croit défendre.

>> Ils ne m´ont pas sauvé la vie, Antoine Guélaud, Editions du Toucan/TF1 Entreprises, 2009.

mais renforce la malhonnêteté d´une thèse qui a été invalidée par la justice au terme d´une enquête objective.

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2 commentaires pour cet article

  1. Le lien vidéo sur l´émission de TF1 est assez édifiant. Il y a évidemment un montage qui ne montre que l´aspect excessif, mais je sais pour l´avoir côtoyé que c´est une réalité des médecines parallèles qui existe… Et ces excès décridibilisent des approches de santé qui ont un vrai fondement et qui pourraient apporter beaucoup à une thérapie globale intégrée.

    Nous sommes dans un monde qui a une croyance dominante en matière de santé et le minimum est de ne pas se mettre en opposition avec. Et de ne pas enseigner des choses qui ne reposent que sur une croyance personnelle ! C´est normal qu´une société rejette ceux qui menacent ses fondements. Et tout l´art est sans doute d´intégrer les approches non reconnues qui ont un vrai potentiel sans les opposer à ce qui est reconnu.

    Ce qui est révoltant, ce n´est pas que les médecines alternatives soient poursuivies dans leurs dérives, c´est qu´aucun médecin n´a jamais été inquiété pour laisser mourir ou maintenir dans la maladie, en refusant de s´intéresser à des méthodes qui savent palier aux insuffisances de la médecine technologique.

     

  2. Des excès, il y en a partout. Mais le problème, dans le cas présent, c´est que la justice a reconnu que le Dr Guéniot n´avait pas “dérivé” et qu´il continue malgré tout à être poursuivi par la calomnie : la dérive n´est donc pas là où on la pense.

    D´autant plus que le docteur n´était pas “en opposition avec la croyance dominante”, il intervenait seulement en complément. Trop souvent, en France, les approches “différentes” sont diabolisées et accusées d´être des voies d´entrée pour des organimes sectaires. Là aussi, le sectarisme n´est pas forcément là où on le pense…

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