Thierry Lepercq, Solaire Direct : « Le photovoltaïque compétitif à grande échelle, on y est ! »

Après le tollé provoqué par le coup de frein gouvernemental sur le solaire photovoltaïque, les acteurs de la filière française ont parlé avec les sénateurs. Nous avons choisi une des interventions de la table ronde du 9 mars 2011 au Sénat, celle de Thierry Lepercq, fondateur de la société Solaire Direct qui est devenue en quelques années un acteur important du développement du solaire photovoltaïque en France.

Le 9 décembre 2010, le gouvernement avait décidé de suspendre pour une durée de trois mois la conclusion de nouveaux contrats avec obligation d´achat de l´électricité produite par des installations photovoltaïques, hors petites toitures résidentielles. Cette décision avait provoqué une vive inquiétude chez de nombreux porteurs de projets et entrepreneurs locaux.

L´ensemble des acteurs de la filière ont alors participé à une concertation pour faire un bilan des conditions de développement de cette filière en France. Deux arrêtés publiés au Journal officiel du 5 mars 2011 ont alors fixé un nouveau cadre réglementaire.

Le 9 mars 2011, la commission de l´économie, du développement durable et de l´aménagement du territoire et le groupe de l´énergie du Sénat ont organisé une table ronde sur l´avenir de la filière photovoltaïque française. Objectif : permettre aux acteurs de la filière (entrepreneurs, organisations professionnelles, organismes de recherche) et à l´administration (direction de l´énergie) d´échanger avec les sénateurs au sujet de l´avenir de la filière photovoltaïque.

Voici l´intervention de Thierry Lepercq :


Thierry Lepercq lors de son intervention devant la commission sénatoriale. Cliquer sur l´image pour accéder à la vidéo.

« Solaire Direct, qui produit de l´électricité solaire, s´apprête à lancer une activité à très grande échelle en France, au Chili, en Inde, au Maroc et en Afrique du Sud, sans subvention. Notre entreprise faisait 1 M€ de chiffre d´affaires en 2007, 160 M€ en 2010. Nous sommes un opérateur qui travaille avec la Caisse des dépôts et emploie quelque 300 personnes, dont le tiers dans l´industrie.

« Nous avons aujourd´hui une opportunité. Oui, le développement est possible et, oui, la filière va se structurer. Ce que fait le gouvernement est salutaire : l´intérêt général commande la vigilance sur l´emploi des fonds publics. Nous étions sur une trajectoire absurde. Si elle nous a servis, on voit qu´elle a conduit l´Italie, avec 8 GW, à une facture tragique de 50 milliards d´euros : d´où les sortira-t-elle ? Quoique sévère, voire brutale, la décision intervenue a préservé, jusqu´à un certain point, l´avenir du photovoltaïque. Il était indispensable de mettre le cap sur la compétitivité et nous allons prouver en 2011 que c´est possible : nous signons en France des contrats de vente d´électricité à des compagnies d´électricité, sur des dizaines de mégawatts, et nous allons à l´appui de cela développer un outil industriel intégré, du lingot au module [1]. Nous produirons une électricité compétitive, dans notre pays, et raccordée au réseau fin 2012 ou en 2013.

« Le bâtiment photvoltaïque intelligent, intégré, requiert une démarche spécifique. Le photovoltaïque à grande échelle compétitif, on y est. J´invite avec solennité tous les décideurs publics à prendre la mesure de l´événement colossal que constitue cette transformation. Samsung a décidé d´investir 3 milliards dans le photovoltaïque. Les Asiatiques avec lesquels nous discutons vont très vite parce qu´ils sont convaincus de sa compétitivité ; de même, l´Afrique du Sud, dont je reviens, veut quadrupler sa production. C´est dire que l´opportunité est considérable.

« Que faire ? Les dispositifs sont là. Leur manque aussi. Nous devons vivre avec, de manière frugale et déterminée. Pour développer des infrastructures, on a besoin d´une vision à long terme et de confiance. Le défaut de parole de l´État sur le crédit d´impôt [2] a entraîné un vote de défiance, le marché est mort et les entreprises sont en difficulté. Recréer la confiance est absolument indispensable. L´État a pour cela un rôle fondamental à jouer. Il s´agit de donner une vision et de mettre en place des outils de garantie afin de baisser les coûts.

« Le low cost n´est pas un gros mot, dès lors que l´on garantit la sécurité et la fiabilité, partant la bancabilité – nous n´aurions pas levé 400 millions sans cela. S´agissant du coût du capital, il y avait des rentes de situation absurdes, même si nous en avons profité. Il est temps de canaliser l´épargne. J´ai demandé à la Macif, à quelle condition elle investirait une partie de ses 19 milliards d´euros d´assurance-vie dans mon projet. “Quand il y aura des véhicules qui inspirent confiance”, m´a-t-elle répondu.

« Nous avons la possibilité d´avancer. L´État et les territoires peuvent prendre part à la renaissance du photovoltaïque. Quelle opportunité pour le pays ! Je suis pour ma part très confiant dans l´avenir. »

> Pour en savoir plus sur le développement du photovoltaïque en France, lire le rapport du Sénat du 13 avril 2011  Quel avenir pour la filière photovoltaïque française ?

> Voir aussi Le Journal du Photovoltaïque, N° 5, hors-série du Journal des Énergies Renouvelables, avril 2011 : “241 industriels français réagissent aux nouvelles règles du jeu.”


[1] Le lingot est un barreau de silicium, matière première des cellules photovoltaïques. Le module est le produit fini installé sur les toits.

[2] La loi de finances pour 2011 a fixé à 22 %, contre 50 % précédemment, le taux du crédit d´impôt sur le revenu relatif aux panneaux photovoltaïques acquis à compter du 29 septembre 2010.

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