Sectes, religions et libertés

Anne Morelli : « Le choix entre la désignation «secte» et «religion» est un choix politique »

Pour Anne Morelli, historienne belge athée d’extrême gauche, aucun critère objectif ne permet de différencier les groupes dits "sectes" et les groupes dits "religions officielles". Le choix entre ces deux terminologies est donc «fondamentalement un choix politique».

(D’après un compte rendu de Paul Vinel*)

morelli_anne_250Née et élevée dans le christianisme, Anne Morelli a opté pour l’athéisme et se dit d’extrême gauche. Aujourd’hui directrice du Centre interdisciplinaire d’étude des religions et de la laïcité de l’Université libre de Bruxelles (ULB – Belgique), elle enseigne également dans cette université la critique historique, les contacts de culture, l’histoire des religions et la didactique de l’histoire.

C’est une véritable spécialiste de l’histoire des religions et des minorités qui s’est exprimée le 28 novembre 2014, au théâtre du Celebrity Center de l’église de scientologie, à Paris, lors d’une conférence-débat intitulée « Sectes, Religions et Libertés ».

Dans le public, des scientologues bien sûr, mais également des personnes de tous horizons motivés par ce sujet polémique, dont Paul Vinel qui a fourni à Ouvertures les éléments de cet article.

Sur l’estrade, face au public et au micro, le Dr Anne Morelli parle le français de Bruxelles à l’accent si particulier et aux expressions typiques. Mais sa verve et sa fougue sont celles d’une passionaria italienne.

Simple « dérapage » s’il s’agit d’une religion ; « scandale » si c’est une « secte »

Lors de l’apparition des dites « sectes » et de la polémique qui s’ensuivit, a tout d’abord expliqué l’historienne, elle avait eu comme la plupart des gens, un a priori négatif vis à vis de ces groupes nouveaux. Mais en tant que sociologue, elle avait entrepris, elle et ses élèves, une étude impartiale et rigoureuse de ce phénomène. Suite à quoi ses élèves enquêteurs et elle-même, et d’autres sociologues à avoir réalisé des enquêtes similaires, se sont tous rendus compte qu’il n’existait aucune différence significative entre les dites « sectes » et les religions officielles.

Elle a ensuite passé en revue les principaux critères utilisés pour identifier les « sectes »: sexe, argent, doctrines, taille, etc.

Ainsi le sexe : comme dans certaines « sectes », des scandales sexuels existent également dans les religions officielles. De même pour les scandales financiers.

Mais la différence de traitement par les médias est radicalement différente. Dans le cas d’une religion officielle, un scandale financier ou sexuel est traité comme le dérapage de quelques individus et en conséquence n’impacte pas la notoriété de la religion en question. Dans le cas d’une « secte » au contraire, un scandale sexuel ou financier est utilisé pour discréditer la totalité du groupe « secte », dirigeants et membres inclus.

Mêmes pratiques, traitements différents dans les médias

Concernant les doctrines, certaines apparaissent comme bizarres dans les deux catégories. Anne Morelli a pris pour exemple la croyance en la transsubstantiation professée au sein de l’église catholique. Cette doctrine professe que l’hostie tenue par le prêtre se transforme en corps du Christ Jésus au cours de la messe. Or, a dit Anne Morelli, une analyse de cette hostie ainsi transmutée ne montrerait aucune présence de protéine [humaine].

Les raéliens se sont d’ailleurs amusés à faire le test.

Selon Mme Morelli, la composition des deux groupes, « sectes » et religions officielles, ne présente pas non plus de différence. On y retrouve les mêmes classes d’âge, et les mêmes classes sociales. Les pratiques internes sont également les mêmes. Pourtant, encore une fois, elles sont traitées différemment par les médias.

Ainsi l’éducation religieuse des enfants sera appelée « catéchisme » dans le catholicisme et perçue comme positive, mais sera appelée « endoctrinement des enfants » s’agissant des « sectes ».

Même la taille des groupes n’est pas un critère valable pour distinguer « sectes » et religions officielles. Ainsi selon Anne Morelli, à Bruxelles, il y aurait davantage de lieux de prière des témoins de Jéhovah que de synagogues. De même un groupe classé « secte » dans tel pays peut en même temps être la religion dominante dans telle autre partie du monde. L’exemple classique est celle des mormons, très présents dans l’Utah aux Etats-Unis.

En conclusion, selon Anne Morelli, aucun critère objectif ne permet de différencier les groupes dits « sectes » et les groupes dits « religions officielles ». Selon elle, le choix entre ces deux terminologies pour désigner tel ou tel groupe est fondamentalement un choix politique.

>> Le choix de la France, celui de l’intolérance pour les minorités spirituelles, est donc un choix politique.

* Éditorialiste  à CapLC

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2 commentaires pour cet article

  1. Merci pour ce compte-rendu d’analyse de l’historienne Anne Morelli et de ses élèves.
    Une étude objective et complète qui devrait être au programme de lecture de la Miviludes… Il serait alors possible de faire de notables économies sur cette mission et d’en limiter le remue-méninges si peu objectif.

  2. N’ya-t-il pas derrière les sectes et religions un fond de spiritualité commun inaliénable avec des bases intangibles ? Chacun présume que oui ; elles sont toutes reliées à la vie , Vie universelle , et tentent à leur manière de nous y raccorder : souvent d’une manière empirique et qui ne nous satisfait pas complètement . Alors je propose à tous ceux qui ont une recherche sur nos origines et l’explication du pourquoi nous sommes là de  » mener l’enquête  » par eux-mêmes, en s’aidant des éléments de spiritualité proposés par ces  » structures  » ainsi que par les découvertes de la science, pour arriver à cerner quelque peu ou beaucoup ce qui constitue le terrain commun entre toutes , ayant un rapport avec la vérité : ceci étant censé représenter une approche rationnelle dont l’absence est souvent constatée en ce domaine.

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